Inspiré de la chanson "Partir là-bas" du Disney la Petite Sirène
Mary a ressenti son gêne. Pour une raison inconnu, elle finit par en éprouver elle-même.
- Mary... Je ne vais pas te mentir. Si ton père n'est pas revenu après toutes ces années, c'est parce que... Parce qu'il ne peut tout simplement plus...
La petite fille fronce les sourcils, ne comprenant pas la signification de cette dernière phrase.
- Que veux-tu dire? Pourquoi papa ne pouvait pas venir me voir? Est-ce que... Est-ce que tu connaissais papa?
- Non! Non, ce n'est pas ce que je voulais dire... Ce que je veux dire c'est... Ton père...
Il se refusait à dire un mot trop fort mais les expressions imagées mettent Mary en déroute et ne font que ralentir l'inévitable.
- Mary... Ton père est mort.
- ... Mort?
- Oui.
- Qu'est-ce que « mort » veut dire?
Oh. Il ne s'attendait pas à cette réaction...
- Quand quelqu'un meurt...
Des images horribles teintées d'une lugubre couleur rouge lui viennent à l'esprit.
Non. Pas ce genre de mort.
- Quand quelqu'un meurt... C'est comme s'il dormait. Sauf que là, au lieu de se réveiller au petit matin, il reste endormi. Pour toujours, conclut-il la bouche sèche.
- C'est ce qui est arrivé à papa?
- Oui.
Il garde le "surement" pour lui. Ivan ne sait pas vraiment comment Guertena a pu mourir mais il se dit que Mary serait certainement plus tranquille si son père avait connu une mort paisible.
- Alors papa est mort... Se répète la petite fille pour elle-même.
D'un côté, elle se sent apaisée de savoir enfin pourquoi son père avait cessé de venir la voir... Et d'un autre côté elle continue à avoir de la rancœur à son égard. Une partie d'elle refuse de croire que c'est réellement une excuse suffisante. Elle sait pertinemment que c'est ridicule mais elle ne peut s'empêcher de lui en vouloir encore.
- Tu n'es pas trop triste? Lui demande alors son ami.
Triste? Non... Enfin, elle ne croit pas être triste. Peut-être un peu mélancolique... Mais pas triste.
- Non.
- C'est bien...
Mary voit un faible sourire sur les lèvres de Russie. Timidement, elle se rapproche de lui, l'enlaçant au niveau du torse.
Un peu surpris, il finit par lui rendre son étreinte tout en lui caressant les cheveux.
Sa chaleur corporelle a quelque chose de rassurant et d'apaisant. Elle pousse un petit grognement et se love d'avantage contre lui.
Être contre lui comme ça... Ça la rend un peu bizarre... Est ce qu'elle aurait envie de "dormir"? Hmm... C'est assez agréable... Très agréable même...
- Mary... Est-ce que je peux te poser quelques questions ?
Malgré qu'il a reproché à Natalia le fait de harceler la petite fille, il doit avouer qu'il est en réalité tout aussi curieux. Cependant, il en veut surtout à sa cadette de ne pas y aller avec beaucoup de douceur. C'est une petite fille! Pas un bagnard qui sort de prison!
- Hm-Hm, répond-t-elle en hochant la tête.
Bon, par où commencer? Il va essayer d'aller du plus général au plus précis...
- Est ce que tu peux m'expliquer qu'est-ce que la "Galerie"?
- La Galerie... C'est l'endroit où je vivais avant. C'est papa qui a créé cet endroit.
- Comment il s'y est pris pour... Créer la Galerie? Et est-ce que tu sais pourquoi il a fait ça?
- Je ne sais pas. Je pense juste que papa se sentais un peu seul alors il a créé ce monde. Mais je n'en suis pas sûre... S'il était vraiment seul, il n'avait qu'à aller voire des personnes dans le vrai monde, pas vrai?
- Oui, bien sûr...
- En tout cas, moi, je suis contente d'être ici... Je m'ennuyais tellement dans la Galerie... Il n'y avait jamais personne qui venait. J'avais toujours été toute seule jusqu'à maintenant...
- Il n'y avait vraiment personne d'autres...?
- Non. Enfin si... D'autres peintures et mes poupées... Mais il n'y avait personne qui me ressemblait vraiment. Il n'y avait jamais personne avec qui je pouvais parler du monde extérieur. Ça n'intéressait personne dans la Galerie... Ils trouvaient tous qu'ils étaient bien ici. Et puis je voulais avoir des amis. Pas des jouets ou des sœurs qui répèteraient sans cesse la même chose... " Tu n'as pas besoin d'aller dans le monde extérieurs, Mary! Tu nous as nous!" Qu'elles disaient... Je crois que personne là-bas n'a compris ce que je voulais vraiment. Je voulais juste rencontrer des tas de personnes différentes, jouer avec elle, être aimés par elles, aller dans pleins d'endroit différents et manger autre chose que des crayons et boire autre chose que l'eau des vases. C'est tout...
Russie est resté silencieux, attentif. Son récit... Il le trouve étrangement touchant, réveillant un sentiment doux-amer dans son cœur.
- Mon plus grand souhait, susurre-t-elle à moitié endormie, ça serait de voyager de par le monde et de me faire pleins d'amis... Est-ce que tu voudras bien m'y aider?
- O-oui bien sûr...
- Merci...
Il a sentie qu'elle a lentement glissé dans les bras de Morphée, sa respiration se fait plus lente et son étreinte se desserre. Gentiment, il l'allonge sur le lit. Les yeux ensommeillés de la petite fille s'entrouvrent un instant.
- Ne pars pas... Murmure-t-elle dans un souffle.
- Je suis là, répond-t-il.
Il hésite un moment mais il finit par lui caresser la joue avec le dos de la main.
- Ça te dérange si je te pose d'autres questions?
- Non, répond-t-elle en secouant la tête contre l'oreiller.
- Qui est Mimi?
- Mimi, c'est ma poupée, dit-elle comme si c'était une chose évidente.
- Et Mimi t'as aidé a trouvé comment sortir de... La Galerie?
- C'est ça.
- Comment elle a fait?
- Elle m'a montré des livres que papa avait laissé. C'était assez dur à lire, se souvient-elle, mais j'ai quand même réussit à trouver -et surtout à comprendre- ce que je devais faire. J'ai tout de même eu beaucoup de chance, je n'étais même pas sure que ça fonctionne... Et cela ne marche que sur les tableaux avec un titre.
- Je vois...
Tout ceci semble totalement irréaliste mais il est malgré tout prêt à la croire. Sa simple existence devrait le convaincre que les choses surnaturelles existent, non?
- Tu ne t'en vas pas, hein?
- Où est-ce que tu veux que j'aille?
- Je ne sais pas... Ailleurs. Parfois, tu t'absentais longtemps... Je me demandais toujours si tu finirais par revenir.
Il a une expression perplexe. Quand s'absentait-il? Ah! Pour les réunions, bien sûr, quel idiot. Plus les tâches quotidiennes... Oui, il faut l'avouer qu'il n'est pas souvent au domicile...
- Je ne pars pas, a-t-il doucement murmuré.
- Mmh… C'est bien…
Elle s'est blottie contre lui, un petit sourire apaisé sur son visage.
Russie est resté ainsi, la berçant affectueusement, jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
Quelque chose a alors frappé son esprit. Il sait maintenant pourquoi il se sent si proche d'elle.
- Alors ? Qu'est-ce que tu as appris ? Demande avidement Natalia.
- C'est un peu compliqué… Mais je crois avoir compris.
La seule explication qui lui vient à l'esprit est que ce tableau doit –devait ?- être une sorte de portail entre deux mondes : la « Galerie » -qui a été créée par Guertena- et le « vrai » monde.
Guertena… Quel genre d'homme pouvait-il être ? Etait-il réellement un peintre ? Le doute commence à s'installer dans son esprit… Mais il préféra garder cette réflexion pour lui-même.
Il enchaine sur Mary.
Une petite fille désespérée par l'attente d'un père qui ne reviendrait pas.
Une petite fille seule qui désirait sortir d'un monde dans lequel elle n'avait pas l'impression d'appartenir.
Une petite fille qui voulait apprendre à « vivre ».
Une petite fille qui voulait-être aimé. Avoir des amis.
Avoir des amis…
- Justement à propos d'elle… Je pense que tu lui fais trop confiance.
- Et toi tu es trop méfiante, réplique-t-il de manière plus acerbe qu'il ne l'a voulu.
- Mais grand-frère, imagine qu'elle ment ! Imagine qu'en réalité elle n'est pas une petite fille…
- Qu'est-ce que tu voudrais qu'elle soit alors ? S'agace-t-il.
- N'importe quoi. Un démon, un fantôme peu importe…
- Pourquoi tu t'invente tout ça ?
- Parce que je ne la crois pas !
Les deux se regardent. Natalia pousse un léger soupir d'exaspération. Elle adore son frère… Mais qu'est-ce qu'il peut être naïf ! Elle voudrait se frapper la tête contre un mur par moment… Comme cette « pseudo-alliance » avec Allemagne. Elle lui avait dit que ça se retournerait contre lui… ! Eh bien ça n'avait pas raté.
Mais il est inutile de remuer le passé à présent…
- Ecoutes, je pense faire venir les trois.
- Les trois… ?
- Tu sais très bien de qui je veux parler.
Si tu la crois autant que tu le dis, alors il ne devrait pas y avoir de problème. Si elle n'est ni un esprit, ni un démon ou quoique ce soit de nuisible… De toute façon je les ferais venir que tu sois d'accord ou non.
- Je te signale que c'est chez moi.
- Je te signale que tu es mon frère et que je ne me le pardonnerai pas s'il t'arrive quelque chose, dit-elle avant de se radoucir : je le fais pour toi.
Et puis de toute façon, qu'est-ce que tu veux en faire de cette môme, s'il se révèle qu'elle est humaine, hein ? Au mieux, pour elle, ça serait de l'envoyer dans un orphelinat…
Russie ne répondit rien mais il a un frisson de dégoût à cette idée.
Les orphelinats. Bien qu'il sache que des établissements respectables existent, il ne peut pas s'y résoudre à l'abandonner dans l'un d'entre eux. Ce n'était pas... Ce n'est pas une vie!
Ce n'est pas ce qu'il veut pour elle...
- Oui, je pense que c'est ma meilleure solution pour elle... La tuer serait inutile. C'est juste une enfant, même si elle parle personne ne la croira...
- Natalia!
- Quoi?
- Ne dis pas... Ne dis pas des choses pareilles.
- Je suis juste réaliste.
Il préfère de nouveau se murer dans le silence, fuyant du regard la jeune femme blonde.
- Qu'est-ce qu'il y a? Finit par soupirer Biélorussie.
Son interlocuteur la regarde à la fin de cette réplique. Dans ses yeux, elle croit revoir ce petit garçon, perdu dans le froid de l'hiver, couvert de blessures et de larmes, qui ne cessait de se demander pourquoi les autres le harcelaient ainsi.
- Grand-frère... Tu as pitié d'elle?
De la pitié? Non. Non, ce n'est pas ça qu'il éprouve pour elle... Non.
Plus de l'empathie. Il sait ce qu'elle ressent.
Le vide de l'absence de quelqu'un qu'on aime.
Le fait de ne pas se sentir à sa place.
Vouloir se sentir aimer.
Tout.
Bien que leurs passés ne soient pas comparable, les ressentis sont les mêmes.
Le silence et ce regard insistant déstabilisent profondément Natalia. Elle n'a pas l'habitude de le voir ainsi…
Et elle commence à craindre qu'il ne fasse une terrible erreur qui le détruise à jamais.
