Épilogue
Il avait grandi. Il avait mûri. Il était devenu grand. Adulte depuis peu. Il avait une vision si différente du monde qui l'entourait. Il en avait bavé. L'existence ne l'était pas. Elle n'était pas simple. Pour chaque individu peuplant le monde. Chacun avait ses problèmes. Avait eu ses hauts. Ses bas. Ses moments de rien. Ses moments de tout. Ceux heureux. Ceux qui ne l'était aucunement. Ces derniers habités par des souvenirs qu'on ne voudrait échanger pour rien au monde. Ou ceux qu'on voudrait simplement oublier. Cependant, il ne voulait rien ôter de sa mémoire. Même si sa vie avait été particulièrement détestable. Il n'avait aucun regret. Même si son passé avait été plus qu'exécrable. Il avait fait ce qu'il était aujourd'hui. Il avait engendré avec qui et où il l'était aujourd'hui. Il avait fait ce qu'ils étaient aujourd'hui. Ensemble.
Tout avait changé. Cela avait mis du temps. Beaucoup de temps. Cependant tout était rentré dans l'ordre. Tout était désormais différent. Une sorte de routine était dorénavant créée. Usuellement, la routine n'était pas fatalement l'essence même de la vie. Mais c'était toujours mieux que de perdre un être cher. Que d'être utilisé, abusé ; insensiblement. Que d'être trahi. Que la personne a qui on tient le plus brise notre confiance. Que cette même personne exploite son importance, à d'atroces fins. Que tous nos actes échouent. Que que tout ce qu'on entreprend s'effondre tout bonnement. Que tous ce qu'on croit être réel, ne l'est pas en réalité. Que tout n'est que défaite. Que notre monde s'écroule. Bêtement. Et il l'avait compris. Il le comprenait.
La roue avait tourné. Après des années de tourments, imperceptibles pour la plupart, ils n'y en avaient plus. Ces moments d'afflictions n'étaient plus. Forcément, il arrivait encore qu'un de leurs nouveaux piliers s'écroulent. Que les petits problèmes de la vie surviennent. C'était pourtant si peu. Comparé aux années précédentes.
Plusieurs choses lui prouvaient que la chance leur souriait enfin.
Le mont Fuji. L'académie. Il leur avait dit adieu. Lorsqu'il contemplait son environnement extérieur, il ne voyait plus cela. Il voyait juste cet endroit. Cet endroit qu'il avait choisi d'habiter. Cet orphelinat.
Sa mémoire. Sa mémoire en constante évolution. En constante amélioration. Lorsqu'il contemplait ses souvenirs les plus récents, il se voyait, il les voyait, ensemble. Comme au premier jour. Comme avant. Avant le commencement de leur descente aux Enfers.
Il s'attarda davantage sur ce qu'il avait sous les yeux. Hiroto. Finalement, Hiroto était revenu. Le même que dans l'enfance. Et le fait qu'il soit aussi proche avec Ryuuji désormais, lui prouvait que ces deux-là était là. Comme les enfants qu'ils avaient connus. Qu'il avait aimés. Et qu'ils appréciaient pleinement à nouveau. Car tout cela avait changé. Hiroto n'était plus le rejeton insupportable, méprisant. C'était tout bonnement… Hiroto. Le calme et le réfléchi Hiroto. Qui s'amusait avec un groupe d'enfant. Tendrement. Affectueusement. Avec Ryuuji. Qui avait grandi lui aussi. Il était toujours le petit Ryuuji, avec ses grands sourires et sa naïveté. Néanmoins, il avait évolué. Les regards qu'il partageait avec son allié roux renforçaient cette idée d'autant plus. Des regards qu'eux seuls pouvaient percevoir directement.
Justement. Ses petits. Ses orphelins. Son entourage s'était modifié également. Au même rythme de sa propre croissance. Lorsqu'il contemplait les enfants autour de lui, ce n'était plus lui, ce n'était plus eux.
- Kariya !
C'était simplement une nouvelle génération.
Fuusuke il regardait dans l'immense cour de l'orphelinat, il voyait seulement des enfants apaisés. Des petits qui jouaient avec un ballon, calmement, doucement, gentiment. Avec Hiroto et Ryuuji. En plénitude eux aussi. Ils étaient mignons. Tous autant qu'ils étaient. A côté de ça… L'albinos reporta son regard sur le garnement aux cheveux bleus qui venait de traverser le séjour, à toute vitesse, dont le rire espiègle avait envahi la pièce. Suivi d'un adulte à la tignasse écarlate, qui cessa finalement de le poursuivre, en laissant échapper plusieurs jurons, couverts par son souffle qu'il tentait de retroouvrer. Le jeune garçon était sorti du bâtiment.
Haruya se retourna en grognant. Fuusuke le fixait, un léger sourire peint sur les lèvres.
- Quoi ?
Ces deux-là… Kariya avait beau être insupportable. Haruya avait beau manqué cruellement d'une quelconque forme de patience. Les deux avaient beaux être en totale hétérogénéité ensemble. Cependant ils étaient… Ils étaient paradoxalement… Inséparables.
- Quoi ?
- Rien. Vous êtes marrants tous les deux réunis.
Le carmin arqua un sourcil.
- Marrant ?
Fuusuke acquiesça, en retournant au tri du linge propre.
- Je vais te dire ce qui est marrant…
L'albinos releva les yeux. Haruya avait regagné un aspect digne. Un air sérieux qu'il n'esquissait pas souvent.
- Mmh quoi donc ?
- Approche.
Fuusuke le toisa. Effectivement. Haruya ne riait plus. L'albinos lui lança un de leurs fameux regards. Qu'eux seuls pouvaient discerner également. Et se dirigea en sa direction. Leurs doigts s'entremêlèrent et…
- Beurk !
Haruya se mordit la lèvre en blasphémant une nouvelle fois. Son acolyte se contenta de ricaner.
- Kariya !
Fuusuke se passa la main sur le visage, en riant légèrement.
- C'est pas très catholique ce que vous vous apprêtiez à faire…
Le carmin rougit furieusement, en se tournant vers le garnement, le regard noir.
- Je te dis ça pour vous… Surtout qu'il y a des enfants pas loin….
- Kariya...
- Fuu' je vais vraiment tuer ce gosse…
- On dirait Hiroto et Ryuuji.
Haruya se figea. L'albinos s'esclaffa timidement et son son opposé secoua la tête
- Kariya ! Ferme-la !
Le garçon leur tira la langue.
- Bah alors, on sait plus quoi faire contre moi ?
Puis agita le trousseau de clé qu'il avait dérobé plus tôt.
- Aller, Haru', viens me chercher si tu l'oses !
Et rit narquoisement, en détalant dans les escaliers.
- Je vais te tuer !
Un adulte une nouvelle fois sur ses pas. Un adulte encore un peu enfant. Que Fuusuke ne pouvait s'empêcher de priser. Malgré toute son immaturité.
C'était Haruya après tout.
- Fuuuuussuuukkeee !
Il baissa alors la tête vers le petit groupe d'enfants qui venait de se former autour de lui. Il jeta promptement un regard dans le jardin, où ils avaient joué avec Hiroto et Ryuuji. Visiblement, ces deux-là appréciaient faire bien d'autres choses en leur absence. Fuusuke pouffa en reportant aussitôt ses yeux sur ces adorables orphelins.
- Kariya ! Reviens là immédiatement !
Orphelins qui n'avait pas l'air de comprendre pourquoi leur aîné et Haruya se couraient après de cette manière.
- Kariya a encore fait un bêtise. Ne vous inquiéter pas, Haruya ne va rien faire, à part le gronder. Enfin s'il arrive à l'attraper…
Les petits lui sourirent ainsi de toutes leurs dents, pas encore toutes présentes pour la plupart. Fuusuke s'accroupit alors en leur souriant également, tendrement. Il aimait ces nouveaux orphelins. Il adorait ces nouveaux petits orphelins. Il aimait prendre soin d'eux. Il aimait les protéger. Il voulait les protéger. Pour que ce soit différent pour eux. Pour… Qu'ils soient heureux. Juste heureux. Et qu'il le soit équitablement en retour.
Ryuuji et Hiroto pénètrent eux-aussi la maison. Et durent reculer car un certain Kariya leur barra la route, tel un éclair. Haruya avait du retard. Et ces années de foot alors ? Les deux nouveaux venus se tournèrent vers Fuusuke, qui haussa simplement les épaules.
- Je crois… Je crois qu'on va monter aider Haruya... Hein Ryuu' ?
- Euh… Oui !
- Bien sur ! On y croit tous ! Ce n'est pas beau de mentir !
Ce jeune garnement aux cheveux bleus passa alors sa tête par dessus la rampe des marches. Avant de disparaître, pour laisser place à une tulipe à sa poursuite.
- Fuuuusssuuukkeee, tu viens jouer avec nous, dddiiiiiss ?
L'albinos regarda les plus petits. Et sourit, en les suivant dans l'autre pièce. Avant de murmurer.
- Pas de bêtises vous deux…
Hiroto et Ryuuji s'empourprèrent. Cette fois, ils allaient bel et bien aider Haruya. Ce pauvre Haruya. Et dire, que lui et Fuusuke n'avaient, pour ainsi dire, jamais une minute pour eux. Pour eux.
Effectivement, la routine avait ses quelques mauvais côtés. Même si, en définitive, il était heureux. Si heureux. En compagnie de ses adorables petits orphelins. De ces deux autres complices, Ryuuji et Hiroto, avec qui il avait retissé des liens amicaux, peut-être plus fort qu'auparavant. De ce monstre nommé Kariya. Et d'Haruya, qui était toujours aussi… Qui était toujours Haruya, le fulminant et espiègle Haruya. De temps en temps. Qu'il avait tant aimé petit. Et qu'il aimait toujours autant majeur. De manière plus… adulte peut-être. Ou pas justement.
Finalement, peu de choses avaient changé. Leur vie avait repris leur cours, comme si toutes ces années aux côtés de la Pierre Aliea avaient fait partie d'une tout autre réalité. Ils avaient bien fait de changer de prénom tiens ! Cette période, ils ne l'abordaient que très rarement. Ils ne tentaient pas de l'oublier. Cela faisait partie d'eux. Dans une autre vie. Ils l'avaient accepté. Et ils étaient passés à un tout autre cape. Pas simplement. Pas difficilement. Ils avaient juste attendu. Attendu que le temps fasse son travail. Et que leur esprit daigne enfin reprendre le courant de leur existence. Car tout avait été révolu. Et, patiemment, ils avaient espéré. Patiemment, leurs espoirs avaient été réalisés. Patiemment. Car bon sang, la vie stable et agréable traîner. Elle prenait tout le temps dont elle n'avait pas forcément tout le besoin. En soi.
Cela ne ressemblait pas un conte de fée. Ce n'était pas facile, ni excitant tous les jours. Ce n'était pas totalement ce qu'ils pouvaient imaginer. Ce n'était pas si différent. Et pourtant… Si. Cela l'était. C'était différent. Car ils avaient retrouvé confiance. Car ils étaient heureux. Ils vivaient, en étant étant. Heureux dans la plus simple des manières existantes. Mais heureux.
Parce que, à y réfléchir, définitivement, une chose avait vraiment changé. Réellement. Entre eux. Incontestablement. C'était différent. Éperdument… différent.
Comprendra qui pourra.
Écriture tout en finesse et raffinement.
Comme le reste de cette fiction.
A méditer.
;)
