« Crains ton père mais honore et aime ta mère" - Proverbe russe


Mary est aux anges. En plus d'être devenu son ami, Russie est maintenant sa maman !
Bon, elle doit bien l'admettre, le mot « maman » associé à Russie lui sonne plus qu'étrange. Surtout que dans tous ses livres, les mamans sont toutes des filles. Or Russie est un garçon, pas vrai ? C'est tellement… Bizarre.
Mais tant que cela ne le dérange pas…

- J'ai… Une maman, se dit-elle à elle-même.

La petite fille serre son oreiller contre elle, comme pour étouffer le rougissement qui lui monte jusqu'aux oreilles.

- J'ai une maman… Murmure-t-elle une nouvelle fois.

Elle reste ainsi pendant quelques secondes.
Et d'un seul coup, commence à rouler de droite à gauche du lit en piaillant :

- J'ai une maman ! J'ai une maman ! Youhou!

Mais elle a le malheur de rouler un peu trop sur le bord du lit, et il arrive ce qu'il doit arriver : elle s'écrase par terre dans un grand fracas.

- Ça va Mary ? Demande aussitôt Ivan de l'étage d'en dessous.
- O-oui ! Tout va bien ! Lui répond-t-elle en se redressant rapidement.

Russie a un petit soupir. Si elle pouvait éviter de se faire mal et de tout casser, ça l'arrangerai bien !

Pendant que les pâtes cuisent, il réfléchit à la journée de demain. Il est évident que dans tous les cas de figures, il va devoir améliorer le confort de Mary. Il va falloir dédier tout le lendemain à acheter des vêtements de rechanges, des chaussures, peut-être même des jouets –il devait bien rester quelques puzzles et jeux en bois qu'il avait acheté à Moldavie, mais ils commencent à être un peu vieux… Et plus important encore : l'obligation de se procurer ses papiers. Particulièrement le passeport, qui jouera un rôle important pour les jours à avenir… Et il devrait se débrouiller pour le certificat de naissance.

Le cri du minuteur réveille le nouveau parent qui s'empresse d'éteindre la gazinière. La table est déjà prête, et la viande est juste bonne à manger.
Il appelle alors l'enfant, qui accourt presque aussitôt.

- Ne court pas si vite, tu me fais peur… Ce n'est pas comme si le repas allait disparaître !
- Mais j'ai faiiim ! Gémit-elle.
- Allons, ça arrive calme toi…

Il la sert et ils commencent à manger. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Mary, au lieu d'utiliser ses couverts, empoigne à pleines mains les petites coquillettes pour les enfourner dans sa bouche, en mettant partout sur la table et même en en renversant sur elle. Remarquant celles-ci, elle chasse les malheureuses pâtes loin de sa robe, les faisant tomber à terre.

Vient le moment où elle termine ces dernières. Elle attrape alors la viande, et commence à la manger avec tant de vivacité que cela en devient effrayant. Le jus suinte du bout de chair, tâchant la nappe et la robe verte de la petite fille. Ayant fini le bœuf, elle se lèche les doigts mais il est bien trop tard et elle ne fait que se barbouiller d'avantage le visage de sauce.

Ivan a regardé ce triste spectacle sans un mot, complétement médusé. Il est vrai qu'elle n'avait jamais manger auparavant sans nécessiter d'utiliser les couverts, mais naïvement il pensait que cela aurait été instinctif pour elle !

Mary remarque alors le regard ébahi de son tuteur.

- Ai-je fais quelque chose de mal ? Interroge-t-elle en s'essuyant les mains et la bouche sur la nappe blanche.

Ce dernier tente de dire quelque chose mais il est tellement choqué que seul un gargouillant ressemblant vaguement à un « euh » parvient à s'échapper de sa gorge. Puis lentement, il se passe les mains sur le visage, comme s'il essayait d'enlever une substance poisseuse avant de dire lentement :

- J'imagine que c'est de ma faute… Mais il va falloir que je t'explique certaines choses… Notamment de ce qu'on va attendre de toi en… « Société »…


Mary n'arrive pas bien à comprendre en quoi manger avec des couverts est « utile ». Il est tellement plus facile de manger avec les doigts ! De même elle ne comprend pas pourquoi il ne faut pas s'essuyer les mains sur ses vêtements ou sur la nappe, alors que cela semble tout naturel. Mais comme elle n'a pas envie de s'embrouiller avec sa nouvelle maman, elle a dit oui à tout, qu'elle ferait attention à ne pas recommencer.

Mais en toute honnêteté, elle ne sait pas si elle fera vraiment des efforts là-dessus.

Russie lui a ensuite dit qu'ils vont aller en ville pour acheter des vêtements et faire ses papiers demain. Elle a tellement hâte ! Aller dans une ville ! AVEC DES HUMAINS DEDANS ! Oh, elle veut déjà être au lendemain et explorer ce nouvel endroit !

Ce soir, elle a pris son premier bain. Elle a été toute surprise de voir qu'on pouvait enlever sa robe ! Il lui avait toujours parut normal de ne pas retirer ces vêtements ! Mais bon, elle doit avouer qu'elle a froid sans eux. Et le bain a été très amusant ! Par contre elle a eu peur quand elle a vu que ses doigts étaient devenus tout fripés ! Heureusement, sa maman l'a rassuré en lui affirmant que ça partirait tout seul. Et il avait raison, bien sûr. C'est un adulte après tout, il a forcément raison.

Par contre elle a le sentiment qu'il l'a disputé pour avoir mis de l'eau partout. Il lui a expliqué que pour cette fois, elle n'aura pas à nettoyer la salle de bain mais la prochaine fois elle devra le faire toute seule, car il « n'a pas que ça à faire après tout ». Elle a bredouillé un petit « oui », intimidée. Mais Russie a eu un sourire doux, lui a frotté la tête et elle s'est sentie mieux.

Et comme elle n'a pas encore de pyjama, il lui a donné un de ses t-shirt. Cela lui fait comme une petite robe blanche, qui couvre juste ce qu'il faut.

- A propos, dorénavant tu ne devras plus que t'exprimer en russe, lui lance-t-il l'air de rien.
- Pourquoi ?
- La majorité des gens ici ne parle pas du tout le japonais… Ça serait donc mieux si tu veux te faire comprendre. Et puis, ça me ferais vraiment plaisir que tu le fasse !

Elle ne répondit pas tout de suite. Cette nouvelle la déstabilise. Elle fait une moue désapprobatrice pendant un temps mais elle finit par demander :

- Pourquoi tout le monde ne parlent pas la même langue ?
- C'est une bonne question. Plusieurs personnes ont essayé avant toi de répondre à ceci. Une des hypothèses la plus répandu est qu'il existait une langue originelle qui se serait perdu avec le temps et la distance des différents peuples. Il y aussi des explications surnaturelles, comme quoi une entité supérieur appelé « Dieu » aurait créé différentes langues pour punir les Hommes de leur hubris.
- L'huquoi ?
- C'est le fait d'être orgueilleux au point de se croire supérieur à un dieu –autrement dit une entité surnaturelle.

Elle reste un moment silencieuse, paraissant en pleine réflexion.

- Que font les « dieux » ?
- Tout dépend ce à quoi tu crois. On appelle ça une « religion ». Certaines religions croient en l'existence de plusieurs dieux et ont donc une fonction particulière, par exemple Déméter dans la religion de la Grèce Antique devaient s'occuper de la moisson…
- Attend, comment ça « croient » ? On en est pas sûr ?
- C'est toujours un peu difficile d'affirmer quelque chose aussi fermement que la foi… Le monde scientifique aime démontrer que dans des phénomènes qu'on disait il y a quelques dizaines d'années « magiques » sont en fait le fruit de choses parfaitement rationnelles. Pour revenir à la Grèce Antique, on pensait que Zeus, le dieu du tonnerre, faisait apparaître des éclairs où bon il lui semblait. Mais maintenant, on a réussi à démontrer que c'était une question de pression… Hum, c'est peut-être encore un peu compliqué pour toi, mais pour faire court, on a réussi à en créer artificiellement et on peut même prévoir où la foudre va tomber !

Mary hoche la tête mais si son tuteur lui avait demandé de répéter, elle pense qu'elle en sera incapable. Pourquoi tout le monde ne pouvait pas avoir la même « religion » ? Ou ne pas en avoir si cela n'existe pas ? Les humains s'avèrent bien plus étrange qu'elle ne l'avait imaginé…

Elle baille et l'adulte en conclut qu'il est l'heure d'aller se coucher.


C'est le soleil de début de matinée, qui en montrant timidement ses rayons, réveille Mary. Le ciel montre son plus beau bleu et Mary reste un moment à contempler ce dernier depuis son lit. Mais la promesse de découvertes plus grandes et la faim la poussent à quitter sa chambre.

- Tu as mis du temps à te lever, lui dit son tuteur quand elle franchit le pas de la cuisine.
- Euh, vraiment ?
- Il est plus de huit heures.

Elle ne sait pas si elle est censée présenter des excuses ou non alors elle ne dit rien, et reste là, bras ballant, attendant que quelque chose se passe.

- Ne reste pas là. Va manger : c'est prêt.

Mary ne se fait pas prier et engloutie tout ce qui a le malheur de ressembler de prêt ou de loin à de la nourriture. Une fois son repas dévoré, elle remarque que Russie regarde la fenêtre, visiblement joyeux à l'idée de quelque chose.

- Il fait très beau aujourd'hui. C'est bon signe. (Il se retourne vers elle) tu as terminé ?
- Oui !
- Bon. Va te changer, on va partir.


La petite fille a alors fait connaissance avec l'une des choses les plus étranges et remarquables qu'il soit : la voiture. Quand son tuteur lui a dit qu'ils vont se déplacer dedans, Mary ne l'a pas cru et pensait qu'il plaisantait. Et lorsque la voiture a démarré et a commencé à avancer, elle a eu très peur et a même pleuré un peu.

Après qu'elle se soit calmée, sa maman a conduit. Pendant ce temps, Mary regarde passer le paysage. C'est assez désolé, quelques arbres nus jonchent le long de la route et la route semble se répéter à l'infini. De temps en temps, une autre voiture passe mais elles sont généralement trop rapides pour que l'enfant puisse apercevoir les conducteurs, lui donnant l'impression que les automobiles avancent par elles-mêmes.

- Uh, Mary ? Lance Ivan sans quitter des yeux la route.
- Oui ?
- Quand est-ce qu'est ton anniversaire ?
- Mon… Anniversaire ?

Elle reste un moment muette, perturbée.

- Père ne m'a jamais dit quand était mon anniversaire.
- C'est ennuyeux.
- Pourquoi ?
- Pour faire ta carte d'identité je vais en avoir besoin.
- Est-ce que c'est si important ?
- Oui.

Ils demeurent silencieux. Mary réfléchit rapidement :

- On pourrait en inventer une !
- Je ne pense pas que l'on est trop le choix, sourit amèrement ce dernier, mais quelle date choisir ?
- Le jour où nous nous sommes rencontrés réplique aussitôt Mary d'un air décidé.
- … Le jour où j'ai pris le tableau ou le jour où tu es sortie ?
- Le jour où je suis sortie du tableau.

Il jette un rapide coup d'œil à la date affichée sur l'indicateur de la voiture.
27 octobre. Son anniversaire sera alors le 26.

- Et tu préférerais avoir quel âge ?
- Dix ans ! Parce que c'est un nombre à deux chiffres !
- Et ça te donne l'impression d'être une grande, c'est ça ?
- Oui !

Il rit un peu puis il lui conseille plus tristement :

- Ne sois pas trop pressée de grandir.

La route continue de s'étendre. Il semble à l'adulte que Mary s'est endormit contre la vitre un moment.


Il se gare directement sur le parking de la mairie. Il a déjà prévenu de leur arrivé la veille et est plutôt serein. Mary, elle, semble plus tendue. Il tente de la rassuré un peu mais Ivan n'a pas l'impression que cela est grand effet. Mais ils ne peuvent pas faire demi-tour maintenant.

Ils entrent, montent les escaliers et prennent place sur des sièges en bois, attendant leur tour. Comme ils couinent, cela distraie la petite fille qui s'amuse à provoquer la plainte aiguë du bois mais cela devient rapidement pénible et il lui fait savoir. Ils croisent quelques adultes et la petite fille, toute intimidée, sent le sang monter à sa tête et trouve un soudain intérêt dans ses chaussures.

- Braginsky, tonne une voix sèche.

L'enfant et l'adulte se lèvent et avancent vers une porte.

A l'intérieur, tout un matériel de photo est là. Mary remarque les vitres qui permettent de communiquer avec les autres personnes attendant dans le couloir. Deux autres personnes, de dos, conseillent et parlent avec des inconnus derrière celle-ci.

Un homme d'âge mur, avec des lunettes qui lui donnent des petits yeux noirs, s'est avancé vers eux.

- C'est pour la petite c'est ça ?
- Oui.
- Et il y a tout à faire ?
- Oui.

Il grommelle un peu. Mary serre la main de sa mère qui lui répondit en caressant ses doigts.

L'homme demande à la petite fille de venir, toujours avec une certaine hargne dans sa voix.
On la mesure, on la pèse, on prend ses empreintes digitales, on la prend en photo (plusieurs fois, parce qu'elle voulait sourire sur la photo) toujours en lui mettant la pression : « Dépêche-toi ! » « Plus vite ! » « On a pas que ça à faire ! ».

Quand tout se termine, elle se sent soulager d'un grand poids et se blottie contre son tuteur.

- Vous savez que tout ceci est légal ? Murmure la nation à l'homme, vous n'aurez pas de problème avec la justice
- Oui, oui, répond-t-il mais il reste toujours aussi pincé.

Il finit par leur tendre un petit livret et une carte bleue avec des inscriptions que Mary ne comprend pas.

- Voilà. Disparaissez maintenant.

C'est ce qu'ils font.

- Cet homme était méchant, déclare Mary une fois à l'extérieur du batiment.
- Non, il ne l'est pas. Il est sur les nerfs car il a l'impression de faire des faux papiers et il a peur de perdre sa place, voir pire… C'est compréhensible.

Non, ça ne l'est pas aux yeux de Mary. Il a été méchant avec elle, et c'est tout. Ce n'était pas en lui criant dessus que ses problèmes allaient se résoudre.

Ils sont retournés à la voiture et ont bougé pour s'approcher un peu plus du centre-ville et des boutiques. Au début, Mary a trouvé amusant d'essayer différent vêtements mais au bout de deux heures d'essayage, elle a commencé à en avoir assez et n'a pas cessé de se plaindre au grand désespoir d'Ivan. Ils réussirent tout de même à acheter suffisamment de vêtements pour l'hiver, qui ne tarderait pas, et une paire de botte. Le temps de ramener tout ceci à la voiture, il est déjà midi.

Ivan a d'abord pensé à aller dans un restaurant auquel il est un habitué mais après l'épisode d'hier soir, il opte pour un petit fast-food.

Il y a déjà un peu de monde, mais il leur reste une place à côté de la fenêtre. Dehors, des personnes fument tout en buvant de l'alcool. Russie peut les comprendre : ce beau ciel anachronique dans ce mois d'octobre ne peut qu'être éphémère, autant en profiter.

Un serveur leur donne les cartes. Le russe n'est pas très friand de ce genre de nourritures, mais cela ne veut pas dire qu'il les boycotte pour autant.

- Quelque chose ne va pas Mary ?
- Non… Enfin si… Je comprends rien de ce qu'il y a écrit…
- Tu ne sais pas lire le cyrillique ? Il faudra qu'on remédie à ça ensemble… Bon, viens près de moi, je vais te lire ce qu'il y a.

Elle se colle contre lui, écoute se qu'il dit et regard attentivement où se place son doigt. Mais même maintenant qu'elle sait ce qu'il y a, elle ne sait toujours pas quoi prendre. Tout à l'air délicieux !
De dépit, elle pose sa tête sur la table, l'air abattu.

- Ne fait pas cette tête ! On a qu'à prendre la même chose !
- D'accord.

Quand le serveur revient prendre la commande, l'adulte réprime l'envie de demander de la vodka. Pas avec la voiture -et qui plus est avec une enfant à l'intérieur. A la place, il a pris une carafe d'eau et deux limonades.
Le temps passe. Mary demande à avoir son passeport. Elle le regarde. Puis, en poussant un soupir bruyant, déclare une nouvelle fois qu'elle ne comprend rien. Une nouvelle fois, son tuteur lui lit les indications :

- … Là, il y a ton nom « Mary Ivanovna Braginska »
- Mais mon nom est juste Mary Guertena ! Je ne comprends pas…
- Etant donné que je suis dorénavant ton parent légal devant la loi, il faut que tu prennes mon nom. C'est comme ça.
- Oh.

Elle tourne les pages quelques instants avant de demander ce qu'il y a écrit ensuite.

Quelque part, Russie lui en ait reconnaissant de ne pas poser trop de question. Il aurait été ennuyé de lui expliquer la raison pour laquelle il préfère lui donner son patronyme que celui de son « véritable » père. Car il sait très bien que cette explication est née d'un désir capricieux, qu'il ne pourra faire taire qu'une fois qu'il l'aura vaincu. Mais il y arrivera-t-il ? En avait-il seulement la volonté de s'y opposer ?

A-t-il vraiment envie d'accepter qu'il doit "partager" Mary avec un père fantôme?


Alors oui, en Russie on a le prénom, le patronyme et le nom de famille, et ça se retrouve dans plusieurs documents officiels. C'est dû au fait qu'on disait "X fils/fille de Y" avant, et le nom de famille est arrivé ensuite.
Si j'ai bien compris.
Et pour l'anecdote, on appelera pas quelqu'un "Monsieur/madame Z", on l'appelera par son patronyme + prénom si l'on veut se montrer respectueux.

En toute honneteté, je n'aurais jamais imaginé devoir faire autant de recherche pour ce chapitre, et peut-être que certaines choses sont fausses, prenez donc ceci avec des pincettes. Si vous êtes plus aux faits, je vous remercie d'avance de me corriger si c'est faux :3
Je vous passe la galère que j'ai eu à rechercher le patronyme de Mary -et s'il fallait ou non féminiser le nom de famille parce qu'en plus, ça aussi ça varie! Ahahaha ! *part pleurer*

J'espère que ce chapitre vous aura plu quand même !