Balsamine: fleur de couleur rose. En language des fleurs, signifie "impatience".
En anglais, peut se désigner comme "touch-me-not" ("ne me touche pas")


- Allo ?

Sa voix féminine est douce, hésitante.

- Est-ce que… Est-ce que tu es Mary ? Reprend celle-ci.
- Oui ! Je m'appelle Mary ! Répond la petite fille joyeusement.
- Oh !

Elle se tait pendant un instant.

- A l'eau ? Demande-t-elle inquiète de ne plus rien entendre.
- Oh, je suis désolée ! Je suis… Je suis juste si heureuse de t'entendre ! Tu as une voix adorable !
- Merci ! J'aime bien ta voix aussi !

Elle entend la femme rire de l'autre côté du téléphone.

- Maman m'a expliqué comment fonctionnait les téléphones… Mais je trouve ça très bizarre. En plus, il y a des bruits étranges ! Ça fait un peu mal aux oreilles !
- Ton téléphone doit-être un peu vieux. Ça ne m'étonne pas beaucoup de Russie… Il garde toujours les vieilles choses, soupire-t-elle gentiment.

Elles ont discuté sur beaucoup de choses. Ce qu'elles feront demain. Ce que Mary aime. Ce qu'elle n'aime pas aussi. Si sa maman va bien, s'il est gentil avec elle.

La petite fille remarque tout de même que sa deuxième tante ne lui pose aucune question sur son père. Mais elle ne fait pas de commentaire dessus.

Quand la petite fille repose le téléphone, elle décide qu'elle aime beaucoup sa nouvelle tante et est très excitée à l'idée de la rencontrer physiquement.

- Je suis content que tu l'apprécies. C'est quelqu'un de très gentil… Mais je regrette parfois qu'elle soit aussi… Faible.
- Ah bon ?

Mais l'enfant semble plus ne pas comprendre le sens du mot « faible » que le pourquoi l'adjectif lui est attribué.

Ce genre de chose doit surement la dépasser, sourit-il en lui caressant la tête.

Ils ont ensuite mangé, le tuteur a disputé Mary pour ne pas faire d'effort pour tenir ses couverts mais il a tout de même bien voulu lui lire le livre illustré d'Hansel et Grëtel. Elle s'est endormie avant la fin.


Ils sont partis très tôt. Mary en a été par conséquent de très mauvaise humeur le temps où elle ne dormait pas, ce qui est tout aussi pénible pour le conducteur. Mais heureusement, elle a plus dormit qu'elle ne s'est plaint.

Ils sont finalement arrivés dans un tout petit village de campagne. Ils ont cherché un café, ont pris un place et ont commencé à attendre. Une nouvelle fois, Mary montre son impatience, ne cessant de demander toutes les cinq minutes quand sa tante arrivera. Ivan fait de son mieux pour contenir son énergie, mais celle-ci se met à bouder ou à sautiller sur sa chaise.

Il ne sait pas s'il aurait contenu son agacement plus longtemps –surtout que le regard des autres clients lui annonçait clairement qu'il n'était pas le seul à être irrité- mais l'intéressée finit par passer la porte de la buvette.

- Pardon du retard ! J'ai eu des problèmes sur la route…
- L'important est que tu sois là, répond son frère en se poussant pour lui faire une place.

Elle s'assit à côté de lui. La femme a donné un petit sourire à Mary et lui a lancé un « bonjour » amical.

- Bonjour, glapit la petite fille.
- Oh, tu n'as pas besoin de te montrer si timide ! Tu étais beaucoup plus bavarde au téléphone hier !

La petite blonde a regardé ailleurs, les joues presque entièrement rouges.

- Elle est facilement impressionnée, mais une fois qu'elle se sera habituée, ça ira mieux.
- Je vois… Tiens au fait, je t'ai acheté ça, j'espère que ça te plaira !

Elle lui tendit un irrésistible petit ours beige qu'on avait envie de caresser au premier coup d'œil. Mary tendit les bras pour le prendre et une fois en main le berça.

- Il te plait ? Demande sa tante.
- Oui. Il a un nom ?
- Humm, mon petit doigt m'a dit qu'il s'appelait Momo.
- Momo… D'accord.

Elle a commencé à discuter avec l'ourson. Après avoir bu un peu, ils sont sortis. Les deux filles parlent entre elles, la réserve de Mary ayant disparu une bonne fois pour toute. Ivan, pour sa part, ne dit rien, se sentant un peu exclu de leur discussion. Et puis, peut-être que sa sœur lui en voudrait de ne pas profiter assez de sa nièce… Mais ça ne l'empêche pas d'éprouver une certaine jalousie et un sentiment de trahison.

Le petit groupe s'est dirigé dans une forêt. Mary cours devant, s'amusant à soulever des tas de feuille avec ses bottes. Puis elle prend un gros amas avant de le jeter en l'air.

- Ne va pas trop loin, d'accord ? Prévient le russe à l'intention de la petite fille.
- Oui !

Elle fonce droit devant elle, gambadant joyeusement.

- Elle est adorable, souffle doucement Sofia.

Son petit frère ne sait pas quoi lui répondre. Son ton est si triste…

Elle se tourne légèrement vers lui. Une certaine mélancolie s'émane d'elle.

- Natalia ne m'avait rien dit à son sujet. J'ai dû lui demander des explications…

Au loin, Mary s'amuse toute seule, ne remarquant pas la conversation des deux adultes.

- Je n'aurais jamais imaginé que ce soit si… Hors-norme.

La petite fille s'est arrêtée de jeter des feuilles et a trouvé quelque chose à observer sur le sol.

- Elle est tellement innocente… Je t'en prie Ivan, ne fais pas n'importe quoi.

Sa sœur aînée le regard, stoppant sa marche, se positionnant bien face à lui. Il fait de même. Mary commence à revenir vers eux.

- Je te le jure, je ne lui ferais jamais de mal.
- A combien de personnes as-tu affirmé cela ? Réplique calmement la représentation de l'Ukraine.

Elle n'a pas dit cela sur un ton provocateur. Pourtant, Russie s'est senti piqué au vif et il détourne son regard d'elle.

- Hé ! S'écrie la petite blonde, regardez ce que j'ai trouvééé !

Les deux adultes se sont tournés vers elle, laissant de côté leur échange stérile.
Mary leur montre très fièrement une chose absolument, incroyablement, extraordinairement insolite…

- C'est un très beau bâton que tu as là Mary, sourit gentiment sa tante, mais comme tu as pu le remarquer, il y en a plein ici…
- Oui, mais celui-là, il a encore une feuille dessus ! Réplique-t-elle toujours très enthousiaste.
- Uh, oui, c'est vrai…
- Et en plus, il y a un insecte ! Juste... Là!

Ils se sont penchés pour mieux regarder. Effectivement, une petite coccinelle se promène tranquillement le long de la branche, sans se douter le moins du monde qu'elle est observée.

Sofia se permit d'expliquer de quoi il s'agit avant de lui conseiller de laisser la petite bête tranquille. Mary a hoché la tête, un peu déçue de ne pas pouvoir la garder malgré tout. L'enfant se souvient qu'il y en avait une dans la Galerie, mais celle-là ne se promenait pas. D'ailleurs, elle doute que la petite bête de peinture ait un jour bougé la moindre patte...


Le temps passe beaucoup plus vite que prévu. Il est déjà temps de rentrer. La petite fille a donné un dessin au crayon de couleur à sa tante –censé être un autoportrait afin que le nouveau membre de sa famille ne l'oublit pas. C'est encore un dessin précaire et brouillon, mais cela n'empêche pas l'ukrainienne d'en être enchantée par cette délicate attention. Elle lui a donné un baiser d'au revoir et la petite est montée dans la voiture.

Ivan est resté debout, piétinant un peu des pieds, le regard fixé sur le sol. Finalement, il lève les yeux vers sa sœur. Il s'apprête à la saluer quand celle-ci l'enlace dans une étreinte douce-amère.

Le jeune homme ne réagit pas tout de suite avant de finalement de faire de même, un peu plus timidement.

- N'oublie pas ce que je t'ai dit, murmure-t-elle en se détachant de lui.

Elle lui caresse gentiment la joue avant de faire demi-tour, s'en éloignant lentement mais surement d'eux. Ivan reste debout, les yeux et l'esprit dans le vide.

- On part plus ? Interroge la petite fille par la fenêtre ouverte.
- Ah ! Pardon Mary! On y va maintenant.