Bande son
Tourne tourne
Naïve derviche
Tourne tourne
Sorcière
Tourne tourne
Naïve derviche
Tourne tourne
Légère
C'est comme ça
Que l'on marche droit
Dans cette vie
A l'envers
Arthur H -Naive Derviche
98 Cyrus Des techniques symboliques et des intentions grandissantes
Je vois bien que le fond du message de Sol, Tiago et Abilio reste relativement ésotérique voire inacceptable pour Harry et Mãe. J'aurais dû les préparer à cette entrevue, je regrette bien trop tard. Peut-être que Brunissande aurait pu attendre quelques heures pour que je lui raconte ma vie. Est-ce que Harry aurait été disponible pour plus de symbolique amazonienne ? Rien n'est moins sûr pourtant.
J'en conclus qu'il nous reste le technique ; ça a l'avantage d'occuper son monde – ne serait-ce qu'en invitant notre « troupe » d'experts à nous rejoindre. Bettany meurt d'envie de demander à Tiago des nouvelles de Joachim, et lui attend qu'elle le fasse ; Abilio fait comme s'il ne l(')a reconnaissait pas. Je retiens mon souffle mais ni Ginny, ni Brunissande, ni Tiziano ne provoquent le besoin chez Sol de sonder leur âme. L'aveugle est tentée de prendre la main de Fiametta, je crois qu'on le sent tous, mais elle semble décider de repousser toute investigation à plus tard.
Je ne peux pas dire que je regrette – il y a quelque chose autour des enfants de la lune que je ne comprends pas ; est-ce de la fascination devant l'inconnu ? Est-ce plus ? Comme ça ne paraît pas le bon moment pour en discuter à cœur ouvert, je mets les trois gosses à la porte en leur demandant de ne pas s'éloigner trop et de ne pas se disputer. Trois regards vexés me toisent, mais j'espère faire dire au mien qu'ils feraient mieux d'être assez malins pour ne pas s'étriper ou s'égarer.
« Je peux rester avec eux », propose Ginny – avec de nouveau cette abnégation un peu malsaine de mon point de vue.
« Tu ferais mieux de me surveiller moi », je plaisante à son oreille.
« Sérieusement, Cyrus... », elle tente de se dégager.
« Il y a des sortilèges de protection ; ils se comprennent ; ça serait bien qu'ils apprennent à cohabiter, non ? », je la coupe en la ramenant vers les autres.
Ginny se rend à mes arguments avec un poil de doute mais aussi pas mal de curiosité sur le plan de bataille. De fait, elle n'est pas la seule.
« Symbolique pour symbolique », j'annonce quand on est plus ou moins rassemblés autour de la grande table de la cuisine toutes portes fermées. « On a des potions à vous montrer et, vous, des tambours. »
Presque appuyée sur Aesthélia, Mãe écoute pour la première fois avec l'air de quelqu'un qui ne veut plus éviter les questions. Je prends l'initiative de présenter nos raisonnements de potions. Dire que les Indiens accueillent avec méfiance l'idée d'utiliser des ingrédients venus d'Europe serait un euphémisme.
« Malghanica ne répondra pas », estime Abilio, parlant clairement au nom d'eux tous.
La personnalisation de l'astre fait lever au ciel les yeux de Bettany. Livia est incertaine, et ça déteint une fois de plus sur Harry, et moi, je regarde Aesthélia qui hausse les épaules.
« En Europe, les explorateurs ont ramené foule d'ingrédients qui ont fini par intégrer les laboratoires de potions, mais l'inverse n'est pas vrai... Je ne sais pas si c'est réellement le moment de faire des expériences», elle finit par formuler.
« On peut dire ça dans tous les cas », aboie Mãe qui tient de moins en moins en place avec le temps qui passe. Peut-être qu'elle regrette de s'être aussi peu occupée de théorie jusqu'à présent.
« On peut garder la ligne de conduite qu'on avait décidée à Londres », intervient doucement Harry, en remontant ses lunettes sur son nez. « On prépare toutes les potions. On commence par celles contenant des ingrédients locaux, parce qu'on espère (en) une sorte de symbiose entre eux et les astres invoqués, mais on a les autres sous la main pour le cas... »
Il a essayé d'être détaché et objectif, le défenseur du compromis, mais sa voix se casse brutalement à ce point de sa phrase. Brunissande et Tiziano ont un mouvement commun vers lui. Moi, je me tourne vers Abilio – pas mon copain depuis le début – autant l'affronter.
« Votre raisonnement localiste me paraîtrait entièrement juste si nous n'avions pas affaire à un loup-garou britannique et que le sort qui l'a placé dans cet état n'avait pas été lancé par une Européenne... Rien ne prouve qu'elle ait fait appel à une magie d'ici... pas grand-chose en fait l'indique », je souligne.
« Cyrus, tu ne crois pas aux plantes de cette forêt !? », s'affole Tiago – c'est de l'ordre de la trahison on dirait.
« Je suis prêt à leur confier la vie de mon père », je lui oppose calmement. « Mais je réfute la raison pour laquelle il faudrait le faire... Peut-être qu'aucun ingrédient européen ne saurait provoquer une catalyse du pouvoir de Malghanica... et nous en savons trop peu pour tenter des mélanges... La démarche pragmatique de Harry me semble la meilleure, mais si on devait la justifier théoriquement il faudrait bien plus de compréhension de ce que nous allons mettre en œuvre. »
« Comprendre », répète Sol comme si le mot-clé était là ; il l'est en partie.
« Exactement », j'insiste donc. Je sais de quelle nature est leur objection : ils préfèrent le ressenti et les visions à la déduction. « Comprendre permet d'aller plus loin ; ça ne rend pas les visions et les initiations inutiles, au contraire. Ça leur donne encore plus de sens », je plaide.
« Les initiations ne manquent pas de sens », juge sévèrement Abilio, et je sens Mãe se tendre – elle ne peut pas tenir si nous semblons nous opposer les uns aux autres.
« Je n'ai pas dit cela, Abilio », je soupire. « Je dois mal exprimer ma pensée et, franchement, tout ça est une question dont nous pourrions débattre longuement, un autre jour. »
« Cyrus et Harry pensent que nous ne pouvons rien écarter a priori », essaie à son tour Aesthélia. « Mais peut-être devriez-vous nous parler des tambours... Vous aviez compris avant nous... »
Tiago et Abilio se regardent et Sol semble juste ne pas entendre la question. Harry va insister mais Aesthélia lève la main pour l'arrêter et il se fie à son jugement. Tout le monde attend et le silence fait son travail de catalyseur, lui-aussi.
« La vision de Cyrus contient des tambours », articule Tiago avec un regard pour Aesthélia qui semble la tenir pour une traître à la cause amazonienne parce qu'elle nous soutient. Ma marraine semble le vivre sereinement quand elle opine et lui sourit comme pour l'encourager. Le silence reprend la pièce, les Anglais retiennent collectivement leur souffle, les Guaranis se sentent acculés.
« Tu veux notre aide, Cyrus », plaide encore Tiago.
« Je suis prêt à la demander à genoux », je réponds du tac au tac. Le silence ayant changé de camp, j'élabore : « Je respecte vos secrets, Abilio. »
« Tu veux juste comprendre », insinue ce dernier un peu sèchement.
Bettany lève brièvement les yeux au ciel, sans doute pour s'empêcher d'exprimer encore plus nettement ses sentiments, et moi, je m'interdis de quémander l'aide d'Aesthélia. C'est moi qui dois leur amener des assurances.
« Abilio, faut-il que je promette de ne pas poser de questions ? Que nous nous bandions les yeux et bouchions les oreilles ? », je demande. Les deux Indiens détournent les yeux. « Ma vision contient un cœur qui bat, celui d'un arbre, donc sans doute un tambour. Vous l'avez compris sans doute dès que Maurizio vous a raconté la vision ; il a fallu que nous tous ici plus d'autres d'ailleurs nous tordions le cerveau pour l'envisager. »
Harry a dardé ses yeux verts sur moi en m'entendant – sans doute que l'idée que d'autres que les loups-garous de Lo Paradiso retiennent une partie de leurs informations n'est pas sans le rassurer sur ses propres expériences. Peut-être que si je n'avais pas eu un peu accès à sa propre expérience, je ne serais pas aussi calme et fataliste, d'ailleurs.
« Vous ne croyiez pas à la magie musicale », formule Tiago semblant essayer une médiation.
« Qui est 'vous' ? », questionne Mãe avant tout le monde ; juste après elle grimace une excuse pour Aesthélia et moi, mais je suis assez content de ces pieds dans le plat. De toute façon, elle n'arrive pas à retenir le fond de sa pensée : « Je veux dire : on a affaire à un sortilège inconnu qui a provoqué chez mon mari une réaction non répertoriée par la médecine magique ; Cyrus a eu une vision selon des modes qui n'ont rien à voir avec les pratiques traditionnelles de là d'où nous venons ; cette vision mêle des magies traditionnelles italiennes avec les vôtres... Nous nous apprêtons à faire de notre mieux pour suivre ces indications et vous (nous) refusez de nous révéler ce que vous comptez faire parce que vous pensez que nous n'allons pas y croire ?! »
« Que vous n'allez pas 'comprendre' », grince Abilio les bras croisés.
« Tu crois qu'on comprend le reste ? », je rétorque. « On a trois théories et quatre intuitions et on va les utiliser. Je sais ce que peuvent vos potions et vos tambours, Abilio. Je ne comprends pas en effet tout mais je sais. J'aimerais comprendre ce que nous invoquons, je ne le cache pas, mais ce n'est pas ma priorité », je finis les bras croisés moi aussi.
« Abilio, tout ce que nous avons accumulés, tout ce que nous croyons avoir compris, nous n'allons pas le garder pour nous... », rajoute Aesthélia – je dirais qu'elle plaide.
« Comment avoir confiance ? », estime Abilio.
« Aesthélia est initiée », rappelle Tiago, un peu timidement.
« Nous avons une dette », je préfère souligner. « Ma famille, mes amis, tous les amis de Remus ont une dette envers la forêt pour m'avoir envoyé cette vision. Tout le monde ici en est conscient. »
Abilio jette un regard rapide vers Bettany – évidemment, et elle se redresse :
« Cyrus et Aesthélia vous le répètent mais vous ne voulez pas entendre. Ils ne cherchent pas la gloire ou la science. Ils veulent ramener Remus et ils sont prêts à tout ce que vous voudrez pour le faire... Et ils ne me laisseront pas deux fois faire la bêtise d'essayer de vouloir aller trop vite », elle rajoute.
« Non », confirme Aesthélia.
« Après tout », intervient Sol brusquement. « Que savons nous ? Rien. Nous transmettons nos intuitions... qu'ils y mettent leurs étiquettes et leur compréhension... plutôt Aesthélia, Cyrus, Bettany et leurs amis que d'autres dont nous ne pouvons espérer aucun partage ! »
Tiago attend, on le comprend tous, qu'Abilio se prononce. Ce dernier finit par hausser les épaules.
« Vous voulez voir le tambour ? »
Oo
Le tambour est gigantesque, c'est un fût quasiment entier. Il se dresse plus à l'ouest que la dernière protection de la maison, dans une clairière peu éloignée d'un bras de la rivière. Un peu comme un totem dressé dans la chaleur bourdonnante et humide de la forêt.
« Nous l'avons coupé dès que Maurizio nous a raconté ta vision », raconte Tiago avec une certaine fierté. « Nous ne savions pas si tu nous demanderais, Cyrus, mais nous avions décidé d'être prêts. »
« Il ne faut jamais refuser les visions », explique Sol qui s'est assise sur une souche dès que nous sommes arrivés sur place. Abilio se tient totalement immobile à côté d'elle, et je me demande quelles sont véritablement ses motivations pour nous aider. Ce n'est pas entièrement de sa faute mais la question créé un drôle de creux dans mon estomac.
« Il doit falloir une force prodigieuse pour faire résonner un tambour pareil », estime Mãe en en faisant le tour. « Non ? »
« Ou la magie », répond Aesthélia, appuyée contre un autre arbre. Il me semble qu'elle non plus ne quitte pas Abilio des yeux.
« Vous... la vision vous dit-elle quand intervenir ? », je décide d'oser demander. Bettany a l'air de se réveiller brusquement, intéressée par le développement technique, je dirais.
« Tu sais quand nous devrons intervenir, Cyrus », répond Sol sur le ton qu'on prend pour gronder gentiment un enfant capricieux.
« Il le sait ? », intervient Harry les sourcils froncés. « Croyez-moi, Sol, il ne le sait pas. Nous avons des hypothèses mais... des hypothèses ne sont ni un savoir, ni une certitude... et mon chercheur de frère ne se prive pas de nous le répéter ! »
« La science a-t-elle contredit la vision ? », s'enquiert Abilio parlant pour la première fois.
Nous nous contentons tous de secouer la tête. Le silence des humains redonne une forte présence aux murmures de la rivière, aux cris des singes, aux vols des oiseaux. Il me semble entendre des voix d'enfants s'appeler dans les bois. Pas si loin de nous. Mais les jumeaux et Cristo ne s'éloigneraient pas autant de la maison, je décide. Sans doute des singes.
« Vous voulez l'amener ici ? », questionne Brunissande l'air un peu sceptique devant la distance à parcourir.
« Ou rapprocher le tambour ? », imagine Ginny.
Les trois Indiens haussent les épaules avec un ensemble assez frappant.
« La distance n'est rien », finit par juger Abilio, soutenu par un infime acquiescement de Sol.
« Le son portera », offre plus utilement Tiago, et c'est au tour de Bettany d'acquiescer l'air de se reprocher de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il faut dire que vu l'engin, on peut se dire que le son ne va pas être discret.
« On ne risque rien à être entendu ? », demande Harry juste avant moi. Mãe approuve de la tête.
« Les risques sont inexistants, je dirais. Il n'y a plus de populations indigènes dans ce coin depuis longtemps et les quelques campements moldus... ils entendront un tambour, s'ils sont assez curieux pour venir voir, ils seront repoussés... »
« Mais pourquoi celui-ci ? », s'intéresse alors Tiziano. « Je veux dire, cet arbre est gigantesque, magnifique, tout ce que vous voulez...mais comme Cyrus, je n'ai pas l'impression que vous ignoriez ce que nous appelons la Symbolique... Tout ce que vous faites à un sens. Quel est celui de cet arbre en particulier ? »
Tiago regarde Abilio qui préfère laisser son regard se perdre dans la forêt. C'est Sol qui répond :
« Cet arbre, nous le connaissons depuis longtemps. Ma mère le connaissait et sa mère avant elle. Génération après génération, nous avons attendu le signe... »
« Le signe ? », je répète – j'ai vu Aesthélia se tendre d'un coup devant ce nouveau développement. « C'est ma vision, le signe ? »
« La confirmation », se risque Tiago avec un regard furtif pour Abilio.
« Vous espérez quoi ? », je souffle un peu étourdiment – il y a plus dans leur présence que le sauvetage de mon père. Je réalise que je l'ai toujours su.
« Retrouver le rituel », répond Aesthélia à leur place. Abilio grimace et les deux autres sourient presque. « Le rituel des Passeurs... »
Bettany et moi, on se regarde par réflexe.
"C'est une légende", elle souffle avec une pointe de doute - peut-être que tout cela lui aura appris le doute.
"Ou un secret bien gardé", je propose.
"La mémoire a gardé le souvenir de créatures magiques qui passaient d'une forme à une autre, qui utilisaient pleinement la magie pour habiter les pierres, les plantes, les humains ou les animaux", répond prudemment Aesthélia - c'est son ton de prof. Une autre fois, je me moquerais.
« Nous avons été coupés d'eux depuis trop longtemps – ce n'est que justice que ce soient des hommes du Nord qui nous rendent cette connexion », estime Abilio, royal.
« Quel rapport avec le rituel qui doit ramener le professeur Lupin ? », reformule Bettany. Et une fois encore, je suis bluffé par son courage intellectuel.
« Aller vers lui, vers sa conscience cachée au coeur d'une magie aussi inhabituelle... nous apprendra peut-être d'autres formes de communication », souffle Tiago.
« Avant, à l'aube des temps, quand il n'était nulle étiquette ou division, la magie... circulait librement dans la forêt... et ceux qu'elle conduisait, nourrissait, habitait, pouvaient prendre différentes formes... changer de formes... », raconte Sol avec un étrange frisson. « Puis les choses se sont figées... les hommes, les botos - pour ne citer que les plus connus d'entre eux -... chacun a suivi des routes de plus en plus éloignées... qui ne se croisent plus que de façon accidentelle. »
« Des routes tellement fausses », juge Abilio.
« Vous pensez qu'en ramenant Remus, vous apprendrez à communiquer avec les botos ? », questionne Harry en regardant la rivière. Il y a moins de jugement dans sa voix qu'on aurait pu le craindre.
« En quelque sorte, Harry », sourit Sol. « C'est ce qu'Abilio et moi avons essayé de te dire. Vous pensez que vous devez tout apporter mais beaucoup de choses sont ici. Nous aussi nous avons eu des visions, il y a des années... que les enfants de la Lune auraient des choses à nous apprendre. Nous espérions en ton père, même si ses visites étaient rares et ses priorités loin des nôtres. Mais cette fois, il n'est pas seul. Il y a elle et elle » - elle désigne Fiametta et Livia qui n'ont pas dit un mot sans se tromper. « Les enfants de la Lune sont plusieurs... ils demandent notre aide... L'arbre qui nous était apparu est devenu grand et fort... La forêt est prête à nous laisser essayer. »
« Et nous la remercions », répondent automatiquement Tiago et Abilio.
« Attendez », je gronde tout d'un coup, traversé par une idée qui me fait trembler de rage de la tête aux pieds. « Vous saviez ? Vous saviez que... Hermosa mettrait Remus dans cet état ?! »
« Cyrus », commence Aesthélia – elle quitte même l'arbre pour s'avancer. Mãe semble saisie de l'idée qu'elle n'a pas vu venir – Ginny se rapproche d'elle.
« Cyrus, nous ne savons rien », me rappelle sereinement Sol. « Des signes viennent à nous, des voies, des possibles... nous essayons de les suivre... »
« Cyrus, aurais-je fait courir autant de risques à Joachim ? », rajoute Tiago en me prenant l'épaule. Il a la main épaisse, paternelle et rassurante même s'il fait une bonne tête de moins que moi.
« Quoi, ça aurait été trop cher payé de sacrifier un demi-blanc pour pouvoir de nouveau communiquer avec les botos et les plantes ? », j'ironise méchamment. Le vertige n'est pas loin.
Les trois Indiens ont l'air sincèrement dépassés par mes insinuations, mais la rage est là, intacte, incroyablement forte. Elle bloque mes capacités à réfléchir. Presque par peur de ce que je pourrais dire ou faire, je me dégage de l'étreinte de Tiago pour partir, à grandes enjambées vers la maison. Ginny et Harry courent, évidemment, derrière moi. Enfin, j'imagine : j'entends leur course, leurs appels, je ne me retourne pas. Le sortilège de jambencoton ne me prend même pas par surprise. Tout de suite après, Ginny est au dessus de moi :
« Désolée », elle souffle en levant immédiatement son sortilège. « Aesthélia ne court pas assez vite... »
« Eh puis, il fait trop chaud pour courir », assène Harry en la rejoignant. Il a lui aussi sa baguette à la main – presque je l'ai échappé belle.
Il fait le malin, le grand frère, mais ses yeux émeraudes, réplique du vert des feuillages, sont inquiets. Je ferme les miens, incapable de savoir quoi dire ou quoi faire. Est-ce qu'ajouter de l'inquiétude à l'atmosphère ambiante n'est pas le pire que je pourrais faire ? Mais est-ce que me montrer une nouvelle fois trop confiant ne serait pas irrémédiablement stupide ?
« Tout le monde a son agenda, Cyrus. C'est presque rassurant de savoir quel est le leur », reprend Harry en me prenant la main et en me tirant sur mes pieds. Ginny opine en soutien.
« Mais que savaient-ils ? », je maugréé en époussetant les feuilles collées à mon pantalon blanc. Je suis transparent, mais cela enlève-t-il quoi que ce soit au bien fondé de mes angoisses ?
« Ils savaient que quelque chose allait se passer », répond ma marraine qui nous a rejoints. Elle est légèrement essoufflée. « Sans doute ont-ils même accepté votre présence à cause de cela – comme un catalyseur... Mais ils n'ont pas voulu ce qui est arrivé à Remus ou ce qui nous est arrivé... De ça, j'en suis sûre, Cyrus... pas parce que je les aime mais parce que je connais la façon dont ils interprètent les visions qui leur viennent... Ils ont su sans doute que Bettany devait venir... jouerait un rôle... Ils la surveillaient de près, rappelle-toi... »
« Ils ont tout le temps demandé quand Remus allait venir », je rajoute presque à mon insu. Pourquoi voit-on toujours si clairement après ce qu'on aurait dû réaliser ?
« Et comme tu pensais qu'il ne viendrait pas avant ton anniversaire, ils n'ont pas vu de lien », rajoute Ginny.
Je me frotte le visage à deux mains avant d'oser les regarder tous les trois.
« Est-ce qu'on peut leur faire confiance ? », je demande en me cantonnant dans le factuel.
« Mon avis ne te suffira pas », estime Aesthélia. « C'est à eux qu'il... »
« Cyrus ? », appelle la petite voix de Sol, Tiago l'a amenée à nous dans ses bras, comme une enfant. « Cyrus, je sens ta colère... »
« Ma peur », je la corrige avec sincérité et pas mal d'agressivité.
« Oui », elle admet après quelques secondes. « Nos intentions te font peur... tu crois que nous te cachons des choses... »
« Vous vous êtes tus », je lui rappelle vivement. Dans le regard de Ginny et Harry, qu'elle doit sentir, il y a plus de soutien pour moi que pour elle. Je m'en nourris.
« Nous ne pouvions pas dire ce que nous ne voyions pas, Cyrus. Il y avait de signes, épars, incompréhensibles... Le tambour qui serait... depuis longtemps... Les enfants de lune qui devaient être plus qu'un pour nous apporter des réponses... La fille aux étiquettes qui devait se perdre pour pouvoir montrer le chemin... Toi, depuis peu, comme un lien incompréhensible pour nous ; nous nous sommes demandés si tu étais devenu comme ton père », m'avoue Sol depuis les bras de Tiago. « Il y avait des ombres qui étaient mauvaises, puissantes, qui devaient être arrêtées... Elles n'ont pas toutes disparu... nous semble-t-il... Et puis le tambour a été brandi par les enfants de lune et tu as eu besoin de la vision de guérison de Maurizio... alors un chemin est apparu... »
« Remus est sur ce chemin ? », questionne Harry.
« Il est debout avec sa famille », promet Tiago.
« Si... », je commence.
« Si nous te mentons, la forêt brûlera ? », propose Sol. « Tu crois que nous ne le savons pas? »
ooo
Le retour à la maison est lent et quasi-silencieux. Bettany nomme des arbres à Brunissande – sans doute l'a-t-elle demandé. Je rumine à la fois les révélations des Indiens et ma réaction. Ginny me tient la main, Harry parle doucement à l'oreille de Mãe de je ne sais (pas de) quoi. C'est Fiametta qui rompt ce silence collectif en s'approchant de Sol.
« Je... je croyais qu'il n'y avait pas de loups-garous au Brésil », est son introduction. Le mot brésilien lobisomem lui est venu avec un décalage, comme si le sortilège de traduction lui-même avait hésité.
« Très peu... voire aucun sont Indiens », répond Abilio sur le ton de la conversation.
« Les Moldus croient que les septièmes enfants, en particulier s'il est un garçon né après six filles, peut devenir un lobisón... », rajoute Aesthélia.
« ...devenir loup et chasser le bétail les nuits de pleine lune », je complète, me rappelant presque à mon insu de cette variante du mythe moldu. Enfant, j'avais aimé que les lobisomen ne chassent que le bétail, je me souviens. J'avais saoulé Harry avec ça – je vois d'ailleurs qu'il s'en rappelle, lui aussi.
« Une partie de ces enfants sont des sorciers », indique Aesthélia. « Beaucoup sont abandonnés à cause de cette légende et orientés vers... nous par les orphelinats qui nous... connaissent »
« Tu es très gentille avec les orphelinats et la communauté magique brésilienne, Aesthélia », je ne peux m'empêcher de glisser. Mes propres souvenirs disent l'ampleur des trous dans le filet.
« Dans un monde idéal, ils auraient les mêmes droits et les mêmes chances que les autres sorciers... on peut dire que lobisón a fini par désigner des sorciers pauvres... », elle consent.
« ...voire de seconde zone », j'insiste
« Mais ce sont des loups-garous ou non ? », insiste Fiametta avec une sorte de naïveté.
« On va dire que chez ces enfants, qu'ils soient ou non les septièmes nés, une forme de magie spontanée courante a été de prendre des formes animales, dont celle de loups... »
« Ce qui veut bien dire qu'ils sont appelés par la magie », glisse doucement Sol toujours guidée par ses deux acolytes.
« Ce que Sol veut dire... Les enfants Indiens doués de magie voient d'abord des animaux qui sont leur protecteur et en (en) lesquels ils arrivent généralement à se transformer... un peu comme vos animagi... peu les gardent à l'âge adulte néanmoins », rajoute Aesthélia.
"Ne serait-ce que parce qu'ils changent en grandissant", précise Tiago.
« Vous avez parlé de changeurs de forme... », intervient Livia en soutien à Fiametta qui doit trouver qu'on l'a vite écartée.
« Il vaut mieux parler de Passeur. On est au-delà de la prise temporaire d'une forme animale totémique », consent à expliquer Aesthélia avec un regard pour moi – comme si je devais prendre sa place sauf que je n'en ai aucune envie. « On est dans la fusion avec la magie... qu'elle soit animale, végétale... »
« Je n'avais jamais envisagé le boto sous cette forme », je réalise à haute voix. « Quand Cristovao en a parlé avec nous... tu n'as rien dit... »
« Qu'aurais-je dit, Cyrus? », contre ma marraine laconiquement. « Le livre signalait que le peuple boto avait depuis longtemps coupé les ponts avec la société sorcière... c'était juste et nullement le souci de Cristo. »
Comme elle a raison, je me contente d'opiner.
« Vous voulez pouvoir communiquer avec ces autres formes de magie ? », insiste Livia.
« Vous nous considérez comme une autre forme de magie ? » reformule Fiametta avec un peu de fièvre.
Sol qui ne marche pas très vite s'arrête pour lui répondre.
« Tu vois le pouvoir des étiquettes ? », elle commence sans que l'on sache bien à qui elle s'adresse. « Tu as décidé que, pour moi, cette autre forme de magie valait moins que la mienne – je l'entends dans ta voix. Ce n'est pas mon intention, comme dirait Cyrus. Je pense au contraire avoir beaucoup à apprendre de cette 'autre forme de magie'... Et je ne sais pas si les botos et les garous européens sont similaires, ça ne m'intéresse pas d'ailleurs. Je n'ai pas besoin de savoir ça pour avoir envie de les connaître ou les respecter.»
Harry me regarde par dessus le petit groupe constitué par les Indiens et les deux louves. Je sais ce qu'il pense. Remus ne voudrait pas, à aucun prix, qu'on les écarte, ni les uns ni les autres. Même si le prix est sa santé. Derrière lui, Brunissande a pris le bras de Bettany et toutes les deux font un pas vers la rivière.
« Quelqu'un », souffle Bettany en se retournant vers nous. Il y a de l'alarme dans ses yeux, comme un mauvais souvenir.
« Plusieurs », renchérit Brunissande en sortant sa baguette avec une détermination qui me plaît bien, il faut le dire.
« Du calme », intervient immédiatement Mãe en l'imitant, « Je croyais que le périmètre était protégé », elle avance en regardant Aesthélia qui a blêmi.
« On va aller voir », je décide, en espérant sincèrement que Mãe ne va pas me renvoyer à la maison lire des histoires au jumeaux.
« Harry et toi », elle consent, et seul Tiago a la prétention de proposer sa présence. Mãe acquiesce d'un geste brusque de la tête avant de reprendre : « Ginny et Tizz vous secondez Aesthélia... Où sont les petits ? »
« Ils jouaient sur la terrasse », je réponds mécaniquement et Aesthélia perd de nouvelles couleurs. Elle hésite à se mettre à courir, je le sens.
« On va les retrouver, Dora », promet Gin, et Brunissande vient remplacer Tiago en soutien de Sol. Tous ont sorti leur baguette.
« N'hésitez pas à tirer », ajoute Dora en me faisant signe de passer devant. Tiago m'accompagne. Harry et elle ferment la marche. Le bruit de la rivière augmente quand on se rapproche. On distingue une ombre vive qui semble tomber d'un arbre – une autre sauter.
« Des singes », décide Harry avec un net soulagement dans la voix.
« Soyons en sûrs », commente Mãe.
« Pas des singes », nous contredit sobrement Tiago.
On entend un plouf et des rires qui me rappellent que j'avais cru entendre des enfants plus tôt.
« Je vais les tuer », je lâche en me mettant à courir, les trois autres sur les talons.
Notre arrivée dans la petite anse ombragée d'arbres immenses fait détaler une demi douzaine de lézards et s'envoler un groupe de perroquets multicolores. Il fait aussi se figer trois mômes qui semblent bien avoir surmonté leurs problèmes de communication, leur jalousie de statut ou leur différence d'âge.
« Zut », est le commentaire avisé de Kane en train de se hisser sur la berge.
« On allait rentrer », est la tentative de médiation d'Iris arrivée à la première branche de l'arbre dont ils sautent.
Cristo, trois branches plus haut, semble hésiter entre se laisser emporter par le courant et grimper plus haut.
« Toi, je ne te conseille pas de me faire courir – je ne suis pas aussi patient qu'Aesthélia », je lui lance. Il a la bonne grâce de rougir. « Je ne vous ai pas dit à tous les trois de rester à côté de la maison ? »
« Cristo a dit qu'ici on ne risquait rien ! », s'engouffre Iris.
Mãe me bat de vitesse : « Ce n'est pas une seconde la question de Cyrus, Iris ! Descendez. »
Ma petite sœur n'hésite pas très longtemps, et ça rend Cristo, on-ne-peut-plus nerveux.
« Je monte te chercher ? », je lui propose en joignant le geste à la parole. Harry récupère Iris qui descend.
« Non... Cyrus, je viens », s'alarme le gosse.
« Je t'attends », j'accepte en m'asseyant sur la première branche que vient de quitter Iris. L'eau au dessous de moi, est claire et scintillante, éminemment tentante, il faut bien le dire.
Cristo redescend très lentement, glissant centimètre par centimètre avec d'infinies précautions, comme s'il n'était pas le petit singe qui se balançait de branche en branche quelques secondes plus tôt. En bas, Harry râle après les jumeaux en leur demandant s'ils trouvent très malins d'inquiéter et de faire courir tout le monde. Mãe n'a pas dit grand-chose d'autres à part leur demander de ramasser leurs affaires éparpillées sur la grève. Même si c'est Harry qui les gronde, les jumeaux la regardent, elle, avec une sincère inquiétude que je ne peux que partager. Mãe explose assez facilement, et comme les orages d'été, ça épure l'atmosphère. Là, elle semble au-delà des mots et c'est plus inquiétant que si elle hurlait. Tiago est parti, sans doute rassurer les autres. Mes pensées vont très vite vers Aesthélia qui va pouvoir aiguiser son instinct maternel.
« On allait rentrer », répète Iris boudeuse quand Harry reprend son souffle. « Hein, Kane ? », elle rajoute agacée d'être la seule à avoir parlé.
« On allait rentrer », répète son jumeau par automatisme. "Promis."
« Cyrus vous avait dit de ne pas vous éloigner », contre Harry, implacable.
« Tout à fait », je confirme d'en haut, et les jumeaux n'osent rien répliquer. Cristo me rejoint, enfin, l'air terrifié. Je lui fais signe de s'asseoir à côté de moi. Il obtempère avec des gestes retenus qui me serrent un peu le coeur mais l'idée est quand même de faire une impression.
« Cyrus, on rentre », annonce alors d'en bas Mãe. Sa voix est épuisée, presque blanche et elle me serre le coeur. Et déjà Harry pousse les jumeaux, qui ont ramassé leurs vêtements, devant lui, en continuant de les houspiller.
« On arrive », je promets en me tournant vers Cristo.
Le gosse évite mon regard mais ne quitte pas mes mains des yeux. Il est totalement immobile mais en même temps tout autant sur ses gardes, prêt à sauter dans le fleuve si je fais mine de le frapper, je me dis. La tâche de lui faire comprendre mon point de vue me paraît extravagante. Je me demande si je n'aurais pas mieux fait de le traîner à Aesthélia. Quelle est ma légitimité ?
« Je sais que tu ne les as pas amenés ici sans qu'ils ne te le demandent », je décide de commencer par un geste de paix. « Je connais ma petite soeur », je rajoute.
« On avait chaud », il murmure. « Vous ne reveniez pas... Je croyais que vous étiez de l'autre côté », il va même jusqu'à rajouter.
« Amateurs », je commente en m'appuyant contre le tronc.
Un poisson saute hors de l'eau. Des colibris bruissent dans les arbres secoués par les singes sur l'autre rive. On ne dit rien, l'un comme l'autre. Mãe, Harry et les petits doivent être arrivés à la maison ou presque. J'espère que Mãe a récupéré en chemin – les jumeaux vont se faire incendier, mais ça les inquiétera moins que si elle restait prostrée à ne rien trouver à leur dire, je le sais.
« Tu es... Aesthélia, elle... », commence Cristo sans arriver à poser la question.
« Aesthélia comme moi, on est ravis que tu t'entendes avec les jumeaux et que tu aies envie de jouer, Cristovao », je réponds sincèrement. « Maintenant, vous choisissez assez mal votre moment et votre bêtise. La sécurité n'est pas un truc sur lequel quiconque a envie de rigoler maintenant tout de suite... Et toi, tu as le malheur d'être le plus vieux de la bande sans parler du fait que tu as vu de près ceux qui nous courent après... est-ce que tu n'aurais pas dû refuser ? Rien que pour ça ? »
« Ils... je voulais qu'ils m'aiment bien... », il avoue en se dandinant sur la branche sans sembler s'émouvoir de la hauteur.
« Je sais », je lui promets en passant ma main sur ses épaules.
« Aesthélia », répète Cristo désolé.
« Ce coup-là, elle risque de ne pas t'offrir une médaille », je reconnais. Juste après, j'ai peur qu'il sur-interprète mes paroles. « Elle va t'engueuler parce qu'elle estime de sa responsabilité qu'il ne t'arrive rien », je précise donc.
« Et toi ? », il souffle en tripotant sans s'en rendre compte sa médaille, comme un talisman pour se donner du courage. Peut-être pour se répéter qu'elle tient à lui.
« Je vais t'accompagner », je réponds.
« Tu... tu... »
« Cristo, j'ai parié sur vous deux, tu l'as compris, non ? J'entends que tu ne la fasses pas vieillir trop vite d'angoisse, d'accord ? Si tu la fais trop courir, je pourrais m'en mêler, soyons clairs, mais... je ne vois pas de raisons d'en faire plus avec toi qu'avec les jumeaux... »
« Tu veux dire.. ? »
« Que t'as une mère ou tout comme ? T'avais pas remarqué ? », je complète en lui prenant la main. « On va transplaner », je lui indique. « On ne va pas la faire attendre davantage, ok ? ».
Oooo
« Elle est incroyable cette fille, non ? », estime Ginny pelotonnée contre moi plusieurs heures plus tard – l'heure de la sieste, totalement indispensable ici, même les jours où il s'est passé bien moins de choses que cela.
« Quelle fille ? », je questionne paresseusement. Il n'y a pas tellement de filles quelconque de notre entourage finalement – Mãe et son courage, Aesthélia qui apprend à grande vitesse à être une mère, Sol qui défend si efficacement sa vision de la magie, Bettany qui évolue à chaque minute... que dire de soeur Marisol qui cohabite avec la magie avec une facilité que l'ex de mon frère, Aurore, aurait bien été inspirée d'imiter... jusqu'à Iris qui sait s'excuser comme personne d'autres dans la famille - si peut-être, Papa. Pleins de filles formidables.
« Brunissande », m'indique Gin en levant les yeux au ciel.
« Elle a du cran », je commente prudemment.
« On ne dirait pas qu'elle a... que tu as... Tu lui as dit comment ? », elle finit par lâcher.
« Ah, c'est ça que tu veux savoir ! ? »
« J'avoue que je suis curieuse... Rien que parce que tu as l'air tellement détendu sur la question... », admet Gin en se tournant sur le côté pour l'observer.
« Je lui ai dit qu'en un sens j'étais né deux fois », je soupire - je finirais par avoir une version relativement bien huilée à proposer, avec le temps. « Une fois, en tant de Cyrus Mélanio Lupin, fils d'une ethnomage prénommée Laelia – elle savait déjà que ce n'était pas la vérité ; ça nous faisait une base. Une autre fois, j'étais né Sirius Orion Black – et c'était en 1959... J'ai expliqué que Sirius avait fait ce choix, d'une seconde vie, qu'il ne le regrettait pas... »
« Et elle n'a rien demandé ? », me presse Gin, faussement calme.
« Elle a demandé si Sirius continuait de décider quoi que ce soit de ma vie", j'avoue parce que la pertinence de la question m'a fait voter "Brunissande" pour la énième fois dans cette histoire. "J'ai répondu qu'il m'avait protégé quand j'étais un gamin tête brûlée ; qu'il partageait son expérience de la vie – laquelle, comme l'a déjà formulé mon grand frère aux yeux verts, finissait par être moins longue que la mienne ; mais que j'étais libre de faire mes choix ou mes propres conneries - c'est comme on veut. »
« C'est tout ? »
« Je n'ai pas appris par cœur nos échanges, Ginny ! », je m'agace un peu - si, elle, elle a une question qu'elle ne m'a pas encore posée, qu'elle y aille ! « En substance, oui. »
« Ok, », elle souffle avec un respect rare pour ma colère.
Ça m'attriste aussi rapidement que je m'étais embrasé, et je l'embrasse.
« Désolé d'avoir aboyé comme un chien sur ses gardes », je souffle. « Ça s'est bien passé et c'est le plus important. »
« Ça reste fou qu'elle accepte tout ça aussi facilement », estime Gin, et je réalise brutalement qu'elle compare avec ses propres parents qui avaient eu tant de mal à accepter mon histoire comme autre chose qu'une abomination.
« Elle est briseuse de sorts, ça compte parmi les sorciers les moins obtus en matière de magie », je finis par proposer en guise de consolation.
« Comme Bill ».
« Oui. »
On laisse un instant le silence nous unir.
« Et puis ce n'est pas comme si on ne rencontrait pas une forme de magie incroyable par jour en ce moment », elle rajoute comme si elle avait brusquement décidé que le sujet était épuisé. « Cette histoire de boto... »
« Les botos ne sont qu'une forme de la magie que Sol, Tiago et Abilio veulent retrouver », je lui rappelle.
« J'ai bien compris mais c'est... Je pensais que rien ne comptait que la guérison de Remus et nous voilà à devoir composer avec tout ça... »
« On ne devrait pas être étonnés », je marmonne en me disant que, depuis des mois maintenant, tout ce qui nous arrive n'a pas manqué de révéler des ramifications plus étendues qu'on aurait pu les imaginer.
Je vais développer un truc dans ce sens quand le miroir Ginny se met à vibrer.
« C'est Ron », elle commente avec une pointe d'inquiétude et d'excitation mêlées quand elle l'a repêché sur la table de nuit.
« Ah, tu réponds ? Il est où Harry? », bougonne mon beau-frère tout de suite après.
« Heu, avec Brunissande », commente Gin presque rougissante.
« Tu nous appelles d'où ? », je questionne en me glissant dans son champ de vision.
« T'inquiète, Cyrus, Paulsen a viré paranoïaque, on ne peut pas faire plus protégé. »
« Des raisons pour l'être ? », j'insiste.
« Les journalistes espagnols étaient pour moitié des enquêteurs privés envoyés par la famille d'Hermosa, pour moitié des Aurors du gouvernement espagnol... Les Brésiliens l'ont mal pris... L'affaire est devenue diplomatique... », il développe.
« Parce qu'il en a été autrement ? », s'esclaffe Gin.
« Non", reconnaît Ron. "J'appelle d'ailleurs pour vous dire que pour l'instant on reste où on est et on ne désire pas savoir où vous êtes... »
« Ce sera dit », je promets.
« Vous avancez ? », il questionne. « Hermione se ronge l'esprit avec tout ça... »
« On a un tambour », je réponds.
ooooooooooooooooo
Notes de faune magique …
Lobisón Dans les folklores galiciens, portugais et brésiliens, le septième enfant (généralement un garçon né après six filles) est condamné à devenir un lycanthrope. Il s'agit d'un loup gris ou noir de la taille d'un petit cheval, qui chasse la nuit sous la pleine lune, de préférence du bétail plutôt que des personnes. Cette croyance s'est étendue au nord de l'Argentine où les septièmes enfants étaient parfois abandonnés, offerts à l'adoption ou tués, car leurs parents craignaient qu'ils ne deviennent des lobisón (ou luisón). Une loi argentine de 1920 mit un terme aux abandons en précisant que tous les septièmes enfants avaient pour parrain le président.
Le Boto a l'apparence d'un homme élégant mais c'est en fait un lamentin qui a pris forme humaine pour séduire les femmes. C'est une légende amazonienne que je retourne pour mes propres besoins..
Note d'avancée
Je peine pas mal à écrire cette fin que j'ai pourtant assez clairement en tête. Ne comptez pas avoir le prochain très vite - tant que je n'ai pas écrit le suivant, je ne posterai pas. Les encouragements sont les bienvenus. Merci encore à mes bêtas -Alixe, Dina et Fée - qui sont de toutes les angoisses.
