Disclaimer : Comme d'habitude, l'univers et les personnages appartiennent à Suzanne Collins. Et la chanson est du grand Jean Ferrat.
Note : Me revoilà avec un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira et que vous me laisserez pleins de merveilleuses reviews ! :)
J'ai décidé, malgré les menaces de mon monstre de mère, de sortir à nouveau jouer dans les champs. Papa m'a dit que si je cueillais des pissenlits, on pourrait les manger en salade. Alors je suis parti me balader tout seul ; et peut-être ramènerais-je des pissenlits pour éviter d'énerver ma mère.
La semaine dernière, tous les soirs en rentrant de l'école, j'ai appris à faire des gâteaux. Enfin, à faire le glaçage des gâteaux. Et j'ai fêté mon sixième anniversaire.
J'aimerais dire que c'était un jour merveilleux mais... Ça ne l'était pas. Mes copains d'école ne me connaissent pas encore vraiment et la maîtresse avait la tête dans les étoiles. Quand j'en ai discuté avec Joackim, il a dit que c'était sans doute parce qu'elle était amoureuse.
C'est vrai qu'elle est jolie, la maîtresse.
Je soupire et me baisse pour ramasser une fleur jaune à la tige épaisse. J'hume son parfum. Sucré. Pimenté.
J'imagine ce parfum sur un gâteau. Je vois de la crème blanche, un glaçage chocolaté, un coeur fondant... Tout seul dans le Pré, je rêve de fraisiers et forêts noires.
Tout seul ? Pas vraiment.
Je me retourne en entendant deux voix. Une voix d'adulte et une voix de petite fille.
Une voix de petite fille ? Pas vraiment. C'est sa voix.
Katniss est là. Elle tient son père par la main et elle sourit. Elle est magnifique. Le soleil illumine son sourire radieux et son visage si heureux. Je la regarde, caché derrière un des rares arbres qui peuplent le Pré. Un arbre tout rabougri, minuscule, qui, malgré les plantes étouffantes, se tend vers la lumière.
Un instant, je pose ma main contre le tronc de cet arbre solitaire et, le temps d'une seconde, je lui souffle mon espoir. Cet arbre est comme moi : perdu au milieu de tous, il s'élève à l'aide de ses seules forces.
- Tu chantes pas, papa ?
L'homme éclate de rire. Ce son me rappelle celui des oiseaux. C'est un rire heureux et simple, à l'image du père de Katniss. Depuis ma cachette, je les observe, fasciné.
- Chante avec moi, Katniss.
- Aimer à perdre la raison,
- Aimer à n'en savoir que dire...
- A n'avoir que toi d'horizon.
- Et ne connaitre de saison, que par la douleur du parti. Aimer à perdre la raison...
- Ah c'est toujours toi que l'on blesse,
- C'est toujours ton miroir brisé, mon pauvre bonheur,
- Ma faiblesse.
- Toi qu'on insulte et qu'on délaisse, dans toute chaire martyrisée...
La chanson résonne longtemps. Elle dure des heures me semble-t-il, et pourtant lorsqu'elle s'arrête, je voudrais qu'elle se poursuive encore. Leurs voix de cristal pur enchantent mon coeur et me rappellent pourquoi je veux vivre. Pour elle, si belle, si douce, enchanteresse à la voix d'or.
- Tu devrais rentrer Katniss, ta petite soeur t'attend.
La petite fille hoche la tête, et, après un dernier baiser sur la joue de son père - comme je l'envie ! - elle disparaît en courant, l'air heureuse. Je la regarde partir, un peu triste.
- C'est bien toi, Peeta ?
La voix me fait sursauter. Mince ! Le père de Katniss m'a surpris en train d'observer sa fille. Je rougis violemment et bafouille, la gorge brusquement serrée.
- Ou... oui.
- Ah, tant mieux ! Il me semblait t'avoir reconnu.
Je hoche la tête, muet. Que me veut cet homme ? Il n'a pas l'air en colère, au contraire. Son visage est paisible. Un sourire éclaire ses traits. Katniss a les mêmes yeux que lui.
- Je voulais te souhaiter un joyeux anniversaire en retard, Peeta.
Oh. L'émotion m'étrangle. Je ne parviens plus à parler, même pas à le remercier. Je me contente de pleurer ; même si les garçons ne doivent pas pleurer. Mais bizarrement, devant cet homme, je n'ai pas honte de laisser mes larmes couler. Je sais au fond de moi, intimement, que cet homme me comprend et qu'il est bon.
- Et bien, à plus tard, jeune homme !
Il ébouriffe mes cheveux d'un geste tendre puis s'en va après un clin d'oeil.
Je reste derrière mon arbre, immobile, le temps de me ressaisir. Une mystérieuse émotion étreint tout mon corps et m'empêche de bouger. Mes pensées, elles, ne cessent de s'agiter.
Quelqu'un s'est souvenu de mon anniversaire, quelqu'un que je ne connaissais même pas.
Et cet homme est le père de la fille que j'aime.
Un grand sourire éclaire mon visage. Je me redresse et sèche mes larmes. Finalement, je me suis peut-être trompé. On peut être bête quand on a six ans, hein ?
En réalité, c'est le plus bel anniversaire de toute ma vie.
