CHAPITRE 11

Elle ne sait plus, ni l'heure ni le jour. Elle ne sait plus si elle vit, si elle meurt ou si elle dort. L'enfermement totale est un enfer. Elle tente de faire le point mais elle n'arrive pas à savoir combien de jours elle a passé ici. Aux vues de ses dessins qui s'étendent sur le mur, elle espère ne plus en avoir pour longtemps. Elle divague encore.

Elle revient à la réalité quand les bruits des traverses en métal que l'on fait coulisser ouvre la lourde porte de sa cellule. Son administrateur et un gardien viennent la sortir de là. Montgomery observe longuement les murs de la cellule. Il admire une seconde le talent de la détenue Griffin. Il la fouille et trouve la visse pourtant il hésite à la réprimander. Les quelques scènes gravées sur la peinture grise sont incroyables de réalisme et d'imagination. Il y a un hublot avec vue sur la Terre depuis l'espace, une forêt d'arbre gigantesque et inquiétants, des silhouettes d'hommes sauvages et menaçants, des ruines de monuments anciens, une lune au-dessus d'une montagne et un portrait de femme guerrière aux peintures de guerre en forme de larmes.

Il la fait sortir delà en vitesse avant de regretter. Il l'a ramené à la prison ouverte. Une semaine s'est écoulée.

Griffin prend son temps pour rejoindre le mini bus, elle profite des rayons du soleil qui lui ont tant manqués. Elle est éblouie, elle ne voit pratiquement rien mais elle est guidée par la voix de Nichols, trop heureuse, comme elle, de sortit du QHS, qui marche devant elle.

Une fois de retour dans le bâtiment, on leur fait signer des formulaires et ont les relâchent derrière une grosse grille, libre de circuler dans l'enceinte de la Prison ouverte. Toutes deux s'examinent des pieds à la tête, elles sont cernées mais vivantes. Elle se réjouissent d'être de retour, comme on se réjouit de rentrer à la maison après un voyage éprouvant.

Elles avancent dans les couloirs, elles veulent rejoindre les dortoirs et prendre une douche avant de passer à la cantine. Elles croisent d'autres détenues, ont leur adresse des regards étranges, mêlé de crainte et d'admiration. La mort de Nia a fait beaucoup parler pendant leur absence. Elles y sont liées d'une manière ou d'une autre et Clarke comprend que la vraie version des faits s'est déjà transformée. Et comme les quatre principaux acteurs n'étaient pas là pour leur raconter, elles ont du tout inventer.

Heureusement pas tant que ça. Les détenues avaient interrogé Vause et Morello à propos de Griffin et Nichols. Ce qui était ressortit de cette histoire, c'était que Nia et Ontari en avait après Nichols depuis longtemps et après Griffin depuis que celle-ci avait tenter de prendre sa défense. Et les premières curieuses sur place avaient clairement vue Ontari perdre les pédales et Griffin et Nichols sous le choc. Dans tous les cas, dans toutes les versions de l'histoire, Nia avait eu ce qu'elle méritait et Griffin était un héros.

Voilà la dure loi de la prison.

Clarke est plutôt contente de retrouver Vause. Par pudeur elle ne la serre pas ses bras mais Morello, elle, ne se fait pas prier pour prendre les deux femmes dans ses bras et crier sa joie de les revoir.

Aux douches, on leur laisse la place dans la queue et elles peuvent prendre tout leur temps sans que personne ne se viennent se plaindre.

A la cantine, même scène, on les laisse passer. Nichols en tête avec Morello à son bras et Griffin suivit de Vause. L'équipe des cuisines a eu des ordres et Red, la chef cuisinière russe aux cheveux rouge surveille de loin. Nichols et Griffon on le droit à un plateau spécial, bien garni et apetissant.

En passant le comptoir, Clarke gratifie Red d'un sourire humble et plein de gratitude. Elle meurt de faim. Elle veut oublier la bouillie infâme servit au QHS. Elle dine sans dire un mot et commence à ressembler à Vause. Elle écoute les histoires de ses camarades, avec le sourire au coin des lèvres, sans oser les contredire. Nichols est un peu plus loquace. Cette semaine au block a fini de la désintoxiquer, espérons, pour de bon.

On est de nouveau dimanche soir, Clarke a l'angoissante impression d'avoir perdu une semaine de sa vie puis elle songe à ses rêves étranges et se dit que pour une raison ou une autre, son esprit n'avait pas conçu ses rêves pour rien. Cela lui avait peut-être permis de survivre ? Comme une double vie qui se trace en parallèle pour pouvoir supporter le poids de la réalité ? Elle prend la chose avec sérénité et pense à aller, prochainement, poser des questions à Yoga sur la signification des rêves.

Elle suit ses camarades vers la salle commune, c'est l'heure de la séance cinéma après le repas. Elle avait fui la première fois, n'ayant aucune envie de se plonger dans une fiction. Elle avait alors surpris Nichols en prise avec ses agresseurs. Ce soir elle décide de rester jusqu'à la fin quitte à regarder dans le vide, elle reste jusqu'au générique de fin. Puis rejoint le dortoir, et s'allonge sur sa couche bien plus confortable que cet immonde matelas sur le sol de la cellule du QHS.

Elle se couche, elle sourit à Vause et s'endors très vite en serrant son oreiller contre elle.

CHAPITRE 12

Le lundi matin, tout reprend son court. Clarke est convoqué dans une salle de parloir plus intime. Elle est à peine réveiller, elle est à peine remis de sa semaine au block. Elle a déjeuné en vitesse et la voilà face aux avocats de la partie civile.

Elle s'assoit sur la chaise, s'affale pourrait-on dire. Elle se frotte encore les yeux mais ses cernes ne partent pas comme elle le souhaiterait. Elle insiste auprès du gardien pour qu'il apporte des cafés à ses messieurs les avocats et pour elle par la même occasion. Elle use de tout son talent. Elle est détenue, elle est dangereuse soi-disant mais elle parle bien, elle parle même très bien et s'impose. Le jeune gardien intimidé finit par honorer sa demande.

Elle hume le café provenant de la machine du foyer des gardiens. Elle se délecte de la vapeur qui s'en échappe. Un bon café. Se brosser les dents. Elle note dans un coin de sa tête tous ces petits plaisirs éphémères dont il faut profiter tant que l'on peut.

Elle consent enfin à répondre à toutes les questions de ses avocats. Elle n'a aucun intérêt à les prendre de haut. Ceux-là sont les avocats qui défendent son père et les victimes de l'explosion. Elle leur dit tout. Elle leur révèle le moindre de ses souvenirs des jours précédant l'accident, de l'attitude de son père à ce qu'il a mangé ce jour-là. Elle puise au fond d'elle-même la force de se souvenir de ses derniers instants avec lui. Ça lui brise le cœur mais l'entrainement qu'elle a suivi en prison pour cacher ses sentiments s'avèrent bien utile pour ne pas craquer à ce moment-là.

Pendant trois heures, elle se force à faire marcher sa mémoire puis son administrateur arrive à sa rescousse. Il avait spécifiquement indiqué au jeune gardien, que l'entretien ne devait pas durer plus de deux heures.

Quand il entre en trombe après avoir sermonné le garde CHEELS, il met fin aux discussions et prie les avocats de partir et revenir au prochain horaire indiqué sur le planning. Ils obtempèrent, Clarke est libéré.

Elle déambule dans les couloirs, un peu hagard. Soudain une envie la démange, une envie à laquelle elle n'avait plus vraiment songé depuis son entrée au block. Téléphoner.

Elle court presque dans les couloirs, elle atteint le bon hall où la file s'étend devant les combinés. Elle s'avance mine de rien et se place dans la file, on lui fait gagner quelques places avec des sourire discret ou une peur clairement affiché. Elle avait combattu Ontari. Elle était vivante. Elle était de ce fait respecter.

Arrivée au niveau des téléphones, quand elle s'apprête, enfin décidé, à composer le numéro, une main l'en empêche. C'est Montgomery. Elle ne comprend pas.

_ Désolé Griffin, interdiction de joindre l'extérieur pour toi.

_ Je vous demande pardon ? pourquoi ça ?

_ Vous êtes sous serment avec l'affaire dans laquelle vous devez témoigner. Vous n'avez droit à aucune communication avec le monde extérieure jusqu'à ce que les dépositions soit faites.

_ Vous rigolez ? j'en ai pour des semaines à voir tous les avocats et je ne pourrais joindre personne ? mais c'est complètement dingue, je ne suis pas d'accord…

_ C'est dans le dossier, c'est la décision des bureaucrates pas la mienne. J'applique seulement.

_ C'est insensé, et vous n'auriez pas pu me le dire avant, histoire que je passe mon coup de fil ce matin... putain de merde ça fait de semaines que j'aurais dû…

La colère commence à monter et se retourner contre elle-même. Pourquoi avait-elle attendu autant de temps pour téléphoner. Maintenant elle n'en avait plus le droit. Elle allait craquer mais heureusement Vause passa par là. Elle rassura le gardien et emporta Griffin avec elle dans la cours, à l'air libre. Heureusement elle se calma vite après que Vause lui ait juste soufflé quelques petits mots « quartier haute sécurité ».

Le lendemain, Clarke n'a pas de visite d'avocats, elle n'a pas non plus de corvée attitrée alors elle traine avec Vause dans les couloirs. Mais une chose étrange se passa en milieu de matinée. Au détour d'un couloir, donnant sur la grille et le couloir des nouvelles recrues, Alex Vause se figea, un peu à la manière de Clarke quand elle avait aperçu la Reine des Glaces et son acolyte. Mais son regard n'était pas identique, la peur, oui un peu, mais de l'amour et de l'anxiété brillèrent dans ses yeux avant qu'elle ne fasse demi-tour et ne disparaisse en vitesse.

Clarke la chercha une partie de la journée mais impossible de la retrouver. Elle laissa tomber et alla en salle commune pour fixer l'écran sans réfléchir. Au diner Vause n'est toujours là. Clarke s'inquiète mais elle se dit qu'elle ne peut pas être bien loin de toute façon.

Au dernier moment, quand le couvre-feu allait sonner, Vause rejoint le dortoir. Elle s'allonge sur son lit et se met en vitesse sous la couverture devant l'air interrogateur de Clarke. Elle se remet de sa cavalcade, elle a tenté de se planquer toute la journée et elle recommencera demain. Elle fait signe à Griffin qu'il lui faut quelques minutes de repos avant de lui expliquer.

Après quelques minutes, que Vause passa la tête cachée sous les draps, elle demanda à Griffin de la rejoindre discrètement. A pas de loup, Clarke la rejoint et s'assoit, dos au mur, Vause fait de même et ramène la couverture étroite sur elles deux. Elle se penche dans le noir et le silence presque total du dortoir qui s'endors, et chuchote à son oreille.

« Griffin, j'suis dans la merde. Dit Vause la voix tremblante.

_ Qu'est-ce qu'il y a ? Qui as-tu vu ce matin ?

_ une nana…

_ Ouais mais encore…

_ une fille qui, à mon avis, est là par ma faute.

_ Sérieux ?

_ Oui.

Vause marque un silence, elle réfléchit, elle s'en veut et elle panique à l'idée de la revoir, pourtant elle a hâte aussi.

_ Je l'ai embarqué avec moi dans mes histoires et j'ai balancé tout le monde, y compris elle qui passait l'argent discrètement pendant nos voyages à l'international.

_ Oh !

_ Oui mais il y a plus…

_ C'est quoi ?

_ Eh bien, elle et moi … ont été plus que des collaborateurs, plus que des amies…

_ Ok je vois.

_ Je sais que tu vois !

_ Qu'est-ce que tu veux dire ?

_ Arrête Griffin.

_Quoi ?

_ La nuit quand tu dors tu prononces souvent un prénom… de fille. Et ne me dit pas que c'est ta maman !

Clarke se recroqueville sur elle-même, un peu honteuse et surprise d'être découverte.

_ T'inquiète je ne dirais rien à personne.

_ J'me cache pas, c'est juste que c'était tout nouveau et puis j'ai atterri ici.

_ Tu l'aimes ?

_ Oui je crois bien que oui. Et toi tu l'as aimé ?

_ Oh oui.

_ Et tu l'aimes toujours ?

_ Je n'en sais rien, je crois que je l'aimerai toujours mais si elle me voit ici, elle va me tuer.

_ Tu ne pourras pas te planquer éternellement. Va falloir faire face.

_ Ouais… et toi t'as fait face ? tu n'as pas téléphoné !

Clarke la regarde, limite vexée, et même dans la nuit noire, Vause repère ces yeux bleu saphir brillant à quelques centimètres d'elle qui semble soudain triste.

_ Pardonne moi. Je suis carrément stressé. C'est dingue !

_ Pas grave. En plus t'as raison, j'ai pas appelé, j'suis carrément lâche.

_ Tu dois avoir tes raisons.

_ De mauvaises raisons, et maintenant je suis interdite de communication alors que j'ai tellement de choses à lui dire…

Vause passe son bras autour des épaules de Clarke qui se laisse faire. Il n'y a rien de romantique dans ce geste, juste de l'affection, de l'amitié, de la solidarité. En silence, les minutes passent, les ronflements et gémissements se font entendre, Vause chuchote de plus en plus bas.

_ Elle s'appelle comment la fille qui hante tes rêves ?

_ Lexa. Et la tienne ?

_ Piper.

Elles restent un long moment, sans s'endormir, juste là, assise l'une contre l'autre sous la couverture. Le sommeil ne s'invite que très tard dans la nuit. Ensemble, chacune de leur côté, elles pensent à la femme qu'elles aiment. Vause sent l'angoisse monté car Piper est tout près. Clarke s'angoisse parce que Lexa est bien trop loin. Et toutes deux sont tristes.

CHAPITRE 13

Les jours qui suivirent, Vause se planque dans les sous-sols, la laverie, les ateliers et la chapelle. Nichols et Griffin peuvent observer les premiers jours de Piper Chapman, qui malheureusement, se passaient vraiment très mal, étant donné qu'elle s'était mis à dos, dès le premier jour, la Chef des cuisines Red. Autrement dit, son calvaire se transformait en cauchemar. Ce jusqu'à ce qu'Alex Vause se montre enfin. Et là, la détenue Champman cru bien défaillir, son cauchemar se transformait en visite guidée des entrailles de l'Enfer.

Le cauchemar de Clarke continuait lui aussi. Au cours de la semaine, elle avait eu trois entretiens avec les Avocats du Conseil Général de la Centrale. Ils étaient nettement moins polis et agréables que les avocats de la partie civile. Le ton de leur voix l'inculpait d'office, ils essayaient de transformer ses paroles, tendant à accuser son père, voulant prouver qu'il avait de mauvaises intentions. Mais Clarke était une brillante étudiante, une jeune fille bien éduqué et peu influençable, elle garde tout son calme devant eux et ne change rien à sa version. Elle relate les faits et défend son père corps et âme avec beaucoup de grandeur malgré la détresse au fond d'elle depuis qu'elle derrière les barreaux.

Un après-midi, elle a l'idée d'aller demander à Montgomery, si elle a le droit aux communications épistolaires. Mais, juste à temps, devant la porte de son bureau, elle se ravise et fait demi-tour. Elle réfléchit et se dit « si je lui demande et qu'il me répond non, je suis coincé, ils vont être attentif au courrier qui part. Je ne demande rien et je vais trouver une mule pour envoyer mes lettres ! ». Toute fière d'elle et ravi d'avoir évité de faire une erreur, elle rejoint Morello en salle commune.

_ Salut ma belle.

_ Salut Griffin. Répond la petite brune au rouge à lèvre trop prononcé mais auquel elle tient.

_ Dit moi, j'ai remarqué que tu écrivais souvent des lettres…

_ des lettres d'amour oui… à mon fiancé… on va se marier bientôt...

_ Ok… et les gardiens ils lisent ton courrier avant de l'envoyer ?

_ Non, ils l'ont fait les premières fois mais plus maintenant…

_ Ok… dis-moi, tu pourrais glisser une lettre pour un autre destinataire dans tes prochains courriers ?

_ Oui carrément. Si ça peut te rendre service. Je sais que tu es privé de téléphone. A qui tu veux écrire ?

_ Hum... euh… à ma copine.

Morello relève la tête mais n'élève pas le ton de la voix pour ne pas attirer l'attention.

_ Ta copine ?! sérieux Griffin, j'me doutais pas. Enfin …

_ Oui bon, est-ce que tu peux faire ça pour moi ?

_ Oui. Laisse ta lettre et l'adresse sur mon étagère dans mon box et je ferai le reste. J'utiliserai les mêmes enveloppes, j'écrirais de ma main l'adresse et par contre il y aura mon nom comme expéditeur et …

_ Et l'adresse de Litchfield ?

_ Oui.

_ Alors c'est bon. Merci Morello, t'es géniale !

Clarke se lève de son siège et embrasse fortement la petite brune sur la joue. Cette dernière, sur son teint blanc, a les joues qui s'empourprent et le sourire jusqu'aux oreilles.

Clarke file dans les couloirs, faisant un maximum comme si de rien n'était, pourtant intérieurement, elle a envie de sautiller dans tous les sens. Elle parvient à la bibliothèque où Poussey l'accueille avec enthousiasme. Elle parcourt les rayons de livre un instant, en observant les quelques détenues qui étaient présentes. Jefferson étudie un manuel de droit affalé sur une table ronde, Penntucky ressort de la bibliothèque avec des bouquins évangéliste à la main, pendant que Poussey note soigneusement les références et deux autres réfléchissent encore à ce qu'elles vont emprunter.

Une fois qu'il ne reste plus que Jefferson, complètement concentré et totalement perdue dans sa lecture. Clarke s'approche du bureau de Poussey avec un gros livre à la main.

« 2001-3001. Les odyssées de l'espace », d'Arthur C. CLARKE version complète. Éditions Random House N.Y

_ Hey Griffin, t'as vraiment envie de t'évader on dirait, l'odyssée de l'espace et la version longue en plus… génial !

_ J'ai le temps.

_ C'est vrai !

Le sourire éclatant et la bonne humeur communicative de Poussey pousse Clarke à sourire sans se forcer le moins du monde.

_ Dis j'aurais quelques notes à prendre, tu vois je dois témoigner et je voudrais préparer mes mots et remettre de l'ordre dans…

_ Je comprends tout à fait ! J'ai tout ce qu'il te faut. Avant ce soir, il y aura dans ton box, papier et crayons.

_ En toute discrétion ?

_ En toute discrétion ! C'est la devise de la maison !

_ Merci. Qu'est-ce que je te dois en échange ?

_ Rien du tout chérie, le premier deal est gratuit ! Elle chuchote et accompagne ses paroles d'un clin d'œil.

_ Ok…

Clarke sort de la bibliothèque. Elle entend la lourde voix de Jefferson, amie proche de Poussey, et qui avait tout entendu malgré les précautions, s'exclamer un truc du genre « Pourquoi tu aides cette petite blanche ? », elle ralentit le pas et entend la réponse de Poussey « Parce qu'elle est drôlement mignonne ! ». Puis des éclats de rire. Clarke sourit et poursuit son chemin. Elle cache son enthousiasme mais dès ce soir elle aura de quoi lui écrire une lettre et elle a déjà le moyen de la lui faire parvenir.

Quand les lumières se tamise et que la foule de femmes se calment. Elle ose enfin regarder sous son oreiller. Poussey a tenue parole. Il y a un carnet à spiral d'une cinquantaine de pages, format 20x15 et trois crayons de papier dans un plastique transparent, tout neuf. Quelle chance. Elle note dans un coin de sa tête de trouver un moyen de remercier Poussey.

A la faible lueur des lucarnes en mosaïque de verres opaque qui reflètent les lampadaires de la cour et le néons 'sortie de secours' à quelques mètres d'elle, elle commence à écrire… ou du moins, elle saisit le crayon, elle colle la mine au papier mais rien ne vient. Dans l'excitation de cette possibilité d'entretien avec l'extérieur elle n'avait pas songé à la manière de commencer cette lettre.

Elle médita longuement. Vause qui ne dormait pas, qui pensait à Piper et à une façon de se faire pardonner, lui lança une chaussette en boule. Clarke relava la tête en renvoyant très vite le projectile.

A demi-mot, dans le silence quasi-total - il y avait une détenue, un peu folle, qui se chantait souvent une berceuse avant de dormir – Vause lui demande ce qu'elle trafique. Clarke répond tout bas « pas de téléphone ok, il reste la manière des poètes, la lettre. ». Vause sourit et se rallonge pour tenter de dormir.

Clarke lutte contre ses pensées qui s'emmêlent. Elle rature, Elle barre. Elle gribouille mais elle n'écrit rien de convenable. Elle abandonne pour ce soir. Elle range le calepin sous son oreiller. Elle glisse la pochette de crayon entre le mur et le matelas et tente à son tour de trouver le sommeil.

Elle somnole et en pleine nuit elle trouve les mots justes. Elle se promet de les retenir jusqu'au petit matin et se rendors.

CHAPITRE 14

Ma très chère Lexa,

Tu me manques.

Je suis tout à fait consciente que ce n'est en aucun cas une manière appropriée de commencer une lettre mais « tu me manques » est la seule et unique chose que je peux affirmer en ce bas monde.

J'aimerai avant tout te demander de me pardonner. Pour être parti en catastrophe sans vraiment d'explication (je n'en avais pas moi-même mais ce n'est pas une excuse) et beaucoup de questions en suspens J'aurais aimé fuir avec toi ce soir-là et nous cacher dans les montagnes jusqu'à la fin des temps (Toi et moi savons que cela n'aurait pas été possible).

Et pour avoir mis autant de temps à prendre contact avec toi. Tout en moi me hurlait de te téléphoner tant que je le pouvais, mais tout en moi, me murmurait de ne rien faire, tant j'avais honte de ma situation, tant j'étais perdu dans l'enchainement des événements, tant j'étais happé par le courant et la marée. Je n'ai rien contrôlé et j'ai tout gâcher.

Ici, la vie n'a rien d'évident, mais je tiens le coup. Ici ça ressemble à l'Enfer sur Terre alors je songe, tous les instants, à ce petit paradis où toi tu vis. J'ai peine à croire que l'été va s'achever sans moi et que l'hiver arrivera dans les montagnes sans que je sois près de toi. J'aurais tant voulu voir la neige commencer à tomber sur Targhee Forest. J'aurais tant aimé être avec toi quand on rentrera le bois pour se réchauffer du grand froid. J'aurais tant aimé lire au coin du feu avec Summer à mes pieds. J'aurais tant aimé voir le lac gelé, j'aurai tant aimé …

J'aurais tant aimé, ne pas t'annoncer que contre moi des plaintes ont été déposées, et que dans mon malheur, le pire des juges de l'état m'a condamné à Dix-huit mois.

J'ai retenu mes larmes tant que j'ai pu. J'ai aggravée mon cas malgré moi. J'aimerai, ne pas me perdre dans une folie douce, car entre ces murs, elle est partout, comme la violence, elles s'insinuent en vous sans trace et sans remords. Je tiens le coup.

Je ne sais pas comment te dire ma peine, je ne sais pas comment te dire je t'aime.

Peut-être aussi simplement que ça ? J'ai mal. Je t'aime.

C'est ton absence qui est le pire, comme une junkie mal sevrée, comme une droguée en manque d'une chose vitale. Dans mon cas c'est toi, la chose vitale. Mais ici tout est paradoxe, ma douleur et mon réconfort c'est la seule pensée de toi. Ton sourire me suit, ton regard est sur moi et j'entends ta voix, parfois, souvent. Chaque jour je lutte pour n'oublier aucun détail. Chaque jour je prie pour te revoir et Je m'égare.

J'ai eu le temps de remettre tout en ordre dans ma tête et dans mon cœur. Je n'aurais jamais pensé aimer autant que je t'aime Lexa. Alors si tu ne m'as pas oublié pendant l'été, si mon absence tu la ressent aussi, répond moi je t'en supplie.

Ne m'oublie pas. Pardonne-moi. Un jour, je te le promets, on se retrouvera.

C.G

P.S Tu auras remarqué l'adresse de la prison où je suis l'invité et tu auras remarqué le nom de Lorna Morello. Si tu veux me répondre, (en espérant infiniment que tu ne m'as pas déjà oublié) écrit lui, elle me fera parvenir ta lettre sans en lire un seul mot.

CHAPITRE 15

Clarke Griffin, détenue n°139 GC, se réveille à l'aube. Elle oublie vite ses rêves désordonnés et s'attèle à la tâche. De sa plus belle écriture, elle écrit les mots d'une traite. Elle se relie, elle est satisfaite. Elle plie soigneusement le papier et profitant de la marée humaine qui se lève, elle va déposer discrètement le papier dans le box de Morello.

Dans l'après-midi, la détenue Lorna Morello écrit à sa mère, à sa sœur, à un type qu'elle harcèle depuis des mois et à un fiancé imaginaire, puis elle met les lettres dans des enveloppes. Elle glisse celle de Clarke dans une d'entre elles, elle note les adresses minutieusement, elle colle les timbres puis les ferment. Elle part fièrement avec ses cinq enveloppes en main vers le comptoir des échanges -le magasin, comme l'appelle les détenues. Elle remet le paquet de lettre au gardien ENDERS, posté ici aujourd'hui. Il les prend sans même y jeter un coup d'œil et les balance dans le sac de courrier qui partira demain.

Morello repart le sourire aux lèvres. Elle prévient Clarke avec un code genre « le colis est parti » qui n'est pas du tout un code. Clarke rigole et la remercie.

Les jours passent entre entretiens avec les avocats et moments avec les filles. Clarke s'habitue. Grâce à ces entretiens, elle est exempte de corvée parce qu'elle est, des heures durant aux mains de ces vampires de bureaucrates. Les jours passent. Mais Clarke se languit d'une réponse à son courrier. Plus les jours passent plus elle angoisse. Et les jours passent.

Elle déjeune toujours à la même table avec les mêmes filles, Vause, Nichols, Morello, Chapman (pas tout à fait réconcilier avec Vause mais la Paix cordiale se maintient entre elles), et parfois Boo, Penntucky, Yoga ou encore Poussey. Un midi la conversation se détourne et atterrît sur elle, toujours discrète elle tente d'esquiver mais devant leur détermination elle consent à répondre.

POUSSEY : Alors Griffin tu t'en sort avec tes notes et tes entretiens ?

GRIFFIN : Oui c'est bon merci.

VAUSE : Oui enfin tu as raturé une dizaine de pages.

MORELLO : chut, elle écrit des lettres secrète, laissez-la !

NICHOLS : Ah oui des lettres ?

MORELLO : Des lettres d'amour !

NICHOLS : A qui ?

VAUSE : Foutez-lui la paix !

NICHOLS : Allez dis-nous !

GRIFFIN : J'écris à une amie.

NICHOLS : Une amie, une amiiiiie ? une femme ? Wow Griffin !

MORELLO : Holala des femmes toujours des femmes, moi ça ne m'arrivera jamais, j'attends le prince charmant…

VAUSE : Arrête Morello on sait toutes que tu t'envoies en l'air avec Nicky dans les douches !

Morello devient toute rouge mais ne trouve rien à dire. Nichols du tac au tac, renchérit sans réfléchir.

NICHOLS : Et toi avec Chapman dans la chapelle !

Chapman tente de nier mais toutes les autres se mettent à rire et ne l'écoutent pas. Nichols se cache derrière sa chevelure et Vause assume pleinement sans baisser le regard. Clarke rit et remercie Vause de tenter de détourner la conversation.

POUSSEY : Non sérieux, Griffin, toi aussi ? Parce que là, à part Penntucky qui fait tâche…

PENNTUCKY : Hey !

POUSSEY : … ça fait une sacrée bande de lesb…

VAUSE : La ferme Poussey !

BOO : Elle a raison la petite…

NICHOLS : Bon allez vas-y Griffin, dis-nous comment elle est ? les commérages et les fantasmes, on a que ça ici, s'il te plait…

GRIFFIN : Arrêtez les filles… même si je vous le disais, vous ne me croiriez pas.

NICHOLS : Dis toujours !

GRIFFIN : Ok, ok… Elle s'appelle Lexa, elle vit dans les montagnes du nord avec des chiens loups, elle est très jolie…

POUSSEY : Jolie comment ? dis-nous ?

GRIFFIN : Hm… 1m65, silhouette athlétique, courbes gracieuses, tatouages tribaux, muscles apparents, mains grandes et fines, …

POUSSEY : Nooon ?!

GRIFFIN : Si ! Je continue ?

POUSSEY : Oui !

GRIFFIN : Cheveux longs et bruns, teint mate… traits du visage très fins… lèvres pleines et douces, les yeux vert …

NICHOLS : Ouais t'as raison, on ne te croit pas ! laisse tomber Griffin, tu l'as inventé cette fille !?

GRIFFIN : libre à toi de ne pas me croire…

MORELLO : Laissez-la, vous autres, elle a le droit d'aimer qui elle veut… réel ou imaginaire.

NICHOLS : Ça te va bien à toi de dire ça, il est où ton dernier prince charmant ?

MORELLO : …

La conversation enfin se détourne vraiment d'elle, c'est Morello qui doit à présent se justifier de prôner l'amour hétérosexuel et bienpensant alors qu'elle-même vit dans le pêché sous prétexte d'être enfermer ici avec des femmes. Selon certaines elle doit choisir son camp. Vause, Griffin et Chapman échangent des regards rieurs puis le repas prend fin, elles s'éparpillent dans les couloirs.

Les jours passent et se ressemblent, s'en ai presque terrifiant pour Clarke, qui mis à part ses entretiens juridiques, se laissait vivre au rythme de la prison.

Puis un après-midi, Morello entre dans son box. Vause et Chapman, fraichement réconciliées, sont assise sur son lit, chacune un écouteur dans l'oreille et écoutent discrètement de la musique avec un vieil mp3 en face, Clarke Griffin est allongé sur le ventre et griffonne un dessin au crayon de papier. Morello, laisse une enveloppe tomber sur son lit, devant son nez et repart, mine de rien, en sifflant presque.

Les yeux bleus de Clarke s'illuminent comme jamais. Vause et Chapman la regarde émues et amusées quand elle découvre le papier à lettre qui sent le jasmin, puis qu'elle déplie la lettre et reconnait l'écriture.