Disclaimer : Si je tente d'imaginer le passé de Peeta, c'est grâce à l'oeuvre de Suzanne Collins.

Note : Tous mes remerciements pour vos si gentilles et agréables reviews !


Le soleil réchauffe doucement ma peau. Les yeux clos, allongé sur les briques dures et instables, j'oublis un instant qui je suis et je me laisse aller. L'enfant de six ans disparaît, emporté par le chant des oiseaux. Les geais-moqueurs lancent leurs trilles dans les airs et s'envolent. J'écoute leurs battements d'ailes et je m'imagine le monde tel qu'ils le voient. Des maisons aux contours étranges, des habitants immenses et ridicules, des odeurs appétissantes qui ne cachent pas celle, nauséabonde, du charbon.

Un oiseau pousse un cri. Ils m'ont repéré. J'ouvre les yeux. Ils sont là. Ébahi, je fixe de mes grands yeux les deux geais qui se sont posés sur le toit.

Ils n'ont pas l'air d'avoir peur. Ils s'approchent même courageusement, quémandant une caresse, un bout de pain, un espoir.

Je leur souris et, doucement, pour ne pas les effrayer, je plonge la main dans ma poche. Un des volatiles s'inquiète et agite ses ailes, l'autre reste immobile, ses pupilles braquées sur moi ; il n'a pas peur, il sait que je ne leur veux pas de mal.

Après trente secondes à farfouiller au fond de mon pantalon, je finis par trouver des miettes de gâteau. Ma première impulsion est de les jeter sur le toit pour que les geais-moqueurs les mangent. Je me retiens toutefois et, à la place, je tends la main vers les animaux.

- Gâteau au chocolat fait maison, glaçage framboise, fait maison, premier essai avec mon papa ! dis-je fièrement.

« Papa, papa... Maison... Framboise... » répète l'oiseau. J'écarquille les yeux et j'esquisse un mouvement de peur. Les... Les oiseaux parlent !

Je n'ai pas le temps de bouger. Un pacte muet a lieu entre le premier geai-moqueur et moi. Ses pupilles me dévisagent gravement, puits de sérénité et d'amusement, tandis qu'il baisse son bec pour attraper les miettes prises dans les creux de ma main.

Je n'ose plus faire le moindre geste. L'oiseau me fait confiance et grignote entre mes doigts. Je finis par me détendre et même par rigoler.

- Tu me chatouilles ! je m'écrie en riant.

C'est ce moment que choisit le second volatile pour s'approcher de moi. Rassuré par mon rire semblable à son chant, il vient lui aussi glaner quelques poussières de gâteau. Je souris. Émerveillé. Qui a la chance d'approcher de si près les célèbres geais-moqueurs ? Joackim m'a dit un jour que ces oiseaux répétaient ce qu'on leur disait s'ils trouvaient les mots suffisamment chantants et qu'ils étaient le fruit du Capitole lors de la guerre. Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais pas fait attention à ce récit de plus. Joackim raconte souvent n'importe quoi, c'est un grand frère qui veut faire son intéressant. Aujourd'hui cependant, je le crois. Les geais-moqueurs sont gentils et ils chantent.

Ils ont même repris mes mots. J'ai toujours su que j'avais une jolie voix.

Je redresse le menton, fier de moi, et les volatiles s'en effrayent. Je me fige immédiatement. Je ne voulais pas leur faire peur ! J'attend patiemment, immobile, pendant deux minutes. Les oiseaux finissent par s'apaiser et j'approche ma main droite de leurs plumes colorées. J'ai envie de les toucher...

Alertés par un sixième sens qui m'échappe, les geais-moqueurs s'envolent brusquement. Non ! Revenez !

- Je ne voulais pas ! je murmure en voyant leur plumage disparaître dans le ciel.

Dépité, je laisse tomber les quelques miettes qui me restent sur le toit et je me rallonge sur les tuiles. Le dos contre les pierres chaudes, je ferme les yeux et je me laisse aller. Sous mes paupières closes défilent des oiseaux brillants et une fille étincelante. Elle a le port altier, des cheveux bruns, une robe orange, et lorsqu'elle lève les bras, elle déploie ses ailes immenses. A son tour, la fille s'envole tandis que je reste au sol.

Je rouvre les yeux. Le soleil est presque couché, il va falloir que je rentre si je ne veux pas me faire disputer. Je soupire avant de me lever. Mes traits se crispent en une grimace lorsque je constate que je suis tout courbaturé. Je m'étire et c'est là que je la vois.

La plume orange. Déposée sur le toit par une main invisible.