Chapitre 11

Il avait tout fait pour se rapprocher de son idéal. Pour faire taire l'humanité en lui et devenir comme Fujigaya. Un être cruel et sans sentiments. Mais il avait échoué. Ce que ressentait Kitayama pour son capitaine grandissait un peu plus chaque jour. L'amour. Un sentiment tellement humain. Il refusait d'être faible. Il refusait d'aimer. Fujigaya ne s'abaissait pas à ça. Lorsqu'ils étaient ensemble, il ne ressentait aucun amour de sa part. Juste du désir et de l'envie. Car le pirate n'était pas humain.

Alors il s'éloigna de lui. Son cœur avait mal mais c'était nécessaire. Ses visites nocturnes étaient de moins en moins régulières, et de plus en plus courtes. Et elles se terminaient toujours de la même façon. Ils se prenaient la tête pour une vulgaire histoire d'appartenance. Il n'aurait jamais dû monter à bord du Kuro Kaze. Ça l'avait mené droit en Enfer.

Et Nishikido avait profité de cette faille. La distance que mettait Kitayama entre lui et son capitaine était une aubaine. Il se rapprochait de plus en plus de lui. Il était présent à chacun de ses retours de la cabine. Il savait que quelque chose n'allait pas. Il avait tout de suite compris. Mais Kitayama refusait de parler, préférant l'entrainer sur le pont, une bouteille de rhum à la main, pour respirer l'air frais du large. Boire et oublier ce qu'il n'était pas.

" Kitayama !"

Une fois de plus, la voix froide de Fujigaya résonnait sur le pont. Le second compris tout de suite. Il avait senti sa présence toutes les fois où il se soûlait avec Nishikido. Il savait qu'il les avait vus ensemble. Il sentait qu'une nouvelle dispute allait éclater entre eux. Alors il se dirigea vers la cabine sans prendre le temps de répondre.

" Je vais devoir te le répéter combien de fois ? Tu m'appartiens !

- Tu me fatigues, Gaya ! Je suis encore libre de faire ce que je veux.

- Y'a quelque chose que t'as pas compris. J'ai le droit de vie et de mort sur toi.

- Tu me tueras pas et tu le sais très bien !

- Oh... Tu as l'air bien sûr de toi. Écarte les cuisses pour un autre et on en reparlera. "

Kitayama laissa échapper un soupir exaspéré.

" Ryo... Encore. Est-ce qu'un jour tu comprendras que t'es le seul que j'autorise à me toucher ? Qu'il n'y a que toi ? Que chaque moment que je passe avec toi me fait crever un peu plus ? Je suis humain, Gaya. J'ai des sentiments. Et les miens sont en train de me tuer. J'aimerais... vraiment que tu comprennes. Je suis à bout. J'en peux plus. "

Sa voix plaintive se brisait doucement dans l'oreille de Fujigaya. Mais son besoin de propriété l'aveuglait. Il refusait de comprendre. Il n'avait pas été éduqué comme ça. Il ne connaissait que la violence, le sang et la loi du plus fort.

" T'es ma pute, Mitsu ! Peu importe ce que tu peux dire ou ressentir. Ça changera jamais."

Et Kitayama sentit quelque chose se briser en lui. Un sentiment désagréable. Fujigaya n'avait vraiment rien d'humain. Définitivement, il ne s'embarrassait pas avec des sentiments inutiles. Quelque part, il avait pourtant espéré. Sa fierté était blessée. Non. C'était bien plus que ça. Il avait mal. Alors il inspira lentement et planta ses yeux dans ceux du pirate. Il fallait que ça cesse.

" C'est la dernière fois que tu me traites de pute. Fais gaffe, Gaya. Tu pourrais regretter amèrement tes paroles.

- Tu me fais pas peur, Gamin. T'oublies qui je suis.

- Et il semblerait que toi aussi. J'te jure que je te le ferais payer !"

Il quitta la cabine sans lui adresser un regard, luttant contre l'envie qui le tenait, celle de se laisser prendre une dernière fois par cet être froid et cruel.

Et quand la nuit tomba, il se dirigea vers le lit qu'occupait Nishikido. Il avait besoin de se calmer. Ses nerfs ne demandaient qu'à craquer. Évacuer la tension. Il voulait se prouver qu'il n'était pas sa chose et qu'il était toujours seul maître de sa vie.

N.A. J'aime bien quand il le traite de pute. Mon côté romantique surement.

Chesire