Kooonn'nnichiwaaaaa miiinnnnaaa-sssaaann !
Je ne vous embête pas longtemps promis ! (Je me réserve ce droit si précieux pour la fin mouahahah…) (Et croyez-moi, j'ai un sacré paquet de chose à vous partager !) Je voulais juste vous dire… Merrcccciiii, et ouiii, merci aux personnes pouvant lire (et même apprécier ?) cette petite fiction… Ça me rend toute heureuse hihi... Bref, je vous souhaite une bonne petite lecture ! (Oh, et… Gros premier syndrome de page blanche, sur ce chapitre… On va mettre ça sur le compte du fait que ce soit le dernier, hein...)
Il faisait chaud. Terriblement chaud. Et même s'il n'était plus à prouver qu'il était habitué à la chaleur, cette nuit était bien trop étouffante.
Hargneux, Haruya se redressa, en laissant un juron passer ses lèvres et son oreiller s'écrasa sur le mur d'en face. Cela faisait maintenant quelques jours que Fuusuke et lui étaient revenu au Japon. Ainsi, bien que tout soit rentré dans le meilleur ordre possible, son sommeil était encore altéré. Et ce soir-là, par une accablante température, frôlant la canicule, il en était certain.
- Fuu' tu dors ?
Mis à part la brise nocturne, tout aussi torride, se nichant par la fenêtre, l'adolescent n'eut aucune réponse.
- Hein Fuusuke, t'es réveillé ?
Le carmin soupira. Même si elle le ridiculisait, la fatigue était toujours bien présente. Lui engendrant des actions potentiellement regrettables. Il se laissa lourdement tomber sur le matelas avant d'entendre un gémissement étouffé. Il tourna la tête et vit les draps se mouvoir dans le lit d'à côté. Un instant, le fulminant garçon n'en crut pas ses yeux. Avait-il enfin réussi à rentrer dans le monde des rêves ou son meilleur ami était complètement fou ? Fuusuke méritait bien son merveilleux surnom de "glaçon", dans la mesure où l'albinos dormait bien emmitouflé dans ses couvertures, alors que le thermomètre effleurait les quarante degrés.
- Fuu' ?
- Mmh… Haruya… Qu'est-ce que… Tu me veux ?
- T'as pas un peu chaud ?
De son propre lit, le carmin entendit une nouvelle fois son ami soupirer.
- Haru'… Rendors-toi.
- Mais…
Haruya fut presque vexé, lorsqu'il vit l'argenté remonter ses indénombrables draps jusqu'à son nez. L'adolescent dut alors se retenir de lui envoyer une petite insulte. Cependant, il se souvint alors d'une chose.
Sans bruit, il se leva et se rapprocha prudemment du lit de Fuusuke. Il attendit d'être sur que l'autre retourne entièrement dans son sommeil puis, délicatement, le carmin repoussa la couette recouvrant le visage de son ami. Oui, Haruya avait omis un détail. Il finit par s'accroupir au chevet de l'albinos en posant doucement sa main sur front. Fuusuke avait sans doute un peu de fièvre, il n'en doutait pas. Même, il en avait très certainement, il était bouillant. Cet imbécile avait toujours le chic, la malchance, l'incohérence, de tomber malade en été ou au printemps et ça, depuis qu'il le connaissait. Il avait toujours eu ces petites joues toutes roses causé par l'hyperthermie, sa petite voix enrouée, et presque aiguë du au rhume, ses multiples frissons, et donc cette manie ridicule de rajouter un nombre incalculable de couverture sur son lit. En été. Haruya sourit faiblement, en continuant de caresser et repousser les mèches de cheveux argentés. Lui mourrait de chaud, l'autre, d'une satanée grippe. Et pourtant, ces deux choses, aussi contraire soient-elles, lui rappelaient ce pourquoi ils en étaient là aujourd'hui.
- J'avais oublié que tu étais encore malade… Idiot…
Ce qu'il ne se doutait pas en revanche, était que, la maladie en étant sûrement pour beaucoup, ce souvenir repassait également dans l'esprit de Fuusuke. Jusqu'à le toucher et l'envahir pleinement. En s'emparant ainsi de son subconscient.
¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤
La vengeance est un plan qui se mange froid. Cette phrase, l'adolescent la connaissait par cœur. Comparé à son ami aux cheveux écarlates, il attendait toujours longtemps avant de prendre une quelconque revanche. Même si, en soi, se venger n'était pas la meilleure solution, voire la pire issue possible, son enfance lui avait prouvé que demander réparation pouvait être une alternative assez judicieuse, dans la mesure où, petit, cela finissait généralement bien. Les vengeances enfantines avaient un certain côté amusant, quand bien même, elles étaient pathétiques. Cependant, Fuusuke n'était plus le petit garçon du Sun Garden. Il n'était plus ce petit bout de chou sous le signe de la glace, passant les trois quarts du temps à jouer au football. Fuusuke avait désormais bien grandi. Peut-être même trop vite, prenant ainsi conscience de chose qu'il aurait sans doute préféré ne jamais savoir. Oui, le petit garçon aux cheveux argentés n'était dorénavant plus un gamin, cela, il en était lui-même certain. Et ce, plusieurs facteurs le lui prouvaient.
Même si l'existence n'avait pas été clémente avec lui lorsqu'il était né, il avait appris à faire confiance aux autres. Quand bien même sa grande timidité lui donnait l'image d'un petit bloc de glace. Tout avait commencé avec un bambin aux yeux d'ambre, qui hurlant à travers l'orphelinat telle une tornade, l'avait entraîné dans de multiples péripéties, plus folles les une que les autres. Puis, il avait commencé à connaitre un certain garçon aux cheveux verts, qui gardait constamment un visage d'ange, sous l'emprise totale d'une adorable naïveté. Contre toute attente, Fuusuke s'était même lié d'amitié avec un autre enfant, qui, malgré tout le sérieux qu'il pouvait avoir, ne cherchait rien d'autre qu'un peu d'amusement. Et finalement, il avait rencontré un petit roux aux grands yeux turquoise, qu'il avait presque admiré pour son grand calme quotidien. Néanmoins, quelque chose clochait avec ce dernier garçon. Dès son plus jeune âge, Fuusuke avait remarqué que leur Père portait plus d'importance à Hiroto. Et, même si cela pouvait paraître dur de savoir que l'homme qu'on vénérait le plus au monde avait un chouchou, il l'avait finalement toujours accepté, pensant que Père devait trouver plus en Hiroto qu'en lui, Haruya, Ryuuji, Osamu ou les autres. Pourtant, il savait qu'Haruya en avait toujours voulu à Hiroto, ainsi qu'à leur Père. Même si cette colère n'était rien d'autre que de la jalousie. Ceci, Fuusuke le concevait mieux que personne. Pourtant avec le temps, le garçon de glace avait su la pleine raison de l'attachement particulier que Père avait pour Hiroto. Ce qui avait rendu une plus grosse indulgence à leur égard. Où plutôt à l'égard de Père. Et par conséquent, avait diminué l'envie de représailles. Diminué. Dans la mesure où Père voyait en Hiroto son fils disparu, ni l'un, ni l'autre ni pouvaient grand chose. Même si il fallait avouer que le roux en avait dorénavant joué au fil du temps.
Oui, Fuusuke avait fait confiance à ses amis avec le temps. Il avait fait confiance à Haruya. A Ryuuji. A Osamu. A Hiroto. De plus, il était certain d'une chose. Que la plus grande confiance qu'il avait donnée était à leur Père. Il était leur père, leur mentor, leur sauveur, de l'orphelinat. Même si Hiroto était son favori, cela n'empêchait pas qu'il chérisse également les autres enfants. Du moins, c'était ce qu'il laissait croire. Fuusuke lui avait transmis toute sa croyance. Fuusuke lui faisait confiance. Aveuglement.
Il y aurait donc vengeance. Même si il n'était plus enfant. Même s'il était assez mature pour savoir que c'était complètement stupide. Il y aurait vengeance. Il ne pouvait plus reculer. Il ne voulait plus reculer. Il allait aller jusqu'au bout. Et il se fichait bien des conséquences. Une partie de sa vie à l'orphelinat avait été volée. Ses véritables amis avaient été enlevés. L'idée qu'il s'était fait de Père s'était écroulée. Sa confiance avait été brisée. Tout avait été réduit en poussière. Depuis le début.
Dans son esprit, cela lui paressait tellement paradoxale, qu'il avait du y réfléchir plusieurs fois. Hiroto avait toujours été sur un piédestal. Personnes ne lui en voulait pleinement. Tout le monde le savait. Enfin, aurait-il encore fallu que ce "tout le monde" l'accepte et ne dénie plus. Et pourtant, il avait eu la bêtise de croire qu'étant à la même hiérarchie que lui, il aurait une chance de pouvoir être sacré capitaine de Genesis. En étant en compétition contre Hiroto. Contre Gran. Contre le chouchou. Haruya avait raison. C'était un abruti. Oui, Gazel, ou Suzuno Fuusuke peu importe, était un abruti. Il n'était pas dupe. Il n'avait jamais été dupe. Néanmoins, il avait eu la confiance, l'espoir, l'envie, de croire qu'il pourrait être meilleur que le favori. Meilleur que le favori. En y repensant à deux fois, en effet, c'était vraiment inintelligent. C'était même… Complètement con. Le pire était qu'il s'en était rendu compte. Il le savait. Non. Il l'avait toujours su. Sans une once d'exagération, Fuusuke l'avait toujours su au fond de lui. Mais une chose avait empêché que cette conjecture prenne réellement forme sous ses yeux. Cette chose avait pour nom la confiance. La simple confiance. Qu'il avait mis en une seule personne. Père.
Haruya s'était en quelque sorte déjà vengé. En se rendant à Okinawa, Fuusuke avait très bien compris que c'était une sorte de semi-revanche, voilée. Une revanche qui, dans la tête du carmin, n'en était pas vraiment une. Même si sous les yeux de glace, cela l'était beaucoup plus. Et puis, quand bien même, la véritable vengeance d'Haruya avait été l'idée de créer Chaos. Ceci, plus personne n'en doutait. Mais alors, Fuusuke… Il n'avait toujours pas demandé réparation. Depuis sa tendre enfance, en mettant de côté les ridicules blagues qu'il avait faites, il ne s'était jamais réellement vengé. Et maintenant il savait… Père s'était joué de lui. Joué d'eux. Toutes les équipes, excepté Gaïa, n'étaient que des pions sur un échiquier nommé l'Aliea Gakuen, protégeant le roi, du nom de Genesis, le temps que les adversaires, appelé Raimon, soient pleinement adroits à engager un match contre eux. Et Gaïa avait toujours été Genesis. Depuis l'aube du projet Aliea. Ce n'était plus à prouver dans l'esprit de l'albinos. Et même si c'était littéralement égoïste, et sans doute aliéné, il aurait préféré être au même rang que la Gemini Strom ou Epsilon, quitte à passer pour un faible, que d'être au rang suprême, et croire aveuglement qu'il pourrait être le souverain de l'académie, avec son équipe.
Plusieurs facteurs lui prouvaient qu'il avait donc bien grandi.
D'une part, il s'était rendu compte du dessous de toute cette mascarade. Mieux vaut tard que jamais après tout. Il n'avait communiqué sa découverte à personne. Cela n'aurait servi à rien. Chaque joueur tenant à Père plus qu'à la prunelle de leurs yeux. Il aurait été, sans aucun doute possible, traité comme la peste. La création de Chaos n'arrangeant certainement rien : il avait osé bâtir et mener, avec Haruya, une idée de riposte ; leur équipe mêlée, cette équipe mêlée, qu'ils avaient faite seuls, sans l'aide de qui que ce soit. Il avait eu ; ils avaient eu le courage de le faire. Quand bien même certain risque pouvait être encouru. Quand bien même Père avait pu être déçu, pour des raisons qu'il lui était strictement propre. Le danger ne les concernait pas tant finalement. Il avait également réussi à contenir cette colère, même lorsque Gran était intervenu contre le match de Néo-Genesis. Et pourtant… Qui savait à quel point son comportement l'aurait mérité plus d'une fois. Il le méritait plus que personne. Quoi que… Quand bien même Chaos était une idée absurde, quand bien même Gran était… Gran. Lui et sa toute nouvelle répartie hautaine et blessante. Il découlait certaines normes et valeurs, dans la manière de considérer le monde extérieur et de s'exprimer envers les autres. Il découlait certaines normes et valeurs, lorsque quelqu'un s'engage à vous protéger quoi qu'il arrive, et à qui l'on donne ça confiance. Malgré tout, malgré tous les événements qui perduraient depuis des années maintenant, Fuusuke était parvenu à encaisser ce que le chouchou faisait. A ce qu'on lui avait fait et lui faisait subir. Maintenant, il n'y parvenait tout simplement plus.
D'autre part, parce qu'il s'était finalement rendu compte qu'il chérissait leur Sun Garden. Que cet orphelinat lui manquait plus qu'il ne l'aurait imaginé. C'était ce qu'il voulait retrouver. Peut-être plus que n'importe quoi. Même si, lorsqu'on l'avait placé, lors de ses premiers jours en tant qu'orphelin du Soleil, il s'était juré de quitter cette institution dès qu'il le pourrait. Qu'il ne pourrait jamais aimer être ici. Qu'il ne pourrait jamais aimer qui et quoi que ce soit dans cet orphelinat. Il avait juste compris que cette promesse était celle d'un enfant. Un enfant qui venait de tout perdre. Ses parents, sa famille. Désormais, il avait réussi à faire la part des choses. La part des choses entre passé, présent et futur. Le passé avait été douloureux. Plus que douloureux. Néanmoins, cette blessure, aussi irréparable et à jamais tangible soit-elle, avait été recouverte par d'autres choses, bien plus heureuses. Par des souvenirs de petit garçon, au côté d'un garnement aux yeux d'or et d'adorables autres orphelins. Cependant, son présent n'était en rien les idées qu'ils s'étaient faites, petit garçon. C'était même bien pire. Aussi, s'il voulait que son futur soit, peut-être pas le plus merveilleux, mais beaucoup moins mauvais, il devait agir. Or, même en prenant en compte que la suite du projet Aliea aurait pu être totalement différente pour lui, ainsi que pour Haruya, et peut-être également pour les autres, il y avait bien une chose, une ultime chose qui lui prouvait que tout cela était allé bien trop loin. On lui avait pris ses amis. Sa vie à l'orphelinat. L'idée si heureuse qu'il s'était faite de Père. Le temps qu'il aurait pu partager avec Haruya. Sa dignité, sa fierté. Toutes les espérances de ses coéquipiers. L'aveugle chance qu'il présumait avoir avec son équipe. Celle avec Chaos. La goutte d'eau fut les larmes que les yeux d'or avaient versées à l'aube.
¤.¤
L'académie ne se faisait que davantage présente sous leurs yeux, proportionnellement à l'emprise que l'autre avait sur son poignet. Ils remontaient la forêt en silence, celui-ci seulement rempli par quelques grains de pluie tombant des feuilles, ici et là. Ils marchaient, et marchaient encore, sans penser qu'il leur manquait dorénavant une nuit entière de sommeil. Peu leur importait. Cela n'était finalement pas la première fois. Il étreignait lui aussi son bras. Sans cela, il n'aurait jamais pu se relever. Sans lui, il n'aurait jamais pu se relever. Au sens propre comme au figuré. L'un sans l'autre, ils n'étaient plus rien. Ils en étaient désormais certains. Tout serait impossible à combattre. Sans qu'ils soient réunis. Sans qu'ils soient ensemble. Sans qu'il soit avec lui.
Le soleil brillait de plus en plus sur le complexe, dont ils étaient de plus en plus proches. A cette heure-ci, peu de joueurs devaient être levé, seulement quelques uns, en particulier des membres de Genesis, en plein entraînement. Le match contre Raimon approchait. Ce n'était plus qu'une question de temps. Plus qu'une question d'heures. De minutes. De secondes. Le match avait lieu ajourd'hui. Cependant, Fuusuke s'était promis des représailles. Pour lui. Pour l'autre. Qu'un match soit prévu. Ou non. Soudain, l'albinos sentit une pression plus importante sur épaule et se retrouva incapable de continuer d'avancer. Lentement, il se retrouva face à deux grands yeux ambrés, qu'il connaissait mieux de quiconque. Les joues gonflées, comparables à la couleur de ses cheveux de feu, n'étaient plus qu'un lointain souvenir désormais, laissant presque place à des sourcils froncés. Fuusuke soupira doucement et essaya d'étirer au mieux un sourire sur ses lèvres.
- On est censé faire quoi au juste ?
Son regard avait beau avoir retrouvé un semblant de résistance, sa voix n'était pas aussi ferme pour autant.
- Je l'ignore.
Fuusuke répondit cela naturellement. En souriant délicatement. Oui, il l'ignorait. Il n'avait strictement aucune idée de ce qu'ils devaient ou pouvaient entreprendre. Encore moins de l'accueil qu'on leur réserverait. En y repensant, il avait désobéi aux surveillants. Enfin désobéi… Plus ou moins. Il avait dévalé l'académie, en forçant le passage auprès de ces imbéciles. Revenir comme si rien n'avait eu lieu n'était sans doute pas judicieux. Ces adultes n'étant pas aussi benêts qu'il n'aurait voulu le croire.
- Cependant je t'ai promis que ça irai pour toi. Je tiendrai ma promesse, ça tu peux en être certain Haruya.
L'albinos sourit une nouvelle fois. Tendrement. En comprimant discrètement son poing. Il ne savait en effet pas ce qu'ils devaient faire. De manière officielle. Officiellement. Il ignorait la conduite correcte qu'ils devaient adopter dans une telle situation. Il n'avait aucune idée des actes à accomplir, en apparence. Des réactions qu'Haruya et lui devaient ou non avoir, pour les sauver, ces apparences. Cependant, il était certain de ce qu'il était nécessaire de faire. Officieusement. D'une quelconque manière officieuse, il savait ce qu'il devait faire. Cette action, il se l'était alors exigé de la réaliser. Quand bien même, quiconque la trouverait injustifiée. Quand bien même, elle avait un incontestable goût de vengeance. Quand bien même, il n'était pas sur qu'Haruya s'en rendrait compte. Quand bien même elle était idiote ou complètement folle. Fuusuke savait ce qu'il se devait de l'accomplir. Pour lui. Pour l'autre.
Promptement, l'albinos sentit quelque chose sur sa joue. Il cligna des yeux et croisa ceux d'Haruya. Ils brillaient. Brillaient comme jamais Fuusuke ne les avait vus scintiller. Et bien qu'ils rayonnaient inévitablement moins heureux qu'au premier jour, ils avaient retrouvé leur éclat. Un éclat sincère. L'éclat véritable.
Le carmin lui frottait la joue avec sa manche. Doucement. Délicatement.
- Qu'est-ce que tu vas dire à propos de ça ?
- A propos de quoi ?
Haruya fit une moue et lui lança un regard réprobateur.
- T'es blessé je te signale.
- Ça partira avec de l'eau.
La moue de son ami n'en fut que plus renforcée. En souriant, Fuusuke prit doucement son poignet. Et sans rien ajouter de plus, le tira contre lui et recommença à gravir la pente. Haruya le suivit, bredouille, en ayant la certitude que son ami ne lui disait pas tout. Et cela, l'albinos le savait pertinemment.
Ce fut alors qu'ils entendirent des voix. Des voix graves. Comme celles des vigiles. Haruya releva la tête. Il crut un instant voir l'entrée avant d'être tirer vers l'arrière.
- Viens par là.
Le carmin arqua un sourcil.
- Haruya, j'ai peut-être omis de te dire une certaine chose.
- Laquelle ?
- Je crois que… Que les surveillants me cherchent.
- Quoi ?
Fuusuke agrippa son bras et le traîna davantage en retraite.
- Hier soir… J'ai sans doute un peu tout chamboulé en te rejoignant.
- Attends… Tu veux dire que…
Haruya ouvrit grands les yeux.
- Que s'ils tirent de tels tronches funestes, c'est parce que…
- Parce que je suis parti contre leur gré ? Exactement.
L'albinos sourit.
- Mais ça ne tourne pas rond chez toi !
- Tu as sans doute raison.
Haruya grimaça d'autant plus.
- Suis-moi, on va passer sur le côté.
L'albinos prit alors la main de son ami et l'entraîna à marcher avec lui le long de la paroi.
- C'est pas un peu dangereux ce qu'on fait ?
- Haru'… Je t'en pose des questions ? Fais-moi confiance
Derrière lui, Fuusuke entendit son ami pester. Néanmoins, il le sentit également serrer davantage son poignet.
Lentement mais sûrement, l'albinos finit par s'arrêter et releva la tête.
- C'est là.
Haruya fit de même puis sourcilla.
- Tu peux me spécifier notre présence ici ?
Fuusuke plissa les yeux. Oui, c'était bien ici. Il en était certain.
- Hein Fuu…
Ce dernier escalada alors sur plusieurs rochers avant de poser ses mains sur un rebord et se hisser dans une petite cavité, que le carmin n'avait visiblement pas remarquée.
Minutieusement, l'argenté se retourna. Un passage. Un petit passage. Un petit passage, assez grand pour qu'ils s'introduisent à l'intérieur du bâtiment. Ce fut la seule chose qu'il trouva, dont il était vraiment fier. Dont il pouvait vraiment se servir. Il donna alors un coup pieds dans la fenêtre, qui ne demanda qu'à s'ouvrir facilement.
- Comment… Comment as-tu su qu'il y avait un moyen de rentrer ici ?
- J'ai mes petits secrets.
Fuusuke sourit une nouvelle fois. Haruya arqua un sourcil, mais ne tarda pas à attraper la main que son ami lui tendait. Il grimpa à ses côtés, et après s'être lancé un coup d'œil, il sauta le premier. L'albinos déglutit et comprima d'autant plus ses dents. Sa colère ne tarderait pas à sortir. Il ne pourrait plus se voiler la face encore longtemps.
- Fuu' ?
Il secoua la tête.
- Tu viens ?
Et abaissa les yeux.
- Regarde pas en bas.
Il étira ses lèvres. Il ne voulait pas qu'il endure plus à cause de lui. Il ne voulait pas qu'il risque de s'inquiéter à cause de lui. Il ne voulait plus qu'il souffre. Il lui cachait donc pleinement le fond de sa pensée. Malgré le fait que sa conscience se tuer à essayer de le convaincre que le mensonge était mal. Surtout envers lui. Il avait prévu une vengeance. Un petit mensonge n'était rien à côté.
¤.¤
Ses jambes ne purent le soutenir lorsqu'il atterrit. Il ne put se s'attraper. Il tomba. Haruya lui prit alors le bras et l'aida à se relever.
- Tu n'as rien ?
- Non, ça va.
Fuusuke sourit, d'un sourire similaire aux indénombrables précédents. En se mordant la lèvre. Le carmin allait se douter de quelque chose s'il continuait dans cette voie. C'était certain.
- Fuu'… Où est-ce qu'on est ?
- Cet endroit ne te dit rien ?
- Si je te pose la question…
- C'est la salle où les premiers essais avec la pierre ont été réalisés.
Haruya se figea.
- Par… Pardon ?
- Sortons de là vite fait. Il y a peu de chances qu'il y ait, ne serait-ce un rat dans cette pièce, mais mieux vaudrait être prudents.
Fuusuke embarqua son ami vers la sortie, qu'il ouvrit d'un second coup de pied.
- Fuu'… Mais ça ne te fait rien de revenir ici ?
- Si, bien sur que si. Mais n'y pense pas. Ce n'est qu'un lointain souvenir.
Après avoir regardé à droite puis à gauche, l'albinos referma la porte.
- Laissons les souvenirs où ils ont commencé.
En actionnant le verrou. Haruya le regarda faire, la mine défaite.
- C'est inutile de laisser notre tête revivre tout ça. Je ne dis pas d'enfermer tout ça à jamais. On n'en a juste pas besoin aujourd'hui.
Fuusuke sourit doucement. Une énième fois. Ils entendirent soudain des voix mêlées, venant de l'entrée. Haruya se rapprocha, en ayant toujours la main de l'argenté dans la sienne. Ils virent alors un troupeau d'adolescents. Fuusuke eut un mouvement de recul. Et retira frugalement son poignet de l'étreinte de son ami. Le carmin en savait l'une des causes. Son ami était blessé. Il était sans doute préférable de le cacher aux autres. Néanmoins, ce n'était pas l'unique prétexte. D'une part… Cela n'eut pas l'air de surprendre Haruya, mais voir autant d'aliens, de si bon matin, les équipes, exceptées Genesis, toutes réunies dans la même pièce, à former un tel brouhaha, était assez vertigineux pour l'albinos. Dans toutes les perceptions du terme. Il cessa d'avancer. En ayant le mur comme seul renfort. Haruya était près de lui. Mais semblait si loin, en compagnie de ses équipiers. C'était là sa chance. L'opportunité de s'éclipser. Seul.
- Qu'est ce qu'il se passe ?
De son point de vue, Fuusuke savait que Rean avait remarqué qui lui avait posé la question. Elle n'avait cependant pas engendré de contact visuel avec son ancien capitaine.
- Il y a eu une fuite.
- Une fuite ? Rean de quoi…
- Hier soir.
D'autre part… Clear. Elle occuperait bien Haruya, le temps que Fuusuke fasse quelques autres pas en arrière.
- D'après les rumeurs et les dires des surveillants, quelqu'un a filé hier soir.
Oui. En effet. C'était même ce qu'il comptait faire à nouveau. Haruya déglutit.
- Apparemment, les gardiens n'ont rien pu faire contre ; même un a été blessé.
Ils l'avaient adulé. Comme il fallait. Haruya lui jeta un coup d'œil.
- Et… ils savent qui c'est ?
- D'après ce que j'ai entendu, non. C'est allé assez vite ; de plus, c'était au beau milieu de la nuit.
Lentement, Fuusuke remarqua un des adultes se tourner vers le groupe.
- Ils n'ont même pas une piste ? Même une toute petite ?
L'albinos se raidit. Haruya arqua un sourcil et s'immobilisa à son tour.
- Non, comme je t'ai dit, ils n'ont rien vu.
- Et puis, on était tous présents. N'est-ce pas ?
- Ouais. Rhionne a raison. Ils ont regardé dans toutes les chambres, dans toutes les salles d'entraînements.
- Et quand bien même il manquait Gran, Gazel et toi.
Le surveillant se pencha davantage. Haruya entreprit de reculer. Il voulait sans doute lui dire de déguerpir au plus vite, l'imbécile en noir n'étant pas dupe à ce point.
- Gran a été acquitté.
- Et Gazel et toi, vous êtes finalement là.
- Et puis, qui sait à quel point il est dur, même impossible, de décamper ou particulièrement de pénétrer ce bâtiment.
- Spécialement depuis que ta petite escale à Okinawa.
Le jeune garçon continua de fixer le gardien et commença à se retourner, lorsque l'adulte fronça les sourcils. Haruya frissonna.
- Enfin… On pensait que c'était irréalisable… Celui-ci est passé entre les mailles de leurs filets.
- Oui mais pour revenir… Il y a aucune entrée, mis à part celle-ci.
- Heat a raison.
Le carmin fit une moue et releva les yeux. L'adulte s'était redressé.
- M'enfin… Ce petit malin a sans doute bien fait. Je lui porte une certaine estime.
- Nepper ! Ne dis pas n'importe quoi !
- Dites… Vous ne sauriez pas où est parti… Vous n'auriez pas vu Gazel ?
Les joueurs se tournèrent alors, lentement, les yeux ronds, vers un Haruya, incrédule, et presque inquiet. Ses équipiers le toisèrent, en ne répondant rien, abasourdis.
¤.¤
Oui, Fuusuke avait laissé son ami tout seul. Sans dire un mot. Comme un lâche. Comme un incapable. Incapable de lui dire la vérité sur ce qu'il comptait faire. Il avait saisi la chance de la fuite. Et maintenant, il courait, et courait encore, à travers l'académie. Cela ressemblait presque à routine désormais. A y réfléchir, sa petite escale de cette nuit favorisait bien plus de chose que prévu. Comme le fait qu'il était presque certain qu'il serait seul. Le reste des joueurs réuni dans la grande salle. Tandis que lui, détalait aux travers des couloirs. Encore et toujours. A la recherche de tout. Et de rien en même temps. Il endurait. Endurait tellement. Il avait manqué à plusieurs reprises de s'écrouler. De s'effondrer par de simples maux. Maux de plus en plus forts et de plus en plus présents. Cependant, ces douleurs étaient mentales. C'était ce qu'il se répétait. Ce qu'il devait se répéter. S'il voulait arriver à ses fins. Le sommeil. Ses blessures. Pouvaient attendre. Lui, ne le se l'autoriser plus. Il avait trop patienter. Dorénavant, il avait un réel manque de temps. Un simple compte à rebours. Qui s'immobiliserait à l'arrivée de Raimon. Le point culminant approchait doucement. Cette équipe apportait avec elle, le début, la fin ; du véritable sablier. Si elle gagnait, alors tout touchait à sa fin. Si elle perdait, alors tout recommençait, de manière strictement différente ; avec Genesis comme seul et unique pilier. Dans un cas, comme dans l'autre... Gazel disparaîtrait. Comme tous les autres. Il n'y avait donc plus rien à ruiner. Ne serait-ce peut-être que du temps. Il tenait à marquer le dénouement de cette mascarade. En personne.
Fuusuke parvint aux quartiers de Diamond Dust. A la partie du bâtiment lui étant réservé, à lui et à son équipe. Son équipe. C'était sans doute la seconde chose qu'il aurait voulue protéger. La première étant dorénavant occupé par Haruya. Les souvenirs de ces dernières années, celles qu'il avait strictement partagées avec ses équipiers, se nichèrent dans son esprit. Haruya -Burn- et Prominence avait toujours été considérés comme leurs ennemies, leurs opposés, leurs rivaux ; si bien qu'ils y avaient également cru. Ils s'étaient pris au jeu. Comme si la hiérarchie entre les différentes équipes ne suffisait plus. Comme s'il fallait, en plus de tout le reste, créer un conflit interne grade. L'albinos tiqua dans sa course. Première division, seconde division, rang suprême. Genesis. Cette classification n'était pas là pour rien. Si leur Père l'avait mis en place, s'était bien qu'il y trouvait une raison. Omis le fait de vouloir placer Gran en tant qu'ultime capitaine. Dans son souvenir d'enfant, aucun joueur n'était plus faible ou plus fort qu'un autre. Même, tous s'étaient exercés main dans la main. Ils avaient donc approximativement le même niveau. La raison était-elle alors… Du favoritisme ? Gran -ou Hiroto- mis à part, chaque individu de l'orphelinat apportait la même estime à l'adulte. L'intelligence de percevoir quel rôle conviendrait le mieux à qui ? Il y avait sans doute un peu de cela. L'utilisation et l'agrément fructueux de la pierre ? Fuusuke se rattrapa soudain à un mur et cessa de courir. C'était donc ça. Si leur Père avait créé différentes répartitions. C'était sans doute parce que leur corps assumait plus les effets de la Pierre Aliea. Et donc, acquérait une puissance plus importante. S'il était en haut de l'échelle. C'était parce qu'il avait encaissé plus facilement le choc de l'améthyste. Fuusuke grinça des dents et refoula un tremblement. La Pierre. Il l'avait presque oubliée. Tout avait débuté avec son arrivée. Tout devait alors finir avec sa disparition. Cependant une question perdurait…. Si on admettait que la météorite ne se soit jamais échouée sur la Terre… Père les aurait-il utilisé ?
¤.¤
Il ne pouvait plus retourner en arrière. Il ne voulait plus reculer. Il ne voulait plus fuir. Tout ce qu'il voulait, c'était comprendre. En discerner toutes les raisons. Et faire entendre son propre point de vue. La suite de son plan en dépendant plus ou moins.
Il frappa trois fois sur la porte. Il l'avait fait. Fuusuke soupira grandement. C'était enclenché. Il ne manquait plus qu'il s'impose et sorte tout ce qu'il avait gardé et accumulé pour lui. Et la première étape serait faite. Il ne manquait plus qu'elle aboutisse. Et qu'il y parvienne. L'adolescent avala sa salive difficilement. Un sentiment oublié ravager son être. Lui causant d'infernales vertiges et nausées. A nouveau. Peut-être même encore plus fort. Il… Il avait peur ? Impossible. C'était formellement impensable. Il fallait que ça le soit. Sinon, il était perdu. L'inconnu. C'était juste l'appréhension de l'inconnu.
La porte s'ouvrit doucement. Fuusuke secoua la tête. Le dénouement. Son dénouement. Leur dénouement.
Cette pièce était toujours aussi sombre. Le bureau de leur Père. Le poste de contrôle de leur Père. Au-dessus du terrain de l'ultime combat. Il était sombre. Et froid. Le senior buvait son thé. Doucement. Calmement. Il n'avait toujours pas dit un mot. Fuusuke releva les yeux. Kenzaki. L'homme le toisa, de son regard apathique. Il fit de même. Un long moment. D'éternelles et interminables secondes. Il fixa ce type, qui n'en démordait pas non plus. Fuusuke se mordit la lèvre. Il allait réussir à lui obtempérer un frisson. C'était, de plus, parfaitement ce qu'il cherchait. Il n'y avait aucun doute. Père posa sa tasse. Et sourit.
- Kenzaki. Vous pouvez disposé.
- Bien.
L'adulte le plus svelte se dirigea vers la sortie. Un goût métallique afflua alors entre les dents de l'albinos. Kenzaki avait souri en sortant. D'un odieux rictus. Carnassier. Et malveillant. Il s'occuperait de lui plus tard. Père passait en premier. Depuis toujours. Ceci n'allait pas changer.
- Gazel. Mon garçon.
Le senior n'avait pas changer non plus. Il avait toujours souri, tendrement. Il avait toujours fait preuve d'un grand calme. Il avait toujours eu cette voix, cette voix si douce. Il s'était toujours comporter avec délicatesse. Sans être brusque, sans être méchant, sans être agressif.
- Fuusuke.
Cependant les actes obtenues parlaient plus que n'importe quel mot. Les sous-entendus parlaient plus que n'importe quelle parole. Et ça, l'adolescent l'avait bel et bien compris.
- Fuusuke. C'est Suzuno Fuusuke.
L'adulte reprit une gorgée de thé et soupira. Juste une petite phrase. Proclamant un début, le début de cette histoire. Juste une petite une phrase. L'infirmation d'un nom et prénom. Affirmant tellement plus de dires par la suite. L'homme se leva. Et lentement, il joignit ses mains et se posta devant la vitre, lui exposant le terrain où Genesis tiendra son dernier match. Leur dernier match.
- As-tu peur ?
Fuusuke sourcilla. Peur ? Avait-il… Peur ?
- Mon garçon, as-tu peur ?
Plus maintenant. Il pourrait lui arriver n'importe quoi. Après mûres réflexions, rien ne pourrait jamais être pire.
- Es-tu inquiet ? Genesis tient probablement son dernier match ce soir…
L'adolescent ne put refouler un grognement. Alors c'était ça. Il ne pensait donc qu'à Genesis.
- Es-tu inquiet pour notre futur ?
Notre. Notre futur disait-il. L'avenir sera différent. Sans ce « notre ».Il en avait fait la promesse. L'avenir serait différé.
- Tu n'as pas à être inquiet. Il est impossible que Raimon arrive à nous battre. Il est impossible que quiconque parvienne à contrôler notre route. Personne ne le pourra.
Fuusuke eut alors un mouvement de recul. Père riait. Silencieusement. Mais il riait.
- Que t'est-il arrivé mon cher petit ?
L'albinos se rapprocha de la porte. Sans bruit. Sans précipitation. Il voulait juste sortir.
- Fuusuke.
Il se figea. Non pas qu'il voulait fuir. Il ne voulait pas sortir. Il se l'était promis. Il devait endurer, affronter. C'était, pourtant, simplement insoutenable. Père n'était plus. Il n'était plus l'homme qu'il avait connu enfant. C'était une toute autre personne. Bien plus démente et aliénée qu'il ne l'aurait imaginé. Ou c'était purement son vrai visage. Qu'il avait caché. Que Fuusuke n'aurait jamais voulu voir.
- Fuusuke. Ce prénom était un bon choix. Il t'allait à ravir.
Il lui… Allait ? L'albinos s'apprêtait à ouvrir la bouche pour répliquer, ne serait-ce qu'un mot ; mais aucune parole ne daigna sortir. A chaque fois. Ils ne pourrait donc jamais s'opposer à Père. Leurs essais n'aboutissaient donc en aucun cas. Jamais ils ne réussiraient à résister, à lui faire face. L'homme se tourna vers lui. Des tremblements. Des spasmes. Un manque d'air certain. C'était ce dont Fuusuke souffrait. Le fait qu'il ne parvienne à s'exprimer mis à part. Et il sourit. L'adolescent eut soudain une répulsion. Une rude envie de régurgiter, qu'il essaya au mieux de garder. L'homme face à lui en avait assez vu comme ça. Il n'allait pas, en plus, dégorger à ses pieds.
- Je vais te faire une promesse, mon petit.
Une promesse. Une énième promesse. Ce fut la goutte de trop.
- Ton visage m'indique que le fautif de l'agitation de cette nuit n'est autre que toi.
Derrière lui, la porte s'ouvrit et quelqu'un entra.
- Je ne t'en tiens pas rigueur. Cependant j'espère profondément que ce sera ton seul et unique écart.
- Père, vous vouliez me voir.
Cette voix. Gran. Celui-là avait l'art de survenir aux moments importuns. Les mauvais. Comme les bons finalement.
- Mon garçon. Mon cher Gran. Approche.
Le roux s'exécuta. Fuusuke se prépara à avoir une quelconque réflexion, ou plus communément, un regard de sa part. Supérieur. Hautain. Qui le rabaisserait. Plus qu'il ne l'était. Pourtant Gran ne fit rien. Il se contenta d'avancer vers l'adulte. Sans broncher. Tel l'excellent soldat qu'il était.
¤.¤
Il avait échoué. Il n'était pas parvenu à lui parler. A lui déclarer toutes les choses, sur lesquelles il était parvenu à mettre un mot. Toutes ces choses, qui s'accumulaient dans sa conscience. Et dans son cœur. Tout ce qu'il voyait dans le reflet du miroir, était un incompétent. Un incapable joueur. Ne réussissant aucunement à déblatérer sur ce qui avait été leur pire cauchemar. Qui était devenu leur pire cauchemar. Envers celui qui l'avait engendré. Il s'était pourtant jurer qu'il y mettrait fin. A sa manière certes. Mais qu'il arriverait à s'imposer. Désormais, la seule chose qu'il voyait, c'était toute la terre, mêlée au sang, sur sa figure. Qui, même avec de l'eau, ne daignait pas partir. Ne daigner pas s'écouler. Comme tout ce qu'il entreprenait. Même avec toute la volonté du monde. La colère ne disparaissait pas. Il n'y parvenait pas. Il l'avait toute fois promis à Haruya.
Il passa ainsi de longues minutes à s'immerger le visage. De trop longues minutes. A mettre de l'eau, encore et encore. S'unissant sans doute à ses propres larmes. A sa propre rancune. Cependant, ce fut la première chose qu'il réussit. Toutes les profondes traces avaient disparu. Pour ne laisser place qu'à de minces griffures. Toujours présentes. Mais bien moins visibles. Fuusuke avait atteint un quelconque but. Enfin. Quand bien même ce n'était pas l'objectif premier. Ces blessures lui prouvant que la nuit dernière était réelle. Et qu'il avait bel et bien retrouvé son meilleur ami. Et lui-même par la même occasion. Cela lui avait au moins permis de remettre de l'ordre dans ses idées. S'il ne pouvait et ne parvenait pas affronter Père. Contre toute la volonté et la colère du monde. Alors il s'en prendrait à l'unique chose qu'il estimait plus que n'importe quoi. Plus que n'importe qui. Et faisait qu'il était encore debout aujourd'hui. Qu'il était aussi fort.
¤.¤
Il n'y avait personne. Le couloir était désert. L'heure tournait. Raimon n'allait pas tarder à arriver. Chaque orphelin, excepté les joueurs de Genesis, avait été prié de rester dans la grande salle commune. Ils assisteraient à leur victoire. Ils devaient assister à leur victoire. On leur avait exigé de rester, de regarder la victoire d'Aliea. De la plus grande équipe d'Aliea. La victoire de tout. Afin de terminer ce pourquoi tout avait commencé. De toucher véritablement leur but. L'objectif que chacun avait petit à petit construit. Que chacun avait, à son titre, mis peu à peu en œuvre. Ben voyons. Comme si toute l'académie était venu en aide à la grande équipe Genesis, à la puissante Gaïa.
Il avait l'impression de devenir fou. Cette pensée tournait dans son esprit. De manière infinie, de plus en plus influente. Elle régissait ces actes. Elle avait régi ces actes la nuit passée. Et désormais, elle le contrôlait tout bonnement. Il n'aurait pas du laisser Haruya finalement. Il aurait du rester avec lui. Mettre au point un plan. Un plan en commun. Ou pas. Gaïa avait toujours été Genesis. Ils avaient juste avantagé sa protection, le temps qu'elle soit fin prête. C'était à en devenir absurde. Il allait faire une bêtise. Il la sentait venir. Et le pire, c'était qu'il se fichait presque. Il s'était répété qu'il n'avait plus rien à perdre. Alors à quoi bon reculer. C'était trop tard. Trop tard pour lui. Il fallait qu'il sauve ce qui pouvait encore être sauver. Tant pis s'il se perdait lui. Ce songe l'emprisonnait également. Balayant le morceau de conscience et d'instinct qu'il lui restait, lui hurlant qu'il devait faire demi-tour. Qu'il le regretterait sans doute. Il était donc au milieux d'un affrontement, entre une illusion de plus en plus aliénée ; et sa raison, en faible position, qui n'allait pas tarder à abdiquer et le laisser vaquer à sa revanche. C'était un horrible paradoxe. Qui dansait, et dansait encore dans sa tête, au milieux de l'écoute de ses insupportables bruits de pas. Cela en devenait douloureux. Une abominable affliction. Aveugle.
Il cessa d'avancer. Rester. Ou partir. Telle était la question. Assumer son idée folle et les conséquences. Ou fuir. Juste fuir. Et essayer de retrouver un semblant d'existence avec ceux qui le voudraient.
Sa main enclenchant la poignée lui prouva une bonne fois pour toute qu'il était prêt à tout. Et n'importe quoi. Oui, n'importe quoi. Même les choses les plus excessives.
En essayant d'ouvrir la porte, Fuusuke eut une pensée pour ses amis. Desarm. Reize. Leurs équipes. Celle de Prominence. Et celle de Diamond Dust. Quand bien même la hiérarchie, les matchs, le le projet Aliea avaient détruit leur lien, il tenait à eux. Plus que n'importe quoi. Sa présence ici le lui prouvait finalement. C'était ses équipiers. Ses amis. Ses frères. Et ses sœurs. De l'orphelinat. Il espérait, de plus profond de son être, que tout irai pour eux. Qu'il retrouverait peu à peu leur confiance. Leur tempérament. Osamu. Ryuuji. Leur prénom. Eux, tout simplement. Que cette histoire d'aliens disparaîtrait. Petit à petit. A jamais cependant. Il y tenait. Plus qu'à Père. A y réfléchir franchement. Il s'était occupé d'eux, certes. Mais le temps que Fuusuke avait passé à l'orphelinat, comptait sans doute plus pour lui. Dans la mesure, où il l'avait passé principalement avec ses amis. Ses frères et sœurs par extension. Et, il devait être honnête avec lui-même. Comme le fait qu'il pensait également à Gaïa. A Gran. A Hiroto. Ils lui manquaient. Tous. Plus qu'il ne l'aurait imaginé. Plus qu'il ne l'aurait voulu. Plus qu'il ne le voudrait. Toutefois, beaucoup moins qu'Haruya ; en définitive.
Fuusuke n'y parvenait pas. Pour avoir cogiter de cette manière. Il n'arrivait à ouvrir cette porte. Elle avait beau être grande. Être épaisse. Et était forcément, complexe à franchir, assurant la protection du cœur de l'académie. L'adolescent n'avait plus de force. Le manque de sommeil. Les séquelles de tous les matchs et entraînements. Les nausées. Les tremblements. Les innombrables vertiges. Le sentiment des horribles coup de marteau, dont sa tête était victime. Les conséquences de la nuit dernière et de sa chute. L'absence d'Haruya. Il allait perdre pied. Il fallait qu'il gagne du temps. Il en avait perdu en trop grosse quantité. Et s'il continuait dans cette voie, c'était lui-même qu'il risquait de perdre.
Fuusuke était parvenu à venir jusqu'à cette porte. Avait eu le courage de presser cette foutue poignée. S'était pleinement préparé -physiquement et mentalement- à faire ce qu'ils auraient du faire dès le début. Cependant, il ne parvenait pas à rentrer dans cette pièce. Lorsqu'il voulait parler à Père, son corps le lui refusait. Et lorsque lui était prêt, un autre facteur lui barrait la route. Il n'avait pas de chance. L'adolescent abattit son poing sur le mur. Il ne ressentit aucun mal. Sa frappe étant dépourvu d'une quelconque résistance. Il soupira. Gémit. En laissant des larmes lui brûlaient les yeux. Il n'aurait jamais du s'aventurer seul dans l'académie. Surtout après autant d'événements. Le regret. Le regret l'assiégeait. Il le détestait. Ils se détestaient. Et pourtant, il était présent. Lui prouvant qu'il avait… Merdé. Bel et bien.
Fuusuke allait renoncé. Encore. Il était faible. Peut-être depuis le premier jour finalement. Il posa son front contre la porte. La vengeance. Quel imbécile… A quoi bon se venger, lorsqu'on en est incapable ? Il ne souhaitait qu'une chose. Haruya. L'adolescent espérait que son ami lui pardonnerait. Lui pardonner quoi au juste ? Il ne savait même pas qu'il était là. En plus. Il refoula un énième soubresaut. Haruya. Haru….
L'albinos releva les yeux. Il devenait fou. Réellement. Voilà qu'il entendait des voix. Il renversa une nouvelle fois sa tête contre la porte. C'était fini pour lui. Visiblement. Fuusuke sourcilla. Et se colla davantage contre l'entrée. Le timbre venait de l'intérieur de la pièce. Il en était certain. Ce qui lui prouvait également que la situation était tangible que prévu. Il se mordit la lèvre et tiqua davantage. Il savait à qui appartenait cette voix. Quand bien même, elle lui amenait des sueurs froides. Pour une fois, il était ravi.
Doucement, Fuusuke enclencha une nouvelle fois la poignée. Et appuya de toutes ses forces contre la porte. De savoir qu'il était là, dans cette pièce spéciale, ce n'était pas la meilleure nouvelle. Son idée de destruction tombant à l'eau. Toutefois, il avait également prévu de lui demander réparation. Cela lui donna donc toute l'énergie nécessaire pour pénétrer dans la salle.
La salle de la Pierre Aliea. Tout aussi discrètement, l'albinos referma derrière lui. Il contempla l'améthyste quelques instants. Cette immense agate mauve. Tout avait commencé avec son arrivée. Père comptait se venger. Lui aussi. Cela transmettait peut-être. Du gouvernement. Le levé du rideau ne devant plus tarder dorénavant. Et la météorite lui avait apporté cette idée. Cette idée d'utiliser ses orphelins comme sujets. Sujets de sa folie punitive. Et si la Pierre n'avait pas chu sur la Terre… Il aurait bien trouvé un autre plan certes. Un plan qui aurait été moins exécrable et pénalisant sans doute. S'il fallait choisir un fautive. En mettant Père hors-jeu. Dans la mesure où c'était tout de même sa démence qui avait fait naître toute cette histoire. L'améthyste avait été l'aube de leur destruction. De leurs tourments. De leurs souffrances. C'était à cause de sa vitalité. De sa puissance. Ils auraient du y faire plus attention. Prévenir. Faire quelque chose. Contre ses effets. Contre sa violence. C'était l'idée abstraite que Fuusuke avait conçu et concevait toujours. En fixant l'homme au coin de la pièce. Qui lui apparentait comme bien plus aliéné. Que Père. Ou même lui.
Kenzaki. Kenzaki et son affreuse voix. Kenzaki et son horrible visage. Kenzaki et son abominable sourire. Kenzaki et son atroce présence. Il était là. A tergiverser des phrases incompréhensibles. Seul. Tout seul. Devant une mallette. Une petite mallette. Laissant survenir un faisceau lumineux. Une mince lumière violette. Ainsi que des feuilles éparpillées.
Fuusuke ressentit alors une douleur dans la poitrine. Bien plus forte que les autres. La peur ? La Pierre ? Kenzaki ? Le fait qu'il soit aussi proche d'une puissance trop importante ? Il appuya son poing contre son cœur et se rattrapa à la porte. Il déglutit. Il avait eu la bonne idée de verrouiller la poignée. Cependant, le son de celle-ci venait de résonner. Il ne parvint plus à bouger. Ni à respirer. L'adulte l'avait perçu. Il referma sa boîte en plissant les yeux. Puis sourit. De ce même sourire, effrayant.
- Tiens. Toi.
Il riait de toutes ces dents. En faisant pianoter ces ongles sur le couvercle de sa mallette.
- Tu dois être… Le capitaine de Diamond Dust, c'est bien ça ?
Il ne devait avoir aucune stricte idée du prénom -ou plutôt du surnom- de Fuusuke. Et c'était finalement mieux ainsi. L'adolescent n'ayant nulle envie que cet homme prononce son nom. Même si ce n'était pas celui véritable. Il y avait quand même répondu pendant pas mal de temps. Gazel.
- Dis moi… Tu ne devrais pas être réuni avec les autres joueurs à cette heure-ci ?
Fuusuke n'avait plus aucune notion du temps. Il ignorait totalement si Raimon était dans l'académie. Ou non. Si le match avait débuté. Ou non. Néanmoins, le fait que Kenzaki lui tienne compagnie, lui conformait l'idée que l'ultime combat de Genesis n'avait pas encore commencé. Du reste, Raimon pouvait très bien être là.
- Tes amis sont tous réunis dans la grande salle, tu devrais les rejoindre.
L'adulte se rapprochait. Lentement. En ayant toujours son affreux rictus aux lèvres.
- Tu es le garçon qui est venu voir Kira ce matin, n'est-ce pas ? Tu es conscient que ta présence ici n'est pas autorisée ?
- Qu'est-ce qu'il y avait… Qu'est-ce qu'il y a dans votre mallette ?
Fuusuke était parvenu à parler. Il avait le sentiment que cela lui avait demandé un effort surhumain. Mais il s'était exprimé. En soutenant également le regard de son vis-à-vis. Kenzaki était au niveau de la Pierre. Il cessa de marcher et jaugea l'adolescent. Il sourit plus encore, en se mettant face à l'améthyste.
- Tu ne ressens rien ? Dis-moi, ressens-tu cette puissance ?
L'homme criait presque. Les bras tendu vers l'agate. Elle l'avait rendu fou. Complètement malade. Fuusuke en était certain.
- La puissance abusive de la Pierre Alia. Tout ça… Tout ça m'appartiendra.
L'albinos se redressa, en resserrant davantage son bras autour de sa taille.
- Vous… Vous voulez dire que votre mallette…
L'adulte riait. Riait de sa grandeur. Aveuglement. Lui aussi. Il avait beau être l'assistant de Père. La Pierre Aliea ne lui appartiendrait pas. Fuusuke se le jura. Elle irait aux mains des autorités. De l'État. Peu importe. De personnes qualifiées. Qui promettront de ne plus jamais l'utiliser. Sur des êtres vivants en l'occurrence.
- Dis moi… Qu'est-ce qu'on ressent lorsqu'on utilise cette merveille ? Qu'est-ce qu'elle nous procure ?
Fuusuke eut presque envie de rire aussi. Autant de folie dans un seul homme. Du moins, c'était le sentiment qui lui procurait. Lui donner envie de se moquer. Il était toujours adolescent. Adolescent loin d'être dupe. Mais adolescent toujours.
- Lorsqu'on acquiert toute sa puissance… Qu'est ce que ça fait ?
Kenzaki continuait de fixer l'améthyste, tout sourire. Le saint Graal. C'était à peu près l'idée qu'il devait se faire de l'agate.
- De la douleur. De la souffrance. On a mal. C'est ça que l'on ressent la première fois. Le déchirement est tellement grand, qu'on a même pas le temps de se dire qu'on est, à priori, plus puissant que les autres. On souffre. En silence.
L'homme se marra. Grandement.
- Pauvre fou. Kira a vraiment pris en charge des gamins, tous plus fous les que les autres.
Si l'affliction de son corps n'avait pas été aussi vigoureuse, Fuusuke l'aurait frappé. Tout bonnement. De manière inepte. Pourtant il le méritait. Peut-être plus que Gran finalement. Gran… Tiens, il devrait lui toucher deux mots à lui aussi. Enfin, en y réfléchissant, c'était bien plus possible qu'il en vienne aux mains avec lui. L'adolescence. Et si bien-faits. Mêlé avec ça un jeu d'aliens et un Pierre boostant les capacités humaines à leurs combles. Fuusuke n'en pouvait plus.
- Il me semble que le plus dément dans cette pièce, c'est vous.
Kenzaki se tourna vers lui. Fuusuke ne cilla pas. Gazel, le bloc de glace. Le froid capitaine de Diamond Dust. Il avait besoin de lui. Maintenant.
- Oh… Et que me vaut le plaisir d'être comparé à toi ?
L'adolescent laissa, une nouvelle fois, échapper un grognement.
- Tu ne comprends dont pas… Cette Pierre est le renouveau. Est l'aube de tellement de choses, plus fortes, plus grandes, les unes que les autres. Avec la Pierre Aliea, je pourrais être bien plus puissant. Et étaler toute cette puissance sur le monde.
- Vous… Vous pourriez ?
L'adulte acquiesça. Son atroce sourire toujours peint sur ses lèvres.
- Oui, moi. Kenzaki Ryuuichi. Contrôlerais cette puissance. Et le monde sera à moi.
- Cette Pierre est en la possession de Père. Je ne vois pas pourquoi vous, et vous seul, obtiendrez sa puissance.
L'homme parvint à sa hauteur. Et se pencha vers lui.
- C'est bien là qu'est ton erreur.
Fuusuke se mordit la lèvre. Leur visage était bien trop proches. Et de près, cet abominable rictus était bien pire. Si cela fut possible.
- Tu te trompes capitaine de Diamond Dust.
Il rit. A gorge déployer. Fuusuke eut un frisson. Kenzaki le jaugea à nouveau.
- C'est ici qu'est l'erreur de bon nombre de personnes dans cette académie.
Il le prit soudain par le col. L'adolescent se figea. Par la peur. Et également car il n'avait aucune autre idée de repli. Il se laissa faire. En agrippant malgré tout le poignet de son assaillant.
- Tu m'as demandé ce que contenait ma précieuse mallette si je ne m'abuse. Je vais avoir la bonté te répondre, car, finalement, tu n'auras pas d'autre choix que de le garder pour toi.
Ils se dévisageaient. Mutuellement. Sans ciller. L'un ne laissant transparaître aucune émotion sur son visage. L'autre, en étirant ces lèvres, au plus grand qu'il devait en être capable.
- La Pierre Aliea. Je t'avais dit qu'elle serait à moi.
Fuusuke ouvrit instantanément grands les yeux.
- Ne me dites pas que…
- Et si. J'ai bien le droit d'avoir un gain, de la part de cette merveille, non ?
Il le lâcha, en riant d'autant plus. Fuusuke ne put, une nouvelle fois, tenir debout. De discuter avec ce malade lui avait demandé bien plus d'énergie qu'il ne l'aurait voulu. Désormais, il n'en avait plus. Il s'effondra à genoux, en essayant de retrouver une quelconque respiration. Père aurait-il pu se faire manipulé par Kenzaki ? Ou, plus réfléchis, deux aliénés réunis, pourraient causer une plus grande folie. Aussi importante soit-elle ?
Le visage dorénavant suintant, Fuusuke releva les yeux. La lumière lui causer des nausées. Des vertiges. Il ne parvenait plus à discerner ce qui l'entourait.
- Et Père… Est-il… Est-il au courant ?
L'adulte se marrait, encore et encore. A s'en étouffer.
- Ton Père. Tu oses encore l'appeler Père.
L'adolescent le suivit des yeux. Du moins, essaya. Il rassemblait ses affaires. Il verrouilla sa mallette et regroupa des feuilles. Un instant, Fuusuke crut reconnaître un garçon sur l'une d'elle. Le dossier fut ensuite placer dans la veste de Kenzaki.
- Tu oses appeler un homme ton « Père », alors qu'il s'est tout bonnement servi de toi. Qu'il vous a tous utilisé, pour mettre à bien son projet de super-soldat. Visiblement, il a bien fait. Vous l'avez tout suivi. Sans broncher.
Fuusuke ne pouvait rien faire. Tout était tombé un nouvelle fois en lambeaux. L'unique chose encore visible dans son esprit c'était ce pourquoi il était là. Il avait tenté plusieurs choses. Qui avaient toutes chu, les unes après les autres. Dans un premier temps, tout ce qu'il avait réalisé était pour Père justement. Et dans un second, c'était devenu un paradoxe. Un simple paradoxe. Tout ce qu'il avait tenté d'entreprendre -aujourd'hui- étaient contre Père. Mais maintenant, il ne souhaitait plus rien du tout. Même plus détruire la Pierre. Il voulait seulement retrouver sa vie. Une vie à peu près stable. Aux côtés de ses amis. De son meilleur ami.
- Et même lorsque tout touche à sa fin, et qu'ainsi, j'ose espérer, vous avez réalisé la véritable image de Kira… Tu le nommes toujours comme ton « Père » ?
Kenzaki pouffa. Toujours aussi effroyable. La vue de Fuusuke s'embuait. Cependant, c'était tout, sauf des larmes. C'était de la colère. De la rage. De la haine. Envers et contre tout.
- Je te prenais pour plus intelligent que les autres. Bien moins dupe que ce « Gran » que Kira adule tant… Lui-même ne sait pas ce qu'il risque.
- Qu'est-ce que…
Fuusuke déglutit difficilement. Il en avait beaucoup trop fait. Plus que son corps ne lui permettait.
- Qu'est-ce que je veux dire ? Pauvre petite chose, incapable de construire une phrase.
Kenzaki se posta devant la porte et posa sa main sur la poignée.
- Réfléchie bien à ce que je vais te dire. De toutes façons, c'est bien la seule chose que tu vas pouvoir faire avant un long moment.
Sa propre blague eut l'air de le porter dans un fou rire. Imperceptible. Et ce murmure n'annonçait rien de meilleur non plus.
- Ce garçon, là, le capitaine de Genesis. Il ne s'en rend pas compte. Tout comme Kira. Mais il y a, sur cette terre, des personnes bien plus fortes qu'eux. Bien plus intelligentes. Bien plus puissantes. Bien plus aptes à réussir. Que vous tous. Réunis.
Fuusuke n'eut rien d'autre à ajouter. Il n'en avait pas l'esprit, ni les capacités. Tout ce qu'il vit, ou plutôt entendu, ce fut Kenzaki se tordre de rire une nouvelle fois, sortir de la pièce et la poignée se mouvoir au son des cliquetis.
Après avoir repris constance difficilement, l'adolescent essaya de se mettre debout. En vain. Après s'être traîné, il essaya d'ouvrir la porte. En vain. Après s'être effondré une nouvelle fois sur le sol, il essaya de réfléchir à une solution. En vain. Il essaya de lutter contre ses paupières de plus en plus lourdes. En vain. Il essaya de bouger. En vain. Il essaya de garder les yeux ouverts. En vain.
Le néant. Le noir. L'oubli.
- Ha… Ruya…
¤.¤
Il n'entendait que de vagues murmures. Un brouhaha l'entourait. C'était certain. Mais d'autres chuchotements lui étaient destinés. Il en était persuadé. Il les percevait. Comme s'il était sous l'eau.
- Fuusuke ?
- Eh Gazel, tu nous entends ?
- Il a peut-être besoin de boire, non ?
La dernière voix était celle de Clear. Il n'y avait aucun doute. Celui qui s'était exprimé avant elle devait être Nepper. Ou Heat. Au choix. Quand au premier…
- Eh Fuusuke...
C'était peut-être…
- Reviens avec tout.
Haruya…. Haruya ! C'était simplement Haruya. Ouf.
Fuusuke rouvrit promptement les yeux. La lumière était encore trouble. Toutefois, des visages se dessinaient peu à peu. Rhionne. Clear. Heat. Et Nepper. Ça l'aurait étonné. La rousse était assise à côté de lui, en le fixant, incertaine. Clear lui tendait un verre d'eau, en lui souriant doucement. Nepper l'évaluait du regard, debout, avec son air malicieux, et presque... inquiet ? Pendant que Heat scrutait le grand écran par dessus son épaule. Et il y avait cette masse de cheveux écarlates au dessous de sa tête. Haruya. L'immergeant de son regard d'or, avec tout l'égarement dont il pouvait faire preuve. Toute sa maigre panique.
Il était avec ses amis. Ses équipiers. Et amis. Ainsi que son meilleur ami. Il eut l'affolante envie de lui sauter au cou. C'était en effet… Affolant. Bon sang, qu'est ce qu'il lui arrivait… Qu'est-ce qu'il lui était arrivé, oui, la question était là.
- Tu nous entends ?
L'albinos se redressa. En chancelant. Haruya et Rhionne posèrent chacun un main sur son épaule, en l'aidant. Fuusuke essaya de passer outre sa vision, embuée, pour tenter de se faire une idée de la situation. Tous les orphelins étaient réunis. Par petit groupe. Certains étaient complètement absorbés par l'écran qu'ils avaient sous le nez, comme Reize. D'autres se contentaient de ne rien dire, et de garder leur sérieux habituel. Desarm en était le parfait exemple. Ou encore, il en y avait quelques uns qui se chamaillaient gentiment. Ainsi Zel et Maquia, qui riaient au final. Et il y avait Pandora et Rean, qui bavardait tranquillement. Fuusuke sourcilla en portant davantage son regard sur les jeunes filles. Pandora et Rean. Pandora de la Gemini Strom. Rean de Prominence. Les groupes d'orphelins. Étaient bien différents des équipes. Les équipes. Il n'y en avait tout bonnement plus. Chaque individu était avec qui il voulait être. Les clans qui s'étaient formés. N'étaient plus du tout par rapport aux dissemblables équipes. Ils étaient purement et simplement… Naturels.
- Fuusuke ?
Il fixa un instant Heat. Tout comme Reize, il contemplait ce grand écran sans se détourner. L'adolescent crut un instant s'étouffer. Un terrain. Deux équipes. Genesis. Raimon. Le match avait commencé.
- J'ai… J'ai dormi longtemps ?
Haruya le dévisagea, penaud et interdit. Fuusuke fit de même. Il ne comprenait plus rien.
- Un peu mon neveu, t'as tout loupé.
- Nepper, ne le brusque pas.
- C'est vrai. Enfin Clear, il a loupé le meilleur.
- Le meilleur. Ne dis pas n'importe quoi. De plus, ce n'est pas une raison pour l'assaillir dès qu'il se réveille.
- Tu te sens mieux ?
L'albinos se tourna vers Rhionne. A travers son masque, il savait qu'elle souriait tendrement. Il acquiesça. Soudain, la jeune fille reporta son regard sur l'écran. Comme tous les autres. Il vit Clear comprimer son poing et la délicate emprise que Rhionne avait sur son bras devint plus forte. Raimon avait repris possession de la balle. Fuusuke jeta un œil au score. Trois points partout. Il avait sommeillé si longtemps ? Il tourna alors la tête. Haruya le détaillait toujours de ses orbes ambrés.
- Haruya…
Ses souvenirs firent brusquement écho des événements précédents. Il tenta de refouler un frisson, qui se fit finalement bien plus grand, sous les yeux d'Haruya. Le carmin inclina la tête.
- J'ai… Besoin de te parler… De prendre l'air.
Avec l'aide de ses amis, Fuusuke parvint à se mettre debout. Au bout de quelques secondes, Haruya réapparut. Il le prit alors par les épaules et sortit, sous les yeux des… Inspecteurs ? Inspecteurs. Qu'est-ce que des inspecteurs fichaient ici ? Inspecteurs également présents au dehors du bâtiment. Mais bon sang, qu'est-ce qui se tramait en ce bas monde ?
Fuusuke agrippa alors le bras d'Haruya en tremblant.
- Fuusuke…
Le carmin se posta devant lui, en attrapant son autre poignet. Il avait sans doute peur qu'il s'effondre. Une énième fois. L'air était étouffant. Le ciel gris. Mais étouffant. Ils avaient chaud. Il faisait chaud. Le vent était horriblement chaud. Ce mont Fuji… Ce satané mont Fuji… Vivement qu'ils le quittent.
- Fuu'… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Kenzaki.
- Kenzaki ? Quoi Kenzaki ?
Haruya resserra l'étreinte et Fuusuke enroula ses doigts autour des siens, en oscillant.
- Fuu'… Tu as de la fièvre.
L'albinos sourcilla. En effet. Cela pouvait définitivement expliquer bien des choses. Même. C'était sans doute la cause de tout.
- Tu n'es pas dans ton état normal. Tu es brûlant. En plus...
- Haruya. Kenzaki, il a…
Le carmin se risqua à remettre une mèche de cheveux argentés en place. Cependant, Fuusuke était bien trop préoccupé pour réagir à cette approche. Pour rougir.
- Il a quoi ? Qu'est-ce qu'il a…
La lumière eut l'air de se faire dans l'esprit du carmin, dans la mesure où la pression sur les poignets adverses fut encore plus forte.
- Ne me dis pas que c'est à cause de lui…
Fuusuke eut soudain un vertige. Il vacilla, retenu malgré tout par son ami.
- Fuusuke !
- Haruya. Kenzaki. Il a un dossier avec ce Raimon aux cheveux bleus. Il a encore de la Pierre.
- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Il a un morceau. Haruya, Kenzaki est un traître. Il va s'en servir pour sa propre attention. Pour ses propres projets.
- Hein ?
L'albinos releva les yeux et croisa ceux de son ami. Haruya avait cette certaine expression sur son visage. Cette adorable expression, aussi inquiète, que déboussolée, avec ses sourcils froncés. Il saisissait ce qu'on lui disait. Tout en ne comprenant rien.
- Attends, attends. Viens.
Le carmin l'entraîna plus loin. Fuusuke regarda un instant à l'intérieur du bâtiment. Genesis était en mauvaise posture. Voire pire. Il le sentait. Il voyait se dessiner la défaite sur le visage de ses amis.
- Qu'est-ce que tu veux dire par « Il a de la Pierre » ? Cette phrase n'a aucun sens… Et puis c'est qui ce garçon dont tu parles ? Fuu', tu ne sais même plus ce que tu dis.
- Haruya...
Une premier tremblement. Le match touchait à sa fin. Et Genesis perdaient. C'était indéniable. La question ne se posait plus. Ainsi, Fuusuke gardait ses yeux fixés sur ses équipiers. Sur ses précieux amis. Certains n'en croyaient par les yeux, ébahis. Alors que d'autres se décomposaient, en devenant de plus en plus livides. Certaines n'osaient plus regarder l'écran, en tentant de se faire le plus petit possible. Alors que d'autres ne pouvaient pas y croire, ne voulaient pas y croire. En étant, d'une part, pris par une incontrôlable colère. Ou d'une autre part, laissant simplement quelques larmes perler au coin de leurs yeux. La fin. La fin était plus proche que n'importe quoi. C'était fini.
- Haruya, je… Pardon.
- Mais pourquoi tu t'excuses ? C'est à moi de m'excuser. Fuu'… Je t'ai laissé tout seul, toute la jour…
Un second tremblement.
- Haru'… J'ai merdé.
- Quoi ?
Un énième tremblement. Une vibration. Une secousse. Sous leurs pieds. Les garçons chancelèrent. Et leurs yeux s'entrecroisèrent.
- Bordel…
- C'était quoi ça ?
Ils furent bousculés une nouvelle fois. Bien plus amplement. Les ébranlements s'amplifiaient. Tant qu'en nombre. Qu'en puissance. Fuusuke et Haruya se dévisagèrent. Cette fois, ils ne comprenaient réellement rien.
- Partez !
Ils tournèrent la tête vers l'entrée de l'académie. Un amas d'adolescents en sortit, en criant pour la plupart. Oui, ils criaient. Ils paniquaient. S'ils restaient, tout finirait. Pour de bon.
- Mais… Heat ! Qu'est-ce qu'y se passe ?
- Genesis a perdu ! Raimon les a battus ! L'académie s'écroule !
- Quoi ?!
- Ils faut partirent ! Maintenant !
Haruya se raidit. Oui. Il n'avait vraiment rien pigé. Ce qui n'était plus visiblement le cas pour l'albinos.
- Haruya !
Fuusuke secoua doucement son ami.
- Si j'ai bien compris… Genesis… Genesis a perdu ?!
Il hocha la tête.
- Et…
- Haruya faut pas traîner ! Viens !
- Attends !
Le carmin le retint par le poignet.
- Haru' si on reste là… On est fini ! Physiquement fini !
- Dépêchez vous de sortir !
Un inspecteur. Il avait bon dos lui.
- Tu as dis que Kenzaki avait un morceau de la Pierre, si j'ai bien tout saisi…
- Oui mais c'est pas important !
- Si ça l'est. Dans tout les cas, on est plus rien ! Alors viens !
- Quoi mais qu'est-ce qu'y te prend ? Haruya...
- Surtout tu me lâches pas !
Le carmin lui attrapa soudainement la main. Et ensemble ils dévalèrent la pente.
- Tout a recommencé dans cette forêt.
Mais pas n'importe quelle pente. Pas n'importe quel sentier.
- Alors tout va se terminer dans cette forêt.
Les adultes, cessés les encadrer, ces inspecteurs, étaient bien trop submergés par au tant d'enfants. Hormis Genesis, il y avait quatre équipe, chacune composée d'onze joueurs. Accompagnés d'une irrépressible panique générale, ne pas voir deux garçons prendre le chemin opposé, n'était pas si impossible finalement.
¤.¤
Et il courait. Et il courait. Encore et toujours. A travers les bois. Il courait avec lui. Dans le bois qui avait fait renaître leur amitié. Il lui avait pourtant exposé que c'était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée. L'académie Aliea avait beau avoir perdu, était-ce une raison véritable pour s'enfuir ? Ils seraient à leur recherche. A la recherche de deux adolescents. Perdus dans la nature. Qui devaient faire la une, avec leur histoire d'aliens et d'agate extraordinaire. C'était une très mauvaise idée. Néanmoins, Haruya n'avait rien écouté. Il se contentait de dévaler le mont, en l'emportant dans sa course. Tant pis. Il était avec lui. C'était l'essentiel. Fuusuke avait du s'expliquer. Expliquer le fait qu'il avait disparu toute la journée. Expliquer le fait que les inspecteurs l'avaient retrouvé inconscient dans la salle de la Pierre. Expliquer le fait qu'il avait tenté de tenir tête à Père, de lui en vouloir, de lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Lui expliquer qu'il avait échouer. Juste échouer. Dans son inepte idée. Lui expliquer qu'il avait un plan. Lui expliquer qu'il cherchait simplement à comprendre, à demander réparation. Lui expliquer qu'il comptait se venger. Il avait tout balancé. En laissant peut-être échapper quelques larmes. Le vent mordant de la vitesse leur frappant les joues, c'était sans doute une raison de plus. Les larmes de la colère. De la désillusion. Dévalaient ses joues. Il avait même parlé de son entre-vue avec Kenzaki. Haruya n'avait rien. Même lorsque la détonation de l'académie raisonna à travers les arbres. Il n'avait rien dit. Fuusuke paniquait. La panique le gagnait petit à petit. L'angoisse paralysante. Le contrecoup de sa journée. Le contrecoup de ces années. Le contrecoup de tout. La peur de l'inconnu. La peur du retour de ce qu'ils connaissaient. Ils ne connaissaient rien d'autre que l'Aliea académie finalement. Et Kenzaki avait toujours un morceau de la pierre. Et si l'après était pire. Pire que le pire. Il ne savait plus où il devait aller. Ce qu'il devait faire. Ou ne pas faire. Où il ne devait plus aller. Il ne devait même plus savoir ce qu'il déblatérait. Et Haruya, sa seule présence, son meilleur ami, ne répondait rien. Il l'écoutait. Il devait lui en vouloir. Lui en vouloir de l'avoir délaisser. Lui en vouloir de ne lui avoir rien stiplué. Lui en vouloir de l'avoir inquiété. Aucune parole ne se laissait entendre de sa part. Il ne laissait rien transparaître. Sans un mot. Sans un geste. Et lui était terrifié. Ne pas savoir. Ne rien connaître. A part leur Pierre et leur orphelinat. L'améthyste était détruite. En partie. Mais un morceau perdurait. Ils ne connaissaient rien de l'autre monde. Au terme de ce mont. C'était effroyable. Son ami ne le rassurant pas, d'autant plus. Et ils cessèrent de courir. Ils étaient arriver en bas de la pente. Choisir de remonter. Ou de redescendre. Il le serra contre lui. D'après lui, il le prit dans ses bras. Et lui promit. Lui promit que tout irait. Lui promit, qu'un jour, tout irait enfin comme ils le voudraient. Comme ils le cherchaient. Que leur cauchemar pendrait bientôt fin. Qu'un jour, il y aurait réparation. Qu'un jour, ils seront heureux. Et que pour le moment, il ne devait en aucun cas avoir peur. Ils régleraient leurs problèmes dans l'ordre. Dans l'ordre d'importance. Pour eux. Et pour les autres.
¤.¤
C'était fini. Pour de bons. Cette histoire touchait véritablement à sa fin. Cette équipe était forte. Très forte. Leur lien. Leur amitié. Leur football. Étaient incontestablement puissant. A eux seuls. Avec leur affection et leur jeu, ils avaient réussi à briser ce qui était la dernière bride de leur cauchemar. Ce n'était plus qu'un lointain souvenir désormais. La Pierre Aliea n'était plus qu'un lointain souvenir désormais. Les orphelins étaient enfin en sécurité. Ils n'avaient plus rien à voir avec cette histoire. Ainsi que leurs principaux adversaires. Et même ceux qui étaient passé du mauvais côté. Tout était révolu. Il fallait désormais passé à autre chose. Laisser tant de souvenirs derrière eux était compliqué. Particulièrement quand on devait essayer d'oublier celui qu'ils avaient tant honoré. Père. Pourtant, ils savaient que rétablir un semblant de vie risquait d'être encore plus complexe.
Raimon avait gagné. Raimon avait été plus fort. Raimon avait montré qu'envers et contre tout, l'attachement porté à ceux qui nous sont chers, était plus efficace, plus robuste, que n'importe quelle autre puissance, matérielle. Et ils l'avaient appris à leur dépend. Comme ce qu'ils étaient parvenu à retrouver, après la déchéance de Chaos. Cette amitié. Et Père l'avait également appris à ces dépends. Ce fut son projet. Son horrible projet. Et il en payait les conséquences. Il s'était perdu dans sa folie. Et il était tombé. Ainsi Kenzaki l'apprenait aussi à ses dépends. Son morceau d'améthyste fut détruite par une force indéfinissable. Il avait chu, lui aussi. Prouvant que toute histoire avait finalement une fin. Il ne riait plus. Il ne souriait plus. Raimon fêtait sa victoire. Le retour de leurs amis. Et l'aboutissement de cette mascarade. Kenzaki, lui, déblatérait des phrases de plus en plus incompréhensibles. De plus en plus absurdes. Et finalement, il les vit. Il ne dit plus rien. Les hommes l'embarquant ne l'écoutait pas de toute manière. Puis il leur sourit. Leur sourit de toute son hystérie. Il avait peut-être perdu. En ayant en revanche conscience que, si Kira était déchu avant lui, ses protégés s'écroulaient avec lui. Ces deux adolescents. Tous ces adolescents. Orphelins. Mettraient un petit moment avant de s'en sortir. Ils le savaient tous les trois. Et Kenzaki disparut.
La fin les prenait enfin de ses bras.
- On ne devrait y aller, tu ne crois pas ?
Fuusuke continuait de fixer le terrain. Ils devraient en effet partir. Mais pour aller où ?
- Fuu', aller viens.
Haruya le prit pas la main. Ils se détournèrent alors du match de Raimon. En entendant leurs cris de joie. Aucune de leurs équipes n'avait véritablement gagné. Il aurait peut-être préféré être comme eux.
Son ami et lui n'allaient sans doute que marcher. Vagabonder. Le temps de trouver une idée. Un quelconque plan. Une quelconque solution. Pour le futur.
- Ainsi, vous êtes ici à présent ?
Haruya cessa d'avancer. Et évalua le garçon en face d'eux. Longtemps. Fuusuke releva simplement les yeux. Il n'avait pas la force de répondre. Plus la force de rien. Il ne se donnait même plus la peine de réfléchir réellement. Et son ami le savait. L'albinos se contentait simplement de le suivre. De le suivre, alors qu'Haruya entreprenait simplement ce que lui, Fuusuke, lui avait demandé. Et il n'était même plus capable de parler. Il observait, comme si plus rien n'avait d'importance. Comme si Suzuno Fuusuke n'existait plus.
- Alors que tout Tokyo est à vôtre recherche.
Haruya comprima d'autant plus son poignet. Fuusuke porta ses yeux sur les siens. Il devait être aussi perdu que lui. Voir peut-être plus. Pour être aussi crispé. Dans la mesure où ils s'étaient promis de se soutenir l'un l'autre. Or, lorsqu'un des deux piliers s'effondrait, l'autre devait forcément perdre de sa vigueur. Pour en redonner à l'autre. Il reporta son regard sur leur vis-à-vis. Puis tourna la tête. Il y avait des hommes au loin. Les mêmes hommes qu'il y avait quelques minutes plus tôt, au collège Raimon. Les mêmes hommes qui avait embarqué Kenzaki quelques minutes plus tôt. Il fallait peut-être qu'ils arrêtent de fuir. Il soupira.
- On en est conscient.
Puis affronta le regard rubis de ce garçon en face. Ce garçon aux longs cheveux blonds. Lui évoquant vaguement quelqu'un. Cependant, il ne se souvenait d'avoir connu quelqu'un boiter. A moins que… Du coin de l'œil, il vit Haruya ouvrir la bouche, penaud.
- Fuu' tu…
- Aphrodi si je ne me trompe pas.
Le blond plissa les yeux puis sourit.
- Exact. Cependant, maintenant, on ne nomme à nouveau Afuro Terumi.
Haruya l'avait reconnu. Depuis le début. Il n'avait pourtant rien dit. Rien dit parce que c'était à Fuusuke de prendre la relève. Le carmin était dans la même situation que lui. Ils l'étaient, ensemble. Par conséquent, ils devaient se soutenir. Équitablement. Fuusuke jeta discrètement un œil par-dessus son épaule. Ils approchaient. Doucement. Mais la recherche de tout Tokyo semblait prendre fin.
- Afuro Terumi.
- Et vous, quels sont vos noms ? Vos vrais noms.
Le garçon étira une nouvelle fois ses lèvres. Haruya resserra l'étreinte autour de ses doigts. L'albinos le toisa à son tour. Puis sourit également.
- Lui c'est Nagumo Haruya.
- Et lui c'est Suzuno Fuusuke.
Afuro tiqua. Le feu. La glace. Ils se complétaient. Tout bonnement.
- Mais dis-moi, que nous vaut ton retour, Afuro ?
- J'aurais une certaine proposition à vous faire.
Les regard azur et ambré s'entrecroisèrent. Une proposition ? De quoi parlait-il ?
- Et croyez-moi, vous ne pourrez pas refuser.
Le blond était déterminé. C'était visible. A mille kilomètres. Haruya réfléchit. Ça lui plaisait. Sans aucun doute. Et finit par retrouver son insolent sourire. A son grand bonheur. Cependant, ils étaient arrivés à leur hauteur. Tout Tokyo avait mis la main sur eux. Les inspecteurs. Ils devaient désormais les suivre. Afuro passa sa main dans ses cheveux en riant.
- Nous en parlerons plus tard. Quand vous serez prêt et que vos petites péripéties auront enfin été réglées.
- Il faudra aussi que toi, tu sois prêt.
L'arrogant Haruya. Enfin de retour. Tant bien même sa main était affreusement moite et tremblante. L'inconnu auprès de ce Tout Tokyo, de ces inspecteurs, devait forcément l'effrayer. Néanmoins, Afuro Terumi leur offrait peut-être une sortie de secours. Leur sortie de secours. Tant attendue.
Fuusuke s'apprêtait ainsi à les suivre, aux côtés d'Haruya. Toutefois, il fit lentement volte-face. Afuro les fixaient toujours.
- C'est à cause de nous, n'est-ce pas ?
Il désigna les béquilles, retenant le blond. Ce dernier rit une énième fois.
- Je peux être très têtu lorsque j'ai une idée en tête.
Fuusuke sourit. Sincèrement. Doucement. Et rejoint son ami aux cheveux écarlates. Leurs doigts s'effleurèrent promptement. Finalement… Tant qu'il était avec cet idiot…. Cet incomparable idiot. Tout serait bien plus facile. C'était simplement… Évident.
¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤.¤
Haruya avait fini la tête la première posée sur le lit de son ami, en la soutenant de ses bras, à somnoler.
- Haruya…
Et n'avait pas réagit lorsque son ami avait remué. Ni même lors de son appel.
- Haruya… Dis-moi que c'était… Que c'était pas un cauchemar.
Au dernier mot de son ami, le carmin releva soudainement la tête. Trop vite. Il reprit doucement constance et baissa les yeux. Fuusuke le fixait. De sa petite figure de malade. De son petit visage fiévreux. Haruya se dit qu'il avait du passer trop de temps avec lui. Qu'il devait également avoir de la fièvre. A trouver son ami aussi… Adorable. Il passa sa main dans ses cheveux, en tentant d'y remettre de l'ordre.
- De quoi ?
Fuusuke ne répondit rien. Et continua de le dévisager. Il le faisait exprès. Le carmin secoua la tête. Et reposa son menton sur l'oreiller de l'albinos.
- De quoi ? Qu'est-ce qu'y n'était pas un cauchemar ?
Son opposé remit alors une mèche rousse en place. Haruya déglutit. Il avait de la chance qu'il fasse nuit. Et que l'autre ne soit pas son état normal. Sinon, ce dernier aurait toute suite remarqué que l'écarlate de ses cheveux avait immédiatement déteint sur ses joues.
- Ce qui s'est passé avant. Avant qu'on soit là.
- Avant qu'on rentre au Japon ?
- Non, non. Tout. Depuis la Pierre.
Haruya se figea. Hein ?
- Haru'… Il s'est passé quoi au juste, après qu'on est vu Afuro ?
Le carmin se donna une monumentale claque mentale. A quoi pensait-il ? Il trouvait Fuusuke mignon. Et maintenant, il ne parvenait pas répondre à une simple question. Il devait se reprendre. Vraiment.
- Euh…
Son ami n'en démordait pas. Il tenait à avoir sa réponse. Vu la manière dont il le fixait.
- Et bien… Avant les Fire Dragon ?
Fuusuke hocha la tête. Haruya soupira. Et abdiqua pas la même occasion.
- On a déjà attendu que tout retombe. Heureusement que les inspecteurs ont laissé Hitomiko être à nos côtés, c'est qui te le dis.
- Un vraie grande sœur. Haru', je me trompe ?
- Non, on peut dire ça, oui. Primo elle était là lors de nos examens médicaux.
- Examens médicaux ?
- Oui. Avec la Pierre Aliea. Les autorités voulaient voir si ça n'avaient pas causé de dommage à notre santé.
- Et ça en a causé ?
- Et bien… Il faudra toujours être prudent. Aller voir un spécialiste plus souvent, afin de constater que tout fonctionne bien. Qu'il n'y a pas de séquelles, se révélant après la guerre. Et même si parfois c'était douloureux, notre corps étant habitué à une utilisation régulière, les effets se sont dissipés rapidement. Très rapidement.
- Mais on avait mal.
- Eh oui, on avait mal.
- Mal comment ?
Le carmin prit une grande inspiration et commença à tendrement trifouiller les cheveux de son opposé.
- Tu vois les premières utilisations de la Pierre ? Et bien c'était à peu près ça. Des fois, c'était beaucoup plus futiles. Et d'autres… Beaucoup plus vigoureusement.
- Ah oui… On souffre encore de temps en temps, non ?
- Oui. La nuit ça arrive que ça revienne. Ou pendant un effort bien trop important. Car l'organisme…
- Demande son quotas de Pierre. Finalement, c'est comme des courbatures. Localisées. Plus fortes. Mais courbatures quand même. Donc ça s'en va comme si s'en était. N'est-ce pas ? Haru' ?
- Euh oui… Mais dis-moi, tu t'en souviens en fait, de cette histoire ?
- En partie. Mais j'aime bien quand c'est toi qui racontes. Je t'embête ?
- Non, pas du tout !
Fuusuke sourit, de ses petites joues rouges fiévreuses. Joues rouges qui gagnèrent Haruya.
- Du coup, après, il s'est passé quoi ?
- Et bien… Secondo, Hitomiko était également présente lors de ce suivie psychologique de malheur.
L'albinos fronça innocemment les sourcils. Il avait une bouille… Haruya se pinça. Il devait revenir à la réalité. Enfin… Son ami ne l'était plus vraiment, lui…
- Souviens-toi. Fuu', on est allé voir des psys'. Pour voir si la Pierre n'avait pas aussi influé sur notre tête.
- C'est possible ?
- Mais non, voyons. C'était une image. Ils voulaient simplement vérifier si on était prêts à reprendre notre vie. Après avoir été isolés pendant des années. Après avoir été contraint de changer d'identité et d'endosser un rôle qui n'était pas le notre. Après avoir été douloureusement torturés par un satané caillou venu de l'espace. Après voir été entraînés au foot comme des soldats. Après qu'on soit manipulé et utilisé comme des soldats. Après avoir fait des matchs contre notre gré. Après qu'on ait tous, un à un, perdu. Après avoir été déchu par bon nombre de défaites. Après avoir été trahi par la seule personne qu'on aimait véritablement. Après que la seule chose qu'on ait connue ce soit écroulée. Après avoir été victime que tant de folie. Tu t'en souviens plus ?
- Ah. Si.
Fuusuke fixa le vide. Perdu dans ses pensées. Haruya se mordit la lèvre. Il l'y était peut-être allé un peu fort. Un peu trop même. Il s'apprêtait à se rattraper lorsqu'il se raidit.
- C'était chiant.
Et papillonna des yeux. C'était sorti. Naturellement. De sa part. Fuusuke. Suzuno Fuusuke avait trouvé une chose… Chiante. Ah oui… Quel changement pour un petit glaçon. Pour son petit glaçon. Bordel, à quoi il pensait à la fin ?
- Et après ?
Son opposé devait vraiment être malade. Très très malade. Pour ne pas se rendre compte de l'absurdité de la situation. Ça en devenait innocemment mignon.
- Haru' ? Eh, Haru', tu penses à quoi ?
- A… A rien. Je continues ?
- Bien sûr.
- Et bien, tertio, Hitomiko nous a recueilli. Elle a réussi à racheter le Sun Garden. Le véritable Sun Garden. La grande maison qu'on avait connu lorsqu'on était enfant. Avec les multiples terrains de foot. Et la vie à quelque peu repris son cours. Après qu'elle nous ait engueulé parce qu'on avait pas suivi le groupe et qu'on s'était éclipsé à Raimon suite à la défaite de Genenis et l'éboulement de Aliea.
- Je m'en souviens Haru' ! Mais c'est peut-être pas mon meilleur souvenir…
Haruya pouffa doucement. Fuusuke était vraiment un toute autre personne lorsqu'il était grippeux. Il redevenait le petit garçon innocent qu'il avait été. Qu'il avait un peu protéger. Et qu'il protégerait quoi qu'il arrive. Qu'il soit malade. Ou pas. Hein ?
- C'est vrai que Hitomiko en colère, c'est pas la meilleure situation. En même temps, on avait clairement merdé ce coup-là.
- C'est toi qui avait dévalé la pente.
- Parce que tu t'inquiétais. Et je ne voulais pas que tu t'inquiètes.
Il l'avait dit. Et puis crotte, Fuusuke n'aurait aucun souvenir de cette nuit.
- Alors… Alors c'est de ma faute ?
Son ami releva ses yeux bleus, brillants. Le petit Fuusuke était réellement de retour.
- Non non pas du tout ! Argh Fuu', c'est pas ce que je voulais dire ! Tu… Tu te souviens des Fire Dragons ?
- Avec Afuro ?
- Oui. Après que tout soit enfin passé, il est immédiatement venu nous rendre visite. Tu sais, on avait les lettres en main. Les lettres venant de Corée. Cet idiot est arrivé au même moment. Et il nous a expliqué. Expliqué qu'il y aurait un FFI international. Et que, va savoir pourquoi, on avait été repéré par le pays.
- C'est lui qui avait dû leur en parler.
- Tu crois ?
- Oui, ça ne m'étonnerait pas venant de boucles d'or.
- Voilà que tu parles comme moi…
- Mais c'est parce que tu es mon petit Haru' !
Fuusuke le serra alors contre lui. Ce garçon était fou. Complètement fou.
- Euh….
- Pourquoi tu rougis ?
- J'ai chaud imbécile.
- Et moi j'ai froid. On se complète, c'est drôle.
- Oui, Fuusuke, très…
- Du coup, direction…
L'albinos bailla. Le carmin prit cela comme une chance. Et décida d'essayer de l'endormir avec la fin de l'histoire de leur périple.
- La Corée, oui. Où on s'est entraîné pendant ces trois mois. Et même si au début c'était compliqué de s'accorder avec l'équipe de Chansuu, de trouver notre place, de pas se sentir de trop, de pas se sentir rejeter… On a tout de même fini par s'imposer comme des joueurs tels quels. Avec, tout de même, la grande aide de boucles d'or comme tu le nommes si bien. Et puis…
Le carmin grimaça. Et Fuusuke rouvrit les yeux.
- On a perdu ?
- Oui, on a perdu. Inazuma Japan nous a battu.
- On a donné tout ce qu'on avait, c'est l'essentiel.
- Tu as sans doute raison…
- Évidement que j'ai raison. Et puis, maintenant, on est au là.
- Retour au Japon comme tu dis…
- On est retourné à l'orphelinat. Et Hitomiko n'était plus là.
- Eh non. Elle avait un autre projet en route.
- Néo-Japon ?
- Ouais. Mais…
Un sourire défait se peignit sur ses lèvres.
- On a été accueilli par nos amis. Comme si de rien n'était. Même s'ils étaient, et sont toujours d'ailleurs, derrière le Japon et qu'ils soutiennent Hiroto et Ryuuji, ils nous ont réintégrés. Simplement. Sans penser qu'on avait pu les trahir. Sans nous en vouloir. Ils nous ont acceptés les bras ouverts, comme si on avait juste un retard de quasiment trois mois. Des fois… Des fois, je me dis qu'on a de la chance d'être avec eux. En oubliant Aliea. En oubliant toute cette merde. On a vraiment de la chance d'avoir Hitomiko. Et d'avoir des amis et équipiers aussi…
Haruya jeta un œil à son ami. L'argenté baillait. Le carmin soupira et se releva en s'étirant.
- Oublie ce que je viens de dire. Tu m'as juste refilé ta fièvre. Idiot.
Cependant, il resta planté là, à le contempler, une question lui brûlant les lèvres.
- Dis Fuu'... Pourquoi tu m'as demandé si c'était pas un cauchemar ?
- Ah ça... Parce que je ne voulais pas que tous les moments qu'on a passé ensemble ne soient pas réel.
Haruya s'empourpra puis sourit. Et laissant doucement sa conscience lui murmurer des songes. En contemplant ce garçon ensommeillé, à la tignasse argentée. Qu'il ne tarda pas à rejoindre.
Finalement chaque chose avait une fin. Heureuse. Malheureuse. Blanche. Noire. Peu importe. Il y en avait une. Il y avait un début. L'histoire. Et la fin. Ils avaient sans doute fait tout ce dont ils étaient capable. Pour quelqu'un, qui les remerciera, finalement, en disparaissant en prison. Ils avaient, par la suite, trouvé une formidable équipe de rang mondial. Qui avait perdu, elle aussi. Cependant… Il y avait sans doute des regrets. Des non-dits. Des moments de colère. De tristesse. Mais ils avaient tout donné. Montrer tout ce dont ils savaient faire. Tout ce qu'ils étaient aptes à faire. Ils s'étaient battu de toute leur force. Et avaient encore été emportés par la défaire. C'était terriblement injuste. C'était terriblement frustrant. Et on avait beau leur répétait que la vie était faite ainsi, on leur disait également que la Pierre Aliea n'avait rien eu à faire sur cette Terre. Paradoxalement. Et lorsqu'ils pensaient avoir retrouvé un semblant d'espoir et de confiance… Inazuma Japan gagnait. Hiroto par extension.
Haruya enfonça sa tête dans l'oreiller de son colocataire. Il fallait qu'il arrête. Qu'il cesse de se torturer mentalement. C'était peut-être injuste. Frustrant. Terrible. Exécrable. Oui, ça l'était sans doute. Néanmoins, stop. Ils avaient souffert. Et bien Aliea était enfin tombé. Ils étaient enfin en sécurité. Ils avaient été déboussolé, déprimé. Et bien ils avaient, pendant approximativement trois mois, enfin changé d'air. De perception. Avec les Fire Dragon. Ils avaient, grâce à eux, enfin retrouvé leur pleine passion, leur plein amour du football. Ils avaient perdu avec eux. Inazuma Japan avait encore gagné. Et bien, ils étaient enfin retourné au Japon. Et avaient enfin retrouvé leurs camarades. Leurs équipiers. Leurs frères et sœurs du Sun Garden. Ils les avaient enfin rejoints, leurs amis qu'ils aimaient tant, sans l'avouer. Et ces mêmes amis, les appréciaient tout autant. N'importe qui aurait pu le voir, le percevoir, le fleurer. Et bordel, il fallait qu'il se sorte Hiroto de la tête. C'était Hiroto. Hiroto. Et en aucun Gran. Tout comme Ryuuji. Ce n'était plus Reize. C'était des êtres normaux. Tout aussi normaux que lui et Fuusuke. Tout aussi normaux que lorsqu'ils étaient petits.
Il fallait donc relativiser. Sortir d'un trou noir n'était peut-être pas facile. Se remettre de multiples coups, survenu les uns après les autres, était sans doute la chose la plus complexe qu'on leur demandait d'entreprendre. Qu'ils voulaient entreprendre. Cependant… Haruya se redressa. Il était là. Fuusuke était là. Dans la même situation que lui. Dans le même état que lui. Dans les mêmes tourments que lui. Avait le même passé. Les mêmes souvenirs. Il ressentait exactement la même chose. Car finalement, ils n'avaient jamais été si loin l'un de l'autre. Même en étant le feu et la glace, certes plus qu'ennemis quelques années, ils s'étaient retrouvés. Ils avaient rejoué ensemble. Il se complétaient à nouveau. C'était… C'était son meilleur ami après tout. Le mieux placé pour comprendre. En meilleur ami. Et en opposé, ayant été et étant contraint à la même souffrance
Alors tant pis. Il déprimait sans doute. Ils déprimaient peut-être tous les deux. Mais justement, ils étaient ensemble. Ils en avaient bavé. Ils en bavait. Néanmoins, ils étaient réunis. Et comme il le pensait plus que n'importe quoi… On ne doit jamais être aussi fort qu'avec son opposé. On ne peut sans doute pas être aussi fort qu'avec la personne qui nous complète. On est incapable d'avancer avec autant de force qu'avec l'individu le plus éloigné, le plus aux antipodes de nous.
Il ne sera jamais aussi fort qu'avec Fuusuke. Tout sera toujours plus facile. Avec Fuusuke.
Bordel de merde. La fièvre de son ami devait fermement lui monté à la tête. C'était la seul possibilité. Pour penser des choses pareilles. Il devait être sacrément fiévreux lui aussi. Non ?
Voiloooouuu ! Non, je n'avais pas dit que cette partie arriverait peu de temps après la précédente. Non, je n'avais dit que je ferai tout pour le mettre le plus tôt possible. Non, tout était parfaitement pensé à l'avance. Non, cela ressemble parfaitement à l'idée que je mettais faite. Non, ce chapitre n'est carrément pas plus longu que les autres. Non, tout s'est merveilleusement bien passé. Non, je ne vais pas parler pendant mille ans. Non. Non.
Tout ça est faux TuT Oui, c'est plutôt le contraire x)
Bref, bref, bref ! Chapitre le plus étrange et le plus long, avec en plus, plein de chose à vous dire ! (Eeehh ouiii ! J'ai décidé de me taire durant l'épilogue ! Pour vous. Comme pour moi.)
Interventions futiles ! (puissance douze) : Eh oui ! C'est le dernier chapitre avant l'épilogue ! Je ne vous cache pas que ça me fait un peu bizarre de me dire que j'ai terminé ma première fic', où j'ai également pris la décision de vous mettre l'épilogue en même temps ! (erreur ou pas de ma part... (Peut-être que l'épilogue rattrapera ce chapitre TuT)) (En parlant d'épilogue... Hihi, je me suis éclatée à l'écrire ! ^^ Vous verrez bien !Eheh~) Passons à l'histoire en générale... Concernant cette partie, je suis mitigée, dans la mesure où... Je pars complètement en cacahuètes ! (Aussi bien dans la trame globale, que dans les dialogues... Bon sang, mais il y en a beaucoup trop en fait ! TuT) Je ne sais pas vraiment dans quoi je me suis embarquée, donc je suis un peu perplexe... Toutefois si ce petit bout est sorti de ma tête, autant vous le partager ! ^^ (Je me rassure avec mes propres dictons, cela en devient pathétique...) Également, si trouvez des erreurs dans la chronologie, des impossibilités, des incohérences (et je pense qu'il en a très certainement), j'ai tourné et retourné le problèmes dans tous les sens, mais aucune solution ne s'est présentée... (Je suis tristesse.) Ainsi que des phrases mal-formulées aussi, cependant ceci est totalement normal, puisque j'essaye d'adapter, au mieux, mon style d'écriture, ainsi que les dialogues, à la situation. :3 (Vous avez remarqué comment je me débrouille pour que un des deux ne soient pas dans son état normal à la fin... C'est fait avec une merveilleuse finesse -' (Non mais sérieux qui sort ça lorsqu'il a de la fièvre ? C'est pas normal ToT))
Oh oui, concernant ça justement ! Je tiens à remercier une personne de tout mon petit cœur, sans qui la fin, ni même ce chapitre finalement, ne seraient pas là actuellement ! Personne qui m'encourage, me rassure, me conseille, me donne des idées et me soutient, afin d'acquérir toute la force nécessaire pour continuer. Ma chère et merveilleuse Eclya, que je ne remercierai jamais assez, pour moi, on a construite cette fin ensemble ! Et désormais, je ne sais vraiment pas ce que je ferais sans toi ! (Je tenais aussi à m'excuser, car ce chapitre ne doit pas être du tout comme tu l'imaginais TTuTT Je te promet, qu'un jour, on les vengera de ce foutu Kenzaki !) Sur ce, je crois que j'ai tout dit ! Je remercie encore infiniment toutes les personnes qui ont lire pu cette fiction (et concernant la suite, je m'embarque dans un projet, dont je ne vois pas encore toutes les facettes (toujours concernant nos aliens hihi J'ai hâte !), donc je ne pense pas qu'il viendra toute suite, toute suite (ne voulant en aucun cas poster ceci avec une quelconque irrégularité). Cependant je ne vous abandonne pas ! (Je n'en ai, personnellement, pas du doute envie !) J'ai quelques idées de petits fictions (des One-shots ? I don't know the name -'), que j'essaierai de mettre en forme, parallèlement à mon notre plan ! (Qui changera sans doute un peu de nos chers petits habitants d'Aliea !)) Bref ! (Yume, tais toi !) Merci encore pour tout ! J'arrête de parler et je vous laisse avec l'épilogue ! Et je vous ddiiisss surtout, très solennellement : à trèèèsss biiieeennnttôôôôtt, à trèèèss viiitttee, à trèèèss maaaiinteeenaaant (pour l'épilogue) ! Bye minna-san ! ;)
