Inspiré de la chanson "Wooden girl ~ Thousand Year Wiegenlied" de Mothy.


Russie – parce que c'est comme ça qu'il veut qu'elle l'appelle- est en réalité une « nation ». Il n'est pas né d'un tableau comme elle mais d'un « territoire », une grande zone habité par plein d'humains. Comme ces humains se sont reconnus comme étant « russes », il est né et les représente donc. Cependant, pour plein de choses compliqués et parce qu'il y a des personnes « méchantes », il ne doit pas l'annoncer à la première personne qu'il voit –même si c'est un russe- car le « méchant » pourrait en profiter pour faire pression sur le « chef » de la nation pour faire ce qu'il veut –le « méchant », pas le « chef ». Comme, par exemple, déclencher une « guerre » ou demander une « rançon », de "l'argent" contre la liberté d'une personne (elle suppose que l'argent doit-être quelque chose de très précieux et de très rare pour qu'on puisse l'échanger contre une personne) ou bien encore des tas d'autres choses qui embêteraient tout le monde.

C'est en même temps très étrange, drôlement compliqué et logique. Mais pour l'instant, c'est encore un peu confus dans sa tête.

- Tu es vraiment très grand ! S'exclame Mary en s'amusant à faire tourner le planisphère.
- Héhé, oui, je suis même le plus grand pays du monde ! Ajoute-t-il avec fierté.
- Vraiment ? C'est bien ça ! Et c'est pour ça que tu es si grand physiquement !
- Ah, ça, ça n'a rien à voir, sourit-il avec gêne, et puis je ne suis pas si grand que ça…
- Eh ? Tu connais des personnes qui sont plus grandes que toi ?
- … Non… Quoique, peut-être que Suède est plus grand que moi…
- Suède ? Qui c'est ? Il est où sur le banisphère ?
- Le planisphère, corrige-t-il, il est juste là.
- Mais il est tout petit ! Ce n'est pas possible !

Il a un petit rire amusé et il lui frotte gentiment la tête. Elle sursaute, surprise, mais elle ne le repousse pas. Une esquisse de sourire se dessine sur son visage.
Ce court instant se termine lorsque Biélorussie rentre dans la salle. La petite blonde glapie et se cache tant bien que mal derrière Russie tout en agrippant son manteau.

- N'aie pas peur Mary, la rassure-t-il, je te présente Natalia, c'est ma petite sœur. Natalia, voici Mary mais tu le savais déjà n'est-ce pas ?
- Ouais… Marmonne cette dernière d'un air peu convaincu.

Mary, sans lâcher le manteau beige, penche sa tête de manière à observer l'inconnue.

- Bonjour Natalia ! Lance-t-elle d'un seul coup.
- Salut…

La petite fille délaisse finalement sa cachette et s'avance timidement vers la jeune femme. Elle est plus intimidée par le fait de rencontrer une inconnue que par son air sévère. C'est en plus la première femme qu'elle rencontre !

Pourvue qu'on puisse bien s'entendre… Pense-t-elle faisant un petit sourire à Natalia.
Mais celle-ci reste définitivement de glace et s'est vers son frère qu'elle se tourne :

- Alors ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

Un peu perturbé par cette question, il lui répond calmement :

- Qu'est-ce que tu veux dire Natalia ?
- « Qu'est-ce qu'elle est ? » « Pourquoi elle est là ? » « Comment a-t-elle fait pour venir ici ? « Qu'est-ce qu'elle a entendu pendant que tu lui parlais ? » Ce genre de chose qui me semble plus importante que de lui montrer l'utilité d'un globe terrestre.
- Je m'appelle Mary… Commence l'intéressée.
- Oui, ça je sais merci, coupe la femme blonde, mais ensuite ?
- Ne sois pas si brusque Natalia, intervient Russie, ce n'est qu'une petite fille…
- Je n'en suis pas si sûre.

Le regard défiant de la biélorussienne accompagnant ces mots met ses deux interlocuteurs mal à l'aise. Russie commence prudemment :

- Elle n'est ni humaine ni un esprit. Je crois qu'on peut dire qu'elle est entre les deux… Une sorte de personnification d'un tableau. C'est bien ça Mary ?
- Hein ? Euh, oui c'est ça !
- Hm…
- En ce qui concerne ce qu'elle a entendu, eh bien… Elle a tout entendu.

Natalia grimace en entendant ces mots. Mary, terriblement intimidée, s'est reculée. Pour la rassurée, Ivan a posé sa main sur sa tête, la caressant de temps en temps. C'est étrange. Pourquoi ce geste l'apaise-t-elle autant ?

- Et pourquoi est-ce qu'elle est là alors ?
- Je ne sais pas (il s'agenouille à la hauteur de la petite fille), Mary pourquoi es-tu venue dans ce monde ?
- Et comment as-tu fait pour venir dans ici ?
" Euh… Je… Je voulais juste rencontrer Russie. Je voulais devenir son ami parce que… Parce qu'il semblait triste. Il disait qu'il avait beaucoup d'amis… Et il avait la chance de vivre dans un monde où des tas de personnes lui ressemblent ! Pourtant… Pourtant…Quelque chose n'allait pas. Et-et moi, je ne pouvais rien faire. Je n'ai jamais pu faire quoique ce soit… Enfin si, je pouvais faire des choses, comme explorer la Galerie ou jouer à la poupée mais je ne pouvais rien faire par rapport au monde extérieur. Je ne pouvais qu'observer et écouter. Mais je ne pouvais pas leur parler. Je ne pouvais pas les toucher. Et eux ne semblaient ne même pas me voir !

Alors, quand j'ai vu que quelqu'un s'intéressait vraiment à moi, ça m'a beaucoup intriguée. Ça m'a aussi beaucoup intriguée parce que, toi, tu me parlais. Ça ne m'était jamais arrivé avant – sauf avec papa bien sûr mais c'est papa après tout. Tu me disais des choses gentilles et tu me racontais des choses que je ne connaissais pas. J'aimais beaucoup quand tu faisais ça…

Des fois… Je ne comprenais pas certaines de tes réactions. Mais je ne m'en préoccupais pas. J'étais tellement contente que quelqu'un me parle…

Bon, tu n'es pas vraiment l'ami que je m'imaginais. Je te voyais plus petit, plus jeune et puis aussi du même sexe que moi… Mais mon livre disait qu'il y a pleins de personnes différentes avec qui on peut-être ami… Même des adultes ! Et puis j'en avais tellement assez d'être toute seule dans la Galerie ! Alors j'ai cherché un moyen pour sortir malgré l'interdiction de père…

J'ai longtemps cherché et c'est grâce à Mimi que j'ai trouvé la solution. En fait, il suffisait simplement d'effacé le titre et lui en donner un autre. Et ce nouveau titre lui donnait ainsi une nouvelle fonction ! J'ai cherché un couteau à palette et j'ai gratté le titre du cadeau de papa que j'ai remplacé par « la sortie de Mary ». Puis j'ai sauté dedans et me voilà !"

A la fin du monologue de la pseudo petite fille, les deux nations se sont regardés entre-elles. Bien que ce discours soit des plus instructifs, il leur pose plus de questions que de réponses.

- Qu'est-ce que la « galerie » ? Qui est Mimi ? Quelle interdiction ?
- Natalia, laisse-la un peu tranquille, tu veux ? On lui a assez posé de question comme ça et puis…

Un titanesque grognement de ventre interrompt les deux adultes. Mary se met à rougir ardemment :

- Par-pardon, je ne sais pas pourquoi mon ventre a fait ce bruit… Il n'a jamais fait ça avant.
- C'est parce que tu as faim Mary, lui explique gentiment Ivan, tu as besoin de manger.
- Manger… A-t-elle répété, est-ce que ça veut dire que je peux manger des bonbons maintenant ?

Ivan a un sourire tendre. Il lui prend la main et l'entraîne hors de la pièce :

- Autant que tu voudras ! Mais il faut d'abord manger quelque chose de plus consistant !
- Comme une galette des rois ?
- Hum, je pense qu'un peu de bortsch sera plus appréciable.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Tu verras, c'est une surprise.
- Ouais ! J'ai hâte d'en manger !


Pendant qu'Ivan fait chauffer le restant de soupe, Mary s'est assise. Son regard ne cesse de passer de droite à gauche, du bas vers le haut, tout en lançant ses jambes sous sa chaise tel un balancier.

- Combien de temps je vais devoir attendre ?
- Environs dix minutes.

Elle se lève presque aussitôt et s'approche de la gazinière. Ses doigts boudinés se rapprochent de la casserole et…

- Fais attention, tu vas te brûler, a prévenu Ivan.

Mary s'est aussitôt retirée. Ivan croit même voir de la terreur sur son visage mais le temps de cligner les yeux, la petite fille est repartie. Elle colle son visage contre la vitre, agréablement froide, et regarde le ciel. Il est moins bleu que ce qu'elle imaginait. C'est plutôt gris en fait.

Quelle déception !

Et où est le soleil ? Elle veut tellement voir le soleil !

- Où est le soleil ? Demande-t-elle très sérieusement à son nouvel ami.
- Le soleil ? Dans le ciel bien sûr.
- Je ne le vois pas.

La nation s'est levé et a rejoint l'enfant-peinture, fixant à son tour le firmament.

- Il fait un peu gris aujourd'hui. Il doit-être surement caché derrière les nuages.
- Ce sont des nuages ?! S'interloque la petite blonde.
- Oui, bien sûr.
- Mais je croyais que les nuages étaient blancs !
- Certains le sont. D'autres peuvent-être gris comme ici, ou bien noir…
- C'est très étrange…

Elle reste en pleine réflexion, continuant de regarder la vue qu'elle a de la fenêtre. Puis elle se retourne de nouveau vers le grand homme, toujours avec un air très sérieux :

- Est-ce que c'est vrai que les nuages ont un goût de barbe-à-papa ?
- Ça serait bien, pas vrai?

Il a un rictus amusé et retourne vers la cuisinière.

- Est-ce que ça veut dire que ce n'est pas vrai ?
- Oui. Ce n'est pas vrai.
- Quel goût ont les nuages alors ? S'entête la petite fille.
- Hm, eh bien, réfléchis un instant l'adulte en sortant un bol, je suppose que ça aurait un goût d'eau.

Oh. Nouvelle déception.

- C'est prêt, a alors annoncé Russie.

Mary s'est alors installée sur sa chaise, impatiente.

- Dis-moi… Commence le russe tout en versant le restant de soupe dans le bol de Mary.
- Oui ?
- Est-ce que tu pensais vraiment ce que disais tout à l'heure ? Quand tu disais que tu étais venue ici pour me rencontrer?
- Oui ! Bien sûr !

La nation a senti ses joues se chauffer un peu. Ah. Pourquoi ce vieux sentiment puéril remonte-t-il ? Ou bien est-ce de la gêne ? Après tout, ils se connaissent à peine… Il n'arrive pas à trouver ses repères.

Mary a attrapé le bol, l'air déterminée.

Puis l'a relâché tout aussi brusquement.

- Aaaaaah ! C'est chaud c'est chaud ! A-t-elle crié en agitant ses mains.
- Attrapes le bol par le haut, lui conseille-celui.

Elle s'exécute. Effectivement, c'est moins chaud.
Elle approche timidement le bol à ses lèvres et boit une petite portion.

- Est-ce que ça te plais ?
- C'est trop chaud ! Ça me fait mal à la gorge !
- Tu devrais souffler dessus, ça refroidirai.
- Manger est drôlement plus compliqué que ce que je m'imaginais…

Amusé, Russie ne répondit rien tandis que Mary, tout en faisant la moue, souffle sans douceur sur la soupe. Plus craintivement cette fois, Mary a une nouvelle fois absorbé un peu de liquide. C'est mieux là. Elle se risque à un prendre encore un peu plus.

C'est vrai que c'est nettement moins chaud.

Elle finit par boire tout le contenu du bol. Pourtant, elle a expression très neutre, comme si elle réfléchissait.

Oh. Peut-être que ça ne lui a pas plu… ?

- Est-ce qu'il en reste encore ? Finit-elle par demander timidement.


Mary n'a pas eu de soupe en plus (il n'y en avait plus) mais elle a pu manger d'autres choses. Comme, une pomme verte ! Elle, elle croyait que toutes les pommes étaient rouges ! Mais Russie lui a expliqué qu'il y en avait de plusieurs couleurs –des rouges, des jaunes, des vertes et même des marrons !

Et bien sûr, elle put manger des bonbons ! Ils sont aussi délicieux (même encore plus !) que ce qu'elle avait imaginé ! Et ils sont de toutes les couleurs ! Comme… Un arc-en-ciel ! Oui, c'est ça !

Cependant, Russie lui a dit de ne pas trop en manger, elle pourrait attraper des « caries » (des trous dans les dents) mais elle reste sceptique. Comment les bonbons pourraient faire des trous dans les dents ? Ils ne sont pourtant pas pointus ou tranchants !

Russie lui a aussi fait le tour de la maison. Ce n'est pas aussi grand que la Galerie, mais elle pense qu'elle s'y habituera. Il lui a aussi dit qu'elle dormira pour l'instant dans la chambre où elle s'est réveillée tout à l'heure. La fillette blonde a alors hoché la tête avec joie.

Là, ils sont assis sur le lit, un peu dur mais avec des couvertures tellement douces et moelleuses que cela rattrapait ce côté négatif. Mary a un peu joué avec les oreillers –tout doux et qui ont une odeur agréable- sous le regard bienveillant de son nouvel ami. Quand elle en eu assez, elle se résolut à lui avouer quelque chose qui la tourmentait depuis leur rencontre :

- Russie… Commence-t-elle doucement, presque comme un murmure pour qu'il ne l'entende pas.
- Oui ?
- Il faut que je te dise quelque chose… Tout à l'heure, tu m'as demandé si j'étais vraiment venue pour toi...

Il est resté silencieux mais elle l'a senti se raidir un peu. Elle a alors pris son courage à deux mains :

- C'est vrai. Je suis venue pour te rencontrer mais… Mais je ne suis pas venue uniquement dans ce but. E-en fait… J'ai toujours voulu sortir de la Galerie… Enfin surtout depuis que… Depuis que papa est parti. Papa… Avant il venait très souvent dans la Galerie. Quand il était là, tout le monde était très heureux… Il m'avait promis qu'un jour nous sortirons… « Deux peuvent entrer et deux peuvent sortir »… Mais il n'est pas revenu… il n'est jamais revenu… mes sœurs… mes sœurs sont devenues bizarres… Je veux dire, elles ont toujours été différentes de moi mais au bout d'un moment… Elles sont devenues vraiment étranges. Je ne me sentais plus à ma place… Et le monde dont papa m'avait parlé, j'avais tellement envie d'y appartenir !
Alors… J'ai décidé que lorsque je sortirai, je retrouverai papa. Je voulais savoir pourquoi il nous avait abandonné, pourquoi il m'avait promis que nous pouvions partir d'ici alors qu'en réalité ce n'était…

Sa voix s'est éteinte.

- Je veux juste savoir pourquoi il m'a dit tout ça alors qu'il a finalement décidé de m'abandonner.

Elle ne dit plus rien pendant un moment, le regard perdu et affligé.

Le russe, de son côté, se sentie subitement gêné et attristé. Comment lui dire que cette personne n'était plus de ce monde depuis plusieurs années?