The harder they fall appartient à LadyExcalibur2010
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Le militaire
Bella
Je soupirai lorsque la porte claqua derrière Emmett. Ce bruit semblait rythmer nos vies ces derniers temps. Quelquefois j'aurais voulu le secouer jusqu'à ce que ses dents s'entrechoquent mais je voulais juste le serrer contre moi, fort, et lui dire qu'il pouvait les desserrer. Emmett n'avait pleuré que deux fois depuis que Mac nous avait quittés, en fait je ne l'avais vu pleurer que deux fois. La deuxième fois avait été le jour où nous l'avions mis en terre. Lorsqu'ils me tendirent le drapeau j'avais vu, enfin, les larmes couler sur ses joues. La première fois ça avait été la nuit où ils étaient venus nous annoncer cette triste nouvelle.
Il avait attendu jusqu'à ce qu'il pense que ses frères et moi étions endormis. Je pense qu'aucun d'entre nous n'avait dormi cette nuit-là ... ni les suivantes.
Ça faisait deux ans maintenant et je commençais à m'inquiéter pour ce nouvel Emmett, ce garçon presque homme, qui était toujours fâché et amer et qui semblait vouloir le rester. Je ne savais pas comment l'atteindre et aucun des thérapeutes que nous avions vus - suite au conseil des militaires - n'avait rien fait de plus. Oh, ils savaient faire leur travail, ils savaient précisément quels mots dire mais ils ne connaissaient pas Emmett. Moi je le connaissais. Je savais en quoi il ressemblait à son père, je savais en quoi il me ressemblait. Mais par dessus tout, je savais qui il était, mon Emmett.
J'allai dehors pour voir si je pouvais savoir par où il était parti. Mais il avait disparu. Jake était assis sur la terrasse à l'avant et il me regarda. "Il est parti avec son vélo," dit-il. Son petit visage était plissé d'inquiétude.
Je m'assis à côté de lui et le pris sur mes genoux. "Ouais," répondis-je. "Je pense que ton frère est en colère contre moi."
Jake secoua la tête. "Non, il est juste en colère." Des mots sages pour un enfant âgé de seulement sept ans, mais vrais.
"Oui il est en colère," acquiesçai-je en soupirant. "Tu peux y aller, vas-y rentre," lui suggérai-je.
"Non je vais l'attendre ici," dit-il en clignant des yeux. "Ça ira?"
Je souris et lui ébouriffai les cheveux. Il fronça les sourcils mais ne remit pas ses cheveux en place et ça me prouvait qu'il savait que le comportement d'Emmett m'inquiétait.
"D'accord mon petit gars," lui dis-je. "Tu sais que je t'aime, hein?"
Il roula des yeux mais sourit largement. "Oui, oui, je sais. Je suis génial."
En riant je me remis debout et me frottai les mains. "C'est vrai que tu l'es, Jake!"
Deux heures plus tard et Emmett n'était toujours pas rentré. Il se faisait tard et bien que les jours aient rallongé, nous étions en mai maintenant, j'étais anxieuse. Je commençais à regretter de ne pas lui avoir acheté le téléphone portable qu'il m'avait réclamé pendant tout le mois dernier. Après tout m'avait-il dit : "Je ne peux pas rentrer au secondaire sans en avoir un!" Je n'étais pas d'accord mais maintenant je me demandais si ça avait été une bonne décision. Au moins je pourrais l'appeler et savoir où il était. Ou du moins essayer, il pourrait toujours ignorer mes appels. Une fois de plus je regardai par la fenêtre et dans la rue, espérant le voir se précipiter vers la maison sur son vélo. Ce serait très éprouvant pour moi quand il pourrait conduire une voiture et ça serait dans moins de deux ans.
"Je ne suis pas prête pour ça, Mac," murmurai-je. Il me manquait tout le temps mais il y avait des moments comme celui-là où ce vide me faisait mal physiquement. Etre un parent tout seul était ... difficile. Quelques mois avant une collègue divorcée avait commencé à se plaindre qu'être un parent célibataire c'était difficile. Elle semblait croire que nos situations étaient semblables. J'aurais voulu lui dire qu'elle pouvait au moins appeler son ex et obtenir son aide pour les enfants. Mac ne m'aiderait plus jamais avec eux. J'aurais voulu hurler mais au lieu de ça je hochai la tête puis rangeai mon déjeuner et sortis de ma classe.
Quelquefois les gens étaient idiots.
Ensuite le téléphone se mit à sonner ce qui me fit sursauter. Peut-être qu'Emmett était allé chez un copain et qu'il m'appelait pour me le dire. Ouais... parce qu'il aime juste te parler...
"Allô?"
"Euh...Mme James?" Une voix que je ne connaissais pas, veloutée et harmonieuse.
"Oui," répondis-je. Ce n'était sûrement pas un appel publicitaire mais si c'était juste moi je pourrai acheter tout ce que me vendrait Monsieur Charmant. J'en achèterai même deux.
"Je suis avec votre fils." Bon... merde, ce n'était pas bon." Euh ... avec votre fils Emmett." Bien sûr c'était Emmett. C'était le seul qui n'était pas ici mais plus important, il n'y avait que lui qui avait pu se mettre dans des ennuis aussi vite. Et je pouvais dire que c'était des ennuis et pas une tragédie qui avaient déclenché cet appel. L'intuition des mères l'emporte toujours, je pense.
"Qu'a-t-il fait cette fois?" Je voulais juste pleurer. En fait j'espérai trouver quelques minutes pour me cacher dans la salle de bain et avoir un petit break. J'en voulais un et bon sang j'en méritai un. Si une veuve avec quatre garçons n'avait pas droit à une pause alors qui y avait droit?
Je n'arrivai pas à bien faire les choses avec Emmett. Si je lui montrais mon intérêt, il s'en allait comme si j'allais l'étouffer. Bien sûr, il y a une raison pour laquelle vous n'avez qu'à changer une lettre pour transformer materner en étouffer (en anglais 'mothering' en "smothering'). Ça vient comme la défense du territoire. Alors j'essaie de me retenir. La plupart du temps.
"Bon il a jeté une pierre ou autre chose du viaduc et mon pare-brise s'est fissuré." L'étranger semble ennuyé et je ne peux pas le lui reprocher. A ce moment précis Jake et Seth rentrèrent en courant dans la maison, je couvris le téléphone (pas la peine de perturber davantage M. Charmant) et leur criai de se tenir tranquille. Ils se turent immédiatement dans un silence choqué... je leur fis merci d'un signe et retournai à la conversation.
"Ecoutez ce n'est pas tellement les dégâts mais il aurait pu faire mal à quelqu'un..."
"Non, non, vous avez eu raison de m'appeler," le rassurai-je. Je regardai mes garçons. Sam devait être installé quelque part avec un livre (cet enfant est très doué pour trouver un coin ou un recoin, comme un ninja), Jake sauterait partout en apprenant les ennuis d'Emmett. Seth serait ... juste patient. Ce serait plus facile que M. Charmant me ramène Emmett s'il le souhaitait. "Ecoutez je ne peux pas venir. Est-ce que ce serait possible que vous me le rameniez et nous nous arrangerions pour les dégâts?" J'hésitai, espérant que ça lui irait. "Je déteste demander, c'est juste que..."
"Bien sûr," accepta-t-il assez facilement et je soupirai de soulagement. Peut-être me laisserait-il faire ça correctement.
Je dis à Jake et à Seth qu'un homme allait ramener Emmett parce qu'il avait fait des dégâts sur sa voiture. Jake éclata de rire jusqu'à ce que je lui dise de se calmer et que ce n'était pas drôle. Seth roula des yeux et partit à la recherche de Sam - probablement pour lui raconter les exploits d'Emmett. Les frères ne laissent rien passer quand il s'agit de bêtises.
Emmett William James allait être dans tout un tas de problèmes quand il arriverait à la maison. Sa punition ne serait pas encore levée au moment où il pourrait avoir ce maudit permis de conduire, ce qui me ferait un souci en moins. Je m'assis dans le canapé et me rongeai les ongles. Comment avait-il pu? Il aurait vraiment pu blesser quelqu'un. Ou pire... Je voulais pleurer mais je ne voulais pas qu'un étranger me voie avec un nez rouge et des yeux bouffis. Il me restait encore un peu de fierté ... pas trop mais quand même...
Jake restait près de la fenêtre pour guetter. Il était plus vigilant qu'un chien de garde et me tenait au courant de tout ce qu'il se passait dans le voisinage. Il me faisait penser aux voisins dans Ma sorcière bien aimée sauf qu'il était beaucoup plus gentil et que sa curiosité était innocente. Il aime les gens et ça lui plait de les observer.
"Il est là, il est là!" cria Jake. "C'est un militaire!" Il y avait un soupçon de crainte dans sa voix, ce qui était étrange puisqu'il avait vécu près de militaires toute sa vie. Selon lui les soldats étaient les défenseurs de tout ce qui était juste et bon. Et ils auraient dû porter des capes de Superman.
Puis tous les trois se précipitèrent dehors bien que Sam s'arrête juste à l'entrée pour m'attendre. J'entendis Jake traiter son frère d'imbécile. Ça faisait du bien qu'il y ait des choses qui ne changent jamais. Puis Jake jeta un coup d'œil au pare-brise et murmura quelque chose qui disait qu'Emmett était vraiment dans la merde. Sûrement. Jake s'éloigna et je fis comme si je n'avais pas entendu. Je supposai que cela faisait partie de sa fascination pour le reste de la race humaine. Je lui fis 'le regard' et il me lança un regard d'excuse. Nous discuterions de cela plus tard mais pour le moment nous avions un plus gros problème. Emmett.
La seule chose qui m'empêcha de l'enguirlander était qu'il était penaud et semblait malade. Bien. S'il avait été arrogant je ne suis pas sûre que j'aurais pu contenir ma réaction.
"Les garçons?" Ils se retournèrent vers moi.
Et ensuite je fis l'erreur de regarder vers M. Charmant. Je ne pus pas parler pendant un instant. Je voulais me pincer pour m'assurer que je ne rêvais pas. On ne rencontre pas de mec aussi beau dans la vraie vie, qui est plus est, debout dans mon allée avec mon délinquant juvénile de fils à la traine. Pas dans mon monde en tous cas.
Je fermai ma bouche sachant que je ressemblais probablement à un poisson mort. Pourquoi , oh pourquoi ne m'étais-je pas maquillée? Oh bien sûr ... parce que je suis veuve et que je n'ai pas désiré d'homme depuis que Mac est parti. Le sexe est un lieu où je n'irai plus, complètement en dehors de mes préoccupations. Je n'avais jamais pensé qu'un jour je rencontrerai à nouveau un homme qui me ferait regretter de ne plus prendre soin de mon apparence. Il me regarda avec ses yeux verts comme s'il pouvait voir à travers moi. Il paraissait au moins aussi surpris que moi, et je me demandai s'il s'attendait à ce qu'une Amazone soit la mère d'Emmett. Je le savais. Personne ne pensait que je puisse être la mère d'Emmett, il était si grand, et encore plus lorsqu'ils apprenaient qu'il n'avait que quatorze ans, il mesurait déjà presque 1m 80.
"Je suis Bella James," dis-je enfin quand les mots purent sortir de ma bouche. "Et je suis terriblement désolée de ce qui est arrivé." Je regardai Emmett qui avait l'air honteux. "Je peux vous assurer que tout sera réparé."
Je sentis ses yeux sur moi comme s'il me touchait. Ça me laissait confuse... mal à l'aise... et quelque chose d'autre que je ne pus identifier. Ça faisait tellement longtemps. Ce frémissement incertain à l'intérieur de moi ... pourrait-il être ... de l'attirance? Lorsque j'avais rencontré Mac, je l'avais trouvé mignon. Lors de notre seconde rencontre, lorsque je lui avais détaillé mes conditions absolument ridicules pour qu'il puisse me revoir, j'avais su que nous finirions ensemble. Mais ma réaction à cet homme, était beaucoup plus viscérale, comme si quelque chose à l'intérieur de moi appelait quelque chose à l'intérieur de lui.
J'aurais voulu suivre l'élégante ligne de sa mâchoire avec ma langue et goûter la peau fine et bronzée de sa gorge. Je voulais compter les taches de rousseur qui parsemaient sa joue et je voulais savoir si la légère teinte de rouge que je voyais dans ses cheveux courts serait la même dans sa barbe. Et ailleurs.
Merde.
Je ne pouvais pas me permettre de ressentir... peu importe ce que c'était. J'avais quatre garçons à élever et un homme comme lui n'avait certainement pas besoin d'aller chercher au fond du tonneau pour y trouver une veuve qui avait quatre enfants. Je n'avais rien à lui offrir et je devais chasser toutes ces pensées de ma tête, tout de suite.
"Peut-être pourrions-nous parler à l'intérieur?" offrit-il de sa voix mielleuse et légère.
Je déglutis difficilement et opinai. Je fis un signe à Emmett. "Toi. Dans ta chambre. Et personne ne va le déranger. Il doit réfléchir sérieusement."
Evidemment il fallait que Jake fasse son commentaire. "Il va lui falloir un certain temps." Ne. Pas. Rire. C'était le risque avec Jake, il vous faisait facilement perdre le fil de ce que vous faisiez.
Seth commença à râler mais je l'arrêtai immédiatement. Il fallait que je rentre. Il fallait que je rassemble mes esprits. Il fallait que je voie la photo de Mac sur la cheminée, ainsi je pourrais me rappeler toutes les raisons pour lesquelles je ne pouvais pas convoiter ce bel homme. Je donnais des ordres aux garçons et même les menaçais. J'étais trop fatiguée pour faire beaucoup plus.
Je me tournai vers lui. "Entrez s'il vous plait," je fis une pause. Je ne pouvais pas l'appeler M. Charmant. "Euh...?"
Il sourit. "Oh je suis désolé, je suis Edward Cullen."
Une fois à l'intérieur, je lui offris du café. Oui, je sais que mon fils a détruit votre pare-brise mais serions-nous quittes après une bonne tasse de café? Oh Emmett...
Je revins dans le salon et je le vis regarder le drapeau et la photo. Il se tourna vers moi et au lieu de la pitié que je redoutai de voir sur son visage, je ne vis qu'une douce compréhension. Il savait que nous étions brisés. Il comprenait. Nous parlâmes d'Emmett et de l'arrangement pour payer le pare-brise et même si je n'étais pas très à l'aise avec sa proposition je pouvais comprendre son point de vue.
Lorsqu'il partit je refermai la porte derrière lui et m'appuyai contre elle, prenant un moment pour assimiler les quelques minutes que nous avions passées ensemble. Essayer de mieux le connaître n'avait pas atténué le désir à l'intérieur de moi. Au contraire ça l'avait fait grandir et il prenait encore plus de place en moi.
Pourquoi n'avait-il pas pu se comporter comme un salaud? Ça aurait été beaucoup plus facile pour moi de gérer cette belle gueule, cette douce voix légère et ce corps magnifique. Heureusement il ne m'avait pas vu essuyer la bave sur mon menton.
Je n'étais pas bonne pour lui et si jamais je lui laissais voir que je le trouvais intéressant il s'en irait aussi loin et aussi vite que possible. Et il aurait raison. Ce n'était pas ma famille qui était brisée, c'était moi.
J'avais accepté son aide pour Emmett et j'allais garder mes sentiments pour moi. Il n'y avait pas besoin de salir ce qui était un acte de bonté en agissant de façon inappropriée. Puis quand la dette serait remboursée, il dirait au revoir.
Et je ne le reverrai jamais.
Ce serait mieux ainsi. Mais le besoin et le désir en moi ne diminuaient pas.
"Oh Mac... qu'est ce que je vais bien pouvoir faire?" Ça ne me paraissait pas bizarre de lui demander, même concernant ce sujet. Nous avions été les meilleurs amis ... pour toujours.
Sois heureuse, ma chérie. C'est cela que tu vas faire.
