Chapitre 16:
Le soleil se levait, et Kitayama n'avait pas dormi de la nuit. Il ne pouvait pas. Pourtant, il ne ressentait absolument pas la fatigue. Son appréhension, mélangée à l'excitation de se mesurer à Fujigaya l'en empêchait.
Assis sur l'échelle reliant la cale au pont, il put constater que certains des hommes qui se levaient avaient des marques bleues sur le visage suite à des coups plutôt violents.
_ Que s'est-il passé? demanda-t-il à l'un d'entre eux.
Cependant, l'autre ne répondit pas et l'ignora totalement.
_ Oi! Sakurai! Quand je pose une question, tu me réponds!
Il avait attrapé le bras de l'homme et resserra sa prise quand il chercha à se dégager.
_ Réponds.
Le ton de Kitayama était froid. Sakurai avait décidé de le suivre dans la mutinerie, et il était l'un des premiers à reconnaître son autorité, par conséquent, son silence lui semblait étrange.
_ Il a prononcé des paroles qu'il n'aurait pas dût dire, répondit Ryo qui s'était approché.
_ C'est toi qui lui a fait ça?
_ Ouais. J'estime que quand on s'engage à quelque chose, on n'a pas à se retirer simplement parce qu'on entend des bruits étranges.
Hiromitsu ne chercha même pas à faire comme s'il ne comprenait pas. Il était vrai qu'il n'avait pas été particulièrement discret avec Fujigaya, et celui-ci avait pris plaisir à le faire gémir plus fort que n'importe quand auparavant.
Le second se tourna vers Sakurai et le reste de ses hommes.
_ Ça dérange combien d'entre vous que je me sois fait baiser pas Fujigaya?
Personne ne se manifesta.
_ Et bien quoi? Je vous fait peur? Vous n'osez pas assumer vos convictions? Ou c'est plus facile de me critiquer quand je ne suis pas là?
Pas un bruit ne se faisait entendre.
_ Bon. Puisque personne ne se manifeste, j'en déduis que les choses sont réglées. Maintenant, tous à vos postes. Je ne veux voir personne oisif. Exécution!
Tous obéirent.
Sur le pont, Fujigaya attendait déjà Hiromitsu quand celui-ci remonta de la cale, suivit par Nishikido. Ses hommes derrière lui, le capitaine ne montrait pas la moindre trace d'émotion. Froid et distant, comme il l'avait toujours été. Calme. Comme si la trahison de son second était sans importance. Un petit évènement sans conséquence. Pourtant, la mort attendait l'un d'entre eux au bout du chemin.
_ Tu peux encore me supplier pour que je fasse preuve de clémence, Kitayama.
Le corps du mutin fut secoué d'un léger rire. Fujigaya savait pertinemment qu'il ne reculerait pas, qu'il n'y avait pas de clémence ou de pardon possible. Il ne pouvait qu'aller au bout de ce qu'il avait commencé.
Il se contenta de sortir son sabre en guise de réponse, et leva un regard déterminé sur son amant.
L'un des hommes fidèles au capitaine du Kuro Kaze alla pour s'interposer mais Taisuke l'arrêta.
_ Non. Il est à moi. Personne ne s'en approche.
_ Autant qu'ils restent à regarder alors, lança Kitayama. Puisque mes propres hommes n'ont pas le droit de te toucher. Ça évitera de diminuer inutilement l'effectif de l'équipage.
_ Parce que tu crois que je pourrais laisser en vie des traîtres?
_ Ils ne seraient considérés comme traîtres que si tu me bats.
_ Mais je te battrais. Et ensuite, je leur ferais payer, en commençant par Nishikido. Imagine-le pendu au mât et les tripes répandues sur le sol. Le sort idéal pour lui. Et ton propre corps mutilé à ses côtés. Oui, vraiment, le sort idéal.
Un sourire cruel s'étendit sur ses lèvres. Il était sincère. Il imaginait la scène et elle lui semblait vraiment parfaite pour leur faire payer à la fois leur trahison et leur relation.
Kitayama déglutit. Il n'aurait pas le droit à l'erreur. Un seul faux pas, et Fujigaya en profiterait pour mettre sa menace à exécution. Il fallait donc qu'il agisse vite. Il connaissait la façon de se battre du capitaine. Il savait qu'il avait une faiblesse dans sa défense du côté gauche. Et il avait l'avantage d'avoir finit de s'entraîner avec Ryo qui avait fait en sorte de rectifier ses propres défauts. Mais sa plus grande faiblesse résidait dans ses sentiments. Et il savait le pirate capable de les utiliser à son avantage. Autrement dit, ils partaient sur un pied d'égalité. Et rien n'était écrit d'avance.
Face à face, sabres au clair, concentrés et ne lâchant pas le regard de l'autre, ils ressemblaient à deux statues, celles de ces guerriers glorieux que représentaient les Anciens en Occident.
Le calme avant la tempête.
Une détente fulgurante. Une lame qui va pour fendre un crâne. Une autre qui pare en se levant au-dessus du visage. Le deuxième sabre qui passe par le flanc. Un corps qui s'avance à la rencontre du tranchant, présentant la chair pour préserver l'os. Un air surpris. Un autre supérieur.
_ Je ne t'ai pas tout montré de mes techniques, Gamin.
Se jeter sur une lame pour survivre à un coup. La preuve d'un être non humain. Insensible à la peur. D'un monstre ayant combattu à de nombreuses reprises en mettant plus d'une fois sa vie en danger. La différence d'un pas. Les hommes en parlaient comme d'une technique légendaire des samurais. Et Fujigaya la maitrisait parfaitement, élargissant un peu plus le fossé entre eux.
Une contre-attaque rapide. Un bras qui se lève par réflexe pour se protéger. Une entaille profonde. Un liquide carmin qui s'écoule en abondance de la plaie. Un bruit de fer tombant sur le sol de bois suite à la douleur.
Un partout, balle au centre.
De là où ils étaient, les membres de l'équipage assistaient au combat de deux démons de force égale. Les coups s'échangeaient sans discontinuer. Quand l'un était blessé, il rétablissait immédiatement l'équilibre.
Puis, un faux pas. Un corps qui glisse sur le sol. L'autre profite de cela et s'apprête à porter le coup fatal. Il n'avait pas prévu la feinte. L'homme au sol se redresse brusquement et sa lame transperce de part en part le corps de son adversaire.
Fujigaya cracha son sang sur le sol sous la brutalité du geste. Kitayama le réceptionna et l'aida à s'étendre. Il contempla son visage, espérant y voir une lueur d'humanité. Il savait parfaitement que ses sentiments n'étaient pas réciproques. Il n'attendait rien de ce côté-là. Il voulait juste voir quelque chose dans ses yeux, même s'il s'agissait de haine ou de dégoût. Mais rien. Rien de plus que ce calme et cette distance. Pas même de la surprise. Comme s'il savait au fond qu'il avait perdu avant de croiser le fer avec son second.
Un souffle passa les lèvres pleines du pirate et il lui demanda dans un chuchotement:
_ Pourquoi Nishikido? Et pourquoi t'a-t-il laissé le prendre?
_ T'es en train de mourir et c'est la seule chose que tu trouves à me demander? Gaya...
_ Réponds-moi simplement, Mitsu. Je veux juste savoir pour quelles raisons tu es allé voir ailleurs.
N.A. J'ai vraiment pris mon pied en écrivant ce chapitre. Je sais, je suis cruelle. Et je crois que Ches', elle, ne l'a pas digéré. Mais moi je me suis éclatée. La Faucheuse a fait son œuvre. Elle a agit comme elle le voulait, et je suis assez fière de ma scène de combat, au final. Elle n'est pas gore, et elle retranscrit bien l'ambiance que je voulais donner.
Sinon, il y a-t-il quelqu'un qui a comprit d'où venait la "différence d'un pas"?
Azra.
