The harder they fall de LadyExcalibur2010

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Ces bottes

Bella

Je regardai les bottes. Elles étaient grosses et noires et très très brillantes. J'étais heureuse parce que quand les bottes étaient à la porte ça signifiait que Papa était à la maison. Papa était à la maison et il me laisserait m'asseoir sur ses genoux pendant qu'il regarderait le match de football. Il crierait et essaierait de sauter et il oublierait que je suis là pour une seconde. Et il pourrait arriver que je tombe par terre. Alors il me rattraperait et me remettrait sur ses genoux et il rirait et m'appellerait "sa petite fille" et je serai fâchée et contente en même temps. Papa ne me laissait jamais vraiment tomber mais mon estomac ne le savait pas.

Je glissai mes pieds dans les bottes de Papa et essayai de les lacer mais je ne savais pas encore les attacher, Maman devait toujours m'aider. Papa a dit quelque chose concernant les oreilles de lapin, mais je n'ai pas pu m'en rappeler.

Les bottes de Papa m'arrivaient à mi-jambe et elles faisaient un très gros bruit quand je marchais. Ça faisait le bruit d'un monstre ou d'un cheval. Je faisais un petit grognement pour voir si je paraissais effrayante. Je me demandai si ça ferait peur à Will si j'entrais dans sa chambre et lui grognais. Il dormait dans son berceau alors peut-être qu'il penserait que le monstre était enfermé avec lui.

Je ne voulais pas qu'il pleure. Bon peut-être un petit peu.

Je marchais sur le plancher en grognant de temps en temps et en imitant des griffes avec mes mains. Ensuite je me suis rapidement sentie soulevée en l'air et j'ai crié. Ne me laisse pas tomber, papa! Ne me laisse pas tomber. J'ai ri. Oh ce genre de chatouilles! Ton visage pique!

Ensuite, j'ai passé mes bras autour de son cou. "Hey petite fille," dit-il en appuyant son front contre le mien. "Tu vas être soldat un jour?" Il sourit et ça faisait plisser le coin de ses yeux.

Je secouais ma tête et la posais sur l'épaule de mon papa. Les bottes de papa étaient toujours suspendues à mes pieds, un poids lourd mais qui ne me dérangeait pas. Papa était à la maison.


J'ai soupiré en ramassant les grosses bottes - pointure 49.5 - abandonnées à côté du lit. J'étais énervée... un instant - combien de fois lui avais-je demandé de ne pas les laisser trainer là où je pourrai toujours trébucher et presque me tuer? J'étais ennuyée jusqu'à ce que ressente leur lourd poids rassurant dans mes mains. Il était à la maison. Pour l'instant, il était à la maison. Je m'assis sur le lit et berçait ces grandes bottes sales contre ma poitrine.

Je ne fus pas surprise quand les larmes se mirent à couler.

C'était drôle en quelque sorte. J'avais toujours pensé qu'une fois que le déploiement serait terminé toutes mes craintes disparaitraient simplement - comme par magie. Regardez! Le merveilleux soldat est de retour à la maison et POF! Sa femme ne reste plus éveillée la nuit, écoutant le bruit des portières de voitures ou le bruit de quatre pieds marchant devant sa porte.

Mais ça n'est pas arrivé comme ça.

A présent il était à la maison, maintenant ses bottes étaient en sécurité là où elles devaient être et prêtes à faire obstacle lorsque je descendrai du lit, la peur n'avait toujours pas disparu. Elle s'attardait comme les effets de l'alcool ou de la drogue. Je me sentais comme si j'avais la gueule de bois, ce qui rendait ma bouche sèche et faisait contracter mon ventre.

Il m'a trouvé là, accrochée à ses vieilles bottes, braillant comme un bébé. Mac resta là un moment, déstabilisé par mes larmes, grand, costaud et rassurant à la porte. Puis il a passé ses gigantesques bras autour de moi pour me transporter. "Oh ma chérie," murmura-t-il en m'embrassant sur la joue... le nez... le front. J'avais toujours appelé ça son 'je vais t'embrasser putain maintenant' il le faisait uniquement quand il ne savait pas quoi faire d'autre avec moi.

J'avais pleuré la première fois que je l'avais tenu dans mes bras il y a une semaine. J'avais aussi pleuré un peu lorsqu'il s'était glissé en moi cette nuit là parce que ça faisait tellement de bien et que je n'avais pas réalisé combien j'avais été terrifiée de ne plus jamais faire ça à nouveau. Mais je n'avais plus pleuré depuis. Parce qu'il était à la maison et que tout allait bien. Maintenant cependant je pleurais, mon putain de nez était rouge et je le déconcertais.

Il rit alors et le son gronda en moi comme un tonnerre par une journée d'été. "Je suis en sécurité," convint-il.

Ce qui me fit pleurer plus fort.

Mac était à la maison.


C'était étrange de voir ces bottes dans le placard de l'entrée. Etrange et familier en même temps. Après deux ans à avoir vu mes chaussures seules dans le placard j'avais finalement une paire de bottes de l'armée à côté des miennes de nouveau. Edward ne voulait pas s'en séparer même s'il n'était plus dans l'armée. Comme il disait, il venait juste de les "roder" et elles faisaient de bonnes bottes de travail. Il les mettait quand il travaillait au jardin parfois.

J'étais juste heureuse de les voir là, toutes tachées et sales qu'elles étaient. Elles étaient Edward. Edward était à moi.

Et j'étais à lui.

Tout était bien. Mieux que bien.

Quel ange gardien s'était penché sur moi et avait décidé de me donner une seconde chance dans la vie et en amour?

Je repensai à toutes les bottes que j'avais rangées dans ma vie. Celles de mon père qui étaient toujours très astiquées , il le faisait à la table de la cuisine, la petite boîte de cire ouverte, cette odeur unique emplissait l'air, et le bruit de la brosse qu'il faisait passer dessus, la façon dont il me parlait tout en le faisant. Nous avions eu quelques conversations intéressantes tandis qu'il faisait briller ses bottes.

Il faisait briller ses bottes la première fois que nous avions parlé, vraiment parlé, du fait qu'il était perdu lorsque Will annonça son homosexualité. Il faisait briller ses bottes quand Mac alla le trouver pour lui demander ma main. Plus tard Mac me dit qu'il y avait eu une pause dans le frottement de la brosse puis que c'est là qu'il avait commencé à transpirer. Puis papa avait reprit l'astiquage et avait rendu Mac transpira un peu plus.

Un de mes souvenirs les plus clairs était d'avoir vu mon père cirer ses bottes noires dans une douzaine de cuisines différentes, le bruit et l'odeur restant toujours les mêmes.

Puis il y avait eu les bottes de Mac fraichement de retour des sables d'Irak. Il avait tendance à les laisser là où il les enlevait. J'avais l'habitude de le taquiner parce pour certaines autres habitudes il était maniaque ( la montre toujours à la même place, sur la table de chevet) ses bottes étaient laissées à elles-mêmes et tombaient là où se trouvait Mac quand il les enlevait avec un soupir de soulagement. Il massait toujours ses pieds pendant un moment, puis enlevait ses chaussettes et inspectait ces grands appendices aux extrémités de ses jambes. Mac avait de gigantesques pieds qui semblaient puissants avec des callosités qui râpaient ma peau lorsqu'il ne faisait pas attention.

J'avais aimé ces pieds râpeux spécialement lorsqu'ils se mélangeaient aux miens dans le lit, nos jambes entremêlées.

Puis ces pieds étaient partis et les bottes avec eux. Un souvenir trop douloureux, j'avais réussi à me débarrasser de ses affaires après qu'il soit mort. Et ce que j'avais gardé je l'avais rangé, j'avais gardé ses bottes. Je n'étais pas sûre de pourquoi. Peut-être qu'elles étaient plus Mac que le reste. Mais je n'ai pas besoin de choses pour me rappeler. J'ai quatre beaux rappels de ce que j'avais partagé avec Mac.

Puis pour ce qui m'avait semblé une éternité il n'y avait plus eu de bottes dans ma vie. J'avais eu beaucoup de baskets et de tongs et celles-ci grandissaient en taille. Pointures 43, 44, 45, 46 et au moment où je commençais à chercher du 47, une nouvelle paire de bottes était entrée dans ma vie.

Les bottes d'Edward.

Ses bottes tout comme Edward, étaient différentes. Ses pieds étaient comme lui, long, mince et élégant. Ses pieds l'étaient aussi. Et tandis que j'observais les bottes d'Edward à côté de mes chaussures je me sentais heureuse.

C'est le genre de bonheur qui vous prend par surprise et vous remplit, vous savez que vous allez toujours aimer le propriétaire de ces bottes. Et qu'il vous aimera toujours en retour.

Tranquillement j'ai refermé la porte du placard, satisfaite de savoir que ses bottes étaient rangées en toute sécurité à côté des chaussures que je porterai tout à l'heure. Je l'ai trouvé dans la cuisine en train de vérifier que tous les garçons avaient leur repas ainsi que tous les documents signés et que tout le monde connaissait ses obligations pour le reste de la journée. Il avait préparé mon café et il me sourit en me voyant entrer dans la cuisine.

"Bonjour, ma beauté," murmura-t-il en m'étreignant. Ses pieds nus chatouillèrent les miens, ses longs orteils presque caressants quand il a cherché à nous rapprocher un peu plus.

"Bonjour," dis-je et je fermai les yeux, voyant encore ses bottes.

J'étais chez moi.


Toujours tendres et émouvants les points de vue de Bella

La prochaine fois Eli rencontrera la famille de Dani...