The harder they fall de LadyExcalibur2010
A lire après le chapitre 71 - Bella
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Se ressaisir
Bon Putain.
J'avais essayé d'ignorer ces maux de ventre toute la journée. Je m'étais dit que la douleur et les saignements signifiaient autre chose, sûrement quelque chose de miraculeux. Quelque chose à fêter.
Je m'étais menti à moi-même.
Je me levai pour aller aux toilettes puis je baissai mon pantalon. J'aurai dû acheter d'autres tampons aujourd'hui mais je ne l'avais pas fait, ça craignait non?
Dans un élan d'optimisme je m'étais laissée aller à penser que je n'en aurais plus besoin. J'étais vraiment très féconde comme ma mère aimait à me taquiner.
Bien sûr mais ça c'était il y a presque dix ans. Beaucoup de choses changent en dix ans. Et qui pouvait le savoir mieux que moi?
A quoi diable pensai-je? Pourquoi étais-je convaincue que je tomberai enceinte le premier ou le deuxième mois que nous commencerions les essais? Parce que j'avais aisément conçu les garçons? Parce que nous le voulions tellement? Parce que je sentais tout au fond de moi que nous... Que dieu me vienne en aide, que nous y avions droit?
Qu'est-ce qui nous distingue des autres?
Il y a sûrement sur terre d'autres femmes qui veulent être enceintes autant que moi. Des femmes qui n'ont déjà pas eu le cadeau d'avoir eu quatre bébés en bonne santé. Des femmes qui veulent donner à l'homme qu'elles aiment le cadeau de voir ses traits reproduits sur un petit visage ou une petite boule de malice qui portera son nom. Je n'étais pas la seule. Je n'étais pas spéciale. J'étais égoïste. Je ne le mérite pas plus qu'une autre, une de ces femmes quelque part, ailleurs dans le monde, qui doit se débattre contre ses larmes en ce moment même, pour les mêmes raisons que moi.
Il me semble que mon corps me trahit.
Il faut que je descende dans quelques minutes et Edward n'aurait qu'à jeter un coup d'œil sur mon visage pour savoir. Il verrait que j'avais échoué. Une fois de plus. Pas qu'il m'ait déjà fait sentir que j'étais la cause de l'échec. Mais je sais...
Comme un enfant je veux me rouler par terre, pleurer et taper des pieds. Je veux hurler que ça n'est pas juste.
Allez Bella la vie n'est pas juste. Tu le sais maintenant.
Je lave mon visage, essayant de cacher mes yeux légèrement bouffis et mon nez rose. Un peu de fond de teint fait des merveilles, un peu plus de mascara, d'eyeliner pour attirer l'attention ailleurs que sur la rougeur de mes yeux. J'observe mon reflet. Ça aide à cacher les signes mais pas mon âge. J'ai trente-huit ans. Lorsque je pense à ma mère je la vois à cet âge. Quand est-ce que ça m'est arrivé à moi?
Je fais vieille. Je me sens vieille.
Je suis vieille et inutile, asséchée, vide et ... stérile.
Voilà comment je me sens.
Stérile.
Quel vilain mot. Mais une réalité encore plus laide.
Je soupire et ferme les yeux pour ne plus voir le reflet de cette vieille dame dans le miroir. Je ne suis pas prête à descendre et à faire comme si tout allait bien. Je vais rencontrer les yeux anxieux d'Edward sur moi. Il va voir que nos espoirs se sont envolés. Il essaiera de cacher sa déception mais je la verrai... Je sais que les garçons sentent cette tension subtile à la maison. Ils ne connaissent pas les détails, bien sûr mais ils ne sont pas stupides.
Nous leur avons dit que nous essayions toujours mais ils savent que quelque chose ne va pas. Ils sont intelligents. Quelquefois je me dis qu'Emmett a compris mais il ne dit jamais rien. Au début ça nous gênait tous. Puis, bon... ça nous embarrassait tous. Beaucoup. J'en ai assez dit.
Je rabats le couvercle des toilettes pour m'asseoir dessus essayant de me reprendre. Une partie de moi, la plus rationnelle et raisonnable réalise que je suis un peu trop mélodramatique. Trois mois d'espoirs de grossesse envolés ne sont certainement pas un reflet exact de ma fertilité. Même pour des jeunes femmes en pleine forme ça peut prendre un an de concevoir- comme mon médecin me l'a rappelé à plusieurs reprises.
Quelquefois je pense qu'elle voulait me préparer à cet échec. Mais ça n'a pas marché. Je ne me sens pas du tout prête à l'accepter.
J'avais été tellement sûre que d'arrêter la pilule serait suffisant. Je n'avais jamais de problème les fois d'avant. Jake avait été un heureux accident, un cadeau inattendu. Un préservatif oublié une seule fois et Jake était arrivé.
A présent après trois mois et demi de sexe sans contraception - eh bien rien du tout. Juste mes règles.
Je n'avais pas réalisé combien Edward voulait ça. Je n'avais même pas pensé qu'il le savait lui-même. Mais je pouvais le voir dans ses yeux tous les mois. L'espoir et l'anticipation se changeaient en déception en un instant. Il essayait de me le cacher et essayait de ne pas s'inquiéter. Mais je pouvais lire en lui assez facilement.
Je voulais un bébé. Mais encore plus je voulais un bébé pour lui. Je voulais le lui donner parce qu'il nous avait beaucoup donné à nous tous. Il avait pris cette nouvelle vie sans sourciller une seule fois. Certaines hommes pensent que c'est un fardeau de prendre une femme. Mais Edward nous avait pris et nous étions cinq. Cinq. Les doigts d'une seule main comme Jake avait l'habitude de le dire. Aimer cinq personnes vaut bien un petit bébé en retour, non?
Edward s'était autorisé à m'aimer, non seulement moi mais également mes garçons.
Nos garçons, comme il les appelaient tout le temps. Nos garçons.
Je voulais lui en donner juste un de plus. Une petite fille qu'on pourrait gâter outrageusement ou un petit garçon espiègle comme lui.
Je soupirai et me levai. Je brossai mes cheveux et vérifiai mon maquillage, ignorant la douleur sourde dans mon ventre vide. Je clignai des yeux vers la femme dans le miroir.
"Il faut que tu te ressaisisses," lui dis-je.
Elle me regarda.
"Ça va arriver," essayai-je de la rassurer. Elle ne parut pas convaincue. Je savais ce qu'elle ressentait.
"Et si non..." Je déglutis difficilement. Je ne pouvais pas finir cette phrase. Elle ne voulait pas que je la finisse.
"Ressaisis-toi," murmura-t-elle doucement.
J'essayai.
Je retrouvai mes habitudes d'enfant. Je fis une promesse à Dieu. Je n'étais pas sûre qu'il m'entende mais je pensai que ça ne pouvait pas faire de mal.
"Mon dieu s'il vous plait," chuchotai-je. "Il nous a donné tellement... à moi et à mes fils. Laissez-moi lui donner ça. Ce petit miracle. S'il vous plait."
Je n'avais rien à offrir en retour mais si les bonnes intentions comptaient...
"Amen," ajoutai-je rapidement et puis j'ouvris la porte de la salle de bain, affichant un sourire sur mon visage.
Voilà on sait maintenant que Bella se sent aussi coupable qu'Edward
Mais ils ont tort tous les deux c'est le cours naturel des choses...
