Macronophobie
Yann retint à peine son soupir de soulagement lorsque le générique de l'émission retentit. Il se leva précipitamment de sa chaise et arracha presque ses micros, sans adresser un regard à l'invité. D'ailleurs, personne ne faisait tellement attention à lui autour de la table. Tout le monde arborait un air légèrement exaspéré. Du coin de l'oeil, Yann vit le candidat à la présidentielle esquisser un mouvement vers lui, mais il s'esquiva au plus vite vers les loges. Il n'en pouvait plus. L'interview lui avait semblée interminable et le candidat l'avait agacé au plus haut point. En plus de ces interventions interminables, la jalousie avait tordu le ventre de Yann lors du duplex avec Martin. Le regard appréciateur qu'Emmanuel Macron avait posé sur son reporter ne lui avait pas échappé et une vieille colère sourde s'était mise à gronder au fond de lui. Il n'avait jamais oublié la main que le candidat avait posé sur le genou de SON Martin, deux ans plus tôt à Las Vegas. Il se rappelait encore de sa colère, ce jour-là. Martin s'en était beaucoup amusé à l'époque et, durant le duplex quelques minutes plus tôt, il avait revu cette même lueur taquine d'il y a deux ans.
Macron lui avait déplut dès le jour où il s'était approché un peu trop près de Martin. Le comportement de l'invité n'avait fait que renforcer sa haine du personnage. Il n'avait pas dit grand chose pour l'interrompre, de peur de perdre son sang-froid et il était reconnaissant à Hugo et Azzedine d'avoir pris le relais.
Il entra au plus vite dans sa loge, poussant en soupir de soulagement. Il était enfin seul. Il se laissa tomber sur le canapé. Son portable sonna à cet instant précis. Un sourire prit forme sur ses lèvres, Martin avait toujours un timing parfait. Il colla l'appareil contre son oreille et son coeur fit un bond dans da poitrine quand il entendit la voix familière et rieuse de son amant.
_ Alors, calmé ? Murmura Martin d'un ton espiègle.
_ Pas encore. Soupira Yann, s'affalant un peu plus dans le canapé. Quel connard.
Martin rit doucement au bout du fil et Yann sentit instantanément ses épaules se détendre. Martin avait toujours été le meilleur pour l'apaiser, sans forcément le faire exprès, il trouvait toujours les mots justes.
_ Un peu d'objectivité, ès, enfin ! Le réprimanda-il.
_ Mais je suis objectif ! Protesta le présentateur. Il est incoupable et insupportable. C'est objectif ça ! Et t'as vu comment il t'a reluqué ?
_ Ah ! Voilà le problème ! Tu es tout simplement jaloux en fait ! Ricana son cadet.
Yann grogna vaguement une réponse, provoquant une nouvelle fois l'hilarité de son compagnon. Bien sûr qu'il était jaloux, comment ne pas l'être ?
_ Au moins en duplex, aucun risque qu'il me touche le genou ! Le taquina Martin.
_ Evidemment ! J'avais tout prévu.
_ Et puis c'est plutôt à moi d'être jaloux hein ! Tu voulais le dévorer des yeux, c'est bien ça ?
_ Mes yeux ne regardaient que toi, chaton. Promit le présentateur.
_ Mmmm… Y'a intérêt.
_ Bon je dois te laisser. Je dois encore débriefer avec la prod et aller dire au revoir à l'autre connard… Et éventuellement lui casser la gueule, s'il me demande ton numéro.
Martin rit à nouveau.
_ Je compte sur toi. Rappelle-moi quand tu es à la maison pour me raconter, ok ?
_ Pas de souci. A tout à l'heure, chaton.
Yann s'apprêtait à raccrocher quand la voix de Martin retentit à nouveau.
_ Et Yann ?
_ Oui ? demanda-il.
_ Macron ne t'arrive pas à la cheville. Il ne l'effleure même pas et ne le fera jamais.
Un sourire naquit sur les lèvres de Yann.
_ Merci Martin.
La phrase avait été murmurée dans un souffle par le présentateur, elle le touchait plus qu'il ne voulait bien l'avouer.
_ Tu me manques mon matou. A tout de suite. Murmura Martin avec tendresse avant de raccrocher.
Yann resta un moment debout, souriant comme un imbécile puis il sortit de les loges, déterminé, prêt à remettre Macron à place si besoin.
