Céleri, poireaux, une carotte, restes de thon en boîte… De quoi faire du tempura(1). Cela suffira pour la soirée, il tiendra avec ça sans problème.
… merde, plus d'huile. Manger ces légumes comme ça ? Boarf, il a le temps de faire les courses encore, autant en profiter. Prendre son porte-monnaie. Ne pas oublier sa veste, il commence à faire froid. Sortir, fermer la porte. En avant.
Il marchait tranquillement vers le supermarché, qui se situait non loin de chez lui, lorsqu'il vit une allure qu'il reconnaissait; plus il s'approchait et plus la conviction que c'était quelqu'un de son équipe grandissait. Jusqu'à la reconnaître. Elle leva la tête et le reconnut :
- Hiruma-san…
- … Qu'est-ce que tu fous là, fuckin' cheer ?
- Je…
Son regard fuit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû faire l'avait amenée à errer dans les rues.
- J'ai… J'ai fugué.
Il connaissait trop bien ça. Il savait quel désarroi cela représentait pour un adolescent ne pas savoir où aller, où dormir, choisir un coin de rue… Non, elle ne devait pas vivre ça. Elle était une jeune fille ravissante, n'importe quoi pourrait lui arriver pendant la nuit. Depuis quand se souciait-il du bien-être des autres ? Depuis que l'équipe s'était soudée, probablement. Suzuna était une fille pleine d'énergie, la perdre serait malheureux.
- … Viens avec moi, je vais faire les courses.
- Qu… Quoi ?
- Tu dors chez moi, ce soir.
Un ton sans réplique. Il ne fallait surtout pas qu'elle soit toute seule. Contrainte, elle le suivit dans le magasin et le laissa choisir ce qu'il voulait riz, huile, oignons, pommes de terre douces, aubergines, crème liquide, saumon.
Un silence étrange jusqu'à l'arrivée chez lui. Là, elle découvrit un petit appartement dans un capharnaüm sans nom.
- Hiruma-san, je… je peux faire quelque chose pour t'aider ?
- Nan, laisse-moi faire.
Il était déjà dans la cuisine et préparait le riz à mettre dans son autocuiseur. Puis, lorsque ce fut lancé, il sortit tous les légumes et la farine qu'il comptait utiliser pour ses tempuras. Un bol, de l'eau, la farine, mélanger. Faire bouillir l'huile. En attendant, couper les légumes. Les tremper dans l'eau. Les tremper dans l'huile… Et ça fera des tempuras tous chauds(2). Non, vraiment, cette vanne à la française était tout simplement lamentable. L'effacer de la mémoire, vite.
Une demi-heure plus tard, le repas était prêt. Suzuna avait eu le temps de prendre une douche et il avait eu la sympathie de lui prêter un vieux T-shirt qui lui servait à présent de pyjama. Elle insista pour mettre la table pendant qu'il finissait de tout mettre sur un plat. Il accepta d'un grognement et posa le tout entre les assiettes.
- Bon appétit ! s'exclama sans attendre la jeune fille, qui se jeta sur le repas.
Il se contenta de se servir et de manger. Bientôt, la cheerleader, qui observait l'endroit, aperçut un cadre sur la table de chevet, sur le lit de la pièce d'à côté, qui l'interloqua :
- C'est qui, sur la photo ?
Il la dévisagea quelque temps et, voyant bien qu'elle ne lâcherait pas le morceau à moins qu'il ne s'explique un minimum, craqua :
- Ma sœur.
Et il replongea dans son repas, lui faisant clairement comprendre qu'il avait déjà été assez gentil pour ne pas tout simplement l'envoyer bouler et qu'elle n'avait pas intérêt à vouloir en savoir plus. Mais, courageuse et inconsciente, elle tenta tout de même le coup :
- Où est-elle ?
Il finit sa bouchée, son riz, se leva, lava son assiette. Comme elle ne mangeait plus, il l'interrogea du regard, la faisant réaliser qu'elle devait terminer son repas. En attendant, il s'occupa du plat, de l'autocuiseur et de la casserole. Elle posa son assiette à côté de l'évier et alla dans la pièce voisine, se posant sur le lit et empoignant le cadre qu'elle avait vu. La fille était magnifique des cheveux noirs, de légers reflets rouges des yeux bleutés qui lui rappelaient beaucoup les siens -était-ce la raison pour laquelle il avait accepté de répondre au moins à sa première question ?
Lorsqu'il revint, il la vit, le cadre en main.
- Pourquoi t'intéresses-tu à ça ?
- Parce que je vais dormir ici cette nuit et que ça m'a intriguée…
- Lâche ça.
Elle obéit, voyant bien que la situation le mettait mal à l'aise, et décida de changer de sujet, commençant par s'excuser de devoir s'imposer ici. Il secoua la tête ce n'était pas bien grave, il fallait bien ça de temps en temps, il n'allait pas la laisser errer dans les rues de Tokyo. Elle vit dans la bibliothèque un jeu d'échecs; elle se jeta dessus et lui proposa une partie, qu'il accepta. Ils discutèrent longuement pendant que Hiruma battait la jeune fille à plates coutures, parlant des Devil Bats, de leurs progrès fulgurants, de la famille de Suzuna et enfin abordèrent les raisons pour lesquelles elle était partie.
- Je n'arrive pas à comprendre pourquoi mon frère est le préféré. Il est parti pendant des mois et on l'accueille comme un roi !
- Dis-moi la vérité cheerlader, qu'est-ce qui t'a amenée dans ces rues sombres ?
- Mais… Mais ils pourraient au moins lui montrer que ça ne se fait pas ! persista-t-elle.
- Tu ne trouves pas que tu le martyrises déjà assez ? demanda-t-il alors, préférant laisser l'interrogatoire à plus tard. Echec.
- Ah… Hm… Voilà. Mais il mérite ce que je lui fais, je l'ai cherché pendant tant de temps, et lui qui me salue comme si on ne s'était jamais quittés… Merde !
- Eh ouais. Fallait faire gaffe à ta dame. Echec et mat.
-Mais… Mais qui t'a appris à si bien jouer ?
- Mon père.
Son visage s'assombrit en prononçant ces mots; curieuse, elle insista, décidant de tester l'indulgence du jeune homme :
- Comment était-il ?
Il ne répondit pas, et reposa le jeu à sa place.
- Où est ta sœur ? tenta-t-elle encore.
- T'as bientôt fini avec tes questions ?
- P… Pardon…
Il était bientôt minuit, aussi décidèrent-ils de se coucher, commençant à fatiguer. N'ayant qu'un lit double, Hiruma laissa la jeune fille prendre la place qu'elle voulait et prit l'autre côté du lit. Mais quand il éteignit la lumière, elle reprit la parole :
- Hiruma-san… Je… Je peux te dire quelque chose ?
- …
- Je… Je te remercie de m'avoir accueillie pour cette nuit, c'est… c'est vraiment gentil…
- Je t'ai déjà répondu, fuckin' cheer.
- Oui, mais, aussi… Je crois que je te considère comme un grand frère… Celui dont je peux être fière et qui sera toujours là pour me protéger, même s'il ne le dira jamais…
- Tch. Sale gosse.
Elle eu un petit rire et lui souhaita une bonne nuit.
Le lendemain matin, elle fut violemment tirée de son sommeil par une sonnerie stridente, et se cacha sous son oreiller en gémissant. Mais quand le bruit s'arrêta, elle sentit le coussin partir, et s'y accrocha.
- Lâche ça, il faut se lever maintenant.
Elle ouvrit péniblement les yeux quand il lui arracha l'oreiller des mains, et se retourna vers le plafond.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il est sept heures. Hop, tu dois encore manger et te laver.
- Je veux dormir… bougonna-t-elle.
Mais c'était sans compter l'extrémisme de son hôte : il attrapa le côté du matelas où lui-même avait dormi et le leva, faisant glisser Suzuna par terre dans un terrible hurlement qui lui déchira les oreilles.
- Super, tu as réveillé tout mon étage en même temps, lança-t-il en remettant le matelas en place.
- Pourquoi tu as fait ça ?!
- Parce que tu ne semblais pas pressée de partir. Si à sept heures vingt tu n'es pas prête, je t'enferme dans mon appartement.
Elle grogna encore un peu, mais se leva enfin et commença par prendre une douche rapide et à s'habiller avant de venir dans la cuisine manger deux tranches de pain à la confiture de myrtille et boire un verre de jus de fruits. Juste quand elle eut fini, elle vit l'heure et se rua dans la salle de bain se laver à la quatrième vitesse les dents et enfila aussi rapidement que possible ses chaussures et sa veste, et attrapa son sac juste avant que le quaterback ne referme la porte.
- Tu vois, j'étais dans les temps ! lui dit-elle, un grand sourire aux lèvres.
- Au fait, Suzuna-chan… Si c'est Kuritan et Musashan… Comment appelles-tu Hiruma-san ?
- Yô-ni !
Un léger sourire apparut sur les lèvres du quaterback. Il importait finalement peu, ce qui avait bien pu l'amener à fuguer, elle le lui dirait quand elle le souhaiterait. Et puis il en avait lui-même une vague idée.
(1)tempura : beignets panés de légumes
(2)Kotias s'excuse pour cette mauvaise blague et se flagelle actuellement pour faire pardonner ses fautes. [Ouh, ça c'était une mauvaise blague, owi, qu'elle était mauvaise !] (ou comment caser une référence à Death Note la série abrégée… *RIP*)
