Chapitre 31.
Espérance.
Sébastian ne se retourna jamais sur les corps meurtris de ses ennemis passés. Il empoigna son sac et se détourna pour ne nullement revenir.
. . .
Le voyage de retour se passa dans l'ennui. Il avait gardé les yeux rivés sur la photographie récente d'Angelika durant tout le trajet en train.
Une femme brune à l'air doux l'avait remarqué et l'interrogea.
- La jeune femme, c'est votre épouse?
Sébastian releva les yeux et la fixa. Elle paraissait jeune, pas plus de 25 ans, avec des yeux chocolat affectueux et des anglaises assorties. Elle portait une robe bleue et blanche décorée de dentelles couleur neige et coiffée d'un chapeau agencé. Elle tenait une ombrelle et un sac de voyage bleu trônait à ses pieds chaussés de bottines bleue nuit.
- Je vous demande pardon?, s'excusa Sébastian.
- La photo, est-ce votre femme?
- Oh…en partie, répondit Sébastian triste. La jeune femme le regarda peinée et lui chuchota.
- Pardonnez-moi si je vous aie rappelé de mauvais souvenirs. Je m'en excuse.
- Ne vous excusez pas mademoiselle. Il n'y a nul tort. Vous ne pouviez pas savoir…Mais oui, il s'agit de la femme que j'aime…ou plutôt celle que j'aimais.
- Que lui est-il arrivé?
- Elle est morte récemment…et j'ai encore de la difficulté l'oublier.
- Oh…je suis navrée pour vous. Elle paraît si jeune.
- Tout juste 18 ans…je l'aimais plus que tout.
La jeune femme lui posa alors une main réconfortante sur l'avant-bras et lui sourit tendrement.
- Ne vous tourmenter pas. Dans ce monde tout est possible, mais l'impensable. Et je suis sûre que vous retrouverez l'amour.
Les yeux du jeune démon s'écarquillèrent au moment exact où le train s'arrêtait à la gare de King's Cross. Il se tourna vers la femme et lui prit les mains dans les siennes.
- Merci mademoiselle…je vais garder espoir.
Il se leva et allait sortir du wagon quand il se retourna une dernière fois vers elle.
- Puis-je vous demander votre nom, gente dame?
- Wilhelmina Harker…tout le monde m'appelle juste Mina. (Pas la vraie Mina dans Dracula)
Sébastian fit son premier sourire depuis plusieurs semaines, baisa la main de Mina en la remerciant encore et courut jusqu'à la sortie de la gare. Il héla immédiatement une calèche.
- Le manoir Phantomhive, s'exclama-t-il en lui tendant 30 livres, et fouettez fort.
- À vos ordres 'sieur, dit le conducteur, content d'avoir trouvé gros.
Il empoigna solidement les brides, claqua son fouet et les deux chevaux hennirent avant de s'élancer dans les rues de Londres. Sébastian remercia sa bonne étoile que ce ne soit pas l'heure de pointe et que la circulation soit bonne. Il gagna rapidement les campagnes et à peine 2 heures plus tard, le cocher le déposa devant le manoir Phantomhive.
- Merci monsieur!, lui cria Sébastian en courant déjà vers le portail.
Il le traversa et se précipita vers la porte d'entrée. Dès dans le hall, Rachel vint à sa rencontre.
- Sébastian! Tu es revenue!...Un souci?
- Non! Pas du tout…Il faut que j'aille à la bibliothèque, excusez-moi.
Il s'inclina précipitamment et joignit la bibliothèque. Les domestiques le regardèrent d'un coin de mur en silence.
Sébastian ne perdit pas de temps et alla directement à la section qui l'intéressait. Il sillonna sommairement les livres quand il tomba sur l'ouvrage qu'il voulait.
Shinigamis dans le Monde.
Sébastian alla aussitôt au passage qu'il cherchait.
Undertaker.
Death Scythe: Le grand classique de la Faux de la Mort. Une faux d'argent surmontée d'un crâne, entrelacée de fils barbelé et d'une cage thoracique.
Aussi surnommé la Légende des Shinigamis, il jugea plusieurs âmes de grandes renommées du monde des humains, tels que Marie-Antoinette et Robin des Bois. Ce fut lui qui prolongea la vie d'Elizabeth 1ère pour son règne prospère en Angleterre (N'importe quoi, mais elle régna bien). Il aurait fait une carrière florissante en tant que meilleur Shinigamis des temps modernes, mais il aurait pris une «retraite» avant de rentrer au service du comte vampire Vincent Phantomhive comme secrétaire. Cela lui valut la colère du Shinigami Suprême qui le défigura, lui coupa un doigt et le décapita pour le punir. Personne n'a jamais su comment il est revenu à la vie en un seul morceau.
Il posséderait plus de pouvoirs que la moyenne des Dieux de la Mort. Non seulement il peut voir plus en profondeur les souvenirs des défunts, mais il aurait des aptitudes en nécromancie. On raconte qu'il aurait ramené à la vie Marie de Médicis grâce à un rituel… (J'invente)
Sébastian stoppa sa lecture à «rituel». Il en aurait presque hurlé au cours de sa lecture. Undertaker, ce curieux personnage ricaneur et complètement cinglé et délirant la majorité du temps savait ressusciter les morts.
Le jeune démon serra le livre sous son bras et rechercha Undertaker dans le manoir, mais il ne tomba que sur Polly. Celle-ci lâcha la vadrouille qu'elle tenait dans ses mains.
- Sébastian!...
- Polly, où est Undertaker? Tu l'as vu?
- Je crois bien qu'il est dans son bureau.
Sébastian l'abandonna sur place et rejoignit ledit bureau. Effectivement, il s'y trouvait, assit sur son fauteuil, lui tournant le dos. On ne voyait plus de lui que l'abondante chevelure grise.
- Hé! Hé! Hé! Le petit démon vient me voir. Amusant. Peut-on savoir ce qui t'amène, mon jeune ami?
Il n'avait même pas daigné lui faire face. Insulté, Sébastian fit brusquement pivoter le fauteuil et lui mit le livre des Shinigamis sous le nez, à la page le concernant.
- Ça! C'est ça qui m'amène!
- Quoi donc? Je ne vois pas de quoi tu parles, petit démon.
- Ne jouez pas les innocents avec moi! Je me retiens pour ne pas vous défoncer la tête! Car si j'ai bonne mémoire, je ne vous ai pas encore tué pour m'avoir emmené chez le comte, votre Faux de la Mort dans le dos…je requiers à présent une indemnité.
- Et que me sollicites-tu?
- Il est écrit là-dedans que vous pouvez ramener les gens à la vie. Ressuscitez Angelika. Vous l'avez bien fait pour Marie de Médicis.
- Mmh, pourquoi pas, mais ça ne sera pas gratuit…et au fait…pourquoi tu le veux?
Sébastian frôla l'arrêt cardiaque et la syncope à l'entente de cette question. Furieux, il jeta le livre par terre et agrippa les revers du manteau d'Undertaker en criant.
- MAIS QU'EST-CE QUE VOUS ME CHANTEZ LÀ?! VOUS LE SAVEZ! JE L'AIME!
Undertaker éclata alors d'un grand rire. Plus qu'avant. Il riait si fort que les larmes lui coulait des yeux invisibles, un filet de bave lui dégoulinait de la bouche et il tomba de son siège. Sébastian dû attendre plusieurs minutes pour qu'il se calme enfin.
- C'est fini, oui?
- Inutile…Hé! Hé!…de t'énerver comme ça. Je me payais ta tête.
- Allez, on n'a toute la journée. Quel est votre prix?
- Pas la peine de me payer avec de l'argent. Je n'en ai rien à faire. Tu m'as déjà payé.
- Hein? Quand?
- Quand tu m'as fait rire. Ça me suffit.
Sébastian se retint pour ne pas soupirer d'impatience en se tenant l'arête du nez. Il s'interrogeait bien du comment cet original avait fait pour devenir une légende…Enfin…
- Alors, vous allez le faire oui, ou non?
- Mais oui, bien sûr. Quand veux-tu procéder?
- Maintenant, répondit aussitôt Sébastian, essayant de masquer sa joie.
