La ligresse savait exactement où étaient ses amis.
" Mais pourquoi sont-ils là-bas ? " songea-t-elle, inquiète. " Avec un peu de chance, ils ne sont pas tombés sur les hyènes... J'aurai peut-être dû avertir Mufasa et Sarabi d'abord ? Non, mauvaise idée, ils ne sont pas à Priderock et je perdrais trop de temps à les chercher, et il n'est peut-être pas encore trop tard ! "
Un moment plus tard, Kya déboucha de la savane et franchit la frontière invisible de Prideland. La ligresse grimaça. " Oncle Scar me l'a pourtant interdit... Bah, tant pis, mes amis sont en danger ! "
Bientôt elle arriva au cimetierre des éléphants, comme la veille, et scruta les alentours, en quête d'un signe de ses amis, ou -ce qu'elle n'espérait vraiment pas- des hyènes.
Non loin de là, une lueur attira son attention. Telle une fusée, une étincelle bleu et rouge décrivit un arc de cercle dans le ciel. Interloquée, Kya reconnut l'oiseau au hurlement qu'il poussait, à présent lointain. " C'est Zazu ! Ils sont par là... "
Kya se rua en avant, bondissant du mieux qu'elle pouvait parmi les tas d'ossements. Elle glissait parfois, se rattrapait de justesse, mais continuait sa course sans fléchir. Plusieurs fois, elle fut tentée de crier les noms de ses amis, mais son instinct le lui interdisait.
Puis après quelques minutes, elle sentit enfin leur odeur. Pas celles de Simba ou Nala, celle des hyènes, repoussante et moisie. L'envie de mordre lui serra la gorge une nouvelle fois.
« Décidément... » s'exaspéra-t-elle contre elle-même.
Elle suivit leur odeur, et après avoir péniblement une colline d'os (en effet, elle commençait à être à bout de souffle), elle déboula devant une caverne rocheuse, d'où s'élevaient les rires hystériques des hyènes. Kya s'approcha et les aperçut. Les hyènes lui tournaient le dos, et avaient acculé sur la paroi rocheuse... Simba et Nala. Son cousin essayait de leur tenir tête, et semblait vouloir pousser un rugissement devant les hyènes, railleuses.
Kya se ramassa sur elle-même, prit son élan et bondit au-dessus des hyènes, se réceptionna devant Simba et Nala et fit volte-face, les oreilles plaquées sur son crâne, la gueule légèrement ouverte pour laisser échapper un feulement menaçant. Elle profita de l'effet de surprise pour griffer la hyène la plus proche au museau, mais ne put en faire davantage car les hyènes avaient reculé devant l'agressivité de la ligresse.
Kya se tourna légèrement en arrière, et échangea un regard avec ses amis. Ils étaient sains et saufs, et semblaient à la fois étonnés et soulagés de la voir. Kya se retourna vers les hyènes en pestant intérieurement. Elle avait agi sous l'impulsion et la volonté de protéger ses amis, mais maintenant ? Elle ne pouvait rien contre trois hyènes, seulement espérer les garder à distance assez longtemps pour que quelqu'un vienne les tirer de là... Mais qui, et dans combien de temps encore ?
« Tiens tiens, en voilà une plus agressive. » railla Banzaï en frottant son museau égratigné.
« Toi ! » s'exclama Shenzi en apercevant Kya. Ed reprit son rire hystérique. Banzaï renchérit :
« Eh, mais oui, c'est la petite ligresse qui t'avait échappée hier, Shenzi ! »
« Oui, mais elle ne me fera pas le même coup deux fois.. Tu m'as eu par surprise, ligresse, mais maintenant, on est trois... »
La hyène grimaça un sourire. Kya réfléchissait à toute vitesse à un moyen de dernier recours pour faire diversion. " Voyons, qu'aurait fait oncle Scar..?" songea-t-elle précipitamment. Prenant son courage à deux pattes, elle rendit son sourire à la hyène.
« Au moins, tu sais compter, Shenzi. »
Les trois hyènes explosèrent littéralement de rire.
« Et elle a le sens de l'humour en plus ! » piailla Banzaï.
Toujours hilares, ils s'approchaient néanmoins des trois lionceaux.
« Vous devriez partir, mon oncle est en route pour venir vous donner une raclée ! » s'exclama Kya dans une dernière tentative désespérée.
Les hyènes s'arrêtèrent net et échangèrent un regard inquiet. Seul Ed continuait de rire.
« Et de qui tu parles, au juste ? » demanda Senzi, l'air soucieux.
Au dernier moment, Kya changea d'avis et sourit aux hyènes d'un air railleur.
« De mon oncle Mufasa, évidemment. Derrière vous. »
En effet, elle avait vu l'ombre gigantesque qui bouchait l'entrée de la caverne. Un puissant rugissement retentit, prenant les hyènes au dépourvu, tandis qu'une énorme patte couleur dorée les balaya et les envoya rouler au loin. Les rugissements furieux du roi Mufasa emplissaient toute la caverne, tandis qu'il envoyait balader d'un coup de patte toutes les tentatives de riposte des hyènes.
Zazu se posta près des lionceaux, figés devant la puissance de Mufasa. Kya se recula aux côtés de ses amis, et se serra contre eux, les pattes tremblantes de fatigue. Mufasa avait regroupé en quelques secondes le trio de hyènes qui ne cessait de japper entre ses larges pattes. Il rugit une dernière fois :
« Silence ! »
Les hyènes se firent suppliantes, empressées de s'excuser sans pour autant perdre leur sourire. La voix de Mufasa se fit entendre, plus calme, mais également plus menaçante et profonde que jamais :
« Si vous approchez encore une fois de mon fils... »
« Aha ha, c'est votre fils ? »
« Ah mais on ne savait pas du tout... »
« Pas du tout, tu savais toi ? »
« Moi ? Je-je non pas du tout et toi ? »
« Oh noon ! Et toi, Ed ? »
La troisième hyène à l'expression attardée acquiesça avec un enthousiasme exaspérant. Au rugissement de Mufasa, les hyènes se recroquevillèrent et s'empressèrent de filer entre ses pattes et disparaître.
Le silence retomba dans la caverne. Zazu se posta aux côtés de Mufasa, mais perdit toute contenance devant le regard furieux du roi. Les lionceaux s'approchèrent à leur tour, la tête basse. Simba s'avança, l'air fautif et hésitant.
« Papa, je... »
« Tu m'as désobéi délibérément. » le coupa Mufasa, les yeux pleins de reproches.
« ... Papa, je... Je suis désolé... »
« Rentrons, maintenant. » déclara son père d'une voix sans appel, avant de se diriger d'un pas ferme vers la sortie.
Simba, Nala et Kya le suivirent, l'air dépité. Simba semblait culpabiliser plus que jamais. Il se tourna un instant vers ses amies.
« Nala, si j'avais su... Excuse-moi. Kya, sans toi, je ne sais pas si... »
Kya le coupa et murmura :
« Ne dis rien. C'est ma faute. J'aurai dû vous dire qu'il y avait des hyènes dans le coin... »
Nala la regarda d'un air désolé.
« Comment tu aurais pu savoir... »
La petite ligresse n'eut pas la force de répondre. Les trois amis restèrent silencieux, marchant dans les traces de Mufasa.
Kya regarda en arrière un bref instant, ayant cru voir une ombre se mouvoir sur la paroi rocheuse. Elle ne put voir Scar qui les fixait de ses yeux calculateurs, l'air profondément contrarié.
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Ils marchaient tous à la suite de Mufasa, en silence, depuis un moment maintenant. Zazu leur lançait de temps en temps un regard condescendant.
Kya se sentait à bout de forces. Elle avait couru si vite pour parvenir jusqu'à ses amis, qu'elle n'avait plus aucune énergie. Remarquant l'air déprimé de Simba, elle l'effleura d'un geste amical. Son cousin lui adressa un pauvre sourire. D'un accord commun, ils semblèrent se dire : " demain, on en parlera demain. "
« Zazu. » s'éleva la voix de Mufasa qui s'arrêta. Les lionceaux l'imitèrent.
« Oui, Sire ? »
« Raccompagne Kya et Nala. J'ai une leçon à donner à mon fils. »
La voix profonde de son père figea Simba, le faisant se recroqueviller dans les hautes herbes. Zazu voleta jusqu'à eux, souhaita bonne chance à Simba d'un air qui se voulait rassurant, et fit signe aux jeunes lionnes de le suivre. Kya eut un dernier regard pour son cousin, et suivit Zazu. Derrière elle, elle entendit Nala murmurer quelque chose à Simba.
Kya se retourna un instant pour observer la silhouette majestueuse de son oncle Mufasa, qui se découpait dans la pénombre du crépuscule. En un battement de cœur, elle eut la brève impression de voir son père, comme une sensation de déjà-vu.
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Quelques instants plus tard, Kya et Nala frottèrent leur tête l'une contre l'autre en signe de réconfort, puis Kya la quitta pour se diriger vers le den de son oncle Scar. Elle sentait ses yeux verts l'observer tandis qu'elle gravissait péniblement les rochers.
Les pattes lourdes de fatigue, la petite ligresse se dirigea vers son oncle, la mine abattue. Elle leva les yeux vers lui et sut à son expression qu'il savait. D'une manière ou d'un autre, il savait qu'elle avait désobéi. Elle soupira, une ombre de tristesse dans les yeux.
« Où étais-tu ? Qu'est-ce que tu as fait ? » gronda Scar d'un air hautain.
La petite ligresse ne souhaitait qu'une chose, ne pas répondre et se pelotonner entre les pattes de son oncle, oublier cette journée, oublier la peur de perdre ses amis qui lui avait tordu les entrailles un peu plus tôt, oublier ce mauvais pressentiment qui la tenaillait de plus en plus. Elle souhaitait seulement que son oncle la réconforte, comme il lui arrivait - rarement - de le faire.
Scar dut ressentir sa détresse, car il se radoucit légèrement sans pour autant esquisser un geste de réconfort. Il se plaça à sa hauteur pour la regarder dans les yeux.
« Kya. » dit-il simplement.
La petite ligresse cilla.
« J'étais au cimetière des éléphants. J'ai appris qu'ils y étaient, j'ai voulu vérifier qu'ils allaient bien, je ne pouvais pas rester là sans rien faire... »
Scar la fixa avec une lueur étrange dans les yeux.
« Tu aurais pu m'avertir. Au lieu de ça, tu m'as désobéi. »
L'injustice de la situation ramena un peu d'énergie chez Kya. Elle leva de nouveau les yeux vers son oncle et rendit son regard. Puis elle déclara doucement, d'un voix calme :
« Sans moi, ils ne s'en seraient peut-être pas sortis indemnes. »
« Ah, parce que c'est toi qui les as sauvés ? Vraiment ? » railla Scar, ses yeux froids toujours plantés dans ceux de sa nièce.
« Non, c'était Mufasa. Mais j'ai pu nous faire gagner un peu de temps. »
« Et s'il n'était pas arrivé ? Je te préviens Kya, tu t'approches un peu trop près des frontières et... »
Il fut coupé dans son élan par la petite ligresse qui avait posé une patte douce sur son museau et se blottissait à présent contre sa crinière. Scar pesta intérieurement. Ses paroles auraient pétrifié de peur n'importe qui, mais sa nièce restait insensible à son ton menaçant. Et plus frustrant, il ne pouvait la repousser dans ces moments-là. Lui, Scar, qui n'hésitait pas à jeter deux lionceaux, dont son propre neveu, dans la gueule des hyènes.
Devant la scène avec ces derniers dans la caverne, il avait surtout été très agacé de voir son plan échouer avec l'arrivée de sa nièce puis de son frère. Mais il avait également craint quelques instants pour la sécurité de Kya. Les hyènes avaient ordre de ne pas la toucher , mais stupides comme elles sont, allaient-elle seulement s'en souvenir ?
Scar se maudissait pour se sentir aussi concerné par le sort de sa nièce, de s'en soucier à ce point. Il devait l'admettre, il l'aimait malgré lui, malgré ce qu'il était, ce qu'il allait devenir. Il n'y avait d'abord pas prêté attention à cela, mais maintenant qu'il était si près du but... Il fallait qu'il se découvre une faiblesse.
" Et elle n'est même pas ma propre fille... » songea-t-il, la mine sombre, tandis qu'il poussait Kya vers l'intérieur du den.
" Même dans la mort, Akeela, tu trouves toujours un moyen d'essayer de me rendre comme toi, plus brave, plus sentimental... Mais j'admets que nous avons quelque chose en commun. Nous n'abandonnons jamais. "
Scar étira sa gueule en un sourire dur. " Cet après-midi n'était que la première tentative, trop hasardeuse, dangereuse même. La prochaine sera la bonne, je le sens. "
Il baissa les yeux vers Kya, qui était allongée entre ses pattes, son visage fin paisiblement endormi. " Et je m'assurerai que tu ne sois pas dans les parages... " se dit-il.
Le lion ténébreux songea à son frère décédé. Il se demanda un instant si la mort de Mufasa allait le rendre aussi mélancolique, voire triste que celle d'Akeela avait été pour lui.
Quelle stupide question.
« Certainement pas ! » ricana-t-il silencieusement dans la pénombre.
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Promis le prochain chapitre sera plus long. ;)
