L'île de la tante à Shion
Résumé des chapitres précédents (imaginer un texte défilant sur fond de ciel étoilé, avec une musique épique de circonstance) :
Saint Seiya a sombré dans le chaos. L'audimat chutant dramatiquement, il doit suivre la mouvance actuelle et se recycler au plus vite en émission de télé-réalité. Après l'échec cuisant d'A la recherche de l'incroyable talent de la nouvelle star de Saint Seiya, le noble Dohko, moderne Merlin, part en quête du Saint Graal télévisuel qui saura insufflé un vent nouveau à cet univers en perdition.
Secondé par Shiryu et Okko, ses fidèles disciples et par la chaste et pure Shunrei, parviendra-t-il à surmonter les innombrables épreuves qui se dresseront sur sa route ? C'est ce que vous saurez pas plus tard que tout de suite….
La fumée du volcan avait encrassé les turbines du jet. En dépit des efforts désespérés du pilote, l'avion ne put conserver sa trajectoire d'approche et s'abîma en mer. Seuls rescapés du crash, Shiryu nagea jusqu'au rivage, son bien-aimé maître confortablement installé sur le dos.
- Fumées inoffensives, grommelait le fripé Saint de la Balance. Les contrôleurs aériens vont entendre parler de moi ! Il y a des têtes qui vont sauter, et ce dans tous les sens du terme !
Shiryu, véritable chat noir du trafic aérien, préféra ne pas rappeler à son mentor que chacun de ses déplacements se soldait toujours par un résultat similaire. Déposant son fardeau sur la plage, il avisa l'île maudite de ses yeux fraîchement ranimés et admit :
- C'est donc ici qu'Ikki s'est entraîné ? Bizarre, je n'imaginais pas du tout ce lieu aussi…. Hospitalier.
Effectivement, le diaporama qui s'offrait aux regards des Robinsons n'avait rien de cauchemardesque. Noyée de verdure, l'île était luxuriante de palmiers, de verdures et de vahinés dociles qui, bassins ondulants, venaient offrir des colliers de fleurs aux nouveaux arrivants. Un solide gaillard, portant un masque tribal et cachant ses cicatrices pectorales sous une chemise hawaïenne, apostropha alors le singulier trio :
- Aloha ! Soyez les bienvenus ! Je suis Guilty, votre GO ! Mon équipe et moi-même espéreront que votre séjour se déroulera sous les meilleurs…
- Il suffit, le coupa Dohko. Nous ne sommes pas en villégiature. Je dois, séance tenante, m'entretenir avec la muvienne a qui appartient ce bout de rocaille, la légendaire vieille tante de mon ami Shion.
Guilty, une larme de crocodile coulant à la jointure de sa visière, répondit :
- Hélas, mille fois hélas, la reine nous a quitté voici de cela plusieurs lunes. Un stupide accident, elle a glissé dans le cratère du volcan, alors qu'elle accomplissait un jogging à trois heures du matin, pas une nuit de grand vent et de pluie acide. A mon corps défendant, il a donc fallu que j'assume sa succession à la direction de l'île.
- La reine est morte, s'exclama Dohko. Diantre, que c'est triste. Toutefois, cela explique les menus changements dans le panorama.
- Ainsi que dans le règlement intérieur, compléta Guilty. Nous en avions assez de cette réputation d'îlotiers nationalistes et aigris et avons ouverts nos frontières aux touristes de tous poils. Pour peu qu'ils aient les poches bien remplies, ils pourront profiter d'un agréable séjour dans nos installations flambant neuves.
- Voilà qui ne m'arrange guère, se renfrogna le lilliputien buddleia. Moi qui escomptais pouvoir proposer à la vieille mégère d'accueillir les candidats de la nouvelle émission que je comptait produire sur sa terre sanguinolente, il a fallu que son fief se métamorphose en décor de carte postale au rabais.
- Une émission, flaira le maître des lieux. Quel genre d'émission ?
- Bah, un bête survival où les candidats auraient été parachutés dans un univers hostile. Le but était qu'au terme de challenges « extrêmes », un candidat soit évincé chaque semaine, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un seul et unique aventurier. Mais, désormais, le seul challenge de l'île sera de parvenir jusqu'à l'hôtel sans s'être fait dévaliser par les vendeurs ambulants.
- Je vois, je vois, méditant l'homme au masque de fer, en se frottant ce qui lui servait de menton. Effectivement, ce genre de projet paraît difficilement réalisable, à l'heure actuelle. Cependant, vous ne vous serez peut-être pas déplacés pour rien. Triffffff !
Après ce sifflement de Fantômas (difficile à retranscrire par des mots, vous en conviendrez), un groupe de bellâtres imberbes et de nymphettes difficile à fixer ailleurs qu'à la hauteur si symbolique du cœur, se montra à la vue du Chinois et de son disciple.
- Voici mes assistants, les présenta le Dark Wador des îles. Beaux spécimens, n'est-il point ?
Dohko acquiesça de bon cœur, pendant que Shiryu, reconnaissant Dragon Noir parmi les spécimens en question, se contenta d'un haussement d'épaule voulant dire que la copie n'égalerait jamais l'originale. Très en verve, le fantôme de l'Opéra reprit alors :
- Il existe un petit jeu cruel, habitude oblige, auquel nous nous livrons quotidiennement. Quand un couple de jeunes tourtereaux débarquent, mes assistants s'amusent à les, disons, tenter. En gros, nous les séparons sous divers prétextes et pendant que mes poulains exhibent leurs muscles saillants sous les yeux de la donzelle, mes filles s'occupent de divertir son compagnon. Le but du jeu étant, premièrement, de savoir lequel des deux va trahir son aimé(e) avant l'autre et, deuxièmement, de vérifier si le couple pourra encore être appelé ainsi, une fois le moment du départ arrivé. Reconnaissez que c'est plus drôle que ces prétendus concours où les organisateurs se contentent de cumuler le poids des différentes proies, qui se succèdent dans leur lit pendant la saison du rut.
Petit à petit, Dohko comprit où Zorro voulait en venir.
- Je vois, je vois, paraphrasa-t-il. Une ou deux caméras, par ci par là, et ce petit jeu pourrait se transformer en grand divertissement cathodique. Rien de tel qu'un peu de voyeurisme pour émoustiller le PAK (paysage audiovisuel Kurumadien), qui connaît déjà depuis peu une recrudescence de sujets d'investigations et de caméras filmant les dessous de Pand… l'envers peu reluisant du décor. Et, je suppose que vous seriez tout disposés à nous fournir tentateurs et lieux de tournages contre une légère rétribution ?
- Une très très légère rétribution, corrigea V (pour vénal). Et si vous doutez encore, voici une petite démonstration du talent indiscutable de mes employés. Esméralda !
La blonde amie d'Ikki, ayant troquée depuis longtemps la robe à fleurs contre une tenue plus adapté au commerce, s'approcha de Shiryu. Tout en roucoulades calculées, elle posa innocemment sa main sur son torse glabre, encore ruisselant de sel marin.
- Dragon Noir m'a raconté votre combat, minauda-t-elle. Ca a du être terrible, un duel opposant deux force de la nature telles que vous. Et tout ce sang versé, alors qu'il aurait pu être utilisé à des fins cent fois plus agréables, quel gâchis !
- Le sang est la sueur des héros, se contenta de répondre le Dragon. Il ne doit alimenter qu'un seul organe, la volonté sans faille de son porteur.
Désarçonnée, Esméralda changea immédiatement son fusil d'épaule :
- Certes. Mais l'apprentissage d'un héros ne saurait être complet sans celui de la virilité. N'as-tu jamais eu le désir d'aiguiser Excalibur sur d'autres champs de bataille que ceux que tu fréquentes quotidiennement ?
- L'épée sacrée ne saurait être utilisée à des fins personnelles. Elle ne doit être employée que pour perforer les défenses ennemies et le faire gémir de douleur sous les assauts répétés de la justice inflexible. Certains, fascinés par cette puissance, ont souvent changé de bord à cet instant crucial. Qu'Athéna les bénisse pour ce revirement inattendu.
- Et croyez-moi, il sait de quoi il parle, intervint Dragon Noir. J'ai d'ailleurs eu de la chance de m'en tirer à si bon compte. Nombre de ses adversaires suivants ont senti les pulsations de son ultime dragon vengeur dans leur dos, quand il les a envoyé au septième ciel.
- Est-ce à dire que nous nous trompons de tentation ? s'interrogea Andromède noir, la vipère déjà en main. Si ce n'est que ça, je veux bien tenter ma chance…
- Inutile, le contredit Guilty. Ma fille a du métier. Regardez comment la blanche colombe va faire fondre la cuirasse du preux chevalier.
En effet, Esméralda avait décidé de sortir le grand jeu. Simulant une blessure au cœur, elle tomba dans les bras de Shiryu.
- J'ai si mal, gémit-elle. Tâtes mon cœur, il s'est emballé de façon si violente. Ce doit être la droiture qui émane de toi, elle me transcende. Apprends-moi à me fondre dans la justice ! Je veux devenir comme toi !
Le japonais, très heureux d'avoir encore ramené une âme égarée dans le droit chemin, s'apprêtait à un baptême peu catholique. Mais, goujat de première, il relâcha sa captive consentante en découvrant le couple qui s'extirpait de l'onde déchaînée.
- Shiryu, claironna le nouveau venu. Quand tu auras fini de jouer les confesseurs, tu pourras peut-être t'occuper de ta première groupie en date. J'en ai plus qu'assez de devoir toujours la sauver de la noyade. A plus forte raison quand elle est habillée !
- Okko ! S'étonna le meilleur ami de Seiya, avant de s'écrier : Zut Shunrei, j'ai oublié de la sortir de la carcasse de l'avion. C'est regrettable.
- Regrettable, s'exclama Esméralda. C'est tout ce que tu trouves à dire, après avoir abandonné ta fiancée à une mort certaine ?
- Oui bon, je suis désolé. Ca va comme ça ? Ce sont des choses qui arrivent.
- Impressionnant, siffla Guilty. C'est bien la première fois qu'un couple se sépare avant même d'avoir posé le pied sur l'île, et surtout de cette manière ! Simple question, votre disciple est toujours ainsi ?
- Bien sûr que non, ricana Okko. D'habitude il est cent fois plus austère et cassant. Il faut croire que l'air vicié de l'île lui réussit.
Plus pondéré, Dohko répliqua :
- La justice est une amante qui ne supporte pas de rivales. Et avec toutes les têtes de pioches qui composent notre armée, vos tentations ne risquent guère de leur hérisser les poils et le reste. Navré, mais nous nous passerons donc de vos services. Ce serait inutile d'investir de l'argent dans un fiasco annoncé. Shiryu, va me repêcher le jet, nous partons vers de nouvelles aventures !
Toujours aussi obéissant, Shiryu plongea sans omettre d'objection. Okko, quant à lui, confia Shunrei aux bons soins des tentateurs noirs et entreprit de briser la glace avec une Esméralda encore chamboulée par son échec cuisant. Tapant des mains, Dohko coupa sa tentative d'approche et dit :
- Fini de jouer les enfants ! On se prend par la main et rentre sagement au bercail !
Shunrei, revenu à elle, repoussa avec douceur ses sauveteurs et sans un mot, se posta devant son grand-père adoptif. Okko, résigné, s'apprêtait à faire de même, quand Guilty le prit par le coude :
- Pourquoi lui obéis-tu ? Si tu restais avec nous, je pourrais te dégoter un poste au sein de mon équipe. Depuis le départ de mon emplumé de disciple, je manque cruellement de personnel !
- Impossible ! Depuis qu'il m'a repris à son service, je dois l'accompagner partout où il ira, c'est la règle inaliénable. Et puis, si je reste ici, comment pourrais-je lui tenir son parapluie, quand il voudra courir les nuits de grand vent, au bord du premier précipice venu ?
Concluant d'un clin d'œil, le Tigre débraillé regagna sa position, savourant déjà les multiples périples qui attendaient ce quatuor si mal assorti.
