Pyro : Du grec, désigne le feu.
Phobe : Du grec, signifie la crainte.
Pyrophobe : Personne ressentant une peur incontrôlable pour le feu. Ils peuvent craindre qu'un incendie se déclare dans leur domicile et/ou à l'endroit où ils se trouvent. Ils éprouvent une incapacité à utiliser des ustensiles tels les allumettes ou les briquets.
Mary s'est précipitée à l'opposé du feu, se recroquevillant en larmes, dans un coin sombre de la pièce.
- Mary, qu'est-ce qui se passe ? C'est juste un feu de cheminée, ça ne peut pas te faire … Commence Russie en s'approchant d'elle.
- Je n'ai rien fait de mal ! Je ne veux pas brûler ! Je ne veux pas devenir des cendres !
Les quatre magiciens se sont tendus. Ignorant le regard pesant de ses acolytes, l'homme s'est agenouillé près de la petite fille, toujours agitée par de lourds sanglots.
- Mary… Mary, tu n'as pas à avoir peur. Le feu est maîtrisé, tu n'as rien à craindre, répète-t-il calmement.
- Uhuhuuuuuh, gémit-elle en guise de réponse.
- Allons, allons… Ne pleure pas, tout va bien…
Mais il a beau faire tout ce qu'il peut, les cris et les pleurs de Mary ne cessent pas.
Derrière eux, les quatre passionnés de magie se sont échangés des regards. Puis, lentement, Vladimir a levé son bras et un nouveau craquement sec se fait entendre, anéantissant la flamme de la cheminée. Pour autant, Ivan a préféré faire sortir Mary dans la cuisine jusqu'à se qu'elle se calme. Il faudra pourtant attendre un long moment avant que ses cris cessent.
- Depuis combien quand as-tu aussi peur du feu ? Demande Ivan.
- Depuis toujours. Père a toujours dit que le feu était dangereux. Il peut nous transformer en cendres ! S'écrit-elle avec alarment.
Comme la plus part des choses… Ne peut s'empêcher de penser pour lui-même le russe tout en donnant un verre de jus d'orange à la petite fille.
Les yeux encore mouillées, elle fixe le verre d'un regard vague, avant de tremper ses lèvres dans le jus de fruits. La saveur sucrée lui redonne un peu d'aplomb. Elle s'essuie les yeux et boit d'une traite le verre.
- Alors, tout le monde craint le feu dans la Galerie ? Insiste-t-il malgré tout.
- Bien sûr ! Après tout, tout pourrais brûler dans la Galerie ! Même les statues sans tête en ont peur !
- Les statues… ?
- Oui. Ce sont des créations de mon père
- Et ce sont… Tes sœurs ?
Elle rit honnêtement, visiblement amusée d'imaginer avoir pour sœurs des statues.
- Non ! Les statues sont des statues, rien d'autres. Elles sont gentilles, mais pas très bavardes.
- En même temps, si elles n'ont pas de tête… Fait remarquer Russie.
- Oui, c'est vrai. Mais c'est peut-être dû aussi au fait qu'elles n'ont pas de personnalité… C'est leur titre après tout.
- Mais alors, tes sœurs…
- Mes sœurs sont les Lady. Il y a Lady in green, commence-t-elle à réciter, Lady in red, Lady in blue et Lady in Yellow!
- Tu as beaucoup de sœurs…
- Oui. Je dois en avoir (elle compte sur ses doigts un instant) plus de trois mains !
- … Quinze ? Demande Ivan, perplexe.
- Quinze ? Quinze ! Acquiesce-t-elle convaincue.
- Mais tu ne m'en a cité que quatre…
- C'est parce que il y a plusieurs Lady d'une même couleur. Mais sinon, elles sont toutes différentes les unes des autres bien sûr !
- Oui… Bien sûr.
C'est à ce moment que Lukas se permit d'entrer dans la cuisine. Il sent tout de suite une ambiance pesante qui lui fait clairement comprendre qu'il n'est pas le bienvenu. Mais il ne se laisse pas impressionner et annonce calmement :
- J'ai entendu votre discussion.
- Ce n'est pas très poli, fait aussitôt remarquer le russe en plissant des yeux.
- Ce n'en était pas mon intention. Cependant, le fait que vous abordiez le feu m'a intrigué. Si j'en crois ce qu'a dit Mary, cela prouve bien qu'elle n'est pas humaine…
- Je suis humaine.
- Peut-être qu'en passant dans ce monde, ton métabolisme s'est modifié. Mais, si je puis donner mon humble avis, j'en doute.
Elle lui lance un regard tendu, appréciant peu cette affirmation.
- Mais ce n'est pas impossible. Tout dépend la nature du portail… Mais ça va nous demander un peu de temps pour l'identifier.
Un moment de flottement s'en suit. Mary, toujours emmitouflée dans le gigantesque pull de son protecteur, a ramené les manches pendantes à sa bouche, comme pour se cacher ou se réchauffer. Le norvégien a poussé un petit soupir, craignant un peu la réaction future de ses deux interlocuteurs.
- J'aurais besoin de faire un prélèvement de sang sur Mary.
- Le sang, s'est ce qu'il y a dans le corps ? Interroge immédiatement Mary.
- Oui
- Alors j'en aie ! S'exclame-t-elle fièrement, avant je n'avais ni « froid » ni « chaud », mais maintenant je peux avoir froid ou chaud ! Et même les deux en même temps ! Comme par exemple là, j'ai chaud au ventre mais j'ai froid aux pieds ! Donc je suis humaine ! Déclare-t-elle fièrement.
- Je n'en doute pas un seul instant. Cependant, j'aurais besoin d'un peu de ton sang pour l'étudier.
La petite fille fait une moue interrogative, ne comprenant visiblement pas comment on pouvait « étudier » le sang.
- Pour faire simple, le sang, à l'aide de certains appareil, peut révéler certaines informations, notamment l'ADN qui permet d'identifier le physique d'une personne, résume brièvement Ivan.
- Oh ! D'accord.
Elle cligne des yeux rapidement, l'air hébétée.
- Et comment on fait pour prendre le sang ? On va m'ouvrir le ventre ?
- Quelle drôle d'idée. Non, je vais te faire une piqure.
- Ça fait mal ?
- Un petit peu.
- Alors je ne veux pas, déclare la petite fille en se rapprochant de la personnification russe.
Ce dernier l'accueille sur ses genoux et la laisse blottir sa tête contre son torse. Si ses mouvements sont doux envers Mary, le regard qu'il dirige vers Lukas est aussi dur que l'acier. Ravalant sa salive, Norvège s'est empressé d'ajouter :
- Ça fera un peu mal, mais je te promets que ça sera rapide.
- Je veux pas.
- S'il te plait, après, nous partirons juste après, dit-il dans le but d'au moins convaincre l'adulte.
- Je veux pas.
Ivan ne dit rien pendant un moment, se contentant de fixer le norvégien et de câliner Mary.
- Vous promettez de partir ensuite ?
- Oui.
Il garde le silence encore un instant.
- Je veux pas, répète une nouvelle fois Mary.
- Je sais. Mais je pense qu'il serait bon tout de même de faire ce test.
Il se penche vers elle et lui murmure d'un ton enjoué :
- Tu sais, j'ai déjà fait des piqures, et même si ce n'est pas très agréable, ce n'est pas ce qu'il y a de plus terrible. En tout cas, c'est moins horrible que de se faire brûler ou de s'ouvrir le ventre.
- Ça fait mal de s'ouvrir le ventre ?
- Bien sûr. Se blesser est rarement agréable…
- Oh.
Voyant qu'elle hésite encore, il lui dit encore :
- Je te donnerai des bonbons si tu acceptes.
- J'en aurai combien ?
- Tu verras.
- J'en veux au moins plus de un !
- C'est entendu.
- … Bon d'accord. Mais tu restes avec moi, hein ?
- Bien sûr.
La prise de sang a été rapide. Mary s'attendait à avoir mal, mais finalement elle n'a rien senti. Ça ne l'a pas empêché de serrer de toutes ses forces la grande main de Russie, comme si cela allait atténuer la douleur inexistante. Tout de suite après, on lui a posé un petit pansement, juste là où l'aiguille à transpercer sa chair. Et Russie lui a donné les bonbons qu'elle devait avoir en échange.
Elle en eut deux. Elle n'a rien dit, mais fit la moue et se promit de ne plus se faire ravoir aussi facilement.
Elle est aussi encore toute étonnée de voir ce liquide rouge dans la petite fiole. Du sang. Son sang. C'était déjà drôle de s'imaginer du liquide parcourant tout son corps, mais le contempler est encore plus sensationnelle. Elle a alors posé beaucoup de questions sur ce dernier : à quoi sert-il ? Pourquoi est-il rouge et pas vert ? Est-ce que tout le monde en a ?
Et à chaque fois, son ami essaie de répondre le plus justement et simplement possible pour ne pas l'embrouiller.
Puis, les trois adultes sont partis, comme prévu, emportant avec eux le tableau. Elle a un petit pincement au cœur : c'est fini. Elle ne rentrera plus « chez elle ». Elle ne reverra jamais ses sœurs.
Mais ce n'est pas grave ! Elle a tout un monde à découvrir, tout un tas de choses à découvrir ! Et tant que Russie sera là, il ne pourra rien lui arrivé ! Oh, elle a tellement hâte de rencontrer d'autres enfants de son âge !
Bon, pour l'instant, les seules personnes qu'elle rencontre sont des adultes, et ils ne sont pas toujours très sympathiques... Mais ce n'est qu'une question de temps avant de rencontrer ses futurs amis !
Il ne reste plus que Biélorussie, la sœur de Russie, ce dernier et elle. Elle ressent tout de suite le regard froid de la femme blonde pesé sur elle. Gênée, elle attrape un pli du pantalon d'Ivan.
- Uh, Mary, et si tu montais dans ta chambre un instant ? J'ai besoin de parler seul à seul avec ma sœur, incite alors ce dernier.
La petite fille lui aurait bien dit non. Mais sent qu'insister sera inutile. A pas lourds, elle quitte la pièce, laissant les deux adultes entre eux.
