Lost in thoughts all alone est la chanson phare du jeu Fire Emblem fate.
Lost in thoughts all alone peut se traduire littéralement par "perdu seul dans les pensées" La traduction de Raku est celle qui m'a inspiré pour ce chapitre.
Figée. Paralysée. Comme frappée par la foudre. Et cette petite phrase, vicieuse, retentit dans sa tête, comme pour se moquer d'elle et de sa pitoyable condition.
Elle n'est pas humaine.
Ces mots martèlent son cœur, la poignardent sauvagement, détruisent son futur, ses espoirs. Son monde s'écroule sur lui-même, trop fragile, trop naïf, trop éphémère.
Elle n'est pas humaine.
Dans quel genre d'avenir doit-elle se diriger à présent?
Elle n'est pas humaine.
Et si quelqu'un l'apprenait? Et si tout le monde la rejetait? Si on la haïssait pour sa nature?
Elle n'est pas humaine.
Elle a envie de vomir.
Elle n'est pas humaine.
Mais son corps semble ne plus correspondre avec elle.
Elle n'est pas humaine.
Elle est juste un monstre. Une "chose" qui n'a pas sa place dans ce monde-là.
Elle n'est pas humaine.
Est-ce cela la véritable signification de la Galerie? "Deux humains rentrent, deux humains sortent"? C'est pour ça que tout avait été aussi simple?
- Mary? Mary, est-ce que ça va?
Il s'attendait à ce que la nouvelle ne lui fasse pas plaisir, mais il ne pensait pas qu'elle réagirait ainsi. Ses yeux sont vacants, rivés vers le sol, la tête baissée et le corps raide.
Ivan lui tapote un peu l'épaule, dans l'espoir de la faire sortir de sa torpeur. La petite blonde lève la tête dans sa direction, mais son regard, pourtant dirigé vers lui, ne semble pas le prendre en considération.
Et puis, subitement, un rictus tordu déchire le visage de l'enfant.
- Ahaha...
Il s'est légèrement reculé, un peu surpris.
- AHAHAHAHA! Mais ouiiiii je vais très bien! Tout va très biiiiiien! Je suis Mary! Ma-ma-mary! Ahaha!
A cette tirade, elle s'est élancée vers sa chambre à l'étage, et une fois à l'intérieur, claque violemment la porte. Prudemment, l'adulte la suivit.
En quelques secondes, la chambre a été mise sens dessus-dessous. Mary s'excite comme un diable, arrachant les rideaux, jetant ses draps, balançant sa chaise à l'autre bout de la pièce tout en hurlant telle une démente. Les jouets n'ont pas été épargnés non plus, gisant à terre comme des cadavres. Il y en a même une peluche qui ne possède plus de tête.
Au début, il ne fait rien. Cette scène réveille en lui une réminiscence amère, à quelques détails près. Et puis, comme cette folie ne se résorbe pas d'elle-même, il va à elle, l'enlace avec force, jusqu'à l'empêcher de se mouvoir.
Elle braille encore plus, se débat, donne des coups, mord, griffe, mais il ne la lâche pas. Il sent que du sang coule un peu le long de son oreille, mais il ne la lâche pas.
Et ça dure, dure, pendant au moins dix minutes qui lui parait une éternité.
Mais il ne veut pas l'abandonner. Il ne veut pas abandonner.
Alors, ses cris se sont transformés en pleurs, ses coups ont cessé, elle a serré son grand corps, et elle a commencé à la supplier de lui pardonner, qu'elle est désolée et qu'elle ne recommencera plus. Elle tremble, agitée par des soubresauts causés par ses sanglots.
- C'est fini, murmure-t-il, tout va bien, c'est fini...
- Pardon, pardon, je suis désolée, je voulais pas, je sais pas ce qu'il m'a pris, pardon, pardon!
- Je ne t'en veux pas, c'est terminé, là...
Ivan se sent amer, impuissant. Il a peur aussi. Ils se ressemblent trop. Il a peur qu'elle suive le même destin que lui. Un destin solitaire, sanglant, ne lui laissant que des regrets écœurants dans son âme. Et en même temps, il a peur de ne pas comprendre ses ténèbres, de ne pas pouvoir lui venir en aide avant qu'il ne soit trop tard.
Car il n'est pas trop tard.
Il en est sûr.
Ils ont essayé de faire comme si de rien n'était. Ivan aide sa fille à ranger sa chambre du mieux qu'ils peuvent avant de retourner à ses occupations. Il n'a pas besoin de s'occuper de sa blessure, déjà plus qu'un souvenir. C'est une des rares bénédictions que lui apporte le fardeau d'être une nation : tant que sa population ne souffre pas, il ne souffre pas – ou peu- non plus.
Un étrange silence tombe sur la maison. On entend le vent qui souffle dehors.
C'est la première fois que tout est aussi calme depuis la venue de Mary. Elle fait toujours beaucoup de bruits, d'habitude. Peut-être que certains trouveraient cela gênant, mais pas lui. Ça ne le dérange pas. Quand il y a un calme aussi lourd que celui-ci, Ivan est comme légèrement mal à l'aise. C'est comme-ci tout était mort. Alors que, quand sa petite parle à ses jouets ou s'invente des histoires, il se souvient qu'il y a encore de la vie, de l'espoir.
Mais aujourd'hui, il n'entend rien d'autre que le vent froid de ce début d'hiver, qui tente de s'infiltrer par la fenêtre…
On soupe. Ils ne s'échangent que des brides de mots, voulant à tout prix oublier ce qu'il s'est passé. Mary touche à peine à son assiette. L'adulte ne s'en rend pas compte, mais il fait pareil.
- Je ne veux pas retourner au centre aéré.
Il la regarde, choqué.
- Pourquoi ? Je croyais que t'y plaisais bien. Et puis, si tu n'y retournes plus, tu ne verras plus tes amis, tu sais ?
L'enfant évite son regard. Elle préfère faire tourner sa fourchette dans sa main que de répondre.
- C'est à cause de ce que je t'ai dit tout à l'heure ? Ecoute, personne ne le sait et ne le saura jamais. Ce secret n'est connu que de nous. Il n'y a pas de raison qu'il soit divulguer. En plus, ce n'est pas quelque chose que l'on peut intuitionner facilement.
Elle se tait.
- Mary, écoute, si je te laisse ici, tu vas t'ennuyer. Tu seras toute seule toute la journée, je rentrerai toujours très tard, et tu ne pourras pas rencontrer d'autres personnes.
Elle le regarde. Ses yeux sont vides. Elle entrouvre la bouche avant de la refermer mollement. Après avoir fixée son assiette pendant un long moment, elle murmure :
- Est-ce que je peux sortir de table ?
Il hésite avant d'hocher la tête. Mary s'en va, sans demander son reste.
Mécaniquement, Ivan fait la vaisselle, avant de retourner dans sa chambre pour travailler.
Le vent agite les arbres…
