Chapitre 20 : Révélations finales
— Bonjour, comment vous sentez-vous ? demanda l'infirmière sitôt remise de ses émotions.
Saeko et Kaori se tournèrent vers elle sans se lâcher et clignèrent des yeux pour lui faire comprendre que tout allait bien. Bien sûr, elles ressentaient la douleur de leurs blessures, mais moralement, elles étaient aux anges et cela les aidait énormément.
— Je vais aller avertir les médecins qui vous suivent afin qu'ils viennent vous ausculter. Il faudra alors vous lâcher la main à ce moment là, leur dit l'infirmière tout sourire, faisant un clin d'œil à Kaori lorsqu'elle remarqua que celle-ci l'avait reconnut.
Elle ramassa alors son carnet de notes et ressortit rapidement.
Quelques minutes après, alors que le préfet de police arrivait, il vit les médecins entrer dans la pièce et se hâta à leur suite. Seulement, la sécurité l'empêcha d'aller plus loin.
— Laissez-moi voir ma fille, criait-il à tue-tête… En vain.
Et ce fut à ce moment là que Ryô arriva à son tour, les bras chargés de deux bouquets de roses. Calmement, il s'approcha du tumulte.
— Monsieur Nogami, calmez-vous je vous prie, intervint l'infirmière.
— Je ne me calmerai que si je puis voir ma fille, rageait-il.
— Votre fille est revenue à elle. Les médecins sont auprès d'elle et de son amie pour vérifier que tout aille bien, expliqua l'infirmière avec douceur.
Ryô connaissait cette beauté, sa voix lui était familière. Á ces mots, le préfet sentit un poids disparaître de ses épaules et sa nervosité s'évacua aussitôt.
— Merci, Mademoiselle.
— Allez vous asseoir cinq minutes, je viendrais vous chercher lorsque vous pourrez aller les voir. C'est aussi valable pour vous, Monsieur Saeba, rajouta l'infirmière en se tournant vers lui alors qu'il lui tâtait ses fesses.
Ryô la reconnut aussitôt. Yoshimi Iwai.
— Bonjour, Yoshimi. L'école d'infirmière vous a-t-elle réussie ?
— Plus que je ne le pensais. Merci à vous.
— Je n'y suis pour rien.
L'infirmière sourit et s'éclipsa tandis qu'ils prirent place dans une salle d'attente où ils attendirent silencieusement.
— Jeune homme, commença le préfet.
— Oui ?
— La… La petite fille… le préfet s'arrêta un instant, soupirant. Savez-vous qui est la petite fille qui est venue déposer une fleur en origami aux côtés de ma fille la semaine passée ?
— Une petite orpheline… Seako, des amis et moi-même avons en commun d'aider les orphelinats de la ville, dans la mesure du possible. Vous souvenez-vous que votre fille, Yuka, avait monté une pièce de théâtre au profit d'un de ces orphelinats ?
— Je ne peux que m'en rappeler, un abruti s'en était pris aux acteurs…
— Cette petite fille est actuellement dans cet orphelinat. Dans certains cas, il n'est pas rare que des enfants se prennent d'affection pour les adultes qui les aident et les accompagnent.
— En effet… Mais cette petite fille… On croirait Saeko au même âge, fit le préfet pensif.
Pourquoi pensait-il alors à elle ?
— Messieurs, intervint l'infirmière, vous pouvez aller voir Madame Nogami et Mademoiselle Makimura, je veux dire, Madame Saeba, se rectifia-t-elle en souriant.
Ryô observa le préfet en cachant un sourire.
— Suivez-moi, nous les avons changées de chambre. Par ailleurs, félicitations, Monsieur Saeba.
…
Lorsque les deux hommes entrèrent, elles en eurent les larmes aux yeux.
— Papa.
— Ryô.
Dirent-elles d'une faible voix.
Ryô s'approcha de sa dulcinée et l'embrassa tendrement avant de déposer le bouquet de roses rouge à ses côtés.
— Bonjour, Sugar Boy.
Le préfet, trop heureux de revoir sa fille vivante ne le réprimanda pas et s'installa à ses côtés.
— De la part de ce jeune homme, dit-il tandis que Saeko remarqua le bouquet de roses rose.
— Merci, Ryô, sourit-elle.
— Messieurs, bonjour, dit un des médecins encore présent. Vous pouvez être certains que ces deux jeunes femmes ont une bonne étoile qui veille sur elles.
'Et pas n'importe laquelle,' songèrent Saeko et Kaori en s'échangeant un regard.
Elles savaient intuitivement que leur rencontre avec Hideyuki n'était ni un rêve, ni le fruit du hasard.
Le médecin refit un bref récapitulatif de l'état des jeunes femmes dont les sourires s'effacèrent aussitôt lorsqu'elles apprirent ce qu'elles avaient traversées. Puis le médecin les laissa, rappelant néanmoins qu'elles avaient besoin de repos et que les visites n'étaient autorisées que pour de courtes durées. Bien que se sentant fatiguée, Saeko posa une question.
— Papa, as-tu appris autre chose concernant Smith ?
— Oui, grâce au directeur d'interpol. Richard Smith était un ancien policier gradé à interpol, mais c'était un vendu. Il a été licencié et dégradé pour violence et mis en danger d'autrui. Parallèlement, j'ai appris qu'il avait un lien avec les corbeaux et qu'il s'était fait évincé du clan. Ayant gardé ses entrées à interpol grâce à un ami, l'inspecteur Ayato Misushi…
— Ayato Misushi ! s'exclama Saeko l'interrompant alors. Je croyais qu'il avait été lui-mêrme licencié il y a de cela neuf ans.
— En effet, mais suite à l'affaire des corbeaux, nous avons commencé à démanteler un réseau de policiers corrompus. Certains d'entre eux étaient encore en relation avec lui.
Saeko soupira, elle entendit vaguement son père continuer son histoire tandis que le sommeil la gagna.
— Monsieur Nogami, intervint Kaori d'une petite voix, je pense que vous pouvez vous arrêter.
Le préfet s'arrêta alors et regarda sa fille qui dormait paisiblement.
— Je repasserai plus tard, dit-il en se levant. Je vais aller informer sa mère et ses petites sœurs. Reika et Yuka ont déjà prévues de passer, sourit-il.
Il salua Kaori et Ryô puis sorti de la chambre.
— Vous avez eu beaucoup de chances, murmura Ryô en prenant tendrement la main de sa dulcinée.
— Je suis désolée, Ryô, je… commença-t-elle les larmes aux yeux.
— Kaori, tu… Tu n'es en rien responsable. J'aurais du vérifier m'en être débarrassé définitivement avant de revenir à la mini. De plus, tu as été plus rapide à comprendre ce qu'il avait en tête, mais cela ne veut pas dire que j'approuve ta décision de t'interposer de la sorte.
— Ryô, j'aurais souhaité être plus rapide et nous faire tomber avant le tir, dit Kaori.
— Je t'interdis de remettre ainsi ta vie en danger, réprimanda Ryô.
— Je… Quand j'ai réalisé qui allait être la cible de Smith, j'ai eu une sorte de flash, de vision.
— C'est-à-dire ? questionna-t-il.
— Le visage de mon frère m'est apparu inquiet et sitôt après, j'ai vu le celui d'une petite fille qui pleurait. Je crois que je n'ai pas cherché à comprendre.
— Hideyuki t'aurais demandé de protéger Saeko au risque de perdre ta propre vie ?
— Bien sur que non ! Sans doute qu'il ne voulait pas que je risque ma vie ainsi, soupira Kaori. Maintenant… Je me demande si cette petite fille n'est pas la nièce dont il parlait, dit-elle en baillant avant de fermer les yeux.
— La nièce dont il parlait ? s'étonna Ryô.
Sans réponse de sa part, il remarqua que sa tendre moitié s'était endormie à son tour.
— Reposes-toi, Sugar, je crois que tu viens de m'éclaircir quelque peu. J'ai une petite course à faire, je reviendrais bien vite, sourit-il avant de déposer un tendre baiser sur son front.
…
Lorsque Saeko et Kaori se réveillèrent, elles étaient seules. Mais au vue du nombre de bouquets et des diverses petites peluches, nul doute qu'elles avaient eu des visiteurs.
— Dis-moi, Saeko.
— Qu'y a-t-il Kaori ?
— À propos de ta petite fille…
— Je ne sais pas si j'en ai le droit après tout ce temps, soupira Saeko.
— Je lui aurai sauvé la vie ? questionna Kaori tentant une autre approche.
— Oui. Te rappelles-tu de la « Belle au bois dormant » montée par Yuka ?
— Je ne peux que m'en rappeler, rougit Kaori affolant le cardiogramme un court instant.
Saeko la regarda souriante… Il est vrai que Yuka avait fait en sorte que Ryô interprète le rôle du prince et Kaori celui de la princesse.
— Après que le malfrat ait ouvert le feu, le public a été évacué.
— Oui. Il ne restait alors plus que nous et une petite fille tétanisée.
Saeko confirma d'un hochement de tête.
— C'était ma petite Kaori.
Flashback.
Kaori se tenait le flanc gauche douloureux. La rafale du malfrat semblait ne pas avoir fait de victimes sérieuses. Elle se trouvait à l'opposé de Ryô et Saeko. Pour répondre aux besoins de la pièce, Ryô avait laissé son arme en coulisse, à la lecture de son visage il devait s'en vouloir. Non loin d'elle se trouvait une petite fille pleurant à chaudes larmes. Elle n'était visiblement pas blessée mais complètement apeurée. Elles se trouvaient toutes deux en contrebas de la scène. Soudain, Kaori avait remarqué un spot se détacher et tomber. Victime lui aussi du tireur fou. Seulement la petite se trouvait juste au-dessous de celui-ci. Oubliant sa douleur, oubliant le danger, elle s'était précipitée vers elle et l'avait saisi dans ses bras en sautant… Elle avait entendu Ryô et Saeko l'appeler, ainsi qu'un nouveau coup de feu retentir, avant de finir sa chute et de perdre connaissance après avoir heurté une marche d'escalier menant à la scène en tombant à terre.
Fin du flashback.
— Ce n'est pas moi que tu avais alors appelé, sourit Kaori.
— En effet… J'étais inquiète de ne rien pouvoir faire moi-même. Pourtant, je sais qu'elle n'était pas la cible du malfrat… Tu sais, elle a prit l'habitude de m'appeler « Maman Saeko ». La toute première fois, j'ai cru qu'elle m'avait démasqué. J'ai senti mon cœur se briser et j'ai fondu en larmes à son plus grand étonnement. Elle s'en est voulut et est partie en courant de son côté, croyant avoir dit quelque chose de mal. La directrice de l'orphelinat m'a aidé à la retrouver. Je l'ai prise dans mes bras et lui ai simplement expliqué que j'avais été très touchée, et nous avons pleuré ensemble. J'ai faillit craquer plus d'une fois, lui avouer ce qu'il en était réellement, lui révéler que j'ai sa mère, mais… À chaque fois mes affaires devenaient difficiles, dangereuses et je ne pouvais pas déranger Ryô pour un rien. Je me suis demandé comment elle réagirait si elle apprenait la vérité.
— Tu sais, Saeko, les enfants sont très intuitifs… Et si elle t'appelle maman, c'est qu'elle a déjà beaucoup d'affections pour toi.
Saeko sourit à la remarque.
— Ce n'est peut-être pas le bon moment, je ne voudrais pas lui faire peur.
— Pourquoi voudrais-tu lui faire peur ?
— As-tu vu où nous nous trouvons ?
— A l'hôpital.
— Certes, mais dans le secteur des soins intensifs.
— Toutes ces peluches et ces fleurs me l'ont fait oublier, soupira Kaori en fermant les yeux un instant.
— Dis-moi, Kaori ?
— Oui, murmura-t-elle les paupières lourdes.
— Comment as-tu su ? questionna Saeko.
Elle n'eut droit pour toute réponse qu'à une profonde inspiration qui lui fit écho. Saeko sourit et ferma les yeux à son tour, bien que brève, la discussion n'en avait pas été moins éreintante.
Trois-quatre jours s'écoulèrent ainsi, mêlant visites familiales, amicales et brèves discussions. Kaori avait répondit à Saeko avoir écouté son cœur, son intuition. Quant aux médecins, ils avaient été surpris par leurs vitesses de récupération, surtout suite à leurs sérieuses blessures. Durant de laps de temps, Ryô avait fini sa propre enquête, c'est ainsi que le cinquième jour…
Saeko et Kaori avaient changé de chambre et de service. Elles discutaient de nouveau en attendant leurs familles et leurs amis.
— Kaori, tu sais quoi ?
— Je pense que je ne vais pas tarder à savoir.
— La première chose que je ferais en sortant d'ici sera de passer à l'orphelinat pour remplir les papiers, sourit Saeko.
— Tu prends la bonne décision, rétorqua Kaori rayonnante.
Trois petits coups résonnèrent.
— Entrez ! dirent-elles à l'unisson.
La porte s'ouvrit sur le préfet Nogami.
— Bonjour, Mesdames, comment allez-vous aujourd'hui ? questionna-t-il.
— Bien mieux, merci, répondit Kaori.
— Très bien, Papa, fit Saeko maligne en se redressant davantage et le regardant de façon espiègle alors qu'il prenait place à ses côtés.
— Toi, tu as quelque chose à me dire. Je reconnaitrai ce regard de petite fille fautive entre milles.
— Papa ! s'exclama-t-elle rouge de confusion.
— Tu m'as beaucoup fait ce regard par le passé, il m'est bien difficile de l'oublier, renchérit-il.
Saeko soupira, sentant sa décision s'amenuiser. Elle sentit soudain de la chaleur sur son épaule droite. Kaori s'était levée et avait posé sa main pour l'encourager.
— Kaori ? s'étonna Saeko.
Devant son sourire angélique, elle retrouva son courage.
— Merci, murmura-t-elle avant de regarder à nouveau son père.
Elle sentait son cœur battre la chamade et remercia silencieusement les médecins d'avoir débranché les monitorings de surveillance ce matin.
— Papa… Tu… Tu es grand-père, affirma-t-elle après avoir pris une longue inspiration.
