THE HARDER THEY FALL de LadyExcalibur2010
Je ne fais que traduire
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Recoller les morceaux
Rosalie
La jeune fille enroulait ses cheveux autour de son doigt nerveusement en entendant le téléphone sonner. Elle était habituée à se sentir mal à l'aise et anxieuse, mais ce à quoi elle n'était pas habituée c'était ce sentiment d'urgence qui la submergeait.
Elle raccrocha au bout de trois sonneries, perdant sa détermination. Pendant une heure elle avait écouté de la musique et ignoré le mail de sa mère qui l'attendait sur son ordi. Elle aurait le temps plus tard pour gérer ça.
Le téléphone était posé sur la table de nuit et il devenait plus gros au fur et à mesure que les minutes passaient. Il semblait clignoter pour attirer son attention. Ses yeux allaient et venaient sur lui avec beaucoup d'appréhension.
Bien que de nature timide elle n'était pas facile à effrayer. Elle tenait le choc dans son monde, au lycée, plus par son intelligence que par sa beauté. Son beau visage pouvait ouvrir toutes les portes mais c'est à son cœur et à son cerveau qu'elle faisait confiance.
La beauté était fluctuante et temporaire. Elle n'avait qu'à regarder sa mère pour s'en rendre compte. Mieux valait ne pas faire confiance aux apparences.
C'est vrai elle avait ignoré le malabar Emmett James à la fête d'anniversaire d'Adam. Elle supposait que les autres disaient que c'était la vanité ou ses mauvaises manières ou un accès de bouderie adolescente qui la faisait se comporter ainsi. Mais elle savait que c'était parce qu'elle était tellement attirée par lui qu'elle n'arrivait pas à lui parler et c'est ce constat qui l'empêchait de prendre ce téléphone pour appeler un garçon qu'elle connaissait tout juste. Dès qu'elle l'avait vu, elle l'avait simplement su. Ce garçon serait important dans ma vie... Cette pensée était venue spontanément et de façon inattendue, mais elle savait que c'était tout de même vrai.
Elle avait senti ses yeux sur elle. Elle n'était pas idiote. Elle avait senti son intérêt, sa fascination. Comme tous les autres garçons il était mû par l'apparence. Mais elle sentait aussi quelque chose d'autre en lui, elle supposait que peut-être il le ressentait lui aussi ce ... quelque chose entre eux. Ce n'était ni romantique ni sexuel ni même de l'amour ; c''était juste comme si son âme avait reconnu la sienne. Il ne s'était pas encore approché, ne lui avait même pas parlé. Il l'avait regardée, ses yeux bleus plein de quelque chose qu'elle pouvait reconnaître et comprendre. Elle l'avait vu dans son propre reflet assez souvent.
Emmett James était cassé aussi, changé dans le sens où il ne serait jamais plus comme avant. Comme elle, il avait caché ses cicatrices quelque part où personne ne pourraient les voir. Elle voulait gratter sous la surface et voir qui se cachait sous ce masque. Elle voulait savoir ce qui le rendait malade. Et ce qui lui donnait cette force qu'elle voyait en lui.
Son père était mort à la guerre, elle savait ça parce qu'elle avait entendu les adultes en parler. Son père à elle n'était pas mort mais c'était tout comme. En fait il pourrait être mort qu'elle ne le saurait pas. Elle ne savait même pas où il était. L'aimait-il toujours? Pensait-il à elle? Sa mère semblait penser que la réponse à ces questions était non et Rosalie n'avait rien pour lui prouver qu'elle avait tort.
Sa mère...
Bien sûr sa mère lui manquait mais en vérité elle se sentait mieux d'être loin d'elle. La maladie de sa mère n'était qu'une manifestation physique du poison qui était dans son cœur. Sa mère ne l'avait jamais vraiment aimée. Elle l'avait élevée mais pas aimée. Il y avait une différence bien sûr et Rosalie était assez intelligente pour le savoir.
Et maintenant sa mère était en train de mourir - ils essayaient de le cacher mais les faits demeuraient - et Rosalie savait que très bientôt elle serait seule au monde. Oncle Jasper et tante Alice l'avaient accueillie pour l'été mais quelques mois étaient différents d'une vie entière. Rosalie ne voulait pas demander car ça la gênait mais une part d'elle souhaitait...
Puis, enfin elle prit une profonde inspiration et redressa ses épaules. Maintenant ou jamais, se dit-elle.
Avant de recommencer à y réfléchir ou à ressasser à nouveau, Rosalie s'empara du téléphone et tapa les chiffres qu'elle avait appris par cœur un peu plus tôt. Ils étaient écrits sur le calendrier de tante Alice. Bella James - xxx-xxxx
"Allô?" dit-elle quand une voix de garçon répondit. Ce n'était pas sa voix. Elle reconnaissait cette voix. Elle l'avait écouté parler avec ses frères, elle aimait le son de sa voix. C'était l'un des jeunes frères. "Est-ce qu'Emmett est là?"
"Salut! C'est Jake," dit le garçon. "Qui c'est?"
Rosalie sourit, elle aimait les enfants, ils n'étaient pas encore souillés par le monde et toute sa laideur. Ils étaient innocents et doux, un moyen qu'avait le monde de se régénérer.
Le monde méritait une nouvelle chance.
"C'est Rosalie Hale," dit-elle. "Puis-je parler à Emmett?"
Jake rigola. "Ouais mais pourquoi voudrais-tu lui parler?"
Rose rit. Elle aimait ce garçon. "Bon je suppose que je veux c'est tout. Peux-tu l'appeler pour moi?"
"Bien sûr," dit-il gentiment. Ensuite il s'éloigna un peu du téléphone. "Hey Emmett! Une fille qui s'appelle Rosalie veut te parler!" Il paraissait choqué que quelqu'un veuille parler à son frère.
Rose tressaillit au bruit de sa voix mais sourit quand elle entendit des pas. Apparemment Jake tenait le téléphone hors de portée de son frère. "Donne-moi ce téléphone ou je vais t'aplatir!"
"Je le dirai à maman," cria Jake. Puis Emmett récupéra le téléphone, il respirait fort.
"Rosalie? C'est vraiment toi?" Il paraissait sceptique comme si son frère avait voulu lui faire une farce.
"Ouais, c'est Rosalie." Elle prit une profonde inspiration. Et maintenant quoi? Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il fallait qu'elle fasse maintenant qu'elle l'avait au bout du fil.
"Patiente une minute, je vais en haut," dit Emmett et elle l'entendit marcher, ses grands pieds faisait du bruit sur les marches de l'escalier.
Elle entendit une porte se fermer. "Voilà j'y suis," dit Emmett un peu essoufflé.
"Ça ne te dérange pas que je t'appelle?" demanda-t-elle peu sûre d'elle. Que lui était-il passé par la tête? Même là elle ne savait pas bien encore. Où avait-elle trouvé ce genre de courage.
"Oh oui, je suis heureux que tu l'aies fait," répondit-il. "Je suis surpris, mais euh... très content."
"D'accord," répondit-elle doucement.
Ils restèrent silencieux un bon moment mais ça ne lui parut pas inconfortable. Au contraire ils semblaient s'installer pour une longue conversation agréable mais en se contentant d'attendre. "Alors ... je suppose que tu es content d'avoir fini l'école?" demanda-t-elle. Ce sujet paraissait assez innocent.
"Oui," murmura-t-il. "Tu iras où à l'école ici? … cet automne."
Il y eut un silence. "Je l'espère," dit-elle finalement. "Je n'ai vraiment pas envie de rentrer chez moi."
"Pourquoi?" Il paraissait vraiment désireux de savoir.
"Ma mère est malade," dit-elle.
"Malade comment?"
"Elle est mourante," chuchota-t-elle. "Ils ne veulent pas me le dire mais je ne suis pas stupide."
"Je suis désolé," lui dit Emmett et elle pouvait sentir qu'il l'était vraiment. "Pourquoi ne veux-tu pas y retourner?"
"Elle ... n'est pas bonne pour moi." C'était comme ça purement et simplement. Elle espérait ne pas avoir à le lui expliquer.
"Oh." Acceptation. C'était bien. Elle se sentit se détendre.
"C'est comment quand un parent meurt?" demanda-t-elle et à présent elle savait exactement pourquoi elle l'avait appelé. Il avait le savoir qu'il lui fallait. Sa mère n'avait jamais été particulièrement une bonne mère mais une mère indifférente était mieux que pas de mère du tout. Et là elle allait même perdre ça.
Emmett avait probablement un bon père, un du genre d'oncle Jasper. Sa perte avait été plus grande. Et il avait survécu au pire … en quelque sorte. Peut-être que s'il était là pour elle, elle pourrait survivre elle aussi.
Ils seraient encore perdus mais ils y feraient face ensemble.
"Je ne suis pas vraiment sûr de pouvoir te décrire ça," répondit-il avec le plus d'honnêteté possible. "C'est comme si ton monde explosait et que tu essayais de recoller les morceaux mais rien ne concorde, tu comprends?"
Etrangement elle comprenait. Sa vie tout entière avait été un ensemble de pièces qui ne s'assemblaient pas convenablement. Mais au moment où elle avait vu Emmett elle avait su qu'il allait rentrer dans sa vie. Il devait faire partie de sa vie tout simplement. C'était étrange et réconfortant et aussi effrayant en même temps. Mais ce n'était même pas la peine de lutter. "J'ignore les e-mail de ma mère," admit Rose.
"Pourquoi?"
"Parce que rien de tout ça ne m'importe plus," murmura-t-elle. "Elle ne veut pas de moi là-bas. Et maintenant je ne veux plus y être non plus. Je ne veux pas voir les hommes rentrer et sortir de notre maison. Je ne veux pas voir leurs yeux se poser sur moi." Elle frissonna. "Ils me font me sentir..."
"T'ont-ils fait du mal?" Il y avait du feu et de la glace dans la voix d'Emmett et aussi de la rage malgré son jeune âge. Mais son emportement était atténué par la tragédie qui l'avait fait mûrir.
"Non," le rassura Rosalie. "Mais ils me regardent, quelques-uns." Elle soupira. "Bien sûr ils ont dû partir maintenant qu'elle est malade."
"Tu pourras rester avec ton oncle Jasper?"
"Je l'espère."
"Ils aiment t'avoir auprès d'eux," offrit Emmett
"Je ne suis pas à eux," lui rappela-t-elle. "Je suis juste une ado ennuyeuse de leur connaissance."
"Ils vont te garder," dit Emmett et bien qu'elle sache qu'il ne pouvait pas faire de promesse à leur place, elle se trouva réconforté par sa certitude.
"Emmett?"
"Oui?"
"Tu voudrais bien rester assis là et au téléphone ... Même si nous ne parlons pas?"
"Oui bien sûr."
"Merci Emmett."
"Pas de problème Rose."
