Chapitre 4:
A bâbord, ils purent voir un autre bâtiment navigant sous pavillon noir. Il était assez loin mais Fujigaya aurait reconnu entre mille la ligne si particulière du navire de son grand rival.
Un coup de canon retentit comme un avertissement. Tanaka Koki, le capitaine du Chi no Akuma, savait pertinemment à qui il avait affaire et comptait bien engager les hostilités.
Fujigaya se tourna vers celui qui avait été son amant quelques instants plus tôt et demanda, un sourire cruel étirant ses lèvres:
_ Alors? Prêt?
_ Prêt à quoi? demanda Kitayama en anticipant déjà la réponse.
_ A te battre, bien sûr.
_ Je n'ai pas d'armes sur moi au cas où tu ne l'aurais pas remarqué.
_ Ce n'est pas ce qui manque à bord. Nishikido! fit le capitaine en se tournant vers son second. Ton pistolet. Donne-le à Kitayama.
_ Mais..., tenta l'officier.
_ Essaierais-tu de discuter mes ordres, par hasard? demanda Taisuke d'un ton froid qui ne présageait rien de bon pour qui le contrarierait.
Tenant un minimum à sa vie, Nishikido secoua la tête en signe de négation et obéit.
_ Tu sais t'en servir, gamin? souffla-t-il.
_ Peut-être même mieux que toi, répondit Hiromitsu avec arrogance.
Le second du Kuro Kaze n'apprécia pas le commentaire et ses lèvres se déformèrent dans un rictus de colère. Seulement, il avait parfaitement compris que le jeune cuisinier avait les faveurs de son supérieur, et il n'était pas vraiment prudent de s'attirer l'antipathie de la pute du pirate le plus sanguinaire des mers, au risque que le dit pirate décide de vous le faire payer.
Pendant cet échange, l'autre bâtiment s'était approché et on pouvait à présent en distinguer la figure de proue qui fit frissonner Kitayama de dégoût. Il s'agissait d'une tête de démon grimaçant d'un rouge profond. Entre les mâchoires du monstre était sculpté le corps déchiqueté de ce qui représentait probablement un nouveau-né.
Hiromitsu ne pût s'empêcher de penser que Fujigaya était bien plus impressionnant que le commandant du Chi no Akuma.
Là où le premier n'avait besoin que de son nom et de sa réputation pour terrifier les hommes, le second utilisait une sculpture horrifiante pour parvenir à un résultat moindre, car s'il connaissait le nom de Tanaka Koki, il n'avait jamais ressenti le besoin d'en connaître plus sur lui. Il n'avait pas non plus le souvenir des enfants de son village réclamant le récit des aventures du Chi no Akuma. Pour ressentir le délicieux frisson de la peur, ils demandaient tous aux adultes de leur parler du capitaine du Kuro Kaze.
La voix de ce dernier le sortit de ses pensées.
_ Messieurs! Je crois qu'il est temps de se défouler un peu! Tous à vos postes de combats! Nous allons agrandir notre terrain de chasse!
Un cri unanime accueillit cette annonce et chacun gagna son poste.
Fujigaya s'approcha de l'oreille du cuisinier et souffla dessus avant de chuchoter:
_ Ne te fais pas tuer. Ce serait dommage de perdre un corps comme le tien.
_ Va te faire foutre, Pirate! Je crèverais pas. Toi par contre, tu devrais faire gaffe. N'oublie pas. C'est moi qui te tuerais. Personne d'autre ne pourras s'en vanter.
Fujigaya éclata de rire et s'éloigna du jeune homme. Il ne mourrait pas, à présent, il en était sûr.
Le Chi no Akuma se colla contre le Kuro Kaze et son équipage aborda, lançant le signal du début du combat.
Les coups de feu résonnaient dans l'air tels des coups de tonnerre. Le sang jaillissait à flot des plaies ouvertes par les sabres. Les mourants agonisaient en s'étouffant dans leur propre fluide, et au milieu de ce tableau, il y avait deux hommes qui se faisaient face en souriant, s'amusant de la situation.
Inutile pour eux d'échanger un seul mot, ils savaient parfaitement ce que l'autre pensait car ils pensaient la même chose: "Je vais te vaincre."
Le silence se fit dans leurs esprits. Ils oublièrent tout ce qui se passait autour d'eux. Un souffle de vent souleva les cheveux de Fujigaya et Koki s'élança vers lui.
Coups de taille, d'estocs, parades et esquives s'enchainaient rapidement, mais Fujigaya avait facilement le dessus. Du moins, il l'aurait eu si le combat s'était déroulé en suivant les règles de l'honneur. Mais il s'agissait d'un combat entre pirates. L'honneur n'avait pas cours entre eux. C'était un terme sans signification à leurs yeux.
L'un des hommes de Tanaka se jeta sur Taisuke, lui maintenant les bras en arrière et l'empêchant de bouger, permettant ainsi à son supérieur de blesser son ennemi en lui ouvrant le ventre sur une dizaine de centimètres.
_ Lâche! cracha Fujigaya en se débattant, accentuant son hémoragie.
_ Non, répondit Koki en riant. Je me suis juste assuré la victoire. Et c'est la seule chose qui compte.
Il allait l'achever quand l'homme qui retenait le commandant du Kuro Kaze s'écroula, le crâne éclaté par deux balles. Fujigaya en profita pour récupérer sa lame qui était tombée sur le sol et la planta dans le ventre de son rival sans pour autant toucher d'organes vitaux, se contentant de le faire souffrir.
_ Je me suis moi aussi assuré la victoire, fit-il dans l'oreille de Tanaka qui tourna la tête du côté qu'il lui indiquait.
Kitayama tirait sur les ennemis avant qu'ils ne puissent l'approcher et les abattait à chaque fois, sept corps se trouvant déjà autour de lui.
_ Ce gamin?
_ Oui. Ce gamin. C'est lui qui vient de m'offrir la victoire.
_ Il tiendrait beaucoup mieux le rôle de pute dans un port de pêche.
_ Il ne faut jamais sous-estimer les putes. Surtout quand il s'agit de la mienne.
Et d'un mouvement brutal du poignet vers le haut, il lui ouvrit le ventre, faisant gicler le sang chaud sur son visage, un sourire carnassier s'étirant toujours sur ses lèvres. Il contempla ensuite la déroute de l'équipage du Chi no Akuma avant d'ordonner à ce qu'ils ramènent leur capitaine sur leur navire.
Une fois assuré que seuls les membres de son propre équipage se trouvaient à bord, il ordonna à Ryo de faire voile vers la côte japonaise et fit signe à Kitayama de le suivre dans sa cabine.
Une fois à l'abri des regards, il s'autorisa enfin à grimacer de douleur. Pourquoi acceptait-il de se montrer ainsi devant Hiromitsu? Il ne le comprenait pas très bien. Peut-être parce qu'il lui avait sauvé la vie.
Il le laissa s'approcher de lui, lui retirer sa chemise et examiner la blessure.
_ Il ne t'a pas raté, dit-il. Je ne comprends même pas comment tu peux être encore debout.
_ J'en ai vu d'autres.
_ Peut-être, mais il va falloir recoudre la plaie.
_ Tu sais faire ça?
_ Non.
_ Tant pis. Tu t'en occupes quand même. Tu ne peux pas faire pire que le boucher.
_ Oh si. Je risque de faire pire. C'est même sûr. Je n'ai jamais fait ça de ma vie.
_ D'accord. Trouve-moi juste quelque chose qui peut servir de fil et d'aiguille et je recoudrais moi-même. Ce ne sera pas la première fois.
Kitayama le regarda avec surprise.
_ Ça m'arrive plus souvent que tu penses d'être blessé. Maintenant, fais ce que je te demande.
Sans plus réfléchir, Mitsu obéit. Il lui avait promis d'être celui qui le tuerait, il ferait tout son possible pour tenir parole.
N.A. Bon, ben voilà le chapitre 4. Chapitre que j'ai réécrit plusieurs fois pour éviter d'en faire un remix de film gore. Du coup, il ne ressemble plus du tout à ce que j'avais fait à la base, mais je l'aime bien quand même (J'ai pu tuer Koki, alors je suis contente, et Ches' a même pas râler, ce qui est encore mieux).
En tout cas, j'espère que ça plait toujours.
Azra
