Disclaimer : Ceci est inspiré de l'oeuvre de Suzanne Collins.

Remerciements : Vraiment, merci pour tous vos commentaires ! Ils me réchauffent le cœur et me font énormément plaisir, je suis ravie que ce petit bout du passé de Peeta vous plaise. Et encore plus si j'arrive à vous réconcilier avec lui, ou même rien qu'à vous le faire aimer un centième de ce que je l'aime, moi. C'est un de mes personnages préférés, tout romans confondus, pour la douceur et la force qu'il a en lui, et je suis vraiment ravie de pouvoir vous faire partager cette idée.


Après ce deuil collectif, la vie a repris son cours normal au District Douze. Les enfants ont recommencé à aller à l'école, les hommes sont retournés à la mine, j'ai continué à me réfugier sur les tuiles.

Tout est presque trop normal. Sur le toit de ma maison, j'interroge le soleil. Comment peut-il laisser les choses redevenir ainsi ? Comment les gens peuvent-ils oublier si rapidement les événements de la veille ou de l'avant-veille ? Et Katniss, et toutes ces familles qui ont perdu quelqu'un, comment vivent-elles à présent ? Toutes ces personnes, sont-elles dans les rues, à travailler, à discuter, ou bien cloîtrées chez elles, immobiles, muettes et sourdes, aveugles au monde ?

Je ne sais pas. Je ne suis qu'un enfant, trop jeune, bien trop jeune, pour comprendre la complexité du monde et des sentiments humains. Katniss... Mon cœur se serre à ton simple prénom. Où es-tu, désormais ? Es-tu toujours aussi seule et droite qu'aux funérailles de ton père ? J'aimerais tant te soutenir, t'aider, t'apporter du réconfort, mais je ne t'ai jamais parlé. Je n'ai jamais eu le courage d'affronter tes yeux gris.

Comment un inconnu pourrait-il t'aider ? Je suis sûr que tu me prendrais pour un fou, si j'osais te dire que je t'aime. Et tu aurais bien raison, on n'aborde pas les gens en leur disant qu'on les aime. Pourtant, j'aimerais tellement te parler...

Katniss, comment vas-tu ? Ta mère et ta sœur ont-elles cessé de pleurer ? Et toi, as-tu laissé couler ces larmes que j'ai pleuré pour toi ? Je me doute bien que non. Tu es forte, si forte, mais tu es une enfant, toi aussi. Et que peuvent nos cœurs d'enfant face au monde ?

Je défie du regard le soleil. Il est faible, il prend la retraite, se cache derrière les nuages. C'est mieux ainsi. Si le soleil ne rayonne pas, s'il n'étend pas son brillant éclat sur le District Douze, alors j'aurais l'impression que lui aussi est en deuil, que lui aussi respecte les sentiments de Katniss.

Et puis, soudainement, j'aperçois du mouvement. Je tourne la tête. Depuis mon toit, je distingue la forêt, et dans mon dos, derrière la cheminée qui m'abrite, la ville aux pavés hésitants, gris et mal assemblés, la poussière qui recouvre le sol. Je me relève légèrement, en veillant à rester caché par la cheminée. Ce n'est pas que monter sur les toits soit interdit, même si c'est désapprouvé, c'est surtout que si quelqu'un m'aperçoit, il s'empressera de dire à ma mère où je me cache. Et je suis bien trop tranquille ici pour qu'elle vienne m'attraper et me crier dessus.

Ce sont des oiseaux qui ont attiré mon regard vers la forêt. Ils volent bas, survolant les feuilles, planant habilement. Je me demande pourquoi ils restent aussi longtemps dans les airs, sans oser se poser. J'attends un moment, curieux, mais je ne vois rien. Uniquement un coin de la forêt et une partie du grillage qui sépare le Près de l'immense mer d'arbres.

- Peeta ! Peeta, où es-tu ?

Pendant une seconde, j'ai le fol espoir que ce soit Katniss qui m'appelle. Puis je me secoue et je reviens à la réalité. Réveille-toi, imbécile, c'est ton frère qui te presse de revenir dans la maison ! Je me sermonne puis, doucement, sans faire de bruit, je passe la tête par la fenêtre. Karim est déjà redescendu, tant mieux. Je me glisse par l'ouverture de la fenêtre et me réceptionne sans mal sur le sol de ma chambre. Mes frères ignorent tout de mon jardin secret, et ce n'est pas faute de me chercher chaque fois que je disparais ! Mais Joackim, qui a bien compris que j'avais besoin d'être seul, ne fait que semblant de chercher ; alors que Karim, lui, souhaite absolument savoir où je me réfugie. Il a vérifié partout : les placards, les lits, en dessous des lits, le grenier, le sous-sol... Il a oublié le toit. Je souris en pensant que Karim ne me trouvera jamais : il a le vertige !

- Ah, tu es là ! s'exclame mon frère en me voyant dans les escaliers. Papa te cherchait, il voulait savoir si ça t'intéressais d'apprendre à faire une crème pâtissière.

Une crème pâtissière ? Miam ! Je descends aussitôt quelques marches, le sourire aux lèvres. J'arrive à côté de papa, à l'arrière de la boutique. Même s'il a l'air fatigué, il me sourit gentiment. Depuis que nous nous sommes réconciliés, il fait beaucoup d'efforts pour m'intégrer dans la famille, des efforts qui font grogner ma mère. Mais tant pis, je suis heureux de cuisiner et bientôt, je deviendrais le plus grand pâtissier de tout le District ! Et même plus, de tout Panem !

- Haha, toi tu te voyais encore être le maître du monde, rigole mon père en passant ses doigts enfarinés dans mes cheveux.

Je ne réponds rien. Je m'en veux, soudainement. Papa détecte aussitôt mon changement d'humeur. Il sort son grand carnet de recettes, dont il n'a pas besoin, puis cherche les ingrédients. Je sens son regard sur moi tandis que je pousse un tabouret à côté du plan de travail.

- Papa... je commence. Je...

Je me tais, indécis. Maman passe alors à côté de moi, bouscule le tabouret, me heurte, ne s'excuse pas. Je ne dis rien, papa non plus. Je pense à Katniss. Pendant que je souris gaiement et que je profite de mon père, elle vient de perdre le sien. C'est injuste.

Papa attend que ma mère sorte de la pièce et retourne au comptoir. D'après la sonnette, nous avons des clients. Ma mère, un gâteau et une tourte dans les mains, repasse devant nous sans nous adresser la parole, à peine un regard noir. Elle ne m'aime toujours pas. Je soupire, désespéré.

- Je crois savoir à quoi tu penses, Peeta.

Je me tourne vers mon père, surpris, avant de fixer mon regard sur le saladier de verre.

- Mais tu sais... Quoi qu'il arrive, la vie continue. Nous devons faire avec. Je suis allé voir les Everdeen ce matin. C'est la petite Katniss qui m'a ouvert la porte. Je leur ai porté du pain.

Je me retiens de mitrailler mon père de questions. Comment était-elle, allait-elle bien ? Souriait-elle ?

- Elle a refusé mon offre. Elle dit qu'elle se débrouillera. C'est une petite fille très forte, alors je n'ai pas insisté. Ç'aurait été insultant pour elle, tu comprends ?

- Mais ce n'est pas ça du tout, papa ! C'était gentil !

Mon père me sourit. Il passe une nouvelle fois sa main dans mes cheveux.

- Tu es un gentil garçon, Peeta. Katniss et sa famille se sont toujours débrouillés sans aide, et même maintenant que son père est mort, elle s'en sortira. Katniss n'a pas besoin de notre pitié, Peeta.

Je fronce les sourcils, perplexe. Je n'ai pas pitié de Katniss, j'ai juste mal pour elle. Ça me fait mal de savoir qu'elle ne va pas bien, qu'elle ne sourit pas, ça me fait mal lorsque je la revois debout sur l'estrade, face au maire, veillant sur sa mère et sa sœur inconsolables.

- Aller, souris, Peeta. La vie continue, même si personne ne sait combien de temps il nous reste à vivre. La vie continue, fiston.

Je hoche la tête. Je comprends ce qu'il essaye de me dire. Puis, brisant ce moment de communion, ma mère est entrée dans l'arrière-boutique en criant et vociférant. En la voyant, rouge de fureur et de chaleur, prête à m'étrangler parce que je me trouve sur son chemin, je me dis en soupirant, et en ayant l'impression de grandir un peu, que la vie continue malgré tout. La vie trace sa route, peu importe nos souffrances. C'est à nous de nous battre et de vivre chaque jour pleinement, intensément ; c'est ainsi que dans le District Douze, la vie repris son cours.