CHAPITRE 26
Au sein de la prison de Litchfield, tous les jours se ressemblent et ce matin-là était semblable à tous les autres. Clarke ouvre un œil et s'étire. Elle entend la foule de femmes autour d'elle qui se réveillent aussi. Certaines baillent, certaines font déjà des pompes ou d'autres exercices physiques en se soutenant mutuellement et d'autres râlent déjà de bon cœur et surtout de bonne heure.
Elle se lève, se frotte les yeux et regarde Vause encore sous son drap, totalement recouverte pour éviter de la voir la lumière du jour. Clarke se lève et s'approche d'elle. Elle appuis son pied contre la couverture, là où devrait se trouver sa cuisse et la remue un peu pour la réveiller. Vause grogne et s'agite enfin sous le drap.
VAUSE : Quoi ?! dit-elle la voix rauque et endormie.
GRIFFIN : Lèves-toi !
VAUSE : Déjà ? noooon je n'ai pas envie…
GRIFFIN : Aller, quoi ? Qu'est ce qui t'arrives ?
VAUSE : Rien …
Clarke se penche sur Vause encore dans son lit pour lui murmurer à l'oreille.
GRIFFIN : Ah oui ? Tu n'es pas un peu fatigué de ton escapade de cette nuit ?
Alex Vause se redresse soudain sur sa couche et regarde Clarke avec de grands yeux.
GRIFFIN : J'ai vu que tu n'étais plus là pendant un bon bout de temps !
VAUSE : Chuuut !
GRIFFIN : Aller, viens avec moi, j'ai faim !
VAUSE : Hm… ok j'arrive, laisse-moi cinq minutes.
GRIFFIN : je sors dépêche-toi je t'attends…
Clarke sort du box et se dirige vers la sortie. A la porte, elle remarque Chapman qui observe le dortoir en espérant apercevoir quelqu'un.
GRIFFIN : Vause magne toi, il y a Chapman qui t'attend à la porte.
Sur ces simples mots, Vause se leva d'un bon de son lit, enfila un sweat et ses chaussures et rejoignit Clarke et Piper pour aller à la cantine au milieu du flots de détenues encore somnolentes ou déjà bien agitées.
Oui c'était un matin comme tous les autres. Clarke et ses camarades Vause, Chapman, Nichols, Morello et Boo prenaient leur petit déjeuner. Nichols tentait de soudoyer Clarke pour en savoir plus sur la magnifique infirmière Stevens pendant que Morello la foudroyait du regard, jalouse comme un puce et pourtant totalement dans le déni sur sa relation avec Nicky.
Jusque-là, c'était encore un matin comme les autres, où les couleurs de l'automne envahissaient parfois les esprits et apportaient la mélancolie. Clarke parfois se disait qu'elle ne survivrait pas à un hiver sans elle mais ses pensées étaient vite chassées par les rires et les embrouilles tout autour d'elle. Elle commençait à trouver un équilibre dans ce monde de brute. Elle commençait à accepter son sort sans sombrer dans la folie. Elle en ressortirait plus forte. C'était son but. C'était son ambition.
Et puis le bruit de pas caractéristiques du gardien porteur de mauvaises nouvelles résonne au loin dans un couloir. Clarke, comme doté d'un sixième sens ou d'une aptitude remarquable à sentir les évènements arriver, l'entend comme un animal qui entend un bruit suspect à des dizaines de mètres de lui. Elle relève la tête et regarde vers l'entrée de la cantine. Rien, seul le va et vient des détenues. Pourtant elle reste fixée sur ce point encore quelques secondes et le gardien apparait. Son cœur fait un bon dans sa poitrine. Le gardien s'arrête et la cherche du regard dans la grande salle de réfectoire bondée de femmes. Quand il la trouve, elle le regarde déjà. Il est surpris mais avance vers elle sans le montrer. Clarke se questionne, elle ne retrouve pas sur son visage ce léger rictus qu'il affiche afin de paraître toujours supérieur et satisfait de lui. Non, ce n'est pas sa mine habituelle et Clarke en ai presque décontenancée. « Qu'est-ce qu'il m'apporte encore comme nouvelle désastreuse ? » Se demande-t-elle.
Le gardien arrive à sa hauteur. Toutes ses camarades ont cessé leurs conversations et s'inquiète en regardant Clarke. Le gardien lui tend un document officiel, estampillé du logo du Palais de Justice de Detroit. Elle le saisit d'une main tremblante. Elle le lit. Les minutes défilent au ralentit pour toutes ses amies qui l'observent et craignent aussi le pire.
Une larme perle au bord des yeux bleus de Clarke. Mauvais signe pense Chapman. Puis un sourire discret mais sincère souligne ses lèvres où la larme vient de s'échouer. Bon signe pense Vause.
VAUSE : Griffin ? Tout va bien ?
Clarke ouvre la bouche mais aucun mot ne sort. Elle reste muette et relit les lignes.
VAUSE : Clarke ?
GRIFFIN : Je n'y crois pas ! Je sors … Murmure-t-elle.
NICHOLS : Permission de sortie temporaire ?
GRIFFIN : non, apparemment non.
Les autres s'interrogent et le gardien leur donne quelques réponses.
GARDIEN : Aller Griffin ! Effectivement tu sors, ta condamnation a été annulée, tu es libre.
CHAPMAN : Libre ?
GARDIEN : Libre comme l'air oui. Si tu as des trucs à récupérer au dortoir vas-y et après tu te pointe au hall C pour la procédure de sortie. Allé bon vent Griffin !
Elle reste interdite en fixant toujours les quelques lignes sur le papier. Ses camarades se sont levées et l'entourent pour lire le bout de papier miracle qui vient de lever la peine de leur amie Clarke, devenue camarade loyale, fidèle et courageuse. Elles la félicitent joyeusement si bien que tout le réfectoire s'intéresse à ce qui se passe. Clarke est totalement sonnée pendant quelques secondes, elle ne réalise pas bien, elle pense à une mauvaise blague.
C'est Vause, qui l'avait pris sous son aile dès la première minute, qui la force à reprendre le dessus. Elle la soulève de son tabouret pour la mettre droite sur ses jambes, elle la soutient par les épaules, la regarde droit dans les yeux et enfin lui murmure à l'oreille : « Allé Clarke file de là, va la retrouver ».
Clarke réagit enfin. Elle observe les femmes autour d'elle qui viennent la saluer à tour de rôle. Elle les embrasse et échange de nombreuses accolades. Certaines la remercie pour les soins qu'elle leur a apportée. Certaines ne disent rien mais n'en pensent pas moins et font un simple signe de tête. Nichols en particulier, la tient longuement dans ses bras et l'enlace fort, elle la remercie encore pour l'avoir sauvée des griffes de Nia et Ontari. Elles se regardent et se comprennent. Cet événement qu'elles avaient vécu ensemble les avaient marquées à jamais. Clarke prend le chemin de la sortie en serrant des mains mais elle se retourne et cherche quelqu'un des yeux dans la salle. Elle la trouve. Elle échange un sourire discret et bienveillant avec Navi Stone qui se trouve à l'autre bout du réfectoire et qui, comme toujours, regarde de loin les événements sans vraiment prendre part. Cela suffit comme adieux, Clarke s'en voulait encore de ce qui aurait pu se passer avec elle et Stone avait parfaitement compris. Elles en restent là.
Quand Clarke approche de la sortie de la cantine, elle entend quelqu'un taper dans ses mains. Elle a à peine le temps de se retourner que le bruit de clappement se double puis se triple. Bientôt c'est toutes les détenues présentes dans la cantine qui applaudissent Clarke. Son cœur se soulève. Il y a ici une forme de solidarité qui peut faite beaucoup de bien. Les détenues sont heureuses de voir Clarke quitter la prison, elle était quelqu'un de trop bien pour rester ici et toutes le savaient.
Clarke quitte ces couloirs maintenant familiers avec un brin de nostalgie mais quand elle franchit les grilles du Hall C, son cœur s'emporte et elle pense enfin à cette chance qui lui est accordée.
Elle rejoint son conseiller Montgomery et l'infirmière Stevens dans un local. Il lui fait signer quelques formulaires de sortie et lui explique qu'il a reçu une missive du Palais de Justice tard hier soir qui ordonnait sa libération immédiate puis un coup de fil ce matin à l'aube du Juge Armand lui-même pour presser les choses. Elle est stupéfaite, elle le questionne mais il n'en sait pas plus alors ils échangent quelques banalités. L'agent Montgomery sait que son discours sur l'appréhension de la liberté qu'il débite à ses détenues est inutile avec elle. Il lui avoue qu'il a toujours pensé que sa présence ici était injuste. Elle lui sourit mais parle peu. Il lui tend un carton avec son matricule, nom, numéro de dossier et date d'entrée inscrits au marqueur. Il y a dedans toutes ses affaires personnelles qu'elle avait laissée aux portes de la prison à son arrivée.
Elle soulève le couvercle et sourit de toutes ses dents. Son regard enfin s'illumine presque comme avant. La petite lueur de bonheur se ravive tout doucement.
L'agent Montgomery prend congé. Clarke reste avec Luna. L'infirmière lui confie qu'elle a beaucoup de talent avec les patients, et qu'elle est largement assez intelligente, intuitive et réfléchit pour faire un excellent médecin plus tard. Elle lui confie sa foi en elle. Clarke est très touchée et retient quelques larmes de joie et de soulagement.
Pendant leur conversation, Clarke s'était déshabillée à la hâte -à présent nullement gênée par la nudité en public, du moins devant une autre femme. Elle se délaisse de cet horrible pyjama orange avec un certain plaisir et enfile son vieux jean et ses boots dont ses pieds remercie la mémoire et le confort. Ensuite elle remet son débardeur et sa chemise à carreaux noir et rouge. Elle remet à son poignet la montre de son père qui lui a beaucoup manquée et ses bracelets. Elle glisse son portefeuille et les lettres de Lexa, qu'elle a récupérée dans son box, dans sa poche arrière de jean et va pour mettre son blouson de cuir mais Luna l'arrête. Elle lui tend le sweat gris à capuche de la prison.
« Mets ça ! Je sais que tu n'as surement pas envie d'emporter un souvenir mais il fait froid dehors. »
Clarke lui sourit largement et accepte de le mettre avant d'enfiler son cuir. Elle la remercie pour la chance qu'elle lui a donnée et espère avoir été à la hauteur. Luna lui confirme que oui et lui fait ses adieux.
Après quelques minutes, Clarke passe les dernières grilles de sécurité de la prison ouverte. A chaque pas son cœur bat de plus en plus fort. A bord d'un petit bus, elle traverse un petit bois puis longe les autres bâtiments HP et QHS, des flashs de mémoires l'assaillent puis s'envolent, enfin elle arrive à l'entrée principale de l'établissement pénitentiaire et aux pieds de deux grands miradors, on la dépose près des grilles métalliques gigantesques, renforcées et barbelés.
Elle parcourt les derniers mètres à pied. Elle entend la voix d'un gardien armé qui hurle « Ouvrez les portes. » et les larges portes grillagées s'ouvrent lentement devant elle dans un grincement agaçant. Son cœur est au bord de l'explosion et sa respiration s'est arrêtée.
Elle franchit la limite et comme si elle changeait de monde et d'univers, elle respire profondément, comme si depuis tout ce temps l'air lui avait manqué.
Les grilles se referment derrière elle sans plus de discours ni de ménagement. Les gardiens déjà détournent leurs regards d'elle. Son cœur bat fort, elle est libre. Ce n'était pas une mauvaise blague tout compte fait. Elle regarde à droite et à gauche et remarque un panneau qui indique Ann Harbor, la prochaine ville vers l'Est. Elle ignore si quelqu'un a été prévenue de sa libération mais quoiqu'il en soit, elle ne peut pas rester là, alors elle décide d'avancer. Elle part sur le bord de la route d'un pas assuré et le sourire aux lèvres, rêvant déjà de grandes retrouvailles. Il y a toujours sa conscience qui en arrière-plan n'oublie pas le procès à venir mais à cet instant, elle ne veut que profiter de sa liberté. Ça n'a l'air de rien mais marcher seul et pouvoir aller où elle veut est un plaisir infini après des mois en cage.
Au bout de quelques mètres, elle remercie intérieurement Luna de lui avoir permis de garder son sweat. L'automne avait été doux mais déjà le vent d'hiver soufflait fort et le ciel était bien gris. Elle tire sur sa chemise à carreaux, rabat la capuche jusque devant ses yeux et tire sur le col de son blouson noir pour se camoufler un peu plus. Elle cogne du pied dans un caillou qui s'envole au loin et rebondit sur la route. Elle sourit, elle reprend vie. Elle se sent rebelle, un peu paumé mais en vie et enfin libre. Elle a du mal à prendre conscience que ce cauchemar est fini. Elle a du mal à dire au revoir à toutes ces femmes qu'elle a rencontré et qui mine de rien ont changé sa perception de la vie mais elle met un pied devant l'autre et met de la distance entre elle et la prison.
Elle constate que la prison l'a vraiment changée mais elle fera tout pour que ce soit en bien. C'était si soudain d'être libre qu'elle n'avait pas eu le temps de s'y préparer, cela semble stupide pourtant c'était souvent nécessaire. Se préparer à quitter un univers en huit clos pour retourner dans le monde réel était souvent utile mais Clarke n'y avait pas eu le droit. Tempi, elle préfère être libre. Elle savoure l'air frais dans ses poumons. Elle savoure le silence sur la route déserte au bord des bois défraichit par l'automne. Elle goute à la solitude. Il n'y a personne à des kilomètres à la ronde et elle adore cela. Enfin un peu de calme après des mois de vie infernal.
Elle marche pendant près de trois quart d'heure sans croiser personne sur la route. Quand elle se retourne, elle ne voit désormais plus la prison mais une peu avant elle avait pu constater la grandeur de l'établissement, vue de loin c'était effectivement gigantesque et plus elle avançait, plus la prison s'éloignait comme un vieux souvenir.
Elle continue de marcher savourant sa liberté quand une voiture noire, roulant carrément au-dessus des limites autorisées, passe à toute allure à côté d'elle. La vitesse soulève les feuilles mortes de terre et elles s'envolent en tourbillonnant dans les airs tout autour d'elle. Clarke suit la voiture des yeux quelques secondes mais continue sa route quand soudain les pneus crissent exagérément sous un coup de frein précipité. Clarke se retourne, surprise. Les pneus ont laissé des traces noires sur le bitume et le pot d'échappement fume dans l'air froid. La voiture s'est stoppée.
Clarke reste immobile. Elle ne connait pas cette voiture alors elle s'attend à tout, même à se défendre. Les vitres sont teintées et les portes de la grosse berline noire restent closes. Clarke pense aux agents du Gouvernement puis elle remarque enfin les plaques de la voiture aux couleurs de l'Idaho. Son cœur se soulève, elle n'ose pas formuler d'hypothèse, son esprit reste figé et sa respiration aussi, puis elle entend la clenche de la poignée qui fait bondir son cœur.
Les secondes défilent lentement mais son cœur bat à toute rompre. Clarke quitte la terre et pose le pied sur le bitume, poussée par son intuition pendant que la portière s'ouvre et qu'en sort précipitamment une femme brune. Immédiatement celle-ci se retourne vers notre blonde fraichement libre, plantée au milieu de la route. Le cœur de Clarke explose. C'est Lexa. C'est elle qui vient de sortir de la berline avec le regard confus et paniqué comme si elle venait de terminer une course contre la montre dont dépendait sa vie. Elles se regardent fixement et intensément mais Clarke n'ose toujours pas y croire, pourtant elle est bien là. Elle est venue la chercher.
Clarke se précipite sur elle et le temps reprend son court normal. Elles s'embrassent à en perdre le souffle, elles s'enlacent à s'en faire mal aux mains. Elles s'empressent de se coller l'une à l'autre quitte à ce que ce soit brutal. Elles se sont trop manquées, elles sont enfin réunies et rien ne pourrait les séparer. Elles s'accrochent l'une à l'autre comme si leurs vies en dépendaient.
Seules sur la route, la voiture immobilisée, le moteur qui tourne encore, elles s'étreignent passionnément de longues minutes. Lexa fait tomber la capuche de Clarke pour mieux la regarder dans les yeux quelques secondes avant de l'embrasser de nouveau. Les mots ne sont pas utiles, seuls les baisés peuvent exprimer ses sentiments. Le vent froid s'engouffre dans leurs cheveux, les feuilles jaunit virevoltent le long de la route et les nuages gris se dissipe peu à peu pour laisser un rayon de lumière plonger sur elles, comme si la nature seule était témoin de ses retrouvailles inattendues.
CHAPITRE 27
Sur cette unique route qui mène à la prison, sur cette route peu fréquentée, il semblerait qu'elles restent enlacées une éternité. Incapable de se séparer, c'est un camion de livraison qui les klaxonne et les contourne, qui réussit l'exploit.
Clarke fait le tour de la voiture et s'engouffre côté passager. Lexa se remet au volant. Elles s'embrassent de nouveau, elles se regardent tendrement, elles n'en reviennent toujours pas. Elles sont enfin ensemble. Ces six derniers mois avaient paru durés une éternité à Clarke, elle n'ose imaginer ce qu'aurait été dix-huit mois en tout sans elle. Lexa fait demi-tour en un coup de volant, les pneus dérapent sur les bords de la route et elle s'éloigne à toute allure.
Clarke reste silencieuse, elle plaque son front contre la vitre et laisse le paysage défiler devant ses yeux. Elle ne lâche pas un instant la main de Lexa posée sur le levier de vitesse. Elle se sent rassurée, en totale sécurité, elle pourrait s'endormir sans difficulté maintenant que son cœur est libéré d'un énorme poids.
Lexa baisse le dossier de son siège et lui intime de s'installer confortablement. Elle se retourne quelques secondes, tout en gardant le volant bien droit, et chope une couverture sur la banquette arrière. Elle la dépose sur les genoux de Clarke et se reconcentre sur la route. Clarke se soulève de son siège et viens déposer ses lèvres sur la joue de Lexa puis dans son cou. Lexa tourne la tête quelques secondes juste le temps de lui voler un baisé au passage. Puis Clarke s'installe au chaud et ses yeux se ferment lentement sur le paysage de forêt roussit et presque mort.
Lexa poursuit sa route. Elle tourne avant de s'engager dans Ann Arbor. Elle prend la route 23, elle roule vite mais elle a un comportement responsable. Elle savoure la présence de cette femme qu'elle aime qui dors à côté d'elle. Il est 11h du matin et Clarke semble dormir comme si elle avait des années de sommeil de retard. Les yeux sont clos, ses boucles blondes lui barrent le visage et Lexa croit déceler un léger sourire.
A midi, Clarke émerge et son ventre grogne. Toutes ces émotions lui ont ouvert l'appétit. Elle salive d'avance à l'idée de manger quelque chose, quoique ce soit, qui ne sort pas des cuisines de cette infâme prison. Lexa quitte la route 23 à hauteur de Whitmore Lake, direction le port pour trouver un petit restaurant. Le Withmore Coney semble tout indiqué. Cuisine traditionnelle nord-américaine, vue sur le lac, quelques habitués déjà attablés et ambiance bonne franquette.
On les installe face au lac, un peu à l'écart. Comme poussé par le manque, elles ne se quittent pas du repas. Il y a toujours une main ou une jambe en contact avec l'autre. Clarke dévore un énorme steak bien saignant comme elle les aime avec de grosses frites faites maison. Elle avale ensuite une part de tarte aux pommes et boule de glace vanille et prend un café. Lexa mange peu, trop occupé à détailler les traits de son visage comme si elle prenait enfin conscience de la situation. Elles finissent leurs cafés en silence en regardant le lac.
En réalité elles n'ont pas échangé beaucoup de paroles. Elles auront le temps de tout se raconter plus tard. Seul l'instant d'être ensemble compte et aucun mot ne peut exprimer ce qu'elles ressentent. Seuls leurs regards puis leurs baisers peuvent l'exprimer. Adossées à la voiture sur le parking du restaurant, leurs baisers sont observés par de gentils voyeurs collés à la vitre du resto qu'elles viennent de quitter. Puis elles reprennent la route 23, direction plus au nord.
Clarke s'était endormie pendant la première partie du trajet et ne se posait pas plus de question tant qu'elle était avec elle. Elle lui pose quand même la question alors que Lexa s'engage sur la route nationale.
CLARKE : Le nord ? On monte à SkyFalls ?
LEXA : Tu ne veux pas rentrer voir ta mère ?
CLARKE : si bien sûr que si. Répond-elle un peu hésitante.
LEXA : Tu sais, elle a reçu un coup de fil de l'agent Kane qui la prévenue que tu sortais ce matin. Elle était coincée à l'hôpital alors elle m'a demandé de venir te chercher à sa place.
CLARKE : Tu étais déjà chez elle ? Tu es dans le Michigan depuis quand ? Tu es rentrée fermer l'hôtel ?
LEXA : Hm… Alors pour répondre à tous. Non. Deux jours et Oui.
Clarke ouvre la bouche mais reste muette, elle attend plus de précisions.
LEXA : Bien sur je suis rentré chez moi, j'ai fermé l'hôtel, rangé les équipements, fait mes papiers et mes comptes, payer et renvoyer le personnel bref fin de saison habituel et je suis revenue, i peine deux jours dans la nuit. Et non je ne suis pas chez ta mère. J'ai pris une chambre dans un hôtel à Baycity.
CLARKE : okay. Je … Lexa… tu m'a manquée.
LEXA : toi aussi mon ange.
CLARKE : non je suis sérieuse, c'était … comme un trou béant dans ma poitrine qui ne se refermait jamais. Comme une plaie qui saignait sans arrêter, un peu plus chaque jour.
LEXA : Clarke, c'est fini maintenant, tu es sorti, je suis là, je ne te quitte plus.
CLARKE : Et le procès… dit-elle en prenant conscience de ce qui l'attendait bientôt.
LEXA : Je reste avec toi… promis.
Elles quittent la route 23 et la berline file sur la route 75. Les grands lacs sont proches, l'humidité de l'air change et ramène Clarke en enfance. On approche de BayCity et de la pointe du Grand Lac, un peu plus au Nord, il y a sa ville natale Skyfalls. D'ailleurs elle remarque les larges panneaux verts qui signalent les directions.
Skyfalls. Elle pense à sa mère. Elle pense à son père. Elle n'est pas prête. Elle attrape le volant et dans la précipitation fait tourner dangereusement la grosse berline vers la sortie Baycity. Lexa rattrape le coup en hurlant et reprend le contrôle de la voiture.
LEXA : Mais bon sang qu'est-ce qui te prends ?!
Elle cherche son regard fuyant en faisant très attention à la circulation contrariée autour d'elle. Clarke n'ose pas dire un mot mais Lexa comprend.
LEXA : Ok très bien. On va passer à mon hôtel. Tu as surement envie d'une douche, de fringues propres et de reprendre des forces.
Clarke sert la main de Lexa dans la sienne pour la remercier d'avoir compris son geste. Elle a besoin d'un peu de temps avant de remettre les pieds dans sa maison d'enfance, elle a besoin de reprendre son souffle après toutes ses mésaventures. Cela fait si longtemps maintenant qu'elle était partie de Skyfalls, il s'était passé tant de chose, elle avait besoin d'un peu de temps.
Elle a surtout besoin d'un moment avec elle.
La Berline noire se gare sur le large parking du Fairfield Inn. Hotel de BayCity. Clarke respire largement l'air frais et capte quelques rayons de soleil sur son visage pâle. Le port n'est pas loin, les rives de Saginaw Bay sont proches, elle a l'impression de revivre un peu et de retrouver ses sensations. Lexa l'entraine dans le grand Hôtel Trois étoiles, elles traversent le hall étincelant et s'engouffre dans un ascenseur.
Troisième étage, chambre 307. Lexa ouvre la porte sur une jolie chambre double avec large salle de bain élégante. Elle n'a pas le temps de la refermer correctement que Clarke la plaque contre cette porte d'entrée qui claque. Elle plaque ses lèvres sur les siennes et immédiatement ses mains cherchent à la délester de son long manteau en velours côtelé. Lexa lâche son sac sur le sol et entour de ses bras le corps de Clarke. Elle répond aussi fougueusement que possible à ce baiser amorcé par la blonde. Très vite manteau, blouson, sweat gris de prisonnière et pull noir tombent à terre. Elles traversent la chambre en s'embrassant et l'épaisse moquette accueille d'autres vêtements, que ses amantes empressées de se retrouver laissent derrière elles. Il est trois heures de l'après-midi, il fait grand soleil car les vents venant des lacs du Nord ont chassé les nuages et Lexa se sépare momentanément de Clarke pour fermer les rideaux mais Clarke la suit et les referme.
« Ça fait six mois, tu m'as manquée, je veux te voir » dit-elle.
Lexa est troublé de cette attitude qu'elle ne lui connait pas mais sourit à cette idée qui ne lui déplait pas le moins du monde. Il n'y a aucun vis-à-vis, la vue donne sur un petit parc puis sur l'immense parking presque vide d'un centre commercial. Lexa plaque Clarke contre la paroi vitrée, elle sent le verre glacé dans son dos, elle sent les doigts de Lexa déboutonner son jean et elle sent ses lèvres dans son cou. Le contre cou du chaud et du froid lui monte à la tête comme si l'été brulant qu'elles avaient manquées rencontrait l'hiver froid qui s'annonçait. Un effet saisissant qu'elle ressent jusque dans sa chair et ses os. Son cœur ne cesse de battre à toute vitesse, elle est soudain prise d'un vertige et son sang ne fait qu'un tour. Elle se raccroche aux épaules nues de sa compagne qui la soutient immédiatement. Celle-ci cesse les assauts de ses lèvres sur son corps et la regarde très sérieusement. On lit dans ses yeux le désir mêlé à l'inquiétude. On y lit la passion dévorante et la tendresse infinie. On y lit de l'amour tout simplement.
Le vertige ne dure pas, déjà Clarke se sent mieux sentant les bras de Lexa qui l'entourent et sentant la chaleur de ses mains dans son dos. Elle s'éloigne de la baie vitrée et entraine Lexa vers le large lit grand confort de cet hôtel haut de gamme. Le jean de Clarke rejoint les autres tissus sur la moquette, suivit d'un sous-vêtement puis de deux. A la lumière du doux soleil d'automne, quand il fait froid dehors, quand les feuilles meurent et tombent au sol les unes après les autres, il y a une immense chaleur, douce et délicate qui nait dans cette chambre d'hôtel de Bay City. Cette chaleur irradie tout d'abords du cœur. Elle fait naître dans leurs yeux un feu de joie immense aux reflets bleu d'un côté et vert de l'autre. Des nuances de flammes sortit d'un conte de fée perlé de rosé. Une, puis deux larmes se mêlent aux baisers.
Cette chaleur s'écoule dans les veines et atteints tout le corps. Il a y maintenant plus de six mois qu'elles n'ont pas partagées cela. Il y a maintenant plus de six mois que leurs corps n'attendent que ça. Imaginez que l'on vous prive d'une chose vitale pendant tant de temps. Quand cette chose vous est rendu, n'avez-vous pas envie d'en abuser ?
Et bien Clarke oui. Les tensions sexuelles palpables au sein de la prison qu'elle a fréquentée et le désir qu'elle a réprimé s'expriment soudain sous la force de caresses et de baiser que Lexa ne peut freiner. Accumulé depuis des mois ce désir charnel qui brule au fond de Clarke explose et la principale victime -consentante- est son amante brune aux yeux vert qui se cambre sous elle et qu'elle aime plus que tout au monde.
Comme une renaissance pour Clarke qui a vécue l'Enfer, elle goute enfin au paradis. Leurs lèvres et leurs langues se mêlent en un ballet amoureux, leurs mains se lient et leurs doigts s'enlacent. Leurs corps au plus près possible l'un de l'autre, dansent sur des notes qui n'existent que dans leurs têtes et que nul autre ne peut entendre. Perdues, ensemble dans un autre univers où le temps semble s'être arrêté pour leur permettre, justement de le rattraper. Six mois depuis ce départ précipité et cette condamnation injuste. Six mois qu'elles ne s'étaient pas aimées. Six mois qu'elles en rêvaient nuit et jour.
Bien sûr hors de la chambre le temps s'écoule. Il est six heure et demi et la nuit est tombée quand elles quittent la chambre, fraichement douchées et bien couverte pour affronter le froid. Lexa avait emportée avec elle assez de fringues pour passer tout l'hiver ici alors elle habille Clarke d'un jean, chemise et gros pull bleu-gris qui ravive l'étincelle de ses yeux et qui porte son odeur. Clarke cache son nez à l'intérieur et respire le bonheur sur la route qui mène à SkyFalls.
Il est un peu plus de sept heures quand Clarke frappe timidement à la porte de sa maison. Elle est restée immobile sur le trottoir pendant un instant. Beaucoup de souvenirs et de fantômes rôdent autour de cette charmante maison de banlieue. Par les fenêtres, on aperçoit la lueur des lampes du salon. Sur le toit, la cheminée crache sa fumée. Dans le jardin, les feuilles ont tapissé la pelouse et la cabane pour oiseaux est à découvert dans l'arbre dénudé. Son enfance l'envahit et c'est la main de Lexa dans la sienne qui la ramène à la réalité.
Sa mère, Abigail Griffin ouvre la porte après quelques instants. Elle reste interdite quelques secondes, elle ouvre la bouche mais reste muette. Doucement elle s'approche de Clarke qui ressemble un petit chiot perdu à cet instant précis sur le perron de sa porte. Sa mère la serre dans ses bras et les vite fait entrées au chaud. Clarke, presque machinalement accroche son manteau à la patère de l'entrée comme elle la toujours fait. Aby les attendait plus tôt mais ne pose pas de question. Elle a préparé un bon repas et tout est prêt. Elle est trop heureuse de voir sa fille libre qu'elle en perd ses mots et ne sait plus trop ce qu'elle fait. Encore très machinalement, Clarke part en cuisine et ouvre la porte de la cave à vin. Elle réfléchit à peine quelques secondes et s'empare d'une bouteille. Elle passe près de la table déjà dressée et s'empare des trois verres à pied puis les rejoint au salon. Aby la regarde, sa fille a changée.
Pendant que Lexa débouche la bouteille que Clarke lui a tendu avec un tire-bouchon, Aby dévisage son enfant. Elle avait l'impression de l'avoir perdu depuis très longtemps. Depuis le jour où elle était partie sur la route seule ? non. Depuis que la vérité avait éclatée ? Non plus. Non elle avait l'impression de l'avoir perdu depuis le jour même où son mari Jack n'était pas rentré à la maison. Et depuis il y avait eu des mensonges, des voyages, des choses qu'elle ignorait, et puis la prison qui de toute évidence avait rendu sa fille plus rude qu'auparavant. Du moins à cet instant, elle ne reconnait pas vraiment son enfant. Ce n'est plus la petite fille qu'elle a bercée il y a longtemps.
Clarke tend un verre à sa mère qui l'accepte et enfin elle se dévoile. Elle s'assoit tout près de Lexa sur le grand canapé face au feu de cheminé pendant qu'Aby prend place dans le fauteuil impérial en tissu bleu où Clarke lisait pendant des heures quand elle était petite.
« Maman. » Sa voix est casée et tremblante pourtant son regard et son visage sont figés. Elle se camoufle encore, réflexe de prison qu'il faudra qu'elle perde. Elle peut libérer ses émotions maintenant. Elle pourrait se laisser aller et se soulager de certaines peines mais les remparts qu'elle a érigés pour se protéger ne se démolissent pas aussi facilement. Il n'y qu'avec Lexa que c'est facile et évident.
CLARKE : Maman, je suis désolé d'être partie comme ça sans donner la moindre nouvelle. Je…
ABY : Clarke, ça ne fait rien, c'est moi…
CLARKE : S'il te plait, laisse-moi finir.
Aby acquiesce sans ouvrir la bouche.
CLARKE : Je suis partie pour de très bonnes raisons. Je n'ai jamais voulu faire de mal à Finn, ce que le dossier ne mentionne pas, c'est que c'est lui qui menaçait de s'ouvrir les veines si je le quittais. J'étais effectivement folle de rage et mais lui a perdu les pédales. Tout ça c'était un accident sous l'influence de la colère mêlé d'alcool et de mensonges. J'étais déjà un peu paumé avant de le rencontrer. J'étais totalement paumé en partant et toi maman, tu n'aurais rien pu faire.
ABY : Ma chérie je…
CLARKE : Maintenant, tous ces évènements m'ont conduite en prison et c'était loin d'être une partie de plaisir mais tu apprendras que ta petite fille sait se débrouiller même quand il n'y a plus d'issus.
ABY : Clarke je m'en veux terriblement d'avoir cru Finn et d'avoir voulu te retrouver. Jamais je ne l'aurais fait si j'avais su que … Aby ne finit pas sa phrase, ses larmes coulent sur ses joues en vagues discontinues.
CLARKE : Ce n'est pas entièrement de ta faute. Les avocats de la défense me cherchaient aussi. Bref cet épisode est terminé. La prison j'y ai gouter et je jure de plus rien faire pour y retourner. Cela dit…
Aby écoute et sèche ses larmes. Lexa, discrètement passe sa main dans le dos de Clarke pour l'aider à poursuivre. Elle ne sait pas vraiment où elle veut en venir mais elle la soutiendra quoiqu'elle ait à dire.
CLARKE : … à Litchfield, il n'y a pas que des barreaux, des matons et des lits pourris. Il y a une certaine solidarité. Il y a des clans, il y a des bastons, des avis et des fois divergents, et des trahisons mais il y a aussi un lien unique, une force incroyable à se soutenir les unes les autres quand c'est nécessaire. C'est un univers replié sur lui-même, où chaque jour d'autres femmes victimes de leurs crimes entrent mais ne ressortent jamais. C'est un monde totalement à part qui n'est connecté à la réalité que quelques heures par jours par le biais d'une télé elle-même emprisonnée dans une petite cage. C'est un monde où chaque jour tu foules le même sol et tu croises les mêmes regards, tu tournes en rond et tu croises la folie à chaque détour, tu t'attaques au grillage comme un lion cage puis tu trouves une meute pour te sentir moins seul. Et pourtant j'en sort plus forte, maman ne t'en veux pas, j'en sort grandit.
ABY : Chérie, non c'est affreux… ce que tu as vécu là-bas, je ne me le pardonnerais pas… Ton conseillé m'a parlé d'une violente bagarre où tu étais impliquée ? J'aurais pu te perdre…
CLARKE : Hm … Ce n'est pas le cas donc tout va bien.
ABY : Clarke une femme est morte !
CLARKE : Cette femme surnommé la Reine des Glaces, Roberta Nia a été condamnée pour Traffic d'être humain, esclavage, prostitution et travail forcé. Elle menaçait mon amie Nicky. Je me suis défendue, je me suis battue contre Ontari, jeune psychopathe empoisonneuse d'enfants et Ontari à tuer Nia dans un geste malheureux. Alors si c'était à refaire, je le referai. Si ça me devait encore une bonne semaine de cachot, je le referais. Même si j'ai failli perdre la raison entre ses quatre murs du quartier de haute sécurité.
ABY : Comment ça ?
CLARKE : J'ai fait des drôles de rêves. De forêt immense, de ville en ruine, de bataille, de feu et de sang.
ABY : Tu faisais des cauchemars comme ça petite.
CLARKE : Hm… une vie antérieure qui vient me hanter probablement.
Aby tique. Ce genre de réflexion ne lui ressemble pas. Sa fille avait toujours été intelligente mais rationnelle peut-être trop d'ailleurs, à présent elle avait en plus une forme d'intelligence instinctive, un autre regard sur le monde qui l'entoure et Aby n'a aucune idée de tout ce qui à mener sa fille à changer. Elle est terrifiée par son instinct de mère qui lui dit que son enfant a vécu l'enfer.
CLARKE : … Peu importe. Je… maman, tout ça pour te dire que malgré l'accident, la fuite, l'arrestation, la condamnation, la prison, le procès … je ne regrette en rien d'être partie me perdre seule sur les routes…
Aby boit une gorgée de vin et tente d'assimiler toutes les paroles de Clarke qui se livre enfin. Lexa reste silencieuse. Assise près de Clarke, elle avait voulu se décalé mais Clarke tout en parlant l'en avait empêché d'un geste de la main et maintenant elle avait presque la boujoute et se s'entait presque mal à l'aise. Le feu de cheminé lui donnait soudain trop chaud et son sang s'emballait dans le circuit de ses veines.
CLARKE : Je ne sais pas ce qui m'a poussé à prendre tel ou tel route. Je pleurais, j'étais folle de rage, j'ai roulé pour m'éloigner de Skyfalls le plus possible. Je suis persuadé aujourd'hui que quelque chose me poussait sur ces routes. Ce n'est pas un simple hasard si j'ai fini ma course au milieu de la forêt, dans un cul de sac de pins et d'érables géants, à la limite d'une réserve nationale, au bord d'un lac vert aux reflets étranges et aux profondeurs insondables.
ABY : Qu'est-ce que tu essaie de me dire ? Que tu as trouvé un endroit charmant où tu veux vivre le reste de tes jours ?
CLARKE : Ce n'est pas tant pour l'endroit …
Clarke entreprend de saisir la main de Lexa dans la sienne. Cette dernière hésite mais se laisse faire et sourit timidement.
CLARKE : … que pour la personne qui y vit.
Elle quitte sa mère des yeux et plonge son regard dans celui de Lexa, totalement en panique et limite en sueur. Le regard de Clarke est lui au contraire sincèrement fier, honnête et rayonnant. Le bleu de ses yeux n'est jamais plus brillant que quand elle la regarde et Aby s'en rend vite compte. Ce bleu profond est comme un océan dont la surface salée reflète les milles étoiles du ciel au-dessus de lui, comme s'ils se fondait l'un dans l'autre et ne faisait plus qu'un. Comme si dans ses yeux, tous les éléments, même les plus différents pouvait s'alliés et s'aimer. Sa mère accuse le coup, elle lit entre les lignes, Clarke est en train de lui dire qu'elle est amoureuse… d'une femme. Elle déglutit puis sourit.
ABY : Hm… Je … j'ai déjà fait un peu connaissance avec ton amie et je dois avouer que c'est une fille charmante. Elle se faisait énormément de soucis pour toi, peut-être même plus que moi. Pourquoi je n'ai rien vu ? C'était évident pourtant !
CLARKE : Maman ?
ABY : Chaton, tu as vécu des tragédies ces dernières années et je … je ne veux que ton bonheur alors… Lexa, bienvenue dans cette famille… si on est encore une famille ?
CLARKE : Bien évidement maman.
Porté par un élan d'enthousiasme, mère et fille se lèvent et s'étreignent longuement. Lexa se lève et sourit sincèrement, elle tend sa main à Aby qui la serre et l'attire à elle pour mieux la prendre dans ses bras de force. Ce geste fait tout drôle à Lexa qui n'a pas eu de contact avec une maman aimante depuis que la sienne est décédée. Son cœur d'un coup bondit puis s'allège, comme un réconfort maternelle attendu désespérément. Clarke finit son verre de vin d'une traite comme pour sentir l'aigreur et faire passer la boule dans sa gorge qui s'est formé tout au long de cette conversation. Elle déglutit en grimaçant mais elle est soulagée, horriblement soulagée.
Ensemble, elles passent à table. Clarke et Lexa décrivent les rives du lac à Aby. Lexa lui parle de ses chiens, de son manoir et un peu de son enfance. Aby a ce regard plein de compassion qu'on parfois les médecins pour leurs patients, une compassion sincère pour ce qu'il ne peuvent pas résoudre à coup de bistouri. Pas un mot sur le procès à venir, plus un mot sur la détention, le reste de la soirée n'est dédié qu'aux bons moments à raconter.
Il est très tard quand les assiettes et les verres se vident. Il est hors de question de reprendre la route. Aby part se coucher dans sa chambre au ré du chaussé. Clarke et Lexa restent encore quelques instants en tête à tête devant les flammes du feu qui s'épuise.
CLARKE : Tu ne m'en veux pas ?
LEXA : De quoi devrais-je t'en vouloir ?
CLARKE : D'avoir tout dit à ma mère ?
LEXA : Mon ange, tu avais besoin de le dire, tu avais besoin de tout lui dire, c'est ta mère et c'est très bien comme ça. Je ne vais pas arriver à la regarder en face pendant quelque temps mais ça va passer.
Clarke rit. Pour la première fois depuis sa sortie de prison, elle rit de bon cœur. Depuis sa chambre, sa mère entend l'écho et sourit. Elle aussi est un peu soulagé ce soir et dormira beaucoup mieux que toutes les précédentes nuits. Clarke embrasse tendrement Lexa devant la cheminé qui mange ses dernières braises.
Clarke verrouille la porte d'entrée, encore un vieux réflexe. Elle tient Lexa par la main et l'emmène au premier étage. Lexa a déjà passé une nuit seule ici mais à cet instant, l'endroit lui parait nouveau et la jolie fille qui l'emmène dans sa chambre ressemble soudain à une jeune ado un peu timide. A l'instar de la femme enivrante avec laquelle elle a fait l'amour l'après-midi même, elle passe la nuit avec une Clarke douce et tendre. Allongées dans l'ancien lit au barreaux blancs de la jeune Clarke, éclairé par ses lampes de chevets orienté stratégiquement, elles discutent à voix basse tout le reste de la nuit. Lexa se perd dans les tous les dessins et les peintures aux murs. Clarke lui révèle certains secrets d'artistes et certaines petites anecdotes d'enfant. Elles se murmures des souvenirs, elles se chuchotes des désirs. La belle brune semble troublée, elle se relève et parcourt la pièce et s'arrête devant certaines œuvres aux murs, vestiges des talents de la jeune Clarke. Clarke remarque son malaise, elle s'assoit sur le rebord de son lit et cherche son attention. Quand elle la trouve, elle lit la question dans ses yeux verts qui se nuance sous l'effet des faibles lumières.
CLARKE : Qu'est-ce qu'il y a mon ange ?
LEXA : Rien.
CLARKE : Lexa ne me ment pas, je le vois tout de suite.
LEXA : Toi aussi.
CLARKE : Quand t'aurais-je menti ?
LEXA : Quand je suis venue te voir.
CLARKE : et ?
Lexa ne répond pas, elle veut que Clarke comprenne toute seule. Ce que bien sur elle fait. Elle déglutit difficilement.
CLARKE : Hm… je ne t'ai pas menti. Il ne s'est rien passé.
LEXA : Tu continues.
CLARKE : Je … Ce n'était rien. Je te l'ai dit, il n'y a que toi dont j'ai envie.
LEXA : Il y a bien eu quelque chose, je l'ai vu dans tes yeux. Une sorte de panique inhabituel.
CLARKE : Lexa ! J'étais en prison, j'étais en perpétuelle panique, nuit et jour malgré les apparences ! Et je n'ai pensé qu'à toi à chaque instant, et j'ai été témoin de scène torrides dans les recoins de cette prison et crois moi le manque est horrible à supporter quand on nous met des couples de femmes désinhibées devant le nez. C'était une torture…
LEXA : Et pas une d'entre elles n'a tentées quoique ce soit avec toi ?
CLARKE : Pour dire la vérité, si.
Lexa a fini par s'assoir à côté de Clarke. Elles se font face et leurs mains se serrent malgré les lourds aveux qui sont en train de prendre mot. Lexa la sonde du regard. Clarke baisse la tête un court instant. Son cœur est serré et sa gorge aussi.
CLARKE : Je… Il y a eu Nichols qui m'a fait des avances, somme toutes poétiques mais qui ne m'ont pas touchée. C'est une gentille fille un peu paumée et beaucoup droguée, qui en fait s'envoie régulièrement en l'air avec Morello, qui elle, sombre lentement mais surement dans la folie en courant après un prince charmant imaginaire et en harcelant un tas de garçons.
LEXA : Ok. Sympa tes copines de cellules.
CLARKE : oui t'as vu ! Attend il y a pire. Alex Vause, grande brune ténébreuse au regard sarcastique qui aime la littérature anglaise. Extrêmement intelligente mais qui tombe pour trafic de drogue et fait tombé avec elle son ex : Chapman. Je ne te raconte pas les tensions sexuelles entre elles. Un véritable orage nucléaire, une guerre ouverte. Mais grâce à elle j'ai vite appris à survivre même si ses petits jeux de séduction avec Chapman me rendaient folle, je lui dois beaucoup. Mais je ne pensais qu'à toi et à combien tu me manquais.
LEXA : Je te crois Clarke.
CLARKE : Et puis, il y a eu un tas de nanas qui me faisait les yeux doux au détour des couloirs…
LEXA : Arrête.
CLARKE : Tu voulais savoir. Je vais tout te dire. Oui j'étais en tôle avec une centaines d'autres femmes en tout genre et parait que je ne suis plutôt pas mal alors …
LEXA : Pourquoi tu crois que je me suis inquiétée ? Tu es magnifique Clarke…
CLARKE : Alors j'ai dû apprendre à rembarrer ces femmes d'un seul regard … mais il y a eu Stone…
Le ton de sa voix a changé, elle ne plaisante plus. Lexa panique et ses yeux la trahissent.
CLARKE : Stone était différente de toutes ces femmes plus extravagantes les unes que les autres, plus terrifiantes et embarrassantes les unes que les autres. Elle était discrète, à part, comme si le monde n'avait pas d'impact sur elle. Elle avait une lueur étrange dans les yeux comme si elle savait des choses que les autres ne savaient pas. J'ai appris qu'elle tombée pour piratage informatique.
LEXA : Et cette fille, elle te plaisait ?
CLARKE : Non ce n'est pas ça. C'est son attitude et sa façon de me parler. A vrai dire on a dû se parler trois ou quatre fois pas plus…
LEXA : Mais ça a suffi à te marquer.
CLARKE : Non. Je crois que sa façon de me regarder tel que je suis me rappelais la façon dont toi tu me regarde. Et ça me manquait tellement qu'il se peut que je me sois perdu une seconde dans son regard. Il se peut que je lui aie donné l'impression que j'avais envie de plus mais à l'instant même où … c'est toi, c'est ton visage que j'ai vu en fermant les yeux parce que je ne peux aimer que toi.
LEXA : Tu aurais pu…
CLARKE : Mes lèvres n'ont embrassé personne d'autre que toi. Le destin nous à réunit. Sais-tu ce qui m'a permis d'échapper à la pire bêtise de ma vie ? Sais-tu pourquoi, alors que les lèvres de Stone visait mon cou, je me suis reculé et enfuis ?
LEXA : non, dis-moi ?
CLARKE : Toi. L'appel micro pour me convoquer aux parloirs.
Clarke baisse la tête et ne peut retenir ses larmes. Lexa lui relève la tête et cherche son regard.
LEXA : Encore une fois, je suis arrivée à temps.
CLARKE : Quoi ? Tu … tu ne m'en veux pas ?
LEXA : Non, je ne t'en veux pas. Je n'ai pas le droit de t'en vouloir pour ça. Tu pensais passez un an et demi derrière les barreaux, tu ne savais même pas si je t'attendrais, n'importe qui aurait fait une connerie de ce genre mais pas toi. J'ai confiance en toi, c'est aux autres que je ne fais pas confiance.
CLARKE : Je… je ne sais pas ce qui se serait passé s'il n'y avait pas eu l'appel…
LEXA : On ne le saura jamais et je m'en fiche.
CLARKE : Je t'aime… tu ne peux pas savoir comme je t'aime.
Clarke essuie une dernière larme d'un revers de manche et vient coller ses lèvres sur celles de Lexa qui sourit puis répond au baiser. Tout d'abord tendre et débordant d'amour, ce baisé se poursuit une bonne partie de la nuit comme deux adolescentes qui découvre le plaisir des jeux des lèvres et de langues. Comme deux amoureuses que rien ne pressent.
Elles s'endorment à moitié lovées l'une contre l'autre, tout habillées et épuisées. Peu importe. Elles sont ensemble pour sa première nuit de liberté.
Quand elle ferme les yeux, c'est le décor de son box à Litchfield qu'elle voit. Ce matin même, elle se réveillait là-bas et ce soir elle dormait dans sa vielle chambre avec la femme qu'elle aimait tout près d'elle. Son cœur se gonfle au point que s'en est douloureux. Beaucoup trop d'évènements en même temps. Elle ne trouve pas le sommeil. Peu importe. Elle ne passera pas l'hiver emprisonnée. Elle ne passera pas l'hiver sans elle. C'est tout ce qu'elle espérait.
CHAPITRE 28
Dans la douceur, l'hiver s'est installé. Dans quelques jours le procès débutera et Clarke se sent un peu stressée mais Lexa est toujours auprès d'elle. Elles vivent ensemble à Bay city en attendant de repartit pour Lostwood à la fin du procès.
Pendant dix-huit jours elles feront le trajet jusqu'au Tribunal de Détroit pour assister à l'intégralité du procès. Pendant des jours, vont s'enchaîner des témoignages de tous les concernés, membres du comité, responsables financiers, responsable technique, ingénieurs, mécaniciens… absolument tout le personnel de la centrale témoignent, puis ceux des experts qui ont analysés les causes et conséquences de l'explosion. Leurs conclusions sont formelles. Enfin les membres de la ligue de Défense de l'Environnement avoue le sabotage. Pendant des jours et des jours, tous les discours éclairent les faits passés et le puzzle se reconstitue.
Clarke passe à la barre. Elle puise son courage dans le regard de Lexa, assise dans la salle, à côté d'Aby, au milieu de la foule venue assister à cette grande scène de tribunal. Elle parle aux jurés en toute sincérité. Elle parle de son père et sa voix témoigne de sa fragilité mais révèle la vérité. Les intentions de Jack Griffin étaient en tout point honorables. Sa mort était une tragédie ainsi que la quinzaine de victimes qui ont péris aussi. Et les experts appuis l'hypothèse très probable que le cadence des machines aurait provoquée à long terme de bien plus gros dégâts qui aurait pu mettre toute la ville de SkyFalls en danger.
Aby Griffin témoigne aussi mais les jurés ne la regardent pas comme ils ont regardé sa fille. Elle sent la culpabilité à plein nez. Elle s'en veut et cela se sent. Elle avait convaincu son mari de continuer de travailler sans réagir. Elle lui avait dit de ne pas s'en mêler et de ne pas affronter le comité. Elle lui avait fait promettre de ne rien faire. Puis, quand il ne l'avait pas écouté, quand il avait écouté plutôt sa conscience, elle avait confirmé au Directeur Wells que son mari tenterait de mettre fin à ses manœuvres. Et puis tout avait basculé. Aby Griffin pleures à la barre. Clarke Griffin laisse aussi une larme coulée sur sa joue.
Entre Noël et le jour de l'An, les jurés délibèrent. Clarke, Lexa et Aby passent les fêtes ensemble dans une ambiance chaleureuse décorée de jeunes flocons blancs qui très vite recouvrent tous les paysages alentours. Au coin de la cheminée l'air est bon, à l'abri, à la maison, Clarke passe la fin de l'année avec le sourire mais dans son œil plane le doute et l'attente du verdict.
Et puis il tombe comme un lourd écho entre les murs de bois sculpté de la salle de tribunal. Les jurés et le juge Armand en conclut à une négligence volontaire, un abus de pouvoir et complot pour les membres du conseil de la centrale et à la culpabilité des membres de la D.E.N pour leur sabotage. L'un et l'autre ayant entrainé la tragique explosion. Il est noté que le seul qui est voulu un tant soit peu éviter tout ceci était Jack Griffin lui-même, la première victime. Clarke et son témoignage réhabilite son père. Le lourd poids sur ses épaules s'envole. Elle serre sa mère dans ses bras. Elle retrouve un peu de bonheur dans le seul fait que la mémoire de son père ne soit plus entachée.
Clarke reste à SkyFalls quelque temps, elle fait visiter les rivages et les chutes du Grand Lac du Nord à Lexa. Celle-ci avait toujours un appareil photo dans ses bagages et Clarke redevient sujet principal au bord du Lac de son enfance. Lexa capture un moment de bonheur sur la pellicule. Clarke a fait la paix avec son passé et Clarke, encore se relève et s'élève. Plus belle que jamais, elle a de nouveau toujours le sourire aux lèvres et son regard est de moins en moins dur, jours après jours, les séquelles de la prison s'évadent aussi.
Et puis, pratiquement un an après, Clarke reprend la route du Nord. Mais cette fois-ci, elle a tout le loisir d'admirer le paysage qui défile parce que c'est Lexa qui conduit. La grosse berline prend le chemin du retour. Dans quelques jours elles seront à LostWood. Dans quelques jours, elles reprendront leur vie là où elles l'avaient laissée.
Comme un voyage dans le temps Clarke retrouve les montagnes majestueuses qui semblent la saluer. Elle revient à LostWood le cœur bien plus léger, l'esprit bien plus apaisé. Tous les problèmes réglés. Son séjour en cage lui laisse un gout amer mais elle se sent accompli, elle se sent plus forte. Surtout maintenant qu'elle est là avec elle, parce que quoiqu'il arrive, à l'avenir elle ne sera plus jamais seule.
Elles sont de retour au Manoir. Les chiens loups sont fous de joie. Lincoln et Octavia leur souhaite la bienvenue presque aussi fougueusement que les chiens puis leur laisse reprendre possession des lieux.
Sur la plage de sable gris, à la tombée de la nuit, Lexa enlace Clarke de ses bras. Elles perdent leurs regards dans les eaux sombre du lac. Au loin la montagne les garde a labri des maux de ce monde et plus rien ne viendra troubler ce véritable amour que même les mauvais tours n'avaient pu déjouer. Ce véritable amour qui leur permettrait de toujours se retrouver.
FIN
CHAPITRE 29. (Fin alternative. Si vous voulez arrêter là, vous le pouvez encore. Mais si vous continuez et dépassez ce happy end traditionnel, vous pourriez être, soit déçu, soit surpris. Je vous aurai prévenu.)
Clarke se réveille en sursaut et en sueur. Ses yeux s'habituent au noir, elle est dans la chambre de Lexa, en haut de la tour du manoir. Lexa dors nue sous la lourde couette et la lune éclaire encore de ses doux rayons. Lexa se réveille aussi s'entend sa compagne s'agiter à côté d'elle. Clarke est paumée, ses souvenirs sont tout embrouillés.
CLARKE : Lex depuis quand je suis rentrée ?
LEXA : rentrée d'où ? murmure-t-elle la voix endormie.
CLARKE : Du Michigan, de Litchfield !
LEXA : Quoi ? Clarke ? Qu'est-ce que tu racontes ? rendors-toi.
CLARKE : Mais j'étais là-bas, j'ai passé six mois là-b… et puis le procès, l'hiver, la neige sur les rives du lac…
LEXA : Chérie tu n'as pas bougé d'ici depuis que tu es arrivée…
CLARKE : mon ange je crois que j'ai fait un rêve très étrange…
LEXA : C'est la dernière fois que je te fais regarder une saison entière d'Orange d'un coup. Rendors-toi mon amour….
Lexa ouvre les bras et Clarke se blotti contre elle sous la couette, bien au chaud. Clarke n'avait jamais quitté les rivages du Emerald Lake. Clarke avait vécu tout l'été près d'elle.
Cela dit comme un rêve annonciateur, le lendemain Aby Griffin appela l'hôtel et convaincu Lexa de la laisser parler à Clarke. Elle lui promet que tout ira bien mais qu'elle a besoin qu'elle revienne cet hiver pour le procès de la centrale. Son témoignage est très important, il faut absolument qu'elle rentre et elle lui promet qu'après elle la laissera s'enfuir de nouveau là ou son cœur la guidera. Comme rodé par son étrange et très réaliste rêve de la nuit dernière, Clarke accepte. Elle veut toujours réhabiliter son père et toute sa vie, elle le défendra.
L'hiver arriva à grand pas. Lexa accompagna Clarke dans le Michigan et assiste avec elle a l'intégralité du procès. Elle est sa force pour pouvoir passer à la barre. Après des semaines, les jurés délibèrent, la culpabilité du conseil général est flagrante, la responsabilité du sabotage entame à la DEN et Jack Griffin qui tentait d'éviter une plus grande tragédie fut totalement innocenté. Clarke a une impression de déjà-vu, Clarke ne réfléchit même pas aux mots qu'elle prononce, il lui semble l'avoir déjà fait.
Clarke retourne avec Lexa dans leurs montagnes pour quelques temps. L'année suivante, Lexa confie l'hôtel hors saison à un jeune couple. Lincoln et Octavia se voient confier le manoir, Ghost et Summer, en plus de GreyWind qu'ils ont déjà. Lexa ne reviendra que l'été pour ouvrir au client. Elle s'installe avec Clarke dans le Michigan près de l'hôpital universitaire. Clarke reprend ses études. Lexa est engagée comme photographe dans un magazine local et part souvent en road trip avec Nyméria (qui est le seul des loups à avoir préféré suivre sa maitresse quitte à partir loin de sa foret natale) aux quatre coins de la grande Amérique pour photographier les plus beaux paysages.
Ensemble elles continuent de vivre, chacune faisant ce qu'elles font de mieux, chacune trouvant l'équilibre entre passion, travail et vie privé. Elles s'aimenent rien de plus rien de moins.
Un soir, Clarke rentre tard de sa garde, à peine avait-elle tourné les clefs dans la serrure qu'elle entend des gémissements de loup derrière la porte. Elle sourit, son cœur bondit, si Nyméria est là, Lexa aussi. Elle est enfin rentrée de son dernier voyage.
Quand elle entre, la louve se rue sur elle pour un câlin presque tribal. Clarke se perd avec délice dans la fourrure de la chienne. Elle se relève de terre où Nyméria est encore étendu sur le flanc, toute essoufflée par leurs jeux. Elle entend l'eau de la douche qui coule, elle range son manteau et son sac, traverse le salon et part rejoindre Lexa dans la salle de bain mais avant ça elle remarque une lueur inhabituelle dans la cuisine alors elle s'approche. La table est dressée, parfaitement, élégamment, des chandelles, de la belle vaisselle, une bouteille de champagne dans son saut de glaçons, de la musique douce qui résonne dans l'appartement. Clarke reconnait la voix suave et rauque de Leonard Cohen avec I'm your man …
Clarke a le cœur qui bat la chamade. Elle se regarde dans un miroir. Elle sort de garde et ne ressemble à rien. Elle file dans la salle de bain et elle surprend Lexa sous l'eau chaude au milieu des spirales de vapeur. Elles échangent un long baisé puis échange leurs places.
Plus tard Clarke réapparait dans une légère robe bleu nuit qui lui colle à la peau parfaitement et rejoint Lexa, en tailleur pantalon et chemise noir qui remplit les coupes de somptueuses bulles de champagne millésimé. Clark s'assoit à la table et elle soulève la serviette devant elle par pure réflexe mais elle écarquille les yeux immédiatement. Il y a un écrin de velours noir dans son assiette.
CLARKE : Lexa ?
LEXA : Oui ?
CLARKE : Tu joues à quoi là ?
LEXA : Devine ?
CLARKE : vraiment ?
LEXA : Absolument.
Lexa tend la coupe à Clarke qui la prend et la repose immédiatement. Elle fait le tour de la table et vint s'agenouiller à ses pieds. Nyméria, qui voit sa maitresse au ras du sol, vient quémander un câlin. Lexa et Clarke rient. La brune chope le museau de la louve et lui murmure « Nym non ce n'est pas le moment, ma belle, au panier » et l'animal s'exécute un peu triste.
LEXA : Clarke… (elle attrape l'écrin et l'ouvre devant elle. Une bague ravissante avec un diamant étincelant est nichée à l'intérieur.) Voudrais-tu passer le reste de ta vie avec moi ? peu importe le lieu et le temps, je te fais la promesse d'être à tes côtés tout au long de cette vie et dans toutes les prochaines. Je jure de te retrouver où que tu sois, je te jure de t'aimer jusqu'à ce que je cesse d'exister.
CLARKE : Lex…je .. oui bien sûr que oui mon ange. Je le veux. Tu n'as pas besoin de bague ni de grand discours pour cela mon amour. Je suis déjà à toi depuis le soir où j'ai aperçu les traits de ton visage dans la nuit noir des bords du lac. Je suis à toi dans cette vie et dans les suivantes.
LEXA : La bague, j'y tenais. C'est un vieux bijou de famille. Je veux que tu la porte, si tu acceptes ?
CLARKE : C'est une évidence non ?
LEXA : je ne sais pas…
CLARKE : Ne doute jamais de mon amour. Lexa tu m'as sauvée la vie, tu m'as réappris à aimer, tu m'as soutenue dans toutes les difficultés, tu m'as montrée l'autre côté de l'horizon, là où on peut être vraiment soi… tu es... mon ange gardien, mon grand amour. Mon destin c'était toi… maintenant le reste de ma vie je veux la vivre avec toi ou je ne veux pas la vivre du tout.
LEXA : Alors c'est oui ?
CLARKE : Oui, mille fois oui !
Lexa avait toujours un genou à terre, Clarke encadre son visage de ses mains et l'embrasse lentement, tendrement avec toute la délicatesse du monde. Une larme coule sur sa joue et échoue entre leurs lèvres. Celles-ci s'écartent un peu et elles goutent au sel, elles goutent au bonheur. Elles s'embrassent, un peu comme la première fois avec toute cette émotivité alliée à la passion et ce besoin irrépressible de se sauver mutuellement, de se soutenir et de se donner à l'autre absolument, de tout son être et de toute son âme. Comme deux âmes sœurs que rien ne séparera plus jamais. Ce baiser devant l'éternel scelle une promesse faite en silence qui vaut plus que mille trésors. Elles sont liées à jamais et préparent leur avenir ensemble sans que rien n'entache plus leur bonheur.
CHAPITRE 30. (Double fin alternative. Si vous aimez les fins heureuses de conte de fée arrêtez-vous de lire tout de suite. Dites-vous que nos deux héroïnes sont enfin heureuses et aller vous coucher. Mais si au contraire, vous êtes un peu torturé et voulez savoir la vérité, je vous en prie continuez … mais ceci ne sera plus une jolie histoire qui finit bien, je vous préviens.)
Clarke se réveille encore une fois en sursaut, en sueur et en larmes. Sa tête est lourde comme jamais elle ne l'a été. Elle reprend conscience difficilement comme si elle avait dormi des mois et des mois, comme si on l'avait mis k.o maintes et maintes fois, comme si on l'avait droguée et malmenée ou bien tout cela en même temps. Elle ouvre les yeux difficilement, ses paupières sont lourdes et refusent de s'ouvrir. Elle a la gorge sèche et le goût du sang dans la bouche, et tout son corps est douloureux. Elle sait qu'elle est en vie car seul la vie est douloureuse à ce point. Seul la vie lui a infligé les blessures qui recouvrent à présent son corps et son âme. Elle ne distingue rien autour d'elle, tout est encore flou, seul un pale rayon de soleil passe par une lucarne aux barreaux de fer et l'éclaire. Elle sent le sol en pierre sous son corps, elle sent les lourdes chaines à ses poignets et ses chevilles. Elle voit enfin des murs de pierres, des grilles en fer, de la paille au sol, mêlée de terre et de sang. C'est un cachot. Un cachot sombre, humide et terrifiant.
Clarke Griffin est prisonnière. Clarke Griffin est sur Terre. Cette Terre dévasté depuis des siècles où le sort de tous est déjà scellé. Elle le sent dans ses veines et dans la moindre fibre de son corps, son combat est fini. Elle a vue de ses yeux tout son peuple mourir - elle est la seule encore en vie- elle a vue partir en fumée tout ce qu'elle a tenté de préserver, elle vue périr par la lame des barbares des milliers d'innocents, et surtout elle a vue l'amour de sa vie mourir bien avant l'heure d'une balle qui lui était destinée.
De toute façon l'orage qui arrive les achèvera tous. Elle n'a plus la force, sa fin est proche. Elle s'en fiche. Son combat est fini. Qu'on la tue sur le champ si cela peut lui permettre de la rejoindre enfin de l'autre côté. Cet autre coté inconnu des vivants, souvent redouté, parfois tant espérée comme une douce délivrance de ce monde cruel. Ce monde qui lui a pris tout ce qu'elle aimait. Ce monde qui a fait d'elle ce qu'elle est Ce monde qu'elle veut quitter à présent car il n'y a plus que la douleur qu'elle ressent, il n'y a plus que les cicatrices sur elle comme les entailles profondes de la Terre Mère qui se meurt sans qu'elle ne puisse rien faire.
Elle ne peut rien contre un orage nucléaire. Elle avait eu de l'espoir jusqu'au bout, elle s'était battue jusqu'à son dernier souffle, bientôt elle serait trop faible et son sang ruissèle déjà sur le sol, comme de larges rivières rouges entre les pavés. Les marques sur son corps témoignent de son rude combat. Son bourreau n'aura pas trop de mal à lui faire quitter ce monde car déjà elle en a pris le chemin. Son dernier souffle d'espoir est pour Lexa. Elle espère, elle en rêve de cet autre monde, au-delà de la mort dont parle les vieilles légendes. Un autre monde où Lexa, cette reine guerrière, cette femme qu'elle aime, qui est la seule et l'unique, serait là. Elle n'aspire plus qu'à cela, mourir et la revoir. Elle y croit comme on croit à un feu de joie, une dernière chaleur dans le froid, une dernière étincelle dans la nuit, un phare, un guide, une lueur que l'on voudrait éternelle, un feu que l'on ne voudrait jamais voir s'éteindre, un feu que l'amour raviverait par-delà la vie et la mort, par-delà les univers, par-delà le paradis et l'enfer.
Clarke Griffin, héroïne d'un monde funeste, d'un monde agonisant, qui aura donné sa vie pour sauver l'humanité, n'est plus que l'ombre d'elle-même, n'est plus qu'une épave que les marrées auront trop secouée. Bientôt une dernière larme coulera sur sa joue, bientôt une dernière prière sera murmurée et puis son cœur cessera de battre pour ne plus jamais recommencer.
Il n'y a personne pour lui conter ces dernières paroles coutumières de l'Ark « In peace may you leave the shore In love may you find the next safe passages on yours travels until your final journey on the ground. May we meet again. », alors elle les prononce seule dans un dernier souffle. Il n'y a pas de fin heureuse car depuis longtemps les dés sont jetés. La planète Terre est condamnée. L'humanité a échouée et Clarke Griffin, dans toute sa bonté avait tentée de la sauver.
Il n'y a pas de fin heureuse, Clarke Griffin meurt seule, elle n'attend pas le couperet du barbare qui veut sa peau, elle n'attend pas la lame qui lui ôterait la vie, elle préfère ne plus lutter. Il n'y a pas de fin heureuse… À moins qu'il y ait un autre rivage, de l'autre côté de l'horizon. A moins qu'il ait un Paradis, si l'on considère que l'Enfer est sur Terre, loin dans l'univers où les âmes sœurs peuvent enfin se retrouver.
Clarke Griffin ferme lentement les yeux et cesse de respirer. Son cœur, lentement, sans souffrance cesse de battre et tout devient noir. Et puis soudain, une lueur …
FIN
