Chapitre 21 : épilogue
— Comment ça je suis grand-père ? Tu es enceinte ? demanda-t-il sceptique.
— Non, j'ai une petite fille qui aura huit ans le 25 décembre prochain.
— Sois sérieuse, Saeko.
— Mais je le suis, affirma-t-elle perdant son assurance mais gardant son sourire grâce à Kaori.
Le préfet observa sa fille longuement.
— Qui est son père ? interrogea-t-il.
Le sourire de Saeko disparu aussitôt, laissant place à une profonde tristesse.
— C'est feu Makimura, n'est-ce pas ? devina-t-il alors.
Kaori en eut un pincement au cœur.
— Oui, affirma Saeko en un murmure.
— Pourquoi ne m'en avoir jamais parlé auparavant ? Pourquoi ne l'a-t-on jamais vu ?
— Lorsque j'ai réalisé que j'étais enceinte, j'étais déjà bien loin de Tokyo pour une mission importante que tu m'avais alors confiée. Ma vie m'apparaissait plus dangereuse qu'elle ne l'est actuellement pour pouvoir m'occuper d'une enfant. J'ai alors égoïstement décidé de laisser ma petite fille à l'orphelinat. Mayuko, la directrice, a vite vu que j'agissais contre moi-même et m'a récemment avoué avoir toujours refusé des demandes d'adoptions la concernant, prétextant que ce n'était pas une petite fille ordinaire, mais la fille d'un yakuza très dangereux.
— Saeko, fit le préfet abasourdi.
Les mots lui manquèrent, il était partagé entre colère et tristesse. Colère contre sa fille qui avait caché ce secret toutes ces années… Tristesse de ne pas connaître sa petite fille..
L'on frappa de nouveau à la porte. Sans attendre de réponse, l'on pénétra dans la pièce silencieuse. Des pas se firent discrets. Kaori reconnut sans peine ceux de son époux. Les trois occupants se tournèrent pour identifier le nouveau venu.
Le visage de Saeko s'illumina, celui du préfet resta incrédule et celui de madame Saeba rayonnait.
— Kaori, murmura Saeko les larmes aux yeux en découvrant la petite dans les bras de Ryô.
— Maman Saeko, s'exclama-t-elle fondant en larmes et courant vers elle sitôt qu'elle fut déposée à terre.
Ryô l'aida à grimper sur le lit et Saeko l'enlaça tendrement.
— C'est vrai ce que tonton Ryô a dit ? Je reste avec toi pour toujours ?
D'abord surprise, Saeko lui susurra :
— Oui, pour toujours, ma puce, pour toujours.
— Merci, maman.
À cet instant, Saeko réalisa que sa fille connaissait la vérité, mais à quel point ?
— Je suis grand-père, murmura le préfet sous le choc.
Discrètement, Ryô ressortit de la pièce, entraînant sa moitié à sa suite qu'il fit installer dans un fauteuil roulant pour pouvoir aller dans les jardins de l'hôpital.
'Merci Ryô, merci Kaori', songea Saeko pleurant de joie et devinant que leur départ était volontaire.
Au dehors…
— Ryô ? Comment as-tu su ?
— J'ai commencé à avoir des doutes lors de la représentation de « La belle au bois dormant ». Puis lorsque je suis allée la voir à l'hôpital après l'explosion de son bureau, j'ai de nouveau croisé la route de la petite et je lui ai trouvé un air de famille. Elle était alors accompagnée de Mayuko, la directrice de l'orphelinat. Plus récemment, dans un état second, tu m'as parlé de nièce… J'ai alors mené ma petite enquête en compagnie de Laëlia.
— Comment va-t-elle ?
— Elle se remet tout doucettement… Bien que Saeko ait utilisé un nom d'emprunt durant sa grossesse et que l'accouchement ait eu lieu loin de Tokyo, j'ai retrouvé sa trace. Quand Saeko a laissé la petite à l'orphelinat, elle a voulut faire croire l'avoir trouvé sur le bord de la route. Mayuko n'a pas été dupe. D'autant plus que Saeko a multiplié ses allers-venus à l'orphelinat, prétextant toujours une raison XY ou Z. Mayuko savait qu'un jour ou l'autre Saeko finirait par changer d'avis. Son affection pour la petite était palpable. De plus la directrice a aussi remarqué que la petite ne rayonnait que lorsque sa maman Saeko était là. Au fil des années, elle a reconnut l'aura de Saeko. Elle savait qu'elle était là sans la voir. Quant à se défendre, elle ne s'appelle pas Kaori pour rien, dit-il évasif.
— Que veux-tu dire ? questionna la grande Kaori.
— La petite a appris à corriger les garçons beaucoup trop taquins à son goût, et ce en utilisant une massue assortie à sa taille. Mayuko l'a réprimandé la première fois. La petite a alors demandé pourquoi tata Kaori pouvait le faire et pas elle. Mayuko en est restée sans voix. Non pas pour la question en elle-même, mais pour l'emploi du terme tata. Comment pouvait-elle savoir ? Était-ce un hasard ? Était-ce sa façon de désigner les adultes ?
— Lui a-t-elle demandé des explications ?
— Pas sur le moment… Quelques jours après, Mayuko a vu que quelque chose la troublait. Kaori lui a alors raconté avoir rêvait de son papa, de sa maman, de leurs amis, de leurs familles…
— Je dirais bien que c'est complètement irréel, mais je suis très mal placée pour faire une telle affirmation, dit Kaori énigmatique.
— Ce matin, lorsque je suis arrivée à l'orphelinat, Mayuko m'a mené à Kaori. Elle était en train de préparer une petite valise et de décider à qui elle allait laissé ses plus grosses peluches que le père noël Ryô lui avait offert par le passé. Mayuko lui a demandé qui lui avait dit de préparer sa valise. Accroches-toi bien pour la réponse.
— Papa Hideyuki m'a dit que tonton Ryô allait venir me conduire à ma maman Saeko, tenta Kaori en souriant légèrement.
Ryô la regarda incrédule, comment savait-elle ?
— L'intuition, expliqua-t-elle en souriant. Les enfants en ont beaucoup… Après, elle a très bien pu rencontrer Hide dans un rêve.
— Peut-être, mais un rêve…
— Il suffit d'y croire, Ryô. Si je te disais qu'avec Saeko nous l'avons rencontré, me croirais-tu ? demanda-t-elle en un sourire amusée.
Il la regarda comme s'il venait de voir un fantôme tandis qu'un frisson parcouru son dos.
— Kao… Kaori, sois sérieuse, dit-il mal à l'aise.
'Je le suis', songea-t-elle en lui tirant la langue d'un air moqueur.
— Tu n'auras qu'à demander à Saeko, argua-t-elle.
Ryô retrouva un léger sourire avant de se pencher vers elle et de l'embrasser tendrement.
Ils restèrent un bon moment dans le jardin silencieux puis il fut l'heure de retourner à la chambre. Là, le préfet semblait ne pas s'être remis de ses émotions.
— Je suis grand-père, répétait-il régulièrement.
Lorsque la petite Kaori vit revenir tonton Ryô, elle su que la visite était terminée.
— Maman Saeko, il va falloir être courageuse, dit-elle avec le plus grand des sérieux.
— Tu me l'enlèves déjà ? dit-elle à Ryô.
— Ne t'inquiètes pas, nous reviendrons dès demain, aussitôt que l'heure des visites enfants le permets, rétorqua-t-il en lui lançant un clin d'œil tandis qu'il aidait sa moitié à se remettre au lit.
— Merci, Ryô, sourit Saeko rayonnante.
Le préfet sembla soudain redescendre sur terre et réalisa que la petite fille n'était autre que celle qui avait déposé la fleur en origami. Voilà pourquoi elle lui ressemblait tant.
— Saeko, commença-t-il en souriant, je te laisserai faire les présentations avec ta mère et tes sœurs. Une fois que tu seras remise bien évidemment.
— Oui, Papa, tu peux compter sur moi. Sois sage avec tonton Ryô, dit-elle ensuite avant d'embrasser tendrement sa fille sur le front.
— Au revoir, maman Saeko. Au revoir, grand-père. Au revoir tata Kaori, salua la petite les embrassant tour à tour.
Puis elle repartit avec tonton Ryô sous le regard aimant de sa maman.
— Papa, commença Saeko.
— Qu… Oui, bafouilla-t-il avec confusion.
— Je sens que tu vas avoir du mal à ne rien dire à maman, sourit-elle tandis que Kaori pouffa de rire devant le visage à moitié vexé du préfet.
— Je suis grand-père, dit-il une nouvelle fois avec un large sourire.
Bien après, tandis que le préfet venait de partir, elles eurent la visite surprise de Sayuri. De passage à Tokyo, elle était passée chez Ryô et Kaori croyant y trouver sa sœur. Mais hormis Ryô, sa cliente et une petite fille, elle n'avait pas vu la personne escomptée. Ryô lui avait alors expliqué les grandes lignes de l'affaire et elle s'était dépêchée à l'hôpital de police.
— Lorsque je suis partie de l'appartement, Ryô a voulu me sauter dessus, à son habitude.
— Si je le tenais celui-là, gronda Kaori.
— Ne te fais pas de soucis pour lui. La petite fille présente l'a alors corrigé avec une massue assortie à son gabarit. En grommelant, Ryô lui a di, je cite : « Ha non ! Pas toi aussi, Kaori. » Tu peux m'expliquer ? questionna Sayuri faisant rougir sa sœur tandis que Saeko étouffa un rire.
— Tu t'adresses à la mauvaise personne. Même si nous sommes officieusement mariés, nous…
— Vous êtes quoi ? l'interrompit Sayuri avec surprise.
— Oups, avec toute cette histoire le courrier a dû rester près de la porte d'entrée et ne pas être posté.
— Comment ça un courrier ? Tu aurais pu me téléphoner….. Oh ! Ce courrier… dit-elle subitement en sortant l'enveloppe de son sac. Ryô me l'a transmise avant que je ne parte.
— Tu sais Sayuri, nous n'avons rien fait d'officiel. La cérémonie est prévue pour la fin d'année. Je ne l'aurai pas faite sans toi. Nous nous sommes juste promis l'un à l'autre en toute intimité.
— Le mot est bien choisi, Kaori, fit remarquer Saeko taquine.
— Que… Ah ! Non… Pas cette intimité là, balbutia-t-elle rouge de confusion.
'Quoique…' songea-t-elle en baissant la tête pour cacher un sourire.
— Donc, qui est Kaori ? questionna de nouveau Sayuri en souriant.
— Elle est ma fille, répondit Saeko un pincement au cœur. Et c'est aussi la nièce de Kaori.
'La nièce de… Oh ! Je comprends.'
Discrète, Sayuri n'interrogea pas plus Saeko à ce sujet et aborda le futur mariage de sa sœur.
…
Deux semaines après les incidents de la finale de base-ball, Saeko et Kaori eurent l'autorisation de sortir. La vie avait repris son cours normal. La famille de Saeko accueillit la petite Kaori à bras ouverts. Lorsque sa fille était revenue la voir à l'hôpital, elles étaient descendues dans le jardin afin d'être au calme pour parler. Là, elle lui avait raconté la vérité, soulageant alors sa conscience. La petite avait pleuré de chagrin, mêlant ses larmes à celles de sa maman. Intelligente pour son jeune âge, elle avait aussi compris le pourquoi et ne lui en voulait pas du tout. Après tout, maman Saeko était venue très régulièrement à l'orphelinat…
La client de City Hunter avait fini par retrouver la forme et l'intégralité de sa voix. Elle était de ce fait retournée à l'hôtel pour y finir son séjour. Ryô l'y avait conduit, en tout bien tout honneur, pour expliquer sa disparition. Le directeur de l'hôtel, vieille connaissance de vieil adversaire de Ryô, s'arrangea pour libérer la chambre au plus vite. Celle-ci avait en effet déjà était réattribué à une tierce personne. Les affaires personnelles de Laëlia avaient elles aussi disparu. Mais assez curieusement, elles réapparurent bien mystérieusement le lendemain de son retour à l'hôtel. Quant aux divers frais, ils furent offerts par la maison. Le directeur jugeant inutile de se remettre Ryô à dos…
Pour son départ, elle fut accompagnée en « famille » à l'aéroport.
— Encore merci pour votre aide, dit-elle à l'inspectrice en lui serrant la main.
— C'est moi qui devrait vous remercier. Bien malgré-vous, vous m'avez permise de récupérer ma petite fille.
— Disons que le destin a fait en sore que ma mésaventure vous apporte le bonheur, sourit Laëlia. Merci à vous aussi, monsieur et madame Saeba, rajouta-t-elle en se tournant vers eux.
— J'espère que vous ne garderez pas un mauvais souvenir du Japon avec cette histoire, dit Kaori.
— Si c'est le cas, je peux vous aider à dissiper ce mauvais souvenir, argua Ryô la bave aux lèvres et s'approchant d'elle perversement.
La française recula soudainement d'un pas.
— Tiens-toi tranquille, s'exclama Kaori en l'assommant avec sa massue spéciale pervers.
— Maman, pourquoi tonton Ryô est-il aussi… bête ? Il m'a pourtant bien dit que…
— Chut, Kaori ! C'est notre secret, rappelles-toi. L'interrompit Ryô rapidement sur pieds. Tu m'as promis de ne rien dire.
La petite fille lui tira la langue d'un air moqueur et s'enfuit tandis que tonton Ryô lui courait après.
Les salutations faites, Laëlia gagna la porte d'embarcation.
Peu après son avion décolla. Derrière la vitre de l'aéroport, une petite fille dans les bras de sa maman faisait de grands signes avec ses petits bras. À leurs côtés, bras dessus-dessous, Ryô et Kaori le regardèrent partir en souriant.
Fin
