Chapitre 2 : Sortie en ville
Ce matin, ce fut non pas le cauchemar habituel mais la sonnerie du téléphone qui me réveilla Lynda m'appelait pour me proposer une sortie en ville dans l'après-midi. J'acceptai, n'ayant pas envie de rester chez moi car je venais de me quereller avec ma sœur. Nous nous retrouvâmes en milieu de journée à l'arrêt de bus. Une fois arrivés en ville, nous avions fait le tour des magasins Lynda pour s'acheter un disque de son chanteur préféré, et moi pour acheter un livre que j'avais vu Michael lire, et qui m'avait paru passionnant : « Légendes Quileutes »… Que je ne trouvai nulle part. Finalement, j'avais opté pour un livre sur les légendes de créatures fantastiques : dragons, licornes, loups-garous… Puis nous étions allées prendre le bus pour revenir chez nous. Sur le trajet du retour, je vis devant une librairie la une d'un journal : « Disparitions inexpliquées dans la région » je n'eus pas le temps de lire plus, le car avait déjà dépassé l'affiche.
Quand le bus s'arrêta, Lynda me dit au revoir et refusa ma proposition de rester avec elle jusqu'à-ce que son car arrive.
Je m'attardai sur le chemin de la maison, malgré qu'il fasse presque nuit. J'étais à quelques rues de ma maison lorsque j'aperçus une ombre devant moi, à une vingtaine de mètres repensant à mon rêve, je commençai à m'inquiéter, mais continuai mon chemin, un peu plus vite toutefois. Je venais de dépasser l'endroit où j'avais vu l'ombre quand une silhouette sembla soudainement se matérialiser, juste à côté de moi. Effrayée, je commençais à reculer; mais l'ombre me dit de ne pas prendre peur et se mit sous la lumière d'un lampadaire pour que je la voie, et je la reconnus. C'était la grande sœur de Michael, Gabrielle, que j'avais aperçue dans le bus l'autre jour. Je lui demandai :
« - Vous habitez dans ce lotissement, toi et ta famille?
Non, me répondit-elle simplement.
Alors… Pourquoi es-tu ici ? demandai-je en la fixant.
Un moment, j'eus la sensation étrange que ses yeux, magnifiquement dorés, essayaient de m'hypnotiser. Puis je fermais les yeux et secouai la tête pour dissiper cette illusion gênante.
Elle sourit et me répondit :
Je cherche mon grand frère, il est quelque part dans les environs, mais je ne l'ai pas encore trouvé.
Je peux t'aider, si tu veux ?
Non ! répondit-elle précipitamment. Enfin, tu devrais rentrer chez toi il est tard ! » dit-elle en s'éloignant.
Je décidai de suivre son conseil, et me mis à marcher en direction de la rue que je devais emprunter pour arriver dans celle où se trouvait ma maison. Les rues étaient sombres malgré la lumière des lampadaires, ce qui m'amena à repenser à mon rêve, ou plutôt mon cauchemar. Je m'imaginais apercevoir des ombres cachées au moindre coin de maison, derrière la moindre haie. Inconsciemment, j'accélérai un peu mon pas.
Quelques mètres plus loin, je vis de nouveau une ombre réelle, cette fois-ci. Comme par hasard, à cet endroit de la rue, les lampadaires étaient éteints, et je n'y voyais rien. Je m'inquiétai un peu, puis je me rappelai que la grande sœur de Michael cherchait son frère ce devait être lui, ou elle. J'avançai donc sans plus m'inquiéter, mais passai tout de même sur le trottoir opposé à celui sur lequel j'avais vu l'ombre.
Quelques secondes plus tard, je crus sentir une présence derrière moi. Une vague d'angoisse me prit sans que j'en sache la raison. Je connaissais cette rue par cœur il ne s'y trouvait rien qui puisse être inquiétant. Pourtant, cette peur ne me quittait pas. Je me retournai tout de même, histoire de m'assurer qu'il n'y avait personne d'autre dans la rue : personne en vue. J'étais seule. Je me remis à marcher, mais sans parvenir à me débarrasser de cette angoisse irraisonnée.
J'allais tourner à l'angle de la rue, quand je crus revivre mon rêve : j'entendis des bruits de pas derrière moi, à peine audibles. Je n'osais pas me retourner. Il ne me restait que cette rue à parcourir pour me trouver devant ma maison. J'accélérais le pas, espérant arriver chez moi avant que celui – ou celle – qui était à l'origine de ces bruits de pas me rattrape.
Je parcourus le quart de la rue avant de me rendre à l'évidence : il me rattrapait. Je me mis à réfléchir : quelles possibilités avais-je ? Je pouvais me mettre à courir. Etant donné la vitesse à laquelleil se rapprochait, je ne me faisais guère d'illusions sur mes chances de lui échapper si jamais il tentait de m'attraper. Je pouvais aussi me retourner, et faire face. Je n'étais pas d'un naturel très courageux, et cette option me répugnait quelque peu. Mais, qui sait ? Peut-être cette personne ne me voulait-elle pas de mal ! Pensai-je naïvement. Tout bien considéré, cette solution valait tout de même mieux qu'une tentative de fuite désespérée. Et avait, de plus, le mérite de me faire découvrir qui était mon poursuivant.
Cette décision prise, j'entamais le mouvement de me retourner. Les bruits de pas se turent au même instant. Je fis face à la portion de rue qui se trouvait il y a tout juste quelques secondes derrière moi : il n'y avait personne. Déconcertée, j'inspectais rapidement du regard le peu d'endroits assez éclairés pour que je les voie, et où quelqu'un aurait pu se cacher. Un léger coup de vent, glacial, me fit frissonner, et je me retournai pour continuer ma route. C'est à ce moment que je le vis. Plus immobile qu'une statue, le teint tout aussi pâle, d'une beauté dépassant celle d'un dieu, il me fixait de ses yeux d'un noir de jais, si profonds qu'ils captaient le regard et l'emprisonnait. Son expression respirait le mépris, et une part de… sauvagerie ? Je ne savais pas. Un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres, puis disparut aussi vite qu'il était apparu, si bien que j'aurai presque cru l'avoir imaginé. Il restait comme figé au milieu de la rue, à une centaine de mètres de moi. Et surtout, sur la route. Entre moi et ma maison. Si je voulais rentrer chez moi, je devais passer à côté de lui et il n'avait pas l'air d'avoir l'intention de me laisser passer.
Mais surtout, une question me perturbait : comment avait-il pu se déplacer aussi vite, et passer près de moi sans que je le voie ?
Un geste de sa part me fit me détourner de mes questions pour reporter toute mon attention sur lui, guettant son prochain mouvement.
Malgré l'angoisse qui me tenaillait, je me résolus à ne pas bouger d'ici tant que cet inconnu ne m'aurait pas dit ce qu'il me voulait.
J'allais lui poser cette question quand ce que je vis me laissa sans voix. La centaine de mètres qui me séparaient de luivenaient de se réduire à une dizaine tout au plus : il venait de s'approcher, en moins d'une seconde, et sans que je l'aie vu se déplacer. Apeurée, je ne pus retenir un mouvement de recul, ce qui le fit sourire une seconde fois. Il s'approcha jusqu'à se trouver si près de moi qu'il pouvait me toucher, cette fois-ci à une vitesse normale. Malgré cela, je dus étouffer un cri de surprise et de peur, mais il dut l'entendre tout de même car il sourit une fois de plus. J'avais de plus en plus peur.
Aussi, un soulagement immense m'envahit lorsque je vis Gabrielle apparaître au coin de la rue. Soulagement qui retomba vite quand je la vis comme se volatiliser, pour réapparaître à côté de nous – moi et lui –en se déplaçant aussi vite, et de façon aussi invisible que lui. Je la fixai, hébétée, tandis qu'elle s'adressait à lui.
Et là, j'eus un nouveau choc. Elle ne s'adressa pas à lui en français, non, mais ce n'est pas ce qui me gêna : en effet, elle lui parla en utilisant la même langue que celle que j'entendais parler les gens de mon rêve.
En même temps, je remarquai que ses yeux avaient changé de couleur : ils n'étaient plus noirs, mais d'un rouge sang flamboyant, comme ceux de l'inconnu de mon rêve.
C'en fut trop pour moi, et je m'évanouis.
