ATTENTION : Plusieurs chapitres ont été postés cette semaine, vérifiez bien que vous les ayez tous lu avant de s'attaquer à celui-ci, ça serait bête de vous auto-spoiler ;)


Bonjour, bonjour !

Quelle productivité en ce moment, mais comprenez moi, j'en avais marre de garder tout cela pour moi !
Préparez vous, parce que ça va être long (Environ 5100 mots) de pur plaisir, du moins je l'espère !
J'espère que vous apprécierez autant que moi à l'écriture pour ce dernier et ultime chapitre... Et que toutes vos questions trouveront une réponse !
En attendant, merci à Lilia Purpurea et Dry1410 pour leurs reviews du précédent chapitre ! (et à PKClarine, qui l'aurait surement fait si elle avait eu le temps)
BREF ! Je ne vous retiens pas plus longtemps !

J'éspère que vous êtes prêt ?
Alors bonne et épique lecture à tous !


Chapitre 10 : Purgatoire

Intégralement vêtu de noir, la silhouette du ménestrel se confondait dans l'obscurité alentours. Un forme gazeuse toute aussi sombre semblait à la fois s'imprégner en lui et s'en évader, traversant sans peine ses vêtements, l'accompagnant dans ses déplacements alors qu'il se levait pour s'avancer vers notre duo, prisonnier de la lame de l'Homme à la Rapière. Seules ses multiples dagues, accrochées le long de sa ceinture, scintillaient et reflètaient l'éclat des quelques lumières alentours, qu'il dissimulait toutefois sous les plis d'une imposante cape se confondant dans la brume obscure qui le suivit dans son mouvement. Même son teint paraissait gris et son visage demeurait de marbre, duquel émanait toutefois une immense satisfaction. Ce ne fut jamais chose aisée de décrire le faciès de l'Immortel, mais l'absence totale de sentiments apparents dont il faisait preuve n'arrangeait pas les choses. Sa pilosité crânienne et faciale, d'un noir corbeau autrefois si sombre se retrouvait désormais émaillée de mèches plus claires qui durcissaient encore plus ses traits. D'une démarche auguste et assurée, il se plaça devant le demi-démon et apposa presque amicalement ses mains gantées sur ses épaules.

"Balthazar, tu n'imagines pas à quel point j'avais hâte que l'on se retrouve." La voix, habituellement mielleuse et poétique d'Aldo Azur était tout aussi métamorphosée et dure que son apparence, grave et profonde, une pointe rocailleuse. La remarque fit presque rire jaune l'intéressé, perdu par la scène à laquelle il assistait, incompréhensif et impuissant.
"Et tu ne penses pas que le "procédé" que tu as employé pour y parvenir n'est pas un poil excessif ? Je ne suis pas très à jour sur ces choses là, mais il me semble qu'un mail ou un SMS aurait été plus adapté, non ? lâcha t-il d'un ton clairement railleur. Qu'est ce que tu es devenu Aldo ?
- Aldo ? Non, il n'y a plus d'Aldo depuis deux siècle et demi… Mais mon vieil ami, ce n'est pas parce que tu ne vois que le masque, qu'il n'y a pas un acteur derrière le personnage.
- Je ne suis pas vraiment sur de comprendre… Quel est le but de tout ca ?"
La réponse parut décevoir son interlocuteur, qui baissa les yeux au sol, avant de s'écarter et de commencer à faire les cent pas.

"Mon objectif est simple, et inchangé depuis que l'on se connaît. Je ne désire que le retour des puissances et divinités. Je ne te parle pas d'Églises, ni des dogmes qu'elles imposent. Je te parle de droit d'exister et de donner une raison d'être à ceux sensibles à nos Forces. Les principes d'égalité et de protection prônés par la Lumière n'ont au final servi qu'à être réduits à néant pour ne les consacrer qu'à l'Élite. Où est passé la foie et le pardon ? Les Inquisitors chassent et pourchassent ceux qu'ils devaient autrefois protégé sous pretexte d'etre la main de dieux muets et absents. Un ouvrier se transforme en menace parce qu'il croit en un espoir d'avenir qui pourrait provenir d'une croyance autre que celle imposée par la société. Les hautes sphères de la Religion se sont laissées aveugler par leurs réussites, et de sauveurs, de porteurs de psychée et d'idée de renaissance, sont devenus des dictateurs voulant garder un bien inexistant contre leurs panses remplies des monstruosités qu'ils autorisent, alors qu'ils les avaient pourtant proscrites à jamais. N'est ce pas étonnant ? Que l'idéologie défendue devient aussi imperceptible et et oubliée que la raison pour laquelle tous l'ont accepté ? La magie ne fait qu'un avec le Cratère et le Cratère ne peut être sans magie. Et Mirage n'est pas un cas à part. Les poings levés et pourtant silencieux du Disque de Charbon se dressent dans toutes les banlieues, prêt à prendre leurs revanches. Le A de Lord Azau envahit et gangrène les rues comme les esprits, car ce à quoi nous nous attachons et le seul moyen de repartir sur de nouvelles bases, en effaçant à jamais la tyrannie d'une Église ou d'une autre. Le but, mais surtout le moyen pour arriver à cela est simple. Identique à celui que je te proposais déjà il y a 1350 ans de cela… M'accepter et ouvrir de nouveau la porte aux antiques puissances, que vous avez autrefois chassées."

L'ancien aventurier ressenti l'effet des paroles comme une charge acharnée qui l'aurait percuté de plein fouet. En un instant, il était ailleurs, il y a longtemps, bien longtemps, avant la bataille pour Castelblanc, et encore avant les événements du Titan, alors qu'il n'était là que pour empêcher le Codex d'être utilisé par les Intendants, et que tout avait dégénéré. Il se rememora la voix qui l'appela au plus profond de lui, lui ordonnant de le laisser faire, de balayer la zone de toute trace de vie. Il se persuada presque que ce qu'il entendit ce jour là, ce n'était pas le démon, mais bien lui, actuellement, l'implorant de ne pas autoriser à survivre celui qui le tourmenta ce jour là et encore aujourd'hui, l'implorant d'exterminer La Mort. Le destin n'apprécie que trop l'amère symphonie de l'ironie. Alors que pendant plus d'un millénaire il s'acharnait à attendre la mort, voilà soudain qu'il désira être n'importe où, sauf en face d'elle. Il aurait voulu s'énerver, être en colère, laisser le démon agir, mettre un terme définitif à tout cela… mais il lui manquait encore des réponses, bien trop. Il lui fallut tout de même quelques instants avant de pouvoir se focaliser complètement de nouveau sur la situation et empêcher son esprit de divaguer dans une nuée fugace de vieux souvenirs. Il se racla la gorge et fit du mieux qu'il put pour prendre le même ton solennel et imposant que dans sa jeunesse.
"Bien, imaginons que ce soit bien toi, "La Mort", ou je ne sais quoi… Pourquoi m'utiliser comme un pantin pour agir, pourquoi vouloir me montrer tout cela, pourquoi et comment as tu pris possession d'Azur, pourquoi l'Homme à la Rapière à tes côtés ? Expliques moi, et ne me ressers pas une fois de plus ton utopie d'égalité et de retour de Divinités. Je veux du concret, tu m'as voulu, me voilà, alors maintenant parle !"
L'assurance dont il fit preuve décrocha un sourire à l'expression de marbre qu'avait conservé jusque lors le ménestrel. Il leva la paumes de ses mains à hauteur de visage, comme pour lui demander de baisser d'un ton et de le laisser éclaircir la situation.

" Tout a commencé lors de notre rencontre. Alors que tu déchaînais l'enfer sur Terre, un étrange phénomène, certes éphémère, c'est réalisé. J'ai investi temporairement le corps de Viktor Oppenheimer. En temps normal, il faut que la personne soit consentante pour que je puisse réaliser cette action, comme ce fut le cas avec Théodore de Silverberg, ou Bragg… Mais le transfert ne fut pas stable et je me retrouva de nouveau en possession de l'intendant. Puis son corps fut intégralement détruit, et une partie de moi avec. Sans accroche physique à ce plan de la réalité, je fut de nouveau happé par le Néant, ainsi je me retrouva au point de départ. Je me servit donc de la distorsion temporelle qui se produit en ces lieux pour longuement méditer. Quelle pouvait bien être la cause de ce phénomène ? La conclusion mit du temps à me paraître évidente : La mort. Le nombre de tués dans les alentours m'avaient permis de réaliser cette action. Ensuite j'ai fait la rencontre de notre ami commun, sous la forme d'un hybride arachnoïde, vieilli, affaibli, piégé à jamais dans les abysses incompréhensibles de l'endroit. Je lui proposa un deal. Je lui rendais son aspect totalement humain, sa jeunesse et toute sa vigueur pour toujours, ainsi qu'une vengeance dans un futur proche ou lointain contre ceux qui l'avait enfermé en ces lieux, et en échange il devait me porter jusqu'au jour où nous trouverions un moyen de sortir. Puis, des brèches se mirent à déchirer notre réalité, afin de libérer l'un des habitants les plus colossaux de notre monde : le Titan. Nous profitâmes d'une sorte de portail pour nous extirper de notre prison. Il me fallait maintenant un nouvel hôte pour pouvoir tenir ma promesse. Un simple paysan un peu avide de pouvoir fut facile à convaincre, ainsi je pus accomplir ma part de marché envers notre Homme à la rapière. Nous aurions pu en rester là, nous séparer. Mais… ayant perdu une grande proportion de ma puissance avec la destruction de Bragg, recourir à mes pouvoirs aspirait littéralement la force vitale de mon hôte. C'est comme cela, qu'en quelques mois, je me retrouva à contrôler le cadavre pourrissant de ce pauvre hère. La solution de ma survie en ce monde parut alors claire et nette : avoir recours à la même magie que lors de mon transfert dans Viktor. Vivant de "réceptacle" en réceptacle, notre ami fut mon homme de main alors que nous essayons de comprendre les caractéristiques de ce type de possession. Il nous fallut plusieurs siècles pour aboutir à une conclusion concrète : ce n'était pas juste un sort, mais un véritable rituel. Nous devions suivre un schéma que nous avions fini par découvrir en tâtonnant. Mais me projeter dans un nouvel hôte me demandait toujours plus de morts. Cependant, cela ne résolva pas notre soucis de décomposition accéléré du réceptacle. Heureusement pour moi, notre ami eut enfin l'idée qui pourrait changer la donne. Et nous cherchâmes à la réaliser durant longtemps, tout en se devant faire discret sur nos pratiques afin d'éviter d'être suivit de trop près. Toutefois, dans les différentes villes où nous passions, nous nous rendions compte que ceux les moins aisés voyaient en ces tueries en forme de "A" , qui à l'origine n'était pas une lettre mais le pentagramme du rituel, un nouvel espoir, celui de l'Archange de la mort Azraël qui viendrait prendre l'âme de ceux qui avait participé à utiliser la Lumière pour aboutir à une société qui ne respectait plus ses propres principes. Réaliser les rituels ne fut jamais aussi aisé : nous avions des volontaires sous la main, pour mettre en place des planques, détourner des armes, s'en équiper et les utiliser à notre compte. Certains furent même près à aller en prison ou se faire tuer pour assurer la survie et la renaissance de leur famille sous ma bénédiction, ou du moins celle d' "Azraël", puisque ce fut le nom que j'adopta. Jusqu'au jour où nous avons enfin connu la localisation de celui que nous convoitions depuis longtemps. Une fois de plus, le génie stratégique de notre escrimeur, nous a permis d'accomplir ce qui sauva surement mon existence en ce pan du Cratère. En se mettant au grand jour, il attaqua tout ce qui pouvait être cher à notre cible. En effet, quoi de plus important qu'un théâtre, un opéra, un cinéma, un conservatoire et un musée pour celui qui était l'amoureux des arts le plus vieux de ce monde : Le ménestrel Aldo Azur ! Nous lui promirent de cesser ces actions s'il acceptait de me rencontrer. Et le piège se referma sur lui, et je pus enfin m'installer dans un corps immortel… Les nains imaginèrent un signe dans ce transfert. Aldo Azur étant l'anagramme de Lord Azau, Azau correspondant au nom qu'il donnait à Azraël dans la langue des semi-hommes. La chose m'amusa et je me renomma ainsi, le signe du "A" n'étant pas modifié, et conscient que l'appellation d'un Lord serait beaucoup moins suspecte que celle d'un Archange de la mort. Le plan de notre ami fut aussi de disparaître après la destruction du musée, simulant sa mort en ce même lieu, afin de pouvoir oeuvrer tranquillement dans l'ombre par la suite, même en optant pour la même stratégie. Sans le savoir, l'Eglise nous facilita la tâche en mettant en place l'arrestation et la mise à mort d'un imitateur, afin d'apaiser les foules et de redorer le blason de l'Inquisitor de Lasdakr de l'époque…
Mais ce n'était pas encore fini, il me restait deux promesses à tenir, l'une à mon homme de main, et la seconde à la population délaissée du Cratère, de mettre fin à la suprématie des Églises, et d'ouvrir les vannes aux anciennes puissances, afin de retrouver l'équilibre d'antan. Or, pour cela, les pouvoirs temporels du ménestrel n'étaient malheureusement pas suffisant. Mais cette fois ci, j'avais une éternité pour établir un plan, en suivant les conseils stratégiques de mon associé, nous n'avions plus qu'à attendre le moment parfait : comme l'apparition d'un demi-démon faisant exploser un bar. La suite tu la connais. Chaque coup représentait une multitude d'avancée vers l'aboutissement de ma machination. Rends toi compte Lennon, et toi aussi Silverberg, soit attentif : En cinq jours, nous avons commis la plus grande tuerie que ce millénaire eût connu, n'utilisant que des explosifs ou des attaques en rapport avec les flammes pour que tout concorde avec un terroriste démoniaque. Nous avons détruit une cathédrale, une prison, les tours des médias, un lycée, et nous pouvons toujours faire de la Banque une ruine, avec tous les otages s'y trouvant. Ne trouvez vous pas que ces cinq bâtiments représentent tout ce que s'est accaparée la Lumière : L'unique religion, la Justice, la Propagande, l'Éducation et l'Économie ? Rien n'était laissé au hasard. Grâce à nos fidèles travaillant dans la manutention au sein des différents commissariat, nous avons fait disparaître des bandes de vidéosurveillances pour concorder avec l'arrivée du paladin, qui je l'admet, était le bonus inattendu, et ainsi le discréditer et mettre hors jeu le seul qui aurait pu nous mettre la main dessus avant la fin de notre plan."

Le monologue avait mis au plus mal nos deux compagnons, et principalement le pyromage qui se sentit manipulé, non plus en continu depuis cinq jours, mais depuis ses 1358 ans d'existence. Il s'était créé ses propres démons durant sa jeunesses, qui revenait le tourmenter alors qu'il ne se doutait même plus de leurs possibles existences… Mais au moins, maintenant, il avait ses réponses. Tout cela n'avait rien d'une tuerie sans but, il devait simplement servir de prochain réceptacle à La Mort. Et il serait impuissant face à un rituel d'une telle ampleur, le pentagramme qu'il avait vu comme une signature de mégalomane s'étendait sur une ville entière, alors qu'elle se limitait à un quartier pour le ménestrel, qui n'avait pas réussi à y réchapper. Attaquer ce dernier ne provoquerait que la destruction de la banque, et ainsi le début du rituel, ce qui revenait donc à une action inutile. Il devait gagner du temps, afin de trouver une solution. Jusqu'à ce que Lord Azau ne vienne perturber sa réflection.
" Cependant, je te laisse le choix Balthazar : Tu peux essayer de résister et j'investirais ton corps en ordonnant la mise à mort des otages, ou bien tu peux être consentant et épargner ces vies. Après tout, n'est ce pas ce que tu désires toi aussi ? La fin de la Lumière et de toutes les Églises ? Le droit à la magie pour tout ceux qui y sont sensibles ? L'Égalité et la fin de l'assouvissement ? Accepter est le seul moyen d'aboutir à ce que nous voulons tous au final… Et je pourrais t'offrir ce que tu cherches depuis si longtemps : le repos éternel."

Il marquait plusieurs points sur le coup, le vieux Bob était las de vivre, ne désirait qu'un peu de répit pour pouvoir rejoindre les contrées arides de l'Enfer. Et l'Utopie recherchée par l'Immortel correspondait aux valeurs qu'il avait toujours défendu quand il fut aventurier. Une graine de doute germa dans son esprit et commençait déjà à fleurir de l'espoir de pouvoir achever son oeuvre d'un simple mot. Mais le principe d'une Utopie est d'être un rêve irréalisable. Déchiré entre deux possibilités, il ne se rendit même pas compte des paroles qu'il laissa échapper.
" Je n'ai pas canalisé mon démon pendant 1358 ans pour le laisser à la portée du plus grand psychopathe du Cratère…"
La remarque fit doucement rire l'Homme à la Rapière et le concerné.
" T'impliquer ne servait pas seulement à te permettre de te faire venir ici, tu as dû "Le" réveiller pour survivre, ou pour intervenir : il est prêt. Et de toute façon que tu sois d'accord ou non, ca ne changera rien.
- Sauf si je meurs avant que tu puisses te servir de moi comme réceptacle…"

Et sans réfléchir plus, il se jeta sur celui qui fut autrefois un compagnon d'aventures et un ami, laissant sa métamorphose d'hybride s'effectuer en vol. Conservant les capacité de son hôte, La Mort saisissa deux de ses dagues, et les jeta vers l'ex-Inquisitor pendant qu'une nuée noire émanant du pommeau laissa un tracé d'ombre derrière elles. Elles vinrent se loger dans sa cape aux niveaux de ses épaules, et d'une puissance surhumaine, l'emmenèrent avec elles jusqu'à un pilier où elles se plantèrent, immobilisant en un choc soudain Frederic, pris au piège. Lord Azau s'équipa de nouveau avec deux de ses jouets favoris, les faisant valser entre ses doigts, jusqu'à ce que la Bête arrive à son niveau. La danse macabre pouvait débuter.

Là où Bob ne déchirait que des voiles de fumées, chaque coup du ménestrel était un éclair dans l'obscurité qui tranchait légèrement ses vêtements et sa chairs, sans gravité, mais qui suffisait à l'affaiblir sur le coup. L'Immortel menait la chorégraphie, tournant autours de son partenaire, toutes ses attaques ressemblant à une passe de tango où l'homme rappelle sa domination sur la danseuse, car ce fut bien ce qu'était l'ancien aventurier. Il essayait de suivre la cadence et le pas imposé, les mouvements rotatifs. Le choc des pas sur les pavés résonnait et permettait de lire un tempo minutieusement réfléchi et travaillé. Les ombres que généraient l'homme et ses dagues sur leurs passages offraient un côté réellement artistique à la performance. On était loin de La Mort qu'il avait connu lors du Conclave des Églises, impulsive et imprécise, brutale. Parfois, les griffes acérées du demi-démon parvenait à s'insérer dans la chair de son meilleur ennemi, mais sembla ne lui faire que si peu d'effet qu'il se contenta de parler du mieux qu'il put les attaques de l'Artiste, perplexe de se rendre compte que ni son adversaire, ni l'Escrimeur n'avait encore ordonné la création du dernier point du pentagramme.

Parallèlement, Silverberg utilisa la puissance de sa prothèse métallique pour extraire les dagues qui le maintenait immobile, et empêcher justement l'Homme à la Rapière d'activer le détonateur. Par pure opposition, ce combat-ci était dénué de toute formes d'art, mais d'une technique académique de l'arme blanche que l'on ne pouvait encore imaginer exister en cette époque dans le Cratère. La cape blanche du soldat poursuivait ses mouvements et permettaient de se rendre compte de la vélocité qu'il pouvait mettre dans ses coups et ses estocs, intensité que tenait tout aussi bien son opposant, profitant d'une plus grande allonge due à sa lame plus longue. Il utilisa une feinte d'escrime consistant à faire croire qu'il préparait une attaque, afin que Fred cherche à prendre l'initiative pour ainsi le parer aisément, et même le désarmer en "emballant son fort" contre ceux des dagues. Puis utilisa sa riposte pour tracer une grande ligne sur le front du descendant de théo. Le coup aurait pu avoir d plus grandes conséquences, mais voir le sang couler sur les paupières du jeune homme et goutter devant ses yeux provoqua une intense satisfaction à l'Escrimeur, visible sur son visage, même dissimulé derrière le masque métallique qui recouvrait toute la partie allant de sa mâchoire jusqu'à son nez. Le rideau pourpre brouillait la vision de l'Ex-Inquisitor qui n'avait plus d'autre choix que d'y mettre un terme au plus vite. Il recula durant l'instant de gloire que son adversaire s'accordait, afin de prendre de l'élan puis se mit à sprinter dans sa direction. En voyant cela, l'Homme à la Rapière se mit en position, la main tenant l'arme au niveau de l'épaule opposée, prêt à effectuer un "lancer", technique qui transformait quasiment la lame en fouet, pouvant toucher l'autre duelliste dans son dos, et déchirer facilement la chair. Ce genre de coup était une formalité pour quelqu'un de son niveau, et il savait bien que la douleur provoquée, doublée de l'humiliation, était souvent fatal pour qui subissait cette attaque. Encore une ou deux poussées de Fred, et il pourrait lui asséner son combo final. Pris d'un élan de confiance, il n'eut pas le temps de voir le bouclier se déployer de l'exosquelette. Embarqué dans la charge furieuse du jeune homme, il se retrouva pris en étau entre un mur de pierres et le pavois technologique. Les os craquèrent quasiment tous un à un dans une violence rare, le bras plaqué contre l'épaule s'était retrouvé à lui exploser la cage thoracique, et l'impact avait fait voler le masque de métal. Ce dernier prit tout son sens quand Silverberg put voir que autours de sa bouche s'articulaient encore deux grandes mandibules velues, artefact de sa métamorphose dans la cité des Merveilles. Celles ci tentèrent de happer des parties du visage de l'Ex-Inquisitor, alors que leur propriétaire hurlait de douleur et de rage, les yeux injectés de sang et d'une haine monstrueuse. Afin de ne se retrouvait défigurer une fois de plus par son adversaire, le descendant de Théo mit la main sur la dague du vieux Bob qu'avait récupéré son opposant en les accueillant, et la lui planta dans le palet, lui traversant la cavité cranienne, tout en lui murmurant à l'oreille :
" Tu avais raison dans la prison… j'ai bien fait d'emmener un bouclier, on s'amuse en effet bien plus !"
Puis il se retira, laissant celui qui fut sûrement l'un des plus grand duelliste et esprit stratège du Cratère encastré dans le mur, prit de spasmes, lâchant le détonateur au sol. Moment où Fred comprit… Celui ci n'était pas du type à s'activer par pression, mais par relâchement. Qu'il vive ou qu'il meure, il avait juste à desserrer son poing pour faire exploser le bâtiment. Et ainsi, dans son dernier souffle, l'Escrimeur contempla son plan parfait prendre forme.

Le souterrain se mit à trembler tout autours de lui, le pentagramme était complet. Un cercle de runes rouges sanguines se forma, encerclant le vieux Bob et Aldo Azur, alors que des nuées brumeuses arrivèrent de cinqs directions différentes, formant une étoile et se liant au disque magique pour les enfermer tous deux dans une mini-tornade d'ombres. Au centre, le pyromage était au sol, de nouveau sous forme humaine, se tenant le visage entre les mains, entendant la voix de La Mort résonner dans sa tête, lui ordonnant de lâcher prise. Il ne pensa jamais faire cela, mais l'ancien aventurier remercia son démon de l'avoir habitué à ce genre de contact mental imposé. Il avait finit par hériger des barrières contre les attaques télépathiques de son adversaire. Ces dernières se heurtaient à la muraille de son esprit comme un bélier contre une porte, la brisant bout à bout.

Il se voyait debout, à côté de son père regarder l'enceinte vibrer et se perforer petit à petit.
"Et s'il y avait une autre possibilité Octavius ?
- A quoi penses tu Balthazar ?
- Ce qu'il veut de moi, c'est toi. Nous connaissons ce genre de passages mentaux… Abandonne moi, vas dans son corps, profite d'une puissance que tu n'as jamais connu, être libre d'être un démon à qui l'on imposera aucune bride.
- Et ne plus te tourmenter ? Ca serait presque… triste ?"
Les frappes s'amplifiaient à chaque minutes. Le temps leur était compté. Le vieux Bob attrapa son interlocuteur et l'enlaça amicalement, la larme à l'oeil.
"De toute façon, s'il vient ici, tu ne pourras plus jamais me tourmenter non plus… Ni profiter d'une enveloppe jeune et rapide… Tu seras plus puissant et immortel que jamais… Enoch serait fier de toi !"
Le démon se retira de l'étreinte et posa simplement la main sur la joue de son "fils" et déploya ses ailes membraneuses.
- Adieu Balthazar.
- Adieu Octavius."
Puis il prit son envol, et traversa la muraille mentale comme si elle avait été en verre, emportant avec lui, l'attaquant à l'autre bout du tunnel psychique.

L'ancien aventurier se soudain soulagé d'une pression, et rouvrit les yeux. Le spectacle qui lui faisait face était monstrueux. Toujours emprisonné dans la tempête avec Aldo Azur, ce dernier était à son tour en train de se tenir le crâne entre les mains, son corps se révulsant, se déformant, la chair s'étirait et se déchirait pendant que les os tentaient de fuir leurs formations habituelles, traversant muscles et peau. Le phénomène était insoutenable, surtout quand le corps se mit à prendre feu, emplissant le cercle runique d'une odeur de chair incandescente, et d'hurlements d'horreurs. Soudain, le paladin traversa la barrière magique, et sans hésitation, attrapa le pyro-mage et tenta de le hissa vers l'extérieur. A moitié conscient, le ménestrel s'en rendit toutefois compte et tenta d'envoyer toute son énergie dans l'ex-Inquisitor. Alors qu'une fumée commençait à s'extirper du corps de l'Immortel pour se diriger vers lui, il redoubla d'effort et sortit juste à temps, après en avoir inhalé une faible dose, avec le vieil homme entre les bras. Devant eux, la tornade sembla se compacter vers le centre du disque, avant de prendre elle aussi feu, puis dans une explosion finale : disparaître.

Il ne resta quasiment plus rien du corps déformé et carbonisé de l'ancien ami des aventurier, et aucun des membres du duo n'osa vraiment se pencher dessus. Le vieux Bob était allongé au sol, à regarder la voûte en respirant fort, la tête reposant sur les genoux de Fred, s'agrippant aux plis de la cape de ce dernier.
"Bob ? Ca va… On a réussi !
- Ca va ! Ca n'a jamais été aussi bien ! Je sens tout Fred… je ressens tout, le froid, le vrai froid, je te ressens toi, le chaleur d'un contact, la bise du courant d'air, la chaleur des torches… Je sens mon cerveau, mon coeur, seul, à moi seul. Je sens l'envie, l'innocence… Le goût amer du sang, qui ne me donne plus envie de tout détruire… je sens le calme, la sérénité. Je sens les autres…
- Ton démon, il est … ?
- Je l'ai trompé… j'ai été plus rusé que le malin, mais il nous a sauvé. Le principe du demi-démon, c'est que l'un ne peut pas vivre sans l'autre. C'est plus qu'une présence, c'est une morphologie… Le corps d'Aldo ne pouvait pas le recevoir, ne peut pas se métamorphoser… C'est ca qui l'a détruit.
- Mais toi, tu vas bien, non ? Tu vas survivre ? Tu peux survivre !
- Nous sommes tous formés pendant neuf mois dans l'eau, j'ai vécu 1358 ans dans les flammes, je survivrais bien une éternité dans les airs…
- Tu peux pas dire ça, tu es plus fort que la plupart des habitants du Cratère. Qu'est ce que je vais devenir ? Je n'ai plus de but, ni d'objectif …
- Va voir Eden… Elle te guidera.
- Je te le promet, mais Bob…
- Fred… Je n'ai jamais été aussi vivant."

Puis, il ferma les yeux, serein, heureux. Le plus vieux demi-démon du Cratère était mort, en tranquillité, caché des yeux et du jugement de tous. L'ex-Inquisotor avait tout perdu maintenant. Son travail, son histoire, son ami. Sans même essayer de se retenir, il laissa les larmes couler sur ses joues et se joindre aux traces de sang provenant de son front. Si bien qu'il ne se rendit même pas compte qu'un adolescent en haillons, les mains chacune enfermées dans des espèces de boîtes, le regardait, dissimulé derrière le trône sur lequel avait été assis Lord Azau. Il ne s'aperçut de sa présence qu'en se résignant à quitter les lieux. Il s'en approcha et regarda le garçon de 17 ans tout au plus. Une peau légèrement rougeâtres, des yeux violets, et une tignasse noire qui encadrait son portrait jusqu'aux épaules. C'était un prisonnier, mais pas n'importe lequel. Cet enfant était clairement un demi-élémentaire de feu dont La Mort et l'Homme à la Rapière voulaient se servir, soit pour le proclamer coupable des événements récents, afin de rallier les derniers partisans de la Lumière à sa cause, soit pour s'en servir comme cheval de Troie, avec la même stratégie, et le présenter aux Grandes Instances de la Lumière, dans le but de pouvoir investir les lieux et les raser avec le pouvoir qu'ils auraient récupéré de Bob. Sans hésiter, il brisa d'un coup de bouclier les menottes spéciales du gamin, l'empêchant surement d'utiliser ses pouvoirs. Il le prit par la main, et entreprit de sortir de ce tombeau, tout en prenant bien soin de récupérer la dague offerte par Eden, et de rabattre sa capuche sur sa tête, pour éviter d'affoler plus de gens avec sa vilaine cicatrice et son visage barbouillé de sang.

En arrivant à la surface, un agent de police l'attendait, lui ordonnant de mettre les mains sur la tête, de montrer son visage et de se rendre. Las, l'ex-Inquisitor le desarma rapidement en lançant la dague sur sa main. Puis il s'approcha de lui sans montrer plus de signes d'hostilité, tout en dégrafant la petite broche en forme de bouclier offerte par la descendante de Grunlek. Il la plaça dans la main de celui qui venait de l'interpeller, avant de repartir vers sa moto et d'y placer le garçon à l'arrière.
" Si vous ôtez ce qui ressemble à un diamant, vous trouverez une caméra avec une puce qui contient des enregistrements. Donnez ça à vos supérieurs, vous aurez les réels coupables.
- Et si vous étiez en train de me mentir ?"
Fred se contenta d'hausser les épaules, sans savoir quoi répondre, et se permit de récupérer de nouveau le couteau au pommeau en forme de crâne de dragon, ainsi que l'arme du policier qu'il rendit à son propriétaire.
"Si c'est le cas, alors tirez."
Perplexe, l'agent de sécurité ne sut quoi répondre, ni quoi faire.
" Et le démon ?
- Il s'est surement caché pour mourir, comme tous ceux de son espèce…
- Et donc vous allez redevenir Inquisitor ?"
Silverberg monta sur la moto et ordonna à l'adolescent de bien s'accrocher, démarra et tout en passant à côté de son interlocuteur, conclut simplement.
" Le temps de l'Inquisitor est mort, voici venu celui du Paladin."

THE END


Bon, ça y est, nous y sommes : la fin de Les démons se cachent pour mourir

J'espère sincèrement que vous avez trouvé le final à la hauteur de vos attentes et que le scénario dans sa globalité vous a plu... Et si vous êtes triste car c'est déjà la fin, un épilogue arrivera bientôt qui devrait faire plaisir à plus d'un (mercredi je pense) et le "DVD Bonus" aussi (Dimanche prochain).
N'hésitez pas à laisser une review, un mauvais final peut réduire à néant toute une histoire, donc c'est vraiment là que j'ai besoin de retours !
N'hésitez pas non plus à proposer vos différentes idées de futures fan-fictions qui colleraient bien à mon style, ou que vous aimeriez voir traitées ! J'en proposerais quelques une après l' épilogue aussi !

Merci encore de m'avoir lu, et de m'avoir accompagné dans ce projet !
Bonne continuation à tous, on se retrouve pour l'épilogue ! Alea Jacta est !