Note : Toutes mes excuses pour publier de manière aussi erratique. Du renouveau dans cette fic, j'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Chapitre 18 : Sati
Il était de notoriété publique que l'arrière-boutique de Karim était un lieu où régnait un désordre permanent. C'était sans doute pour cela que les masques en bois empilés sur le bocal d'un poisson rouge inexistant et la boîte de céréales éventrée sur le sol ne choquaient plus personne.
Pour Karim ce n'était pas un désordre, ou plutôt, si c'en était un, c'était un désordre organisé. Il savait exactement où était chaque chose et on pouvait lui demander le dernier porte-clés squelette aux yeux rouges qu'il savait où le trouver sur la troisième étagère du fond, dans la boîte de gâteaux en fer reconvertie en boîte à plantes médicinales, derrière les tasses goodies Shaman Fight aux motifs colorés et les deux livres sur l'histoire de la colonisation de l'Amérique qui encadraient l'essai sur la culture Pache de son arrière grand-oncle.
Mais depuis que Lip, Rap et leur nouvelle amie avaient envahi les lieux – il n'y avait plus de place au café de Tarim et elles n'avaient pas le droit de s'installer au restaurant pendant de rush de midi – Karim ne retrouvait plus rien.
- Lip, où est l'essai qui était posé ici ? demanda-t-il d'une voix pressée en essayant de contenir son énervement. Goldova le demande.
- J'en sais rien, répondit la petite en haussant les épaules.
- Et où sont les livres qui étaient avec d'ailleurs ?
- Rap n'est pas assise dessus ? fit Lip.
Ladite Rap, se sentant concernée, se leva de la pile de livres qu'elle avait ramassés dans toute la pièce pour se constituer un tabouret.
- Quelle couleur ? demanda-t-elle.
Karim se précipita à genoux et les parcourut tous un par un à la recherche du document réclamé par Goldova.
- Tu as détruit mon siège, pleurnicha Rap.
« Vite, songea Karim, sortir d'ici avant de se mettre vraiment en colère. Et aller chercher Silva. Lui, il saurait gérer les petites. »
Les autoriser à utiliser son arrière-boutique pour discuter de leur radio, c'était vraiment la pire décision qu'il ait jamais prise.
…
- Nous n'avons toujours pas décidé du nouveau nom, déclara Lip d'un air très sérieux.
Rap, Komeri et ele étaient installée dans une tente du Gandhara après avoir été gentiment chassées de chez Karim. Les jumelles avaient eu beau protester que c'était leur QG, Silva s'était montré intransigeant.
- Mais si on change le nom, les gens ne nous reconnaîtront pas, protesta Rap.
- Mais on peut changer un peu, défendit Lip.
Rap gonfla les joues, en réponse de quoi Lip croisa les bras.
- Maintenant qu'on est 3 et qu'on a changé les questions, il faut un nouveau nom. Plus moderne, maintint Lip.
Les deux sœurs s'affrontèrent du regard jusqu'à ce que Komeri intervienne.
- Kadow dit toujours que quand quelque chose est moderne c'est 2.0, déclara-t-elle d'une voix timide, presqu'éteinte.
Cela réconcilia les deux jumelles.
- C'est super, s'exclama Lip.
- On est Pache Radio 2.0, s'enthousiasma Rap.
Komeri sourit.
- Pour célébrer la nouvelle Pache Radio, il faut qu'on interviewe quelqu'un d'important, décida Lip.
Et ni une ni deux, Komeri était partie chercher Sati.
…
- Bonjour chers auditrices et chers auditeurs, vous écoutez la Pache Radio 2.0, la radio des shamans 2.0, et c'est Lip, Rap et Komeri qui vous parlent ! commença Rap d'une voix enjouée.
- Aujourd'hui, nous interrogeons pour vous une figure emblémique du Shaman Fight : Sati Saigan. Membre de l'équipe Nyorai et leader du Gandhara.
- La princesse Sati Saigan, rectifia Komeri à mi-voix, en même temps que Rap demandait en chuchotant ce que voulait dire « emblémique ».
- Bonjour Sati, continua Lip, imperturbable.
- Bonjour, répondit la shaman d'une voix avenante.
- Sati, appela Rap, surexcitée, sa liste de questions 2.0 à la main. Si vous étiez un pays, lequel seriez-vous ?
- Et pourquoi ? ajouta Lip.
Ladite Sati, si elle fut surprise par la question, n'en montra rien et répondit presqu'aussitôt.
- L'Inde. Le pays de la non-violence.
- C'est le pays dont vous venez, n'est-ce pas ? demanda confirmation Lip, très fière de s'être renseignée en amont sur son interviewée, même si avec Komeri à leurs côtés ça n'avait pas été très difficile.
- Oui, c'est exact, répondit Sati. Mais si je suis née en Inde, j'ai grandi au Pakistan.
- Si vous étiez quelque chose qui se mange, reprit Rap et son enthousiasme débordant, qu'est-ce que vous seriez ?
- On avait dit un gâteau, rectifia Lip.
- Non, un fruit, protesta Komeri d'une voix plate en fronçant les sourcils.
Sati rit légèrement.
- Je dirai des macarons, multiples et aux saveurs variées. En fruit des figues, c'est mon péché mignon.
- Sati aime la cannelle, releva Komeri, s'attirant le regard doux de sa coéquipière.
- Je bois toujours mon thé avec de la cannelle, ou de la menthe quand il en manque.
- Du thé à la cannelle, répéta Lip, perplexe, avant de se prendre un coup de coude de Rap dans les côtes.
- Si vous étiez un animal, reprit-elle précipitamment, lequel serait-ce ?
La jeune femme prit le temps de réfléchir.
- Un éléphant, intervint une voix inconnue et enjouée à côté d'elle.
La shamane fit claquer sa langue contre son palais mais ne démentit pas la déclaration de son esprit.
- Vous êtes son fantôme gardien ? voulut avoir confirmation Rap.
- Oui, moi c'est Dainichi.
- Si Sati était un élément de la nature, lequel ce serait d'après vous ?
- Le Gange, répondit aussitôt Dainichi, le plus sacré des 7 fleuves, celui dont l'eau libère les âmes des défunts et purifie l'esprit. Il a apporté la vie dans les pays qu'il traverse. C'est l'image parfaite pour représenter Sati. Et puis, capricieuse comme elle est, même si elle paraît calme en apparence, il faut forcément qu'elle soit un fleuve ou une mer.
Les fillettes rirent tandis que Sati faisait les gros yeux à son fantôme gardien qui n'eut pas l'air de s'en formaliser.
- Si vous deviez résumer Sati en trois mots ? réclama Lip.
Dainichi sourit.
- Pacifique. Equilibre. Sagesse.
La shamane hocha doucement la tête.
- Tout le monde c'est que la sagesse c'est un truc de vieux.
Un éclat d'insatisfaction passa dans les yeux de Sati à cette blague récurrente et les enfants préférèrent laisser la shamane et son fantôme régler leurs comptes tout seuls.
- C'étaient Lip, Rap et Komeri, déclara Rap dans son micro. Merci de nous avoir suivis et à bientôt sur la Pache Radio 2.0 !
