Bonjour bonjour :)Voici, enfin, le chapitre 6. Je m'excuse par avance pour les fautes. Le Conseil d'Elrond sera fractionné en plusieurs partie (3 voir 4) j'espère que cela ne dérangera en rien la lecture.

Rien ne m'appartient :) Tout est à JRR Tolkien sauf les drows empruntés à la mythologie nordique et incorporés à ma sauce :p

Bonne lecture ^-^


Chapitre 6

Le conseil d'Elrond

partie 1

Le lendemain, Shandriz, se réveillant de bonne heure, se sentit bien en sortant de sa chambre. Ne trouvant pas Legolas dans l'appartement elle sortit sur les terrasses qui dominaient le flot sonore du Bruinen pour regarder le frais soleil se lever au-dessus des montagnes lointaines et projeter ses rayons obliques au travers de la fine brume argentée, la rosée luisait sur les feuilles jaunes, et le réseau des filandres scintillait sur tous les buissons. Elle marcha, humant l'air et regardant les grandes montagnes qui s'élevaient à l'est. La neige blanchissait les cimes. A un tournant du sentier, elle tomba sur Gandalf et Legolas qui, assis sur un siège taillé dans la pierre, étaient en grande conversation.

- Tiens! Bonjour! dit Gandalf. Prêt pour le grand conseil?

- Je me sens prête pour n'importe quoi, répondit la jeune drow de bonne humeur. Mais j'aimerais par-dessus tout prendre un énorme petit déjeuner. La soirée de maître Elrond m'a donner une faim de loup.

- Vous en aurez l'occasion plus tard, dit Legolas. Il y a beaucoup à entendre et à décider aujourd'hui. Le petit déjeuner attendra. acheva t'il dans un sourire.

- Pas de petit déjeuner alors?

Tandis qu'ils parlaient, retentit soudain le son clair d'une seule cloche.

- Voilà le signal du Conseil d'Elrond, s'écria Gandalf. Allons! Notre présence est requise, à vous et à Legolas. Les deux elfes suivirent vivement le magicien le long du sentier en lacet pour regagner la maison. La lumière de ce clair matin d'automne rayonnait à présent dans la vallée. Le bruit des eaux bouillonnantes montait du lit écumeux de la rivière. Les oiseaux chantaient, et une saine paix s'étendait sur la terre. A leur entrée dans la maison du maître des visages grave ce tournèrent vers eux rappelant à Shandriz le pourquoi de ce conseil extraordinaire. Elrond était là, et plusieurs autres personnes étaient assises en silence autour de lui. Frodon et Bilbon, Glorfindel et Gloïn, et, seul dans un coin, était assis Estel, revêtu de nouveau de ses vieux habits fatigués par les voyages. Shandriz et Legolas prirent place l'un a coté de l'autre suivit par Gandalf qui ce posa aux coté de Frodon. Elrond ne tarda pas alors et attira Frodon vers un siège à côté de lui, et il le présenta à la compagnie en ces termes.

- Voici, mes amis, le Hobbit, Frodon fils de Drogon. Peu de gens sont venus jusqu'ici au prix de périls plus grands et pour une mission plus urgente.

Puis il désigna et nomma ceux que le jeune hobbit n'avait pas encore rencontrés. A côté de Gloïn se trouvait un jeune nain: son fils Gimli. Shandriz ne le connaissait pas non plus. Outre Glorfindel, il y avait plusieurs autres conseillers de la maison Elrond, dont le chef était Erestor, et avec lui était Galdor, un Elfe des Havres Gris, venu en mission de la part de Cirdan, le charpentier de navires. Il y avait Legolas vêtu de vert et de brun, messager de son père Thranduil, le Roi des Elfes de la Forêt Noire du Nord. Elle était assise a coté de lui, représentante de XIl'Zar et de sa mère la reine des drow. Elle était vêtue sobrement avec les couleurs qu'elle affectionnaient tant qu'était le rouge et le noir. Et, assis à part, était un homme de haute taille au beau et noble visage, aux cheveux bruns et aux yeux gris, au regard fier et grave. Il portait un manteau et des bottes comme pour un long trajet à cheval, et, en vérité, bien que ses vêtements fussent riches et que son manteau fût bordé de fourrure, ils étaient défraîchis par un long voyage. II avait un col d'argent dans lequel était sertie une seule pierre, ses cheveux étaient coupés à hauteur des épaules. Sur un baudrier, il portait un grand cor à bordure d'argent, à présent posé sur ses genoux. Il examina Shandriz avec un étonnement soudain.

- Voici, dit Elrond, se tournant vers Gandalf, Boromir, un homme du Sud. Il est arrivé dans le matin gris, et il cherche conseil. Je l'ai prié d'être présent, car ses questions recevront ici une réponse.

Il est inutile de rapporter tout ce qui fut dit et débattu en ce Conseil. Il fut beaucoup question des événements du monde extérieur, surtout dans le Sud et dans les vastes régions à l'est des Montagnes. De ces choses, Sandriz avait déjà entendu maintes rumeurs, mais le récit de Gloïn était nouveau pour elle, et quand le nain parla, elle prêta une oreille attentive. Il apparaissait que parmi la splendeur des oeuvres de leur main, les Nains de la Montagne Solitaire avaient le cœur troublé.

- Il y a maintenant bien des années, dit Gloïn, qu'une ombre d'inquiétude est tombée sur notre peuple. Nous n'en perçûmes pas tout d'abord l'origine. On commença à murmurer en secret: on disait que nous étions enfermés dans un espace étroit, et qu'on trouverait de plus grandes richesses et plus de splendeur dans un monde plus large. Certains parlaient de la Moria: Les puissantes œuvres de nos pères, appelées dans notre langue Khazad-dûm, et ils déclaraient que maintenant enfin nous avions le pouvoir suffisant si nous étions en assez grand nombre pour y retourner. Gloïn soupira. La Moria ! La Moria ! Merveille du monde septentrional! Trop profondément fouillâmes-nous là, et nous éveillâmes la peur sans nom. Longtemps sont restées vides ses vastes demeures depuis la fuite des enfants de Durïn. Mais à présent on en reparlait avec nostalgie, mais non sans crainte, car nul nain n'a osé passer les portes de Khazad-dûm durant bien des générations de rois, hormis le seul Thrôr, qui périt. Mais, enfin, Balïn prêta l'oreille aux murmures et résolut d'y aller, et bien que Dâïn n'accordât la permission qu'à contrecœur, il emmena avec lui Ori et Oin, et nombre des nôtres, et ils partirent pour le Sud. Cela s'est passé il y a près de trente ans. Pendant quelque temps, nous avons eu des nouvelles, qui paraissaient bonnes: des messages indiquaient qu'ils avaient pénétré dans la Moria et qu'un grand travail y avait commencé. Puis ce fut le silence, et depuis lors plus aucune nouvelle n'est venue de la Moria. Et puis, il y a environ un an, un messager est venu à Dâïn. Un cavalier dans la nuit, qui a appelé Dûin à notre porte. Le Seigneur Sauron le Grand souhaitait, dit-il, notre amitié. Pour cela, il donnerait des anneaux, comme ceux qu'il donnait jadis. Et le messager demanda de façon pressante des renseignements sur les Hobbits, de quelle espèce ils étaient et où ils demeuraient. Car Sauron sait, dit-il, que l'un d'eux vous fut connu à certaine époque. En entendant cela, nous fûmes grandement troublés et nous ne donnâmes point de réponse. Alors son ton féroce baissa et il aurait adouci sa voix si ce lui eût été possible. «En petit gage de votre amitié, Sauron demande ceci, dit-il: que vous découvriez ce voleur (tel fut le mot qu'il employa) et que vous obteniez de lui, bon gré malgré, un petit anneau, le moindre des anneaux, qu'il vola autrefois. Ce n'est qu'une bagatelle dont Sauron s'est entiché, et un gage de votre bonne volonté. Trouvez le, et trois anneaux que vos ancêtres nains possédaient jadis vous seront rendus, et le royaume de la Moria sera vôtre pour toujours. Trouvez des nouvelles du voleur, s'il vit encore et où, et vous recevrez une grande récompense en même temps que l'amitié durable du Seigneur. Si vous refusez, les choses n'iront pas aussi bien. Refusez-vous? A ces mots, son souffle vint comme le sifflement des serpents, et tous ceux qui se trouvaient là frissonnèrent, mais Dâïn répondit: «Je ne dis ni oui ni non. Il me faut considérer ce message et ce qu'il signifie sous ses beaux dehors. «Réfléchissez bien, mais pas trop longtemps», dit-il. «Le temps de ma réflexion, c'est à moi d'en décider», répondit Dâïn. «Pour le moment! » Dit-il, et il repartit dans les ténèbres. «Lourds ont été les cœurs de nos chefs depuis cette nuit là. Il nous fallait la voix féroce du messager pour nous avertir que ses paroles contenaient en même temps menace et tromperie, car nous savions déjà que le pouvoir qui est de nouveau entré en Mordor n'a pas changé, et il nous a toujours trahis dans le passé. Le messager est revenu par deux fois, et il est reparti sans réponse. La troisième et dernière fois ne tardera pas, ce sera avant la fin de l'année, a t'il dit. C'est pourquoi Dâïn m'a finalement envoyé prévenir Bilbon qu'il est recherché par l'Ennemi et apprendre, s'il est possible, pourquoi celui ci désire cet anneau, ce moindre des anneaux. Et aussi, nous désirons ardemment les conseils d'Elrond. Car l'Ombre croît et s'approche. Nous découvrons que des messagers sont aussi venus au Roi Brand au Val, et qu'il en est effrayé. Nous craignons qu'il ne cède. Déjà, la guerre s'assemble à ses frontières orientales. Si nous ne répondons pas, l'Ennemi peut pousser des hommes de son obédience à assaillir le Roi Brand et Dâïn également.

- Vous avez bien fait de venir, dit Elrond. Vous entendrez aujourd'hui tout ce qu'il vous est nécessaire de savoir pour comprendre les desseins de l'Ennemi. Il n'est d'autre possibilité pour vous que de résister, avec ou sans espoir. Mais vous n'êtes pas seuls. Vous apprendrez que vos difficultés ne sont que parties des difficultés de tout le monde occidental. L'Anneau! Que ferons-nous de l'Anneau, ce moindre des anneaux, cette bagatelle dont Sauron s'est entiché? C'est le destin que nous devons considérer. «Voilà la raison pour laquelle vous êtes rassemblés. Rassemblés, dis je, bien que je ne vous aie pas convoqués, étrangers de terres lointaines. Vous êtes venus et vous vous êtes rencontrés ici, à point nommé, par hasard, pourrait-il sembler. Mais il n'en est pas ainsi. Croyez plutôt qu'il en est ainsi ordonné que nous, qui siégeons ici, et nuls autres, devons maintenant trouver une ligne de conduite pour répondre au péril du monde. Maintenant donc seront ouvertement révélées dés choses qui sont restées cachées à tous, hormis quelques-uns, jusqu'à ce jour. Et tout d'abord, afin que tous puissent comprendre quel est le péril, l'histoire de l'Anneau sera dite du début jusqu'à ce jour même. Et c'est moi qui commencerai le récit, que d'autres termineront.

Tous écoutèrent alors, tandis qu'Elrond, de sa voix claire, parlait de Sauron et des Anneaux de Puissance, et de leur forgeage au Second Age du monde de jadis. Une partie de l'histoire était connue de certains de ceux qui étaient là, mais personne n'en savait la totalité, et bien des yeux étaient fixés sur Elrond avec crainte et étonnement quand il parla des forgerons elfes d'Eregion, de leurs rapports amicaux avec la Moria et de leur soif de savoir, grâce à laquelle Sauron les enjôla. Car en ce temps là, il n'était pas encore mauvais d'apparence, ils reçurent son aide et devinrent puissants dans leur art, tandis que lui, apprenait tous leurs secrets, les trompait et forgeait secrètement dans la Montagne de Feu l'Anneau Unique pour être leur maître. Mais Celebrimbor l'avait percé à jour, et il cacha les trois qu'il avait fabriqués, et il y eut la guerre, le pays fut dévasté, et la porte de la Moria fut fermée. Alors, tout au long des années qui suivirent, il chercha la piste de l'Anneau, mais cette histoire étant rapportée ailleurs, et Elrond lui même l'ayant consignée dans ses livres d'archives, nous ne la rappellerons pas ici. Car c'est une longue histoire, pleine de grands et terribles faits, et, si brièvement qu'Elrond parlât, le soleil montait dans le ciel et le matin était déjà presque à son terme quand il se tut. Il parla de Nûmenor, de sa gloire et de sa chute, et du retour des Rois des Hommes à la Terre du Milieu des profondeurs de la mer, portés par les ailes de la tempête. Puis Elendil le Beau et ses puissants fils, Isildur et Anarion, devinrent grands seigneurs, ils créèrent le royaume du Nord en Arnor et le royaume du Sud en Gondor au-dessus des bouches de l'Anduin. Mais Sauron de Mordor les assaillit, et ils firent la Dernière Alliance des Elfes et des Hommes, et les armées de Gil-galad et d'Elendil furent rassemblées en Arnor. A ce moment, Elrond s'arrêta un instant et soupira.

- Je me rappelle bien la splendeur de leurs bannières, reprit-il. Elle me rappelait la gloire des Jours Anciens et les armées de Beleriand, où tant de grands princes et capitaines étaient assemblés. Et pourtant pas tant, pas si beaux que lorsque Thangorodrim fut brisé et que les Elfes pensèrent que le mal était fini à jamais, alors que ce n'était pas vrai.

- Vous vous le rappelez? Dit Frodon, exprimant sa pensée à haute voix dans son étonnement. Mais je croyais, balbutia t'il comme Elrond se tournait vers lui, je croyais que la chute de Gil-galad avait eu lieu il y a des éternités.

- Et c'est exact, répondit gravement Elrond. Mais ma mémoire porte jusqu'aux Jours Anciens. Eârendil était mon père, qui naquit à Gondolïn avant sa chute, et ma mère était Elwing, fille de Dior, fils de Lûthien de Doriath. J'ai vu trois âges dans l'Ouest du monde, et maintes défaites, et maintes victoires sans lendemain. J'étais le héraut de Gil-galad, et je marchais avec son armée. Je fus à la bataille de Dagorlad devant la Porte Noire de Mordor, où nous eûmes le dessus: Car nul ne pouvait résister à la Lance de Gil-galad et à l'Épée d'Elendil, Aiglos et Narsil. J'ai vu le dernier combat sur les pentes de l'Orodruin, où mourut Gil-galad et où tomba Elendil, Narsil brisée sous lui, mais Sauron lui-même fut renversé, et Isildur trancha l'Anneau de son doigt avec le tronçon de l'épée de son père et le prit pour lui»

A ces mots, l'étranger, Boromir, intervint:

- Voilà donc ce qu'il advint de l'Anneau! S'écria t'il. Si jamais pareil récit fut fait dans le Sud, il est oublié depuis longtemps. J'ai entendu parler du grand Anneau, de celui que l'on ne nomme pas, mais nous pensions qu'il avait disparu du monde dans la ruine de son premier royaume. Isildur le prit! Voilà certes une nouvelle.

- Hélas, oui, dit Elrond. Isildur le prit, comme il n'aurait pas dû être. L'Anneau eût dû être jeté au feu d'Orodruin, tout près de l'endroit où il fut fabriqué. Mais peu nombreux furent ceux qui remarquèrent l'acte d'Isildur. Lui seul se tenait près de son père en ce dernier combat mortel, et près de Gil-galad, seuls se trouvaient Cîrdan et moi-même. Mais Isildur ne voulut pas écouter notre conseil. «Je garderai ceci comme rançon pour mon père et mon frere», dit-il, et ainsi, que nous le voulions ou non, il le prit pour le conserve précieusement. Mais bientôt l'Anneau l'entraîna dans la mort, c'est pourquoi il est nommé dans le Nord le Fléau d'Isildur. Mais peut-être la mort valait-elle mieux que ce qui au rait pu lui arriver autrement. C'est seulement au Nord que vinrent ces nouvelles, et seulement à peu d'entre nous. Il n'est guère étonnant que vous ne les ayez pas entendues, Boromir. Du désastre des Champs aux Iris, où périt Isildur, ne revinrent que trois hommes par-dessus les montagnes et après une longue errance. L'un d'entre eux était Ohtar, l'écuyer d'Isildur, qui portait les fragments de l'épée d'Elendil, et il les remit à Valandil, l'héritier d'Isildur, qui, n'étant encore qu'un enfant, était resté à Fondcombe. Mais Narsil était brisée et sa lumière éteinte, et elle n'a point encore été reforgée. Vaine ai je appelé la victoire de la Dernière Alliance? Pas entièrement, mais elle n'atteignit pas son but. Sauron fut diminué, mais non détruit. Son Anneau était perdu, mais non défait. La Tour Sombre était démolie, mais les fondations n'en étaient pas effacées, car elles avaient été faites par le pouvoir de l'Anneau et tant qu'il reste, elles demeureront. Un grand nombre d'Elfes, ainsi que beaucoup d' Hommes puissants et de leurs amis avaient péri à la guerre. Anarion était tué, Isildur aussi, et Gil-galad comme Elendil n'étaient plus. Jamais plus il n'y aura pareille ligue d'Elfes et d'Hommes, les Hommes se multiplient, alor que les premiers nés diminuent, et les deux familles sont aliénées. Et depuis ce jour, la race de Nûmenor a décliné et l'étendue des années de ceux qui restent a diminué. Dans le Nord, après la guerre et le massacre des Champs aux Iris, les Hommes de l'Ouistrenesse furent diminués, et leur cité d'Annûminas près du lac Evendim tomba en ruine, les héritiers de Valandil s'en furent habiter à Fornost sur les Hauts du Nord, et cet endroit aussi est maintenant désolé. Les Hommes l'appellent Chaussée des Morts, et ils redoutent d'y marcher. Car les gens d'Arnor diminuèrent, et leurs ennemis les dévorèrent, leur seigneurie passa, ne laissant que des tertres verts dans les collines herbeuses. Dans le Sud, le royaume de Gondor dura longtemps, et sa splendeur s'accrut pendant une période, rappelant en quelque façon la puissance de Nûmenor, avant sa chute. Ce peuple éleva de hautes tours, des places fortes et des havres pour un grand nombre de navires, et la couronne ailée des Rois des Hommes était redoutée de gens de multiples langues. Leur ville capitale était Osgiliath, Citadelle des Étoiles, au milieu de laquelle coulait la Rivière. Et ils bâtirent Minas Ithil, Tour de la Lune Montante, à l'est, sur un épaulement de la Montagne de l'Ombre, et à l'ouest, au pied des Montagnes Blanches, ils construisirent Anor, la Tour du Soleil Couchant. Là, dans les cours du Roi, poussait un arbre blanc, issu de la graine de l'arbre qu'Isildur avait apporté par-dessus les eaux profondes, et la graine de cet arbre venait auparavant d'Eressëa, et avant encore de l'extrême ouest au jour d'avant les jours où le monde était jeune. «Mais, dans l'usure des rapides années de la Terre du Milieu, la lignée de Meneldil fils d'Aramon s'éteignit, et l'arbre se dessécha, et le sang d'hommes moindres se mêla à celui des Nûmenoréens. Alors, la garde sur les murs de Mordor se relâcha, et des choses sombres revinrent subrepticement à Gorgoroth. Et à un moment les choses mauvaises s'avancèrent, elles prirent Minas Ithil, où elles s'établirent, la transformant en lieu de terreur, et on l'appelle Minas Morgul, la Tour de la Sorcellerie. Puis Minas Anor fut rebaptisée Minas Tirith, la Tour de Garde, et ces deux cités étaient toujours en guerre, mais Osgiliath qui était située entre les deux fut désertée et dans ses ruines se promenèrent des ombres. «Ainsi en a t'il été durant mainte générations. Mais les Seigneurs de Minas Tirith continuent de se battre, défiant nos ennemis, gardant le passage de la rivière, d'Argonath à la mer. Et maintenant cette partie de l'histoire que je vous dirai est venue à sa fin. Car, du temps d'Isildur, l'Annea Souverain disparut de la connaissance de tous, et les Trois furent libérés de sa domination. Mais à présent, en ce dernier jour, ils sont de nouveau en péril, car, à notre grand chagrin, l'Unique a été trouvé. D'autres parleront de sa découverte, car en cela je n'ai joué qu'un très petit rôle. II s'arrêta, mais aussitôt Boromir se leva, grand et fier, devant eux:

- Permettez-moi, Maître Elrond, déclara t'il, d'en dire davantage sur le Gondor, car, en vérité, c'est du Pays de gondor que je viens. Et il serait bon que tous sachent ce qui s'y passe. Car peu nombreux, je crois, sont ceux qui connaissent nos actions et qui, par conséquent, peuvent deviner le péril où ils seront au cas où nous échouerions en fin de compte. «Ne croyez pas qu'au Pays de Gondor le sang de Nûmenor soit épuisé, ni que toute sa fierté et sa dignité soient oubliées. Par notre valeur, les gens de l'Est sont encore refrénés et la terreur de Morgul tenue aux abois, et c'est ainsi seulement que la paix et la liberté sont assurées aux terres qui sont derrière nous, rempart de l'Ouest. Mais si les passages de la Rivière étaient conquis, que se passerait-il alors? «Et pourtant, cette heure pourrait bien ne plus être éloignée. L'Ennemi sans nom s'est de nouveau mis en branle. La fumée s'élève une fois de plus d'Oradruin, que nous appelons Montagne du Destin. Le pouvoir de la Terre Noire s'accroît, et nous sommes serrés de près. Au retour de l'Ennemi, les nôtres furent repoussés d'Ithilien, notre beau domaine à l'est de la Rivière, encore que nous y ayons gardé une tête de pont et une force armée. Mais cette année même, aux jours de juin, une guerre soudaine nous est tombée dessus de Mordor, et nous fûmes balayés. Nous succombâmes sous le nombre. Car le Mordor s'est allié à Ceux de l'Est et aux cruels Haradrim, mais ce ne fut pas par le nombre que nous fûmes vaincus. Un pouvoir était là que nous n'avions pas senti auparavant. «D'aucuns ont dit qu'il était visible, sous la forme d'un grand cavalier noir, une ombre ténébreuse sous la lune. Où qu'il vînt, une sorte de folie saisit nos ennemis, mais la peur tomba sur les plus hardis d'entre nous, de sorte que chevaux et hommes cédèrent et s'enfuirent. Seul un débris de nos forces de l'Est revint, détruisant le dernier pont qui restait encore parmi les ruines d'Osgiliath. «Je faisais partie de la compagnie qui tint le pont jusqu'à ce qu'il fût abattu derrière nous. Seuls, quatre se sauvèrent à la nage: mon frère, moi même et deux autres. Mais nous continuâmes à nous battre, tenant toutes les rives ouest de l'Anduin, et ceux qui s'abritent derrière nous nous adressent des louanges pour peu qu'ils entendent notre nom, beaucoup de louanges, mais peu d'aide. De Rohan seulement des cavaliers répondent à nos appels. «En cette heure néfaste, j'ai parcouru bien des lieues périlleuses pour venir en mission auprès d'Elrond: cent dix jours ai-je voyagé tout seul. Mais je ne cherche pas d'alliés pour la guerre. La puissance d'Elrond réside dans la sagesse, non dans les armes, dit-on. Je suis venu demander conseil et l'éclaircissement de paroles dures. Car, à la veille du soudain assaut, un songe est venu à mon frère dans un sommeil troublé, et après, un rêve semblable lui est venu à plusieurs reprises, et une fois à moi-même. «Dans ce rêve, j'avais l'impression que le ciel s'assombrissait à l'est, que le tonnerre grondait de façon croissante, mais à l'ouest s'attardait une pâle lumière, et de cette lumière sortait une voix, lointaine mais claire, qui me criait Cherche l'épée qui fut brisée: A Imladris elle se trouve, Des conseils seront pris plus forts que les charmes de Morgul. Un signe sera montré que le Destin est proche, Car le Fléau d'Isildur se réveillera, Et le Semi Homme se dressera. Nous ne comprîmes pas grand chose à ces paroles, et nous en parlâmes à notre père, Denethor, Seigneur de Minas Tirith, versé dans la connaissance du Gondor. Il consentit seulement à dire ceci: Imladris était jadis le nom que donnaient les Elfes à une vallée du Nord lointain où demeurait Elrond, le demi-Elfe, le plus grand des maîtres du savoir. C'est pourquoi mon frère, voyant l'urgence de notre besoin, brûla de tenir compte du rêve et de rechercher Imladris, mais la route étant semée de doute et de danger, je me suis chargé de faire le voyage. Mon père ne m'accorda la permission qu'à contrecœur, et j'ai longtemps erré par des routes oubliées, à la recherche de la maison d'Elrond, dont beaucoup avaient entendu parler, mais dont peu connaissaient le lieu.

- Et ici, dans la maison d'Elrond, davantage de clartés vous seront fournies, dit Aragorn, se levant.

II jeta son épée sur la table qui se trouvait devant Elrond, et la lame était en deux morceaux.

- Voici l'épée qui fut brisée, dit-il. Et qui êtes-vous, et quel rapport avez-vous avec MinasTirith? demanda Boromir, qui contemplait avec étonnement le visage maigre du Rôdeur et son manteau taché par les intempéries.

- C'est Aragorn, fils d'Arathorn, dit Legolas en ce levant, et il descend par maints ancêtres d'Isildur, le fils d'Elendil de Minas Ithil. Il est le chef des Dunedains dans le Nord, et peu nombreux sont les descendants de cette lignée.

- Alors, c'est à vous qu'il appartient, et nullement à moi! S'écria Frodon saisi et bondissant sur ses pieds comme s'il s'attendait que l'Anneau lui fût réclamé sur le champ.

- II n'appartient à aucun de nous, dit Aragorn, mais il a été ordonné que vous le conserviez quelque temps.

- Produisez l'Anneau, Frodon! Dit Gandalf d'un ton solennel. Le moment est venu. Tenez le en vue, et Boromir comprendra le reste de son énigme.

II y eut un silence et chacun tourna le regard vers Frodon. Il était secoué d'une honte et d'une crainte soudaine, il éprouvait une grande répugnance à révéler l'Anneau et un dégoût de son contact. Il souhaita se trouver à mille lieues de là. L'Anneau rayonna, scintillant, comme il le tenait haut devant eux dans sa main temblante.

- Voyez le Fléau d'Isildur! dit Elrond.

- Les yeux de Boromir étincelèrent tandis qu'il regardait l'objet doré.

- Le semi-Homme ! murmura t'il. Le destin de Minas Tirith est-il donc enfin venu? Mais pourquoi alors nous faut-il chercher une épée brisée?

- Les mots exacts n'étaient pas le destin de Minas Tirith, dit Aragorn. Mais un destin et de grands faits sont en vérité proches. Car l'Épée qui fut Brisée est celle d' Elendil qui se brisa sous lui quand il tomba. Elle a été conservée précieusement par ses héritiers alors que tout autre bien de famille était perdu, car il était de tradition chez nous qu'elle serait refaite quand l'Anneau, Fléau d'Isildur, serait trouvé. Maintenant que vous avez vu l'épée que vous cherchiez, que demanderiez-vous? Souhaitez-vous que la Maison d'Elendil retourne au Pays de Gondor?

- Je n'ai pas été envoyé pour demander aucune faveur, mais seulement pour chercher l'explication d'une énigme, répondit fièrement Boromir. Mais nous sommes durement pressés, et l'Épée d'Elendil serait une aide dépassant nos espérances si tant est que pareil objet puisse effectivement revenir des ombres du passé.

II regarda de nouveau Aragorn, et le doute se lisait dans ses yeux. Frodon sentit Bilbon s'agiter avec impatience à son côté. Il était évidemment ennuyé pour son ami. Se dressant soudain, il éclata:

- Tout ce qui est or ne brille pas, Tout ceux qui errent ne sont pas perdus. Le vieux gui est fort ne se dessèche pas. Le gel n'atteint pas les racines profondes, Des cendres, un feu sera réveillé, Une lumière des ombres surgira, Renouvelée sera la lame brisée: Le sans couronne sera de nouveau sera roi. «Ce n'est pas très bon peut-être, mais en tout cas c'est approprié si vous avez encore besoin de quelque chose après la parole d'Elrond. Si celle-ci valait la peine d'un voyage de cent dix jours pour entendre, vous feriez mieux d'écouter»

Il s'assit avec un reniflement de dédain:

- C'est de ma propre composition, murmura t'il à Frodon, pour le Dunadain, il y a longtemps, la première fois qu'il m'a parlé de lui même. Je souhaiterais presque que mes propres aventures ne fussent pas terminées, afin de pouvoir l'accompagner quand son jour viendra. Aragorn lui sourit, puis il se tourna de nouveau vers Boromir:

- Pour ma part, j'excuse votre doute, dit-il. Je ressemble peu aux personnes d'Elendil et d'Isildur telles qu'on les voit sculptées en majesté dans les salles de Denethor. Je ne suis que l'héritier d'Isildur et non Isildur lui-même. J'ai eu une vie dure, et longue, et les lieues qui s'étendent d'ici au Gondor ne forment qu'une petite partie dans le compte de mes voyages. J'ai traversé maintes montagnes et maintes rivières, j'ai parcouru maintes plaines, jusque dans les pays lointains de Rhûn et de Harad, où les étoiles sont étranges. «Mais ma résidence, pour autant que j'en aie une, se trouve dans le Nord. Car c'est ici que les héritiers de Valandil ont toujours demeuré en une longue lignée continue de père en fils pendant de nombreuses générations. Nos jours se sont assombris, et nous avons dépéri, mais toujours l'Épée a passé à un nouveau gardien. Et je vous dirai ceci, Boromir, avant d'en terminer. Nous sommes des hommes solitaires, Rôdeurs des terres sauvages, chasseurs mais toujours chasseurs des serviteurs de l'Ennemi, car ils se trouvent en bien des lieux et pas seulement en Mordor. Si le Gondor a été une vaillante tour, Boromir, nous avons joué un autre rôle. Il y a bien des choses mauvaises que n'arrêtent pas vos murs puissants et vos brillantes épées. Vous connaissez peu les terres d'au-delà de vos frontières. La paix et la liberté, dites-vous? Le Nord les aurait peu connues sans nous. La peur les aurait détruites. Mais quand les choses sombres viennent des collines sans maisons ou rampent hors des bois sans soleil, elles nous fuient. Quelles routes oserait-on parcourir, quelle sécurité y aurait-il dans les terres tranquilles ou dans les maisons des simples hommes la nuit, si les Dünedain s étaient endormis, ou tous partis dans la tombe? «Et pourtant nous recevons moins de remerciements que vous. Les voyageurs nous regardent de travers, et les campagnards nous donnent des noms méprisants. «Grands-Pas» suis-je pour un gros homme qui habite à une journée de marche d'ennemis qui lui glaceraient le cœur ou qui réduiraient son petit bourg en ruine s'il n'était gardé sans répit. Mais nous ne voudrions pas qu'il en fût autrement. Si les gens simples sont exempts de soucis et de peur, ils resteront simples, et nous devons observer le secret pour les maintenir tels. Cela a été la tâche de ceux de ma race, tandis que les année s'étendaient et que l'herbe poussait. «Mais maintenant le monde change une fois de plus. Une nouvelle heure vient. Le Fléau d'Isildur a été trouvé. La bataille est proche. L'Épée sera reforgée. J'irai à Minas Tirith.

- Le Fléau d'Isildur a été trouvé, dites-vous, répliqua Boromir. J'ai vu un anneau brillant dans la main du Semi-Homme, mais Isildur périt avant le commencement de cette ère du monde, dit-on. Comment les Sages savent-ils que cet anneau est le sien? Et comment a t'il été transmis au cours des ans, jusqu'au moment où il a été apporté ici par un si étrange messager?

- Ce sera expliqué, répondit Elrond.

- Mais pas encore, je vous en supplie, Maître! dit Bilbo. Déjà le soleil monte vers le midi, et j'ai besoin de quelque chose pour me fortifier.

- Je ne vous avais pas nommé, dit Elrond, souriant. Mais je le fais à présent. Allons! Racontez-nous votre histoire. Et si vous ne l'avez pas encore mise en vers, vous pouvez la dire en mots simples. Plus votre récit sera bref, plus tôt vous pourrez vous restaurer.

- Très bien, dit Bilbo. Je vais faire comme vous le demandez. Mais je vais maintenant dire l'histoire véritable, et si certains qui sont ici m'ont entendu donner une autre version (il lança un regard de biais à Gloïn), je les prie de l'oublier et de me pardonner. Je n'avais que le désir de revendiquer le trésor comme ma propriété personnelle en ce temps là et me défaire du nom de voleur qui m'avait été accolé. Mais peut-être comprends-je un peu mieux les choses à présent. En tout cas, voici ce qui s'est passé.

Pour certains des auditeurs, le récit de Bilbo était entièrement nouveau, et ils écoutèrent avec étonnement tandis que le vieux Hobbit, assez satisfait en vérité, narrait en détail son aventure avec Gollum. II n'omit aucune des énigmes. Il aurait aussi fait tout un exposé de sa réception et de sa disparition de la Comté, s'il lui avait été permis, mais Elrond leva la main.

- Bien raconté, mon ami, dit-il, mais c'est assez pour l'instant. Il suffit actuellement de savoir que l'Anneau a passé à Frodon, votre héritier. Laissons lui la parole à présent!