CHAPITRE 21

Ce que Clarke ignore à ce moment-là, c'est qui lui rend visite. Elle s'attend à sa mère ou à son oncle, vue les circonstances, elle ne serait pas étonnée de voir son avocat. Mais il n'en est rien. Non quelqu'un d'autre attend dans la salle du parloir, quelqu'un de spécial, quelqu'un qui angoisse un maximum en observant les détenues et leurs familles.

Clarke ignore que Lexa a confié l'hôtel et les derniers clients à Octavia et quelques employés responsables. Clarke ignore qu'aux premiers orages de septembre, Lexa avait annulé les activités autour du lac et annuler des réservations. Elle ignorait qu'après quelques coups de fil, elle avait préparé un sac à la hâte et quitter la forêt à bord de la berline noir de luxe de son grand-père, longtemps resté au garage.

Clarke ignorait que Lexa avait passé ces derniers jours sur la route, entre l'Idaho et le Michigan. Traversant, comme un jour elle l'avait elle-même fait, Wyoming, Nebraska, Iowa, Illinois et Indiana.

Effectivement, Lexa n'en pouvait plus, l'Eté était passé, elle écourta juste un peu la saison et partit sur les routes pour suivre son cœur. Avec un brin de nostalgie, elle pilota la grosse mécanique de son grand-père, une larme coula quand dans l'autoradio s'enclencha et que résonna la sonate préférée de feu son aïeul. Elle brancha sa clé USB, elle monta le son et traça sur les routes. Avec le son alternatif, électro-classique de sa playlist hurlant dans les enceintes et les nombreux chevaux sous le capot, elle voit défiler le même paysage que Clarke avait traversé pendant son périple avant qu'elles ne se rencontrent. Comme un pèlerinage, Lexa prend le même chemin.

Mais Lexa était peut-être parti un peu vite et dans la boite aux lettres, où s'entasserons vite des amandes pour excès de vitesse, il y avait une lettre de Clarke qu'elle n'avait pas vu.

Cette lettre disait :

« Chère Lexa,

Tu me manques chaque jour un peu plus, et les jours sont long. Je vois la fin de l'été arriver à grand pas, septembre déjà. Le temps ici n'a plus de notion parfois, alors je m'égare et pense à toi.

Je ne souhaite qu'une seule chose, que mes pensées, au travers des barreaux, s'envolent vers toi et te conte mon espoir de te revoir. C'est ce qui me fait tenir ici-bas. J'ai longtemps cru être en enfer mais la réalité est tel qu'ici nous sommes bien sur terre. Les choses que j'entends et que je vois, les femmes que je rencontre et leurs histoires sont bouleversantes. Certaines sont cruelles, certaines sont folles, certaines fragiles et d'autres remarquables. Toutes ces femmes qui m'entourent, tous leurs destins, me font penser que si avoir le choix de ses actes ça veut dire en arriver là, et bien soit. J'accepte mon sort. Parce que je veux, pour toujours et a jamais, avoir le choix de te choisir toi. Et si au contraire quoique l'on fasse nous mènera là où l'on est et bien je prie pour que mon chemin recroise le tien.

Je sortirai je te le jure mais pour ma santé mentale je dois accepter d'être ici. Rassure-toi, ton absence m'est toujours aussi insupportable. Mais la prison à des conséquences et j'en suis la première victime.

Ecris-moi je t'en supplie, tes mots tiennent compagnie à mon cœur, et attend-moi si tu le peux. Surtout ne viens pas. Je ne supporterais pas de te voir au travers des barreaux d'une cage, sans être libre de mes mouvements, sans être libre tout court. Avec amour CG »

Clarke entre dans le local adjacent à la salle des visites, elle arrive presque en courant, elle croise le regard de la gardienne Janet RISE qui avait renversée son café sur les formulaires et lui fit signe de rentrer aux parloirs quand même. Elle entre dans la grande salle et les détenues présentes la regardent et la saluent. C'est un caïd malgré tout avec sa bande Nichols, Vause et Chapman et puis surtout il y a eu l'affaire Nia qui lui a value le respect de toute la meute de femme.

Lexa remarque ces signes envers Clarke, qui avance vers elle le pas hésitant. Clarke n'a pas le droit de courir, elle n'a pas le droit de se précipiter dans ses bras, ni de l'embrasser, et encore moins de faire toutes les choses qu'elle aimerait lui faire. Son cœur avait bondi dans sa poitrine dès lors qu'elle avait passé le pas de la porte. Dès lors que ses yeux s'étaient posés sur la femme, seule à une table au bout de la pièce. Plus elle avance, plus son cœur se gonfle pourtant elle reste plantée là devant elle, elle est totalement sous le choc de la voir.

Lexa la regarde, elle a un peu maigri et son teint est pâle, elle a presque l'air malade comparé au teint empreint de soleil avec lequel elle l'avait laissé. Mais ses yeux, heureusement ses yeux sont toujours aussi expressifs. Cette lueur au fond de ses yeux n'est pas éteinte, bien au contraire, elle est pleine de vie car elle lutte sans cesse dans cet univers hostile.

Clarke s'assoit, Lexa fait pareil mais immédiatement, sous la table, leurs jambes se rejoignent et se resserrent et leurs mains sur la table s'étreignent comme des amants longtemps séparés, délicats et passionnés.

Clarke se remet lentement du choc. Elle tente de se contenir, son regard se perd dans le visage face à elle, elle n'ose encore y croise mais elle ose enfin ouvrir la bouche.

« Comment ? Dit-elle la voix tremblante

_ Ta mère m'a mis sur la liste des visiteurs.

_ Ma mère ?

_ Oui

_ Pourquoi ?

_ Clarke ?

_ Pourquoi tu es venue ?

_ Clarke ?!

_ Tu n'aurais pas dû… je ne voulais pas, que tu me vois comme ça... Bon Dieu, merde, Lexa qu'est ce qui t'as pris ? Tu… »

Clarke avait haussé le ton et quelques prisonnières tournèrent la tête pour l'observer et constater qui lui rendait visite - elles pourraient attester plus tard, que la fille magnifique sur la photo de Griffin était bien réelle.

« Clarke qu'est-ce qui te prends ? Je n'ai pensé qu'a une seule chose ces derniers mois, c'est que la saison se termine et que je puisse partir de l'hôtel pour…

_ Lexa pardonne moi, c'est juste que je … Putain je ne m'y attendais pas c'est tout, je n'ai eu droit qu'à la visite de ma mère, mon oncle qui s'est dévoué pour être mon avocat et le régiment de connard de ce procès de la centrale… Pardon. C'est un choc de te voire, je, je … comment résister, Lexa ? (Elle chuchote à présent) … Tu me manque tellement, tu n'imagines pas tout ce que j'ai pu voir ici, tu n'imagines pas tout ce que j'aurais envie de te faire là maintenant, tout de suite...

_ Clarke ! ok calme toi, je sais c'est dur. C'est certainement très compliqué pour toi, mais je me faisais tellement de soucis, j'avais besoin de te voir, besoin de savoir comment tu allais... Tes lettres sont belles mon ange mais j'avais besoin de constater par moi-même...

_ Et alors ?

_ Hm Clarke… tu … tu es encore plus belle en criminel et ce pyjama orange te va vraiment très bien !

_ Merde Lexa ne te moque pas ! (Elle sourit puis rit)

_ Ah voilà, c'est ça !

_ ça quoi ?

_ Ce sourire… C'est ce sourire qui me manquait le plus je crois…

_ Lex… (Clarke serre sa main dans la sienne) je suis ici pour un bon moment mais …. Je t'aime… et si des fois tu te demandais si…

_ Clarke ne dit rien… je me doute qu'une jolie fille comme toi doit avoir des prétendantes ici !

_ eh…

_ Ose me dire le contraire ! (Lexa hausse un sourcil)

_ hm...

_ J'ai totalement confiance en toi Clarke, ce que l'on a vécu ensemble, ce n'était pas un amour de vacances mais je comprendrais si 18 mois de prison était trop dur à supporter pour toi, ça le serait pour beaucoup de gens, mais je… Moi je t'attendrai… sache le…

_ Lexa, je ... hm … je vais devoir monter une barricade autour de mon lit mais (elle rit puis murmure) … mais rassure toi …je n'aime que toi et je ne veux que toi… »

Elles se sourient, elles aimeraient tant s'embrasser mais Clarke sait qu'elle sera réprimandée sur le champ. Elle attendra la fin des visites. Elle attendra les quelques instants d'inattention des gardiens quand ils prennent un malin plaisir à évacuer la salle.

« Mon ange, sérieusement, est ce que tu vas bien ? ce côté rebelle te rend très attirante mais je te sens fragile.

_ Fragilité, faiblesse, ici ne vaut mieux pas les afficher. Alors la plupart du temps je joues les durs …

_ ne t'attire pas d'ennuis.

_ Trop tard.

_ Clarke ?

_ Je n'y suis pour presque rien !

_ Raconte-moi.

_ Un soir dans les premières semaines, ma pote Nichols se fait agresser par deux folles dangereuses, des femmes cruelles, plusieurs fois condamnées pour des faits atroces. Ontari, la plus jeune s'en prend à moi pour m'empêcher d'aider Nicky, et je ne sais pas trop comment mais j'ai lutté, on s'est battue, elle avait une arme tranchante, j'ai quelques cicatrices encore, regarde … (elle montre son avant-bras)

_ Clarke, tu aurais pu te faire tuer !

_ Je sais mais ce n'est pas moi qui est perdue la vie ce soir-là.

_ Ontari ? tu as tué cette fille ?

_ Non ! On s'est battue violement, comme jamais je ne m'étais battu, et je l'ai repoussé, elle est tombée en arrière… Elle est tombée et son arme s'est logé dans le cœur de son mentor Nia… Ontari a fini en unité psy, Nia à la morgue, Nichols et moi au bloc pendant une semaine…

_ Au block ?

_ J'aimerai mieux ne pas en parler…

_ Mon dieu Clarke, merde, ne fait plus jamais un truc du genre !

_ Lex, ici ça peut nous tomber dessus à tout moment.

_ J'aimerais tellement pouvoir te sortir de là...

_ Je sais mon ange… ne t'inquiètes pas, je vais m'en sortir, et je vais témoigner, je vais venger mon père …

_ Oui, ta mère m'en a parlé…

_ …et faire mon temps et ensuite peut être que toi et moi on pourra … ma mère ? tu as parlé à ma mère ?

_ Hm au téléphone oui… plusieurs fois…

_ Lexa ? Est-ce que tu as vu ma mère ?

_ Clarke je …

_ Attend sérieux là, tu es allé voir ma mère ?

_ J'ai appelé il y a quelques jours, je sais que tu étais en mauvais termes avec elle mais avec tout ça, j'ai appelé quand même… pour avoir des nouvelles, autres que tes lettres, tu ne me dis pas tout, je le sais. Alors je l'avoue, je m'inquiétais… Et je lui ai dit que la saison se terminait, que les orages arrivaient sur la région plus tôt que prévus et que je n'avais plus beaucoup de client…

_ Et ?

_ Et elle a devinez, elle m'a dit de venir mais je te jure Clarke que je n'ai rien dit sur la nature de nos relations.

_ Je te crois… et puis ça va mieux avec ma mère maintenant, c'est vrai. Depuis quand es-tu là ?

_ Hier soir.

_ Chez ma mère ?

_ oui chez toi.

_ Elle t'a fait dormir dans ma chambre ?

_ La chambre avec des dessins au fusain pleins les murs et des poster de The Doors ?

_ Et merde je n'y crois pas, je vais la tuer…

_ Clarke arrête, ta mère est géniale et elle est super ton ancienne chambre... Ça m'a permis de mieux te connaitre. Je n'ai pas fouillé je te le jure, juste … Je me suis imprégné, j'ai appris sur toi en découvrant les peintures et les dessins aux murs. Clarke tu as un talent fou, d'ailleurs je…

_ Quoi ?

_ Le calepin a dessin que tu as laissé sur ma table de chevet au manoir…

_ Oh oui… tu as vu ?

_ Oui.

_ Je n'ai rien à te cacher Lexa… je crois que c'est toi…

_ Moi ?

_ Oui toi … la personne dont j'avais tant besoin dans ma vie…

« FIN DES VISITES » hurle une grosse voix par un micro.

Toutes les détenues se lèvent, elles prennent leurs enfants dans leurs bras, elles échangent des accolades prolongées avec leur mère ou père, ami ou fiancé. Clarke réagit au quart de tour c'est le moment. Les gardiens posent leur café et quitte leur cabine de sécurité sous verre, ils passent un petit couloir et entrent dans la salle pour séparer et évacuer gentiment les détenues.

C'est le moment. A partir de l'instant où les mots ont été prononcés et que les gobelets de café sont posés, c'est le moment d'agir. Clarke se lève précipitamment, elle contourne la table ronde, elle sort Lexa de son siège et l'enlace. Elle trouve ses lèvres en une fraction de seconde. Lexa a à peine le temps de comprendre ce qui se passe mais elle répond au baiser, trop heureuse de sentir ses lèvres sur les siennes. Clarke la serre contre elle, à tel point qu'elles reculent jusqu'au mur. Ses mains s'égarent rapidement sous le t-shirt de son amante qui lui manque tant. Le baiser est profond et passionnée. Lexa la serre contre elle au point de ne plus pouvoir respirer mais elle continue de l'embrasser, elle voudrait ne jamais cesser de l'embrasser. Elles tentent de rattraper des mois d'absence en un seul baiser et quelques caresses elles y parviennent presque mais Clarke est soudainement emportée en arrière par deux gardes qui la somment d'arrêter.

Clarke disparait dans la pénombre de l'antichambre. Lexa reste fixée au mur, gardant le gout des lèvres de son aimée sur les siennes. On l'a force à quitter les lieux. A cet instant, elle aurait compris les mots de Clarke qui lui disait de ne pas venir, ses mots qui la prévenait que ce serait trop pénible, trop insupportable. Mail elle n'avait pas lue la lettre, elle était venue, et son cœur se brisa à nouveau quand elle quitta les environs de la prison pour rejoindre SkyFalls, où elle prit une chambre d'hôtel, incapable de rejoindre la mère de Clarke chez elle.

CHAPITRE 23

La détenue Griffin reprend son calme et cesse de se débattre après de longues minutes. Les gardiens la relâche dans un couloir au milieu des vas et vient des prisonnières. Encore une fois elle se fait remarquer. Elle sent les regards interrogateurs sur elle. Elle garde la tête haute et traversa la prison. Elle sort dans la cour, elle sait que le parking visiteur est à l'autre bout des bâtiments et qu'il n'y a aucune visibilité sur lui, pourtant elle marche jusqu'au grillage le plus loin, en lisière d'une pauvre forêt et passe ses doigts au travers des mailles.

Elle resta plantée là pendant de longues heures, jusqu'à la fin de journée, jusqu'à ce que Vause s'approche, un peu comme on approche un animal terrifié. A quelques mètres d'elle, Clarke sent sa présence et tourne la tête. Vause à un mouvement de recul en voyant le visage de sa copine de chambrée. Clarke affiche une mine désastreuse, son teint est pâle, ses cernes sont marqués comme si elle avait pleurée en cachette pendant des heures et c'était le cas. Vause s'approche encore de quelques pas et pose une main sur son épaule. Elle voit dans ses yeux brillants un profond désespoir, elle comprend qu'elle a versée toutes les larmes de son corps, qu'elle est à bout de force, qu'elle n'a plus d'espoir, juste de la peine. Vause accentue son geste et force Griffin à lâcher le grillage. Elle la retourne et la prend dans ses bras. Griffin se laisse faire. Elle appuie sa tête contre elle, elle se laisse l'enlacer un peu plus, elle sent la chaleur de son corps la réchauffer. Elle se rend compte que bientôt l'heure des balades va se terminer. Elle se rend compte que le soleil a baissé et qu'elle est à l'ombre depuis un moment. Vause lui caresse les cheveux pour apaiser quelques sursauts de larmes qui reviennent. Griffin tremble de tous ses muscles et de tous ses nerfs.

Vause lui laisse le temps de se reprendre un minimum et l'invite à la suivre pour rejoindre l'intérieur. Sans un mot, elle accompagne Griffin aux dortoirs, puis aux douches. Clarke reste un temps interminable sous l'eau brulante. S'entourant de vapeurs de fumée qui semble la calmer. Autour de la vapeur elle imagine un autre décor. Vause monte la garde et personne ne se plaint de la réquisition de la cabine. Ensuite elles passent à la cantine, Clarke touche à peine à son repas. Clarke entend mais ne prête aucune attention aux conversations autour d'elle. Elle suit le mouvement de la foule. Elle part se coucher avec cette impression de vide gigantesque dans la poitrine qui se cesse de s'agrandir. Elle respire à peine et son regard est lointain presque vide. Vause, Chapman et Nichols discutent à l'entrée du box et sont inquiètes.

NICHOLS : Elle a reçu une visite ce matin et depuis elle est comme ça ?

VAUSE : Je crois oui.

CHAPMAN : On a toutes entendues l'appel micro et elle a passé la journée au fond de la cour.

NICHOLS : Qui lui a rendu visite ?

VAUSE : Je n'en sais rien !

Une détenue passe alors par là et entend la conversation, elle fait mine de rien et repasse à quelques centimètres d'elles en leur chuchotant discrètement « La visite de Griffin c'était la fille de la photo, j'étais aux parloirs ce matin ».

Vause, Chapman et Nichols font un bon puis regarde Clarke avec tristesse et interrogations. Cette dernière est allongé sur sa couchette, les yeux grands ouverts fixés au plafond. Vause fait quelques pas vers elle puis se retourne vers son amante, Piper qui l'encourage à poursuivre.

Vause s'approche doucement et pose un genou à terre près de la tête de lit de Clarke. Elle jette un autre coup d'œil à ses camarades qui se reculent pour leur laisser un peu d'intimité et ne pas brusquer la jeune femme dévastée.

VAUSE : Griffi… Clarke ? Murmure la détenue Vause.

Aucune réponse, aucun mouvement, aucun réflexe.

VAUSE : Clarke, s'il te plait, dis-moi quelque chose, je m'inquiète, on s'inquiète avec les filles.

Griffin ne bouge pas, même ses yeux sont toujours fixés au plafond.

VAUSE : Clarke ? Qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Clark…

Toujours aucune réponse mais Clarke à clignée des yeux et secouée la tête comme pour tenter de revenir dans le présent. En fait, son esprit n'avait jamais quitté le parloir et n'avait jamais quitté l'emprise des lèvres de son amante. Elle était restée figée dans le temps et seul ce moment passé dans ses bras se répétait en boucle dans sa tête. Comme la folie douce qui s'empare d'elle, elle sent que tout son être ne peut plus en supporter d'avantage. Comment poursuivre ? Comment survivre loin d'elle encore plus longtemps ? Elle avait l'impression de la perdre à nouveau. Elle avait l'impression de vivre un nouveau traumatisme. Elle avait l'impression que jamais elle ne sortirait d'ici. Alors elle s'était déconnectée du monde et ne pensait plus qu'à ce baisé aux parloirs, ce baisé échangé dans la précipitation mais au combien passionné. Ce baisé comme s'il fût le dernier restait là, à la hanter à chaque instant.

VAUSE : Clarke ?

GRIFFIN : oui ?

VAUSE : Tu vas bien ?

GRIFFIN : Non.

VAUSE : Clarke regarde-moi !

Griffin tourne enfin la tête vers sa camarade de chambre toujours à genoux auprès d'elle.

VAUSE : Sérieusement Griffin qu'est-ce que tu as ? Je peux faire quelque chose ?

Clarke soupire et se relève pour s'assoir, Vause fait de même au bord du lit. Clarke se recule et lui laisse un peu de place, tout près d'elle pour se former une bulle dans le brouhaha du dortoir qui n'est pas encore couché.

GRIFFIN : Tu sais remonter le temps ?

VAUSE : Non, ça, je ne sais pas faire !

GRIFFIN : Alors tu ne peux rien pour moi.

VAUSE : Qu'est-ce qui s'est passé ?

GRIFFIN : Lexa.

VAUSE : Elle est venue c'est ça…

GRIFFIN : Oui.

VAUSE : Et tu ne voulais pas ?

GRIFFIN : non…

VAUSE : Pourquoi ?

GRIFFIN : je ne voulais pas qu'elle me voit comme ça. Dit-elle en accompagnant le geste à la parole et soulevant son polo orange.

VAUSE : C'est rien ça. Ce n'est pas la tenue le problème, tu avais peur de la décevoir ?

GRIFFIN : Je crois oui.

VAUSE : Elle t'a quittée ?

GRIFFIN : non !

VAUSE : Alors pourquoi tu fais cette tête ?

Clarke la dévisage, elle ne comprend pas.

VAUSE : Griffin ! Cette fille traverse la moitié des Etats Unis pour te voir quinze minutes dans le parloir d'une prison fédérale. Si elle ne tient pas à toi je sais pas ce qu'il te faut !

GRIFFIN : je sais…

VAUSE : Tu vas sortir un jour Clarke, et d'après ce que tu m'as dit sur cette fille, je pense sincèrement qu'elle sera là quand tu sortiras.

GRIFFIN : Je sais…

VAUSE : Alors quoi ?

GRIFFIN : Ce n'est pas juste.

VAUSE : Je sais. On est ici pour se repentir, on pense sans cesse aux actes qui nous ont mené là. Le poids sur tes épaules je le connais, libère-toi de certaines choses, ne garde que le plus important, ne garde que le meilleur en toi sinon la prison va te bouffer et te changer.

GRIFFIN : Je sens déjà le changement…

VAUSE : Griffin tu n'es pas comme toutes ces paumées qui hantent ces couloirs et ces bâtiments. Tu es bien plus que ça. Tu as commis une erreur, une simple erreur, une fois dans ta vie et malheureusement elle t'a rattrapée mais ça ne veut pas dire pour autant que tu es voué à faire d'autres erreurs. Tu es intelligente, tu ne finiras pas comme ces criminelles qui pour la plupart n'ont aucun avenir devant elles.

GRIFFIN : tu n'en sais rien…

VAUSE : Arrête Griffin ! tu as blessé un connard qui te trompait, il n'est pas mort, tu vas sortir, reprendre tes études et rejoindre cette nana magnifiquement sublime qui apparemment t'aime vraiment - pour être venue jusqu'ici. Crois-moi quand tu finis en tôle, y'a des gens que tu revois plus jamais de ta vie et qui ne viennent jamais te rendre visite.

GRIFFIN : Je t'envie des fois.

VAUSE : Quoi ?! Pourquoi ?

GRIFFIN : Chapman.

VAUSE : non, crois-moi je ne suis pas fière de ce que j'ai fait. Elle est ici par ma faute mais je préférerais la voir libre.

GRIFFIN : Je sais, c'était stupide, excuse-moi.

VAUSE : T'inquiète, tu es chamboulée c'est tout. Elle ne t'avait pas prévenue de sa visite hein ?

GRIFFIN : Non, j'ai cru faire une crise cardiaque en la voyant. C'est tellement frustrant !

Clarke s'empare de son oreiller ramollo et le contorsionne dans tous les sens pour évacuer un peu sa colère et apaiser ses nerfs. Vause sourit légèrement car Clarke réagit et c'est bon signe, elle sort de son mutisme et de sa coquille.

VAUSE : Donc votre entretien s'est bien passée ?

GRIFFIN : Oui je crois, elle s'inquiète.

VAUSE : Y'a de quoi. Si Piper était là sans moi, je crois que je paniquerai aussi.

GRIFFIN : J'ai même eu du mal à y croire, elle a quitté l'hôtel avant la fin de la saison pour venir. En fait elle est venue dès qu'elle a pu.

Elle en prend conscience alors même qu'elle prononce les mots et son cœur se gonfle.

VAUSE : Elle t'aime sois en sûr.

Clarke esquisse enfin un sourire.

VAUSE : Ce n'est pas ce que tu voulais ? Qu'elle ne t'oublis pas comme on oublie une aventure d'un soir ?

GRIFFIN : si.

VAUSE : ça t'effraie ? Que l'on puisse t'aimer alors que toi-même tu ne t'aimes plus ?

GRIFFIN : C'est un peu ça …

VAUSE : C'est la prison qui fait ça, ne te laisses pas faire.

GRIFFIN : J'essaie.

VAUSE : Rallonge-toi, calme toi et essaie de dormir. Demain tu y verras plus clair.

Clarke obéit sans rétorquer.

VAUSE : Si tu n'arrives pas à dormir, réveille-moi, on discutera.

Clarke hoche la tête pour signifie qu'elle a compris mais n'a pas l'intention de la déranger même si elle est victime d'insomnie cette nuit. Ce fut d'ailleurs le cas, elle somnola pendant des heures et des heures sans pouvoir dormir profondément.

Ce que Clarke ignore c'est qu'à quelques kilomètres de là, dans une chambre d'hôtel plutôt moyenne, Lexa passe la même nuit agitée qu'elle. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que Lexa a été dans le même état secondaire qu'elle toute la journée.

Lexa n'avait pas longtemps hésité avant d'accepter l'invitation de Madame Griffin. Elle n'avait pas hésité longtemps non plus, à partir sur les routes en voiture après avoir constaté que les vols Salt Lake City / Détroit étaient trop rare et dans trop longtemps elle préféra arrivée plus tard mais partir tout de suite. Lexa n'avait pas hésité à rouler jour et nuit pour enfin atteindre le Michigan. Elle était épuisée, elle avait sonné à la porte d'une ravissante maison de banlieue. Elle avait fait connaissance avec la mère de Clarke, elle s'était excusée et était partie se coucher. Le lendemain, elle remercia Mme Griffin de l'avoir rajouté sur la liste des visiteurs autorisés, par le biais de l'oncle avocat et partie directement vers Litchfield. En revanche c'est devant les portes de la prison qu'elle hésita. Elle avait peur de voir Clarke trop changé pour la reconnaitre, elle avait peur de la voir en souffrance, elle avait peur comment jamais elle n'avait eu peur de sa vie. Elle s'était ressaisit, après tout elle était libre et pas la femme qu'elle aimait, il fallait qu'elle soit forte, ce n'était pas le moment de faiblir et elle était entrée pour la première fois dans l'enceinte des murs qui emprisonnaient sa compagne.

En ressortant de là, totalement envahit par un tas de sentiments contradictoires, elle avait filé en route pour la banlieue d'enfance de Clarke SkyFalls mais n'avait pas eu le courage d'affronter sa mère. Elle avait envie de s'effondrer et elle ne pouvait pas se permettre de le faire devant cette dernière. Alors elle traversa Bay City à la recherche d'un hôtel quelconque, le premier qu'elle croisa fit l'affaire.

En partant le matin, elle avait emporté avec elle le seul et unique sac qu'elle avait pris avec tout le nécessaire. Elle le balança dans un coin en entrant dans la modeste chambre et s'allongea de tout son long sur le lit et resta figée là pendant des heures.

Le jour qui suivit, la vie de la prison engloutit Clarke de nouveau, elle erre dans les couloirs et les jours passent. Elle répond aux questions des avocats, elle raconte sa version des faits sur les quelques jours qui ont précédés la mort de son père, elle raconte cette histoire encore et encore si bien que les mots n'ont presque plus de sens pour elle. Mais elle tient bon, Vause lui avait dit, elle est intelligente, elle sait faire la part des choses, son cœur est brisé oui, mais elle a des obligations, elle a encore des tâches à accomplir. Sa raison se ravive et elle gèrera plutôt bien ses prochaines entrevues avec les avocats.

Et puis, il y eut cette promotion. Cette affectation qui lui occupa l'esprit et les mains pendant le temps qu'elle ne passait pas en séance de témoignages - d'ailleurs, il y en avait de moins en moins car le début du procès approchait. L'agent Montgomery, administrateur en chef, devait trouver une solution à un tout nouveau problème. L'établissement souffrait d'un manque de subvention, et plusieurs médecins et infirmiers de l'unité psychiatrie avaient démissionnés. Il se trouvait donc dans l'obligation de mettre son infirmière en chef sur les plannings de l'autre bâtiment carcéral et ça le dérangeait beaucoup. Il ne voulait pas être privé d'infirmière pendant des demi-journées entières. Alors il réfléchit, il se masse les tempes et essuie une goutte de sueur. Cette restriction de budget et de personnelle lui en donnait parfois des insomnies et il avait mal à la tête. Il réfléchit et l'idée lui vient d'un coup. Il l'efface aussitôt car ça ne s'est jamais fait. Les détenues ont des jobs au sein de la prison pour qu'elle soit un maximum autonome, comme en cuisine, en laverie, en maintenance, en entretien, etc. mais on n'a jamais mis une détenue à l'infirmerie. Pourtant l'idée est là car il a la candidate idéale. Etudiante en Médecine. Détenue 139 GC. Clarke Griffin.

Un matin, un gardien avec le sourire en coin, s'approche lentement de la tablée de Clarke, Vause et la bande. Il prend un malin plaisir à torturer Clarke. Elle le reconnait, c'est déjà lui qui lui avait apporté la précédente enveloppe retenant de si mauvaises nouvelles – dont elle n'avait d'ailleurs aucune idée des suites. Il lui tend une note signée du conseillé Montgomery et lui dit d'un ton plus que méprisant : « affectation pour toi Griffin, allez au boulot. On t'attend dans une demi-heure à l'infirmerie dans l'aile est. Tiens prend ce badge pour pouvoir y accéder. » Il lui jette l'objet en question qu'elle rattrape du bout des doigts. Clarke observe la note et le badge et ne comprend pas mais avant qu'elle ne puisse dire quoique ce soit, il était déjà parti.

CHAPITRE 24

A l'heure dite, Clarke passe devant un gardien en lui montrant ce nouveau badge - que Nichols, toute fière d'elle, lui avait accroché à la poche de son polo orange – et franchit les grilles facilement. Elle longe un couloir sombre qu'elle ne connait pas. Elle aperçoit une porte au fond dont les vitres laissent passer une clarté attirante et une fois à hauteur de la porte, elle lit l'inscription : « INFIRMERIE ». Elle frappe et entend une voix de femme lui répondre d'entrer. Elle entre.

Clarke est, pendant quelques secondes, aveuglée par la luminosité de la pièce blanche, dont la fenêtre donnait plein soleil à cette heure précise. Quand elle fait le point, elle remarque une femme assise derrière un bureau, entourée d'un placard à pharmacie sous scellé, d'une table d'occultation, d'une lampe de chirurgie, de plusieurs plateaux d'instruments et d'une étagère remplit de manuel basique. Clarke se sent soudain dans un environnement familier. Même si elle avoue que tout l'équipement est très sommaire, elle se sent soudain mieux et en confiance et cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas éprouver une telle sensation.

Elle s'avance et la femme lève enfin la tête de ses dossiers. Clarke aperçoit à peine les traits de son visage derrière cette crinière épaisse brun-roux et frisée. La femme se lève, elle est grande. Elle dégage son visage et passe ses cheveux en arrière, elle est magnifique. Elle s'avance et tend la main à Clarke.

« Pile à l'heure Génial ! Bonjour. Je suis l'infirmière Luna Stevens chargé des soins des détenues la prison ouverte de Litchfield. »

Clarke saisit sa main et la serre sans dire un mot.

LUNA : Clarke Griffin c'est ça ?

GRIFFIN : Oui c'est ça.

LUNA : Ok. Voilà, est-ce qu'on vous a dit pourquoi vous étiez là ?

GRIFFIN : Non pas vraiment, on m'a parlé d'une affectation.

LUNA : Exactement, cette satané prison doit faire face à un manque de personnel hospitalier, du coup je dois faire des gardes en HP et donc je dois former quelqu'un aux petits soins urgent qui peuvent advenir à tout moment et aux soins régulier dont ont besoin certaines détenues.

GRIFFIN : Ok, je comprends mais pourquoi moi ?

LUNA : Question stupide.

GRIFFIN : Hm… oui pardon, j'étais étudiante en médecine. Ça fait de moi la meilleure candidate c'est ça ?

LUNA : Exact ! Donc, aujourd'hui nous allons passer en revue tes connaissances, que je me fasse une idée de ton niveau. Ensuite nous verrons les dossiers des filles sous traitement quotidien.

GRIFFIN : Très bien.

LUNA : Ça te va ?

GRIFFIN : Hm… c'est parfait. Dit-elle étonnée de la question.

LUNA : Il y a pire comme affectation pour une fille comme toi.

GRIFFIN : Je crois oui. Merci.

LUNA : Ce n'est pas moi qu'il faut remercier. C'est Montgomery qui a eu l'idée. D'ailleurs il en prend l'entière responsabilité étant donné que jamais une prisonnière n'a été affectée ici.

GRIFFIN : Je vais faire gaffe à pas faire de connerie alors ! Veut plaisanter Clarke mais L'infirmière Stevens ne réagit pas.

L'infirmière Luna et Clarke passèrent donc la journée dans la salle d'infirmerie à réviser les bases de la médecine, les notions, les thermes, les principales précautions à prendre en prison, les attentions particulières a apporté à certaines prisonnières et celles à qui il ne faut pas administrer d'antalgiques… La journée passa très vite et Luna fit quitter les lieux à Clarke juste avant l'heure du repas.

En partant, Luna rattrapa la détenue Griffin par le bras et lui dit « Bon boulot, on se voit demain pour la suite ». Clarke sourit légèrement, elle n'avait absolument rien fait si ce n'est, prouver qu'elle n'avait pas roupiller pendant ces deux ans de médecine, et qu'elle avait assez de mémoire pour retenir les contre-indications de soins pour certaines prisonnières et reconnaître immédiatement celles qui étaient en traitement.

Néanmoins, elle partit se coucher ce soir-là, le cœur un peu moins lourd. Surement l'odeur spécial de désinfectant de l'infirmerie qui l'avait shootée un peu ? Ou bien la nostalgie des heures passées à travailler à l'hôpital et à se rendre utile ? Après la mort de son père, elle avait un peu perdu le gout de sauver des vies mais les réflexes étaient toujours là, fort heureusement et de bons moments se ravivaient à elle. Ces moments en labos, en stages, en amphis… Une brève pensée s'insinua en elle avant de repartir aussitôt n'étant pas d'actualité. Cette idée étant qu'un jour, il faudrait qu'elle reprenne ses études.

Les journées suivantes furent rythmées d'une toute autre allure pour Clarke. Il restait peu de temps à Luna pour la former et pour qu'elle ne fasse ses premières heures de garde seule, donc Luna ne perdait pas de temps. Un après-midi elles eurent un cas pratique. La pauvre Nicky Nichols s'était blessée à l'atelier des métiers d'électricien avec une machine à soudé. Clarke était ravi d'avoir une première patiente même si elle compatissait à la douleur de Nichols.

Griffin s'autorisa même une blague, dans le dos de l'infirmière Stevens bien évidement.

GRIFFIN : Nichols, chose importante, surtout tu reviens demain pour refaire des soins ok ?

NICHOLS : Pas de problème M'dame !

GRIFFIN : Et Nichols, tu devrais éviter Morello pendant quelques jours … ou bien sert toi de ton autre main !

Nichols semble autant choquée qu'amusée par les propos de Clarke et s'empresse de réagir.

NICHOLS : C'est chiant mais je suis une pro main gauche ou main droite, ne t'inquiètes pas pour moi !

Elle lui fait un clin d'œil et saute de la table d'occultation avant de partir en riant très fort.

NICHOLS : Mais c'était très drôle Griffin, très drôle !

Le lendemain Clarke est très occupé, toutefois elle quitte tout avec fracas quand on l'informe qu'elle a une visite. Elle court presque, elle espère, autant qu'elle redoute que ce soit Lexa. Et effectivement c'était elle. Elle ne l'avait pas revu depuis le début de la semaine et beaucoup de choses s'était passées depuis.

Clarke lui explique sa nouvelle affectation à l'infirmerie. Lexa se rejoint puisque ça à l'air de la faire sourire et lui faire passer le temps. Clarke lui explique qu'elle a nouveau le sentiment d'être utile. Lexa lui fait part de sa conviction qu'elle est faite pour ça et qu'elle doit continuer.

Lexa lui explique qu'il faut qu'elle retourne à ThreeGreen pour fermer la saison, bouclé l'hôtel pour l'hiver, payé et renvoyé jusqu'à l'année prochaine, le personnel, et régler ces démarches administratives. Elle en est désolée mais elle n'a pas le choix, déjà Octavia lui a rendu un grand service, il faut qu'elle la remercie et qu'elle ne lui laisse pas l'hôtel plus longtemps sur les bras. Elle lui promet de revenir dès qu'elle aura fini. Elle lui promettre d'être là pendant le procès pour la soutenir, pour qu'elle ait la force de témoigner et de justifier les actes courageux de son père que l'on essaye de discréditer. Clarke lui demande si pendant ces derniers jours, elle était chez sa mère. Lexa lui répond que non, qu'elle était seule sur la côte de Bay City.

Clarke se rend compte qu'elle est restée pour pouvoir la voir une deuxième fois, plus de visites auraient été interdite dans la semaine. Ensemble, main dans la main, yeux dans les yeux, elles passent de longues minutes sans dire un mot, sans d'autres explications. Elles savourent juste un moment de silence – dans un bruit de fond assourdissant de salle de visites bondée de détenues et leurs familles. Les intentions passent parfois mieux par un regard que par des mots maladroits. Alors elles se contentent de se regarder et c'est comme si elles avaient la même vision, la vision d'une promesse, la vision d'un jour où elles se retrouverons.

Quand l'heure de fin sonne, Clarke a le cœur serré, elle sait que c'est son cas aussi, elle sait qu'elle l'aime et elle n'a plus peur. Elle reprend petit à petit confiance en elle.

Elle aimerait réitérer leur étreinte, elle aimerait l'enlacer et lui prouver tout son amour en un baisé enflammé mais le gardien de la dernière fois est toujours au même poste et il la surveille déjà depuis le début de l'entretien. Elle regrette amèrement de ne pas pouvoir défier l'autorité mais cette fois-ci elle veut garder son job, elle veut garder son calme alors elle attend la fin des visites, elle attend que les gardes sortent les détenues en file indienne. Elle attend debout à deux mètres de Lexa qui s'est levée aussi. Le gardien en question est prêt à la rappeler à l'ordre mais Montgomery – ici par hasard ? on ne le saura jamais – l'interpelle et lui ordonne de lui laisser quelques minutes.

Dans les yeux de Clarke, on peut lire un « merci » à l'attention de Montgomery qui quitte déjà les lieux. Elle se retourne et il ne faut qu'un millième de seconde pour qu'elles se jettent dans les bras l'une de l'autre. Emprisonnant directement son corps de ses bras, Clarke retrouve le goût de ses lèvres et y goute encore et encore dans un jeu de lèvres effréné. Lexa laisse glisser ses mains dans son dos pour finir dans ses cheveux et elle approfondit leur baiser. Le gardien les regarde avec un air suffisant mais les laisse faire suite à l'ordre donnée par son supérieur. Elles aimeraient en profiter plus longtemps, elles en veulent toujours plus mais dans un dernier élan, un dernier baisé dans un souffle, elles se séparent et Clarke retourne lentement vers la sortie de la salle. Elle passe devant le gardien qui la foudroie du regard. Elle ne se laisse pas impressionner, elle tient tête à son regard et se caresse la lèvre inférieure comme pour lui montrer combien c'était bon, divin même délicieux.

Clarke disparait après avoir jeté un dernier regard et un dernier sourire vers Lexa qui quitte aussi les lieux par le sasse visiteur. Clarke retourne à l'infirmerie mué par une vague de sensations qu'elle tente de retenir le plus possible en elle, la douceur de ses lèvres, le contact de son corps et la chaleur de sa peau. Elle reprend ses esprits devant le regard interrogateur de Luna et se remet vite au boulot.

CHAPITRE 25

Clarke avait vu son quotidien changé au sein de la prison. Quand Luna était de garde à l'unité psychiatrique, Clarke prenait la sienne à l'infirmerie. La plupart du tout il n'y avait pas foule, il est vrai que les petits bobos, il y en avait beaucoup mais rien de très excitant -du point de vue du futur médecin, et heureusement -du point de vu de la détenue.

Elle passait donc le plus clair de son temps à lire des manuels de médecine et à en absorber le contenu ou bien à regarder par la fenêtre. La vue sur la forêt lui offrait chaque jour le spectacle de l'automne qui s'installe, elle voyait les feuilles roussir lentement puis les voyait échouer au sol après avoir virevoltées dans le vent. Les couleurs changeaient, l'air s'humidifiait bref le temps suivait son cours et dehors les saisons se passaient le flambeau sans qu'elle ne puisse rien faire.

Mais elle ignore qu'enfin quelqu'un va s'occuper de son cas, elle ignore qu'à quelques kilomètres de là, dans le palais de justice de Détroit, le juge de la cour suprême se replonge dans l'affaire de la centrale avec un café très serré dans sa tasse.

Le procès allait débuter bientôt et il voulait absolument tout repasser en revue. Les faits dataient de plus de deux et demi, le dossier s'était largement étoffé au fil des années sous le coup de nombreux témoignages et multiples expertises. C'était son prochain dossier important, aussi bien médiatique que morale et il n'allait plus travailler que sur lui. Il reclassa les différents classeurs, pochette et feuillets qui le composait, il les rangea dans l'ordre dans lequel il voulait les relire mais une note s'envola et tomba au sol.

Cette note, le Juge Armand, la ramasse en vitesse et voulu la ranger mais l'entête du cabinet West, Roland & Clint allié au cachet de la prison de Litchfield au bas de la page, l'intrigue fortement. Il parcourt en travers les quelques lignes puis tique. La mimique sur son visage s'efface alors qu'il replace ses lunettes sur l'arrête de son nez pour relire l'intégralité du document.

« La détenue 139GC GRIFFIN Clarke, jugée et condamné pour coups et blessures aggravé et tentative d'homicide (dossier 345-89 COLINS contre GRIFFIN) est retenue à la prison fédérale de Litchfield. »

Il se gratte la tête et pense à haute voix.

« Griffin ? Griffin ? Jack Griffin est l'une des principales victimes de cette explosion à la Centrale. Serait-ce sa fille ?»

Il continue sa lecture.

« Dans le cadre de cette détention, elle se voit obligée de témoigner dans l'Affaire de la Centrale Electrique de Skyfalls lors de séance réduite et sous surveillance au sein même de la prison. Elle est un témoin clef pour clarifier l'état d'esprit de l'ingénieur en chef Jack Griffin au moment des faits (…) Jusque-là elle à livrer ses témoignages sans aucun souci (…) Refuse toute coopération avec les avocats qui représentent l'ancien Conseil d'Administration de ladite centrale (…) Agression physique sur la personne de Maitre West (…) comportement dangereux (…) amène de lourdes répercutions (…) Prolongation de peine recommandée »

Il repose la note sur le large bureau en acajou et y ajoute ses lunettes. Il réfléchit, sa voix résonne dans le silence parfait de son antre de travail.

« Jack Griffin est une victime dans cette histoire mais il est vrai qu'il faut encore définir ses réelles intentions et motivations le jour de l'explosion, mais que Diable fait sa fille unique en détention ? »

Le juge commence à froncer les sourcils sans pouvoir se radoucir. Il appui avec force que le bouton de l'interphone et hurle à son assistant de rappliquer au plus vite. Moins d'une minute plus tard, l'assistant maigrelet aux cheveux gras entre dans le bureau d'un pas pressé. A peine avait-il atteint le bord du bureau qu'il sait l'humeur de son patron. Il se voit charger de trouver le dossier de l'affaire Collins contre Griffin qui a mené l'un de ces précieux témoins en prison.

Une demie heure et trois tasses de café noir plus tard, l'assistant revient auprès du juge avec le dossier en question. Le juge fit signe à son assistant de rester et de s'assoir. Ce qu'il fit sans pose de question en écoutant le Juge lire et penser à haute voix.

« Alors le jeune Mr Collins, Finn accuse Mlle Griffin, Clarke de tentative d'homicide. Le coup porté à l'arme blanche a perforé un poumon et fait subir de graves dommage aux système circulatoire et aurait pu atteindre le cœur à quelques millimètres près. Coups et blessures : jugée coupable. Facteur aggravant : l'inculpée est étudiante en médecine. Non-assistance à personne en danger : coupable. Délit de fuite : coupable. Après des mois de traque, des inspecteurs l'ont retrouvée. Coupable de tous les chefs d'inculpation ? Qui été le président de la séance ? Oh très bien ça ne m'étonne pas … tentative d'homicide involontaire … ridicule. Ils n'ont même pas tenue compte des circonstances atténuantes et des réels motifs de la dispute. Une femme peut être dangereuse lorsqu'elle est en colère néanmoins je pense qu'une étudiante en médecine qui veut réellement tuer son petit ami, ne loupe pas la position du cœur. »

Il referme le dossier. Il est fou de rage. Comment ce juge avait-il put la condamnée à ce point pour cette affaire ? Surtout s'il était au courant qu'elle était témoin important dans cette gigantesque affaire qu'est celle de l'explosion de cette centrale hydro-électrique. Il repose ses lunettes une nouvelle fois sur le bureau et se masse les tempes.

« Graham, vous allez me faire le plaisir d'envoyer une note au juge de l'affaire Colins ainsi qu'aux avocats de West, Roland et Clint. Je veux que sur le champ soit annuler cette condamnation. Je décrocherai moi-même le téléphone si le bureau du Juge vous pose des problèmes. Je veux que les avocates du cabinet West et machin soit dans mon bureau demain matin à la première heure. Et appelé la prison de Litchfiel immédiatement. Je veux que dans moins de vingt-quatre heures cette jeune fille soit libre »

Graham, note tout sur son calepin avec un léger rictus puis s'enfuis du bureau pour accomplir ses tâches. Le juge Armand, se balance dans son siège et pense « mon Dieu, cette affaire est énorme, les répercussions sont grandes, comment se fait-il que je n'aie rien su ? Elle pourrait même être en danger dans cette prison, certain ne recule devant rien pour faire taire des témoins. Et elle est la fille de l'ingénieur qui voulait révéler une grosse manigance, elle en sait certainement beaucoup. Les ex membres du conseil sont louches… je dois reprendre tout depuis le début ».

Il ouvre enfin la première page du dossier de la Centrale. Il remet ses lunettes et soupire. Il garde cependant la note rédigée par le cabinet d'avocats à portée de main et entreprend de commencer à relire cet énorme dossier.

Clarke Griffin ne s'en doute pas mais dans moins de vingt-quatre heures, elle sera libre, mais pour l'instant, elle fait les cents pas dans l'infirmerie en énumérant des molécules chimiques à haute voix. Elle exerce sa mémoire, elle a décidé de ne plus perdre son temps à rêvasser. Elle assume son statut et avance coute que coute. Un jour elle sortira et elle a un avenir à construire. Lexa ne voudrait surement pas vivre avec une fille que la prison aurait détruite alors elle reprend du poil de la bête et étudie en attendant quelques patientes égratignées.