A la lumière d'une cigarette

Allez encore une couche de guimauve bartheill :3 Peut-être que je ferai du Dément un de ces jours aussi :3

Enjoy :p

L'équipe de Bangumi avait passé la journée à finaliser leur déménagement vers de nouveaux locaux, mieux situés et plus spacieux. Le soir tombait en pluie d'or sur la capitale, Martin et Yann avaient décidé de fumer une dernière cigarette à leur endroit habituel: sur le toit.
C'était leur endroit. L'endroit qui avait vu, petit à petit, leur amour grandir et se concrétiser. Ils fumaient en silence mais avaient tous les deux un petit sourire aux lèvres. Ils savaient qu'ils pensaient à la même chose. Les souvenirs leurs revenaient doucement.

C'était là qu'ils s'étaient rencontrés la première fois.
Martin venait tout juste d'être engagé au Supplément et Laurent devait le présenter officiellement à Yann dans l'après midi car il n'avait pas pu être présent aux entretiens d'embauche. Mais une étoile là-haut ne voulait pas attendre l'après-midi. A 8h46, Yann était monté sur le toit de la rédaction pour sa pause clope habituelle, juste avant de commencer à travailler. Il avait aperçu ce jeune homme un peu tremblant, calme en apparence mais agité à l'intérieur, fumant une cigarette. Yann avait eu l'impression de se revoir lors de son premier jour à Canal+. Il avait tout de suite su que c'était lui: le fameux Martin Weill. Il s'était approché un peu bruyamment pour que le jeune homme le remarque. Ce dernier avait levé la tête presque en sursaut et lui avait adressé une esquisse de sourire gêné. Yann s'en rappelait dans les moindres détails.

"Tu as du feu ?"

La voix de Yann s'était voulue rassurante mais il s'était vite rendu compte que sa propre timidité le rattrapait et il espérait ne pas créer de malaise. Le jeune homme avait hoché la tête et lui avait tendu son briquet. Yann l'avait remercié, allumé sa cigarette et lui avait rendu assez vite son briquet. Leurs doigts s'étaient effleurés. Ça ne voulait rien dire à l'époque mais aujourd'hui cela prenait tout son sens. Leur premier contact. Il y avait eu un bref silence.

" Martin, c'est ça ? Je suis Yann. »

Il lui avait tendu la main et le jeune homme l'avait prise avec hésitation. Second contact. Début d'une longue liste. Début de cet étrange besoin pour Yann de toucher Martin. Mais encore une fois à l'époque ça n'avait aucune signification.

" Oui je sais... J'aime beaucoup votre travail…"

Yann avait senti son cœur se pincer de joie et il avait offert au nouvel arrivant son plus beau sourire. Il n'était pas le premier à lui faire ce genre de compliment et cela pourrait même être une tentative de flatterie pour se faire bien voir, mais dans les yeux bruns du jeune homme brillait une sincérité désarmante qui toucha Yann plus qu'il ne voulait bien l'avouer.

"Merci. J'espère que tu te plairas à Bangumi. »

Un vrai sourire, enfin, de la part du jeune homme. D'autres paroles avaient été échangées, sûrement des banalités. Pourtant il semblait maintenant que chacune avait son importance. Cette discussion gênée et anodine n'était rien au final. Ce n'était pas un coup de foudre. Ce n'était même pas le début d'une amitié ou quoi que ce soit. Mais il s'était passé quelque chose ce matin-là. C'était une coïncidence, qu'ils se rencontrent ici, sur ce toit. Mais Yann n'avait jamais vraiment cru aux coïncidences. Ils auraient juste pu tout simplement fumer en silence, sans s'adresser un mot, et se rencontrer plus tard dans le bureau de Laurent sans sympathiser et Martin ne serait jamais venu bosser au Petit Journal et rien de tout ce qu'ils avaient maintenant n'existerait. Martin, lorsqu'il était d'humeur romantique ou sarcastique aimait parler d'un « coup du destin ». Mais ce qu'il ne savait pas, c'est que, quelques minutes après que Martin soit retourné à l'intérieur, Yann avait glissé une main dans la poche de son jean et en avait tiré son briquet pour s'allumer une nouvelle cigarette. Les coïncidences existent-elles vraiment ? Yann ne croyait pas aux coïncidences. Mais il ne savait toujours pas, même 3 ans après, d'où lui était venue cette impulsion de demander son briquet à Martin.

Un peu moins d'un an plus tard, il se retrouverait avec Martin sur ce même toit. Le soir, cette fois, après l'émission. Il lui demanderait du feu une nouvelle fois, comme à chaque fois, même s'il avait toujours son briquet dans sa poche. Ils échangeraient cette fois un regard complice, bien loin des balbutiements timides du premier jour. L'électricité régnerait dans l'air. Une amitié solide s'était nouée entre les deux hommes mais il y avait autre chose, cette fascination mutuelle, cette attirance réprimée. Ils se tournaient autour depuis le début. Et ce soir-là, entre deux rires complices, Yann finirait par embrasser Martin à la lumière d'une cigarette et les étoiles pour seules témoins. Ce n'était pas encore le début de leur relation. Il s'en suivrait une longue série de doutes et d'incertitudes, de baisers, de « c'était une erreur », de « ça ne marchera jamais entre nous. », de « je veux séparer vie privée et vie professionnelle ». Mais inlassablement, ils finiraient à nouveau par se retrouver à s'embrasser sur ce toit et un jour, finalement, les doutes seraient remplacés par des « Je t'aime. ».

Yann écrasa sa cigarette, dans le cendrier prévu à cet effet et se tourna vers Martin.

« J'avais un briquet dans ma poche, tu sais. » murmura-il. « A chaque fois. »

Il n'avait pas besoin d'en dire plus, il savait que Martin le comprendrait. Le jeune reporter rit doucement.

« Je le savais. »

Le présentateur fit un pas vers son reporter et captura tendrement ses lèvres. Le reporter lâcha sa cigarette pour passer ses bras autour du cou de son amant et approfondir le baiser. Ils restèrent un long moment ainsi à s'embrasser et à coller leurs fronts, emprunts d'une soudaine nostalgie à l'idée de dire aurevoir à cet endroit qui avait abrité tant de leurs confidences, disputes et baisers.

Un moment plus tard, alors qu'ils s'apprêtaient à rentrer à l'intérieur, Martin fit un geste pour délier leurs mains mais Yann resserra sa prise sur la paume de son amant. Le jeune reporter l'interrogea du regard, perplexe. Le présentateur se contenta de hausser les épaules.

_ Il n'y aura pas de toit où se cacher dans les nouveaux locaux. Dit-il simplement.

Un grand sourire illumina le visage de Martin. Yann avait toujours été réticent à afficher leur relation, même devant leurs collègues, alors que Martin aurait aimé ne plus avoir à se cacher au moins au bureau. Le jeune reporter savait ce que ce simple geste, ces mains liées à la vue de tous, était un immense pas en avant pour Yann. Les regards s'attardèrent sur leurs mains scellées lorsqu'ils traversèrent la redac', peuplée de quelques trainards qui bouclaient leurs cartons. Ils reçurent un sourire approbateur de Martha et un clin d'oeil de Pierre. Ce n'était une surprise pour personne. Juste une confirmation. Il fallait être aveugle pour ne pas voir l'alchimie entre les deux hommes et les sentiments ardents qui les unissaient. Les deux hommes récupérèrent rapidement leurs affaires avant de s'engouffrer, toujours main dans la main, dans les rues parisiennes éclairées par la lueur du crépuscule.