The bigger they are de LadyExcalibur2010
CHAPITRE 67
Pas pour les faibles
Bella, Alice et Alyssa partirent en shopping un samedi. Bella voulait acheter une robe pour le mariage. Ni longue, ni blanche, sans traine ni voile mais quelque chose de pratique et qui irait avec notre mariage simple. Ça faisait un mois qu'Alice lui cassait les pieds avec ça mais Bella avait ignoré chaque discussion, chaque appel et chaque menace. Evidemment à présent il fallait qu'elle paie et qu'elle les supporte toutes les deux pendant un jour entier. J'étais content de n'avoir à acheter qu'un costume, ce qui était fait, retouché et rangé. J'aurai pu jubiler devant Bella. Mais elle me tira la langue et me dit que les fanfarons n'étaient pas attirants.
Alors elle était partie pour la journée. Toute la journée.
Ce qui signifiait que j'étais seul à la maison avec les garçons, pendant que Masen gardait les siens chez lui. Jasper avaient amené les filles et Adam au cinéma. Je l'avais fait exprès je voulais me retrouver seul avec les garçons pour avoir une idée de ce que ça faisait d'être vraiment un père pour eux - toute la journée, sans filet de sécurité et complètement seul.
Je réalisai que ça pouvait être les seuls moments où je pourrais réellement m'essayer à la paternité. Et j'étais d'accord avec ça. Ça ne changerait pas la façon dont je me sentais au sujet d'avoir un bébé - je voudrais toujours ça si ça arrivait. Avoir les garçons était suffisant et j'étais content. Etre père de quatre était déjà un gros boulot en soi et quelquefois je me demandais si nous n'étions pas égoïstes d'en vouloir un autre.
Bizarrement ce fut Masen qui m'éclaircit les idées à ce sujet. Un jour, nous regardions les enfants jouer dehors, assis à l'arrière de la maison et je lui demandais si Alyssa et lui voulaient avoir d'autres enfants. Il haussa les épaules et puis secoua la tête. "Probablement pas," admit-il. "Deux nous semblent bien." Il fit une pause. "Mais bon... si ça arrive, ça ne nous poserait pas de problème. Ce n'est pas ce que nous aurions prévu mais quelquefois il y a des choses que tu ne peux pas prévoir dans la vie. Bien sûr, tu le sais maintenant." Il me regarda. "Bella et toi allez essayer, n'est-ce pas?"
Ce fut mon tour de hausser les épaules. "Ouais, dis-je. "C'est ce que nous avons prévu," répondis-je avec un petit sourire.
Masen rit un peu. "Si tu me le demandes, les enfants et les prévisions... sont des ennemis naturels."
Depuis que j'avais un peu d'expérience je hochai la tête. "Explique-moi." Il sourit et me tapota la nuque. "Tu penses que vous être trop vieux?"
"Je travaille avec deux personnes qu' n'ont pas eu leurs premiers enfants avant d'avoir quarante ans," dit-il. "Les gens attendent plus longtemps à présent... préférant favoriser leurs carrières et tout ça. Ou ils ont une deuxième famille. Les choses sont si différentes à présent. Ne laisse pas l'âge prendre la décision à ta place."
"Oui, je sais. Mais..." dis-je.
"Mais quoi?" demanda-t-il.
Je me tournai pour mieux le voir. "Penses-tu que ce soit ...égoïste de vouloir une autre enfant avec Bella?"
"Est-ce que Bella est d'accord?" demanda-t-il.
Je hochai la tête. "Oui, on veut essayer."
"Laisse-moi te dire... Est-ce que tu seras malheureux si ça n'arrive pas? Est-ce que ça va créer des problèmes entre vous deux si les choses ne marchent pas? Est-ce que ça va détruire ce que tu as avec les garçons? Est-ce que tu seras amer?"
"Non," répondis-je sans réfléchir et en toute honnêteté. "Je veux ça, c'est vrai. Beaucoup. Mais Bella et les garçons me rendent heureux alors non... Je ne serais pas malheureux si ça ne se produit pas. Je ne sais pas comment l'expliquer autrement." Je haussai les épaules. "Putain je ne m'étais jamais attendu à trouver Bella et encore moins les garçons. Alors un bébé... ce serait un peu comme la cerise sur le gâteau." Je ne savais pas comment l'expliquer alors j'allais au plus simple.
Masen sourit. "Je ne pense pas que ce soit égoïste... pour aucun de vous deux. Je pense que vous êtes pleins d'espoir et c'est très bien. C'est la vie qui est comme ça, pas vrai? L'espoir amène les choses que nous voulons et si elles ne viennent pas nous pouvons le gérer."
J'y réfléchis un instant. "Oui ça a du sens."
"Tu vois? Je t'avais dit que j'étais un putain de génie," ricana-t-il à mes doutes.
A présent que je devais m'occuper des garçons tout seul, j'avais une nouvelle compréhension de ce que signifiait le rôle de parent pour Bella. Parce que ces enfants partaient dans toutes les directions en même temps. Comment pourrai-je gérer ça si un bébé venait se rajouter à cette folie?
Je perdrais la tête, c'était certain.
Plus tard dans l'après-midi mon téléphone sonna. J'étais content de voir apparaitre le numéro de Bella et j'avais bon espoir qu'elle rentre à la maison. J'étais crevé. Il me fallait une sieste. Je n'étais plus aussi jeune que je croyais et les garçons étaient ... bon ... c'était un boulot à plein temps. C'était quatre fois un boulot à plein temps. Le temps était à la pluie et les garçons étaient un peu coincés à l'intérieur. Avec moi.
"Hey mon cœur," la saluai-je. Je ne voulais pas me plaindre. Je ne voulais pas me plaindre au sujet...
"Il faut que tu me sauves," murmura-t-elle pressée.
"Quoi?" J'entendis un bruit sourd et je me demandai qui avait sauté cette fois-ci. Jake sûrement cet enfant était en partie un singe. Et l'autre partie, l'espièglerie incarnée ne laissant que très peu de place à l'ange. Toutefois c'est le singe et l'espièglerie qui dominaient.
"Il. Faut. Que. Tu. Me. Sauves..." répéta-t-elle lentement comme si j'étais bête.
"Ça n'a pas de sens," lui dis-je.
"Rien de tout ça n'a de sens," répliqua-t-elle. C'était sa voix ennuyée et je sus que je devais être prudent.
"Qu'y a-t-il chérie?" demandai-je gentiment.
Je l'entendis souffler. Puis il y eut un long silence. "Que dirais-tu qu'on embarque les garçons et qu'on s'enfuit à Las Vegas?"
Je voulais rire. Mais ne le fis pas. Je tenais à ma virilité. "Tu me détesteras si je suis d'accord avec ça."'
"Non, je t'assure," insista-t-elle. "En fait, tu aurais ma gratitude éternelle."
"Je ne pense pas." En même temps j'essayai d'imaginer ce que ça allait être ... surveiller quatre garçons à Vegas. Non merci.
"Tu n'es pas enthousiaste."
Sa voix était faible et je l'entendais tout juste. "Où es-tu?"
"Je me suis cachée dans un placard," répondit-elle.
Je ris ce qui était probablement une erreur mais je ne pus m'en empêcher. "Pourquoi fais-tu ça?"
"J'ai peur," répondit-elle. "Elles sont très ... déterminées."
"Qui?"
"Elles, toutes les deux, Alyssa et Alice, c'est comme si des aliens et des prédateurs avaient combiné leurs forces. L'humanité - ou une faible petite chose comme moi - n'avons aucune chance.
Je dus ravaler mon rire cette fois. "Elle te donnent des ordres, hein?"
"En vérité Edward elles sont vraiment effrayantes. Je veux maman," Bella gémit. "Ce n'est plus du shopping... c'est comme une expédition dans la forêt amazonienne ou quelque chose. Alyssa a des plans du centre commercial, des plans, Edward."
"Oui, j'aurais dû probablement t'avertir à propos d'Alyssa..." J'avais entendu des histoires d'horreur racontées par Masen assez souvent. Alyssa pouvait arpenter un gigantesque centre commercial comme celui d'Atlanta sans même une goutte de sueur.
Il y avait des cris là-haut et j'essayai de déterminer si c'était quelque chose qui méritait que je m'en mêle. Ensuite j'entendis des rires et je décidai que j'avais quelques minutes avant un possible désastre. Encore? Sérieusement comment Bella avait-elle fait pour les contenir, au moins pour éviter qu'ils ne s'entretuent?
"Elle est ... Edward... vraiment... appelle le Président. Dis-lui de les envoyer en Iran et en Afghanistan et la guerre serait terminée... juste comme ça." Elle fit un petit rire qui paraissait hystérique. Je savais qu'elle flippait car la guerre n'était pas une chose avec laquelle elle plaisantait, et c'était compréhensible.
"Bella," je chuchotai son prénom comme lorsque nous étions dans notre grand lit et que j'étais sur le point de me glisser en elle.
"Ouais," Sa voix était tremblante mais un peu mieux. Elle ne flippait plus, il fallait juste qu'elle retrouve son aplomb.
"Ne les regarde pas dans les yeux," l'avertis-je. "Choisis la robe qui te convient et puis tu fais semblant de bouder ... car tu veux de la glace ou autre chose. Ignore les. Tu ne peux pas te cacher. Mais ne cède pas. Jamais. Tu es Bella Swan bientôt Bella Swan James Cullen et tu ne sais pas ce qu'est la défaite."
"Tu as raison," chuchota-t-elle et ça ressemblait plus à la Bella que je connaissais. "Si je peux lutter contre les yeux de chien battu de Jake alors je peux faire cela. Rien ne peut être comparé aux yeux de Jake. Leur force pâlit contre la puissance des yeux de chien chiot de Jake."
"Oui tu vas les avoir, ma tigresse," l'encourageai-je. " Va leur montrer qui est le chef."
Elle fit un petit grognement qui me fit rire. "Elles vont perdre."
"Ah voilà, je te retrouve maintenant," plaisantai-je.
"Merci mon chéri," cria-t-elle et je sus qu'elle allait bien. "J'y vais je vais aller botter quelques derrières avec mes jolis pieds."
"Enfer, il fallait vraiment que tu me parles de ça, hein?" Maintenant c'était moi qui gémissais mais elle raccrocha et je me retrouvai tout seul avec mes fantasmes de pieds aux ongles vernis.
Puis j'entendis un autre vacarme en haut et mon imagination s'arrêta.
Encore.
Enfer.
Une heure et demi plus tard, Bella revint portant triomphalement quelques sacs. Son sourire en disait long. Je fis signe vers les sacs. "Ouais?"
Elle hocha la tête et me fit un clin d'œil. "Enfer ouais," acquiesça-t-elle.
"Viens m'embrasser mon héroïne," la priai-je.
Elle secoua la tête et roula des yeux. Mais vint m'embrasser quand même. C'était probablement une bonne chose que j'aie mon baiser avant qu'elle ne monte.
Laissez-moi dire qu'il y avait des dégâts, il y en avait fréquemment. Et du désordre aussi. Et quelquefois les deux à la fois.
Le mois de mai sembla passer très vite. Je réussis à caser deux jours de bénévolat. Un à l'école de Sam et de Jake et l'autre à celle de Seth. Emmett avait été très clair : pas question que j'aille me montrer là bas. Bien sûr il dit la même chose à Bella alors je me sentis moins blessé. C'était l'âge et je le savais. Bella bien sûr, commençait à comploter. "Il faut que les garçons réalisent que c'est mon job de les mettre dans l'embarras, "marmonna-t-elle. Le mariage commençait à la rendre folle.
Pour les fleurs ça se passait bien. Le fleuriste avait pu faire tout ce qu'elle voulait et à un bon prix. Elle décida qu'elle voulait un petit bal à la réception et je trouvai un groupe qui lui convint. Je connaissais un gars qui avait un frère qui avait un groupe. Oui, oui toujours les relations de l'armée. Mais ils étaient bons même si lui et ses amis étaient juste un peu plus jeunes qu'Emmett.
Le choses se poursuivaient assez bien même si Bella craquait un peu parfois, marmonnait et gesticulait environ pendant trois minutes puis elle arrêtait, soupirait fermait les yeux en prenant une grande inspiration. La crise était passée. C'était souvent mignon tant que j'étais assez malin pour ne pas m'en mêler et garder ma gueule fermée. J'avais bien appris la leçon la fois où j'avais essayé de l'apaiser à propos des boulettes de viande. Je l'avais ouverte quand je n'aurais pas dû et elle m'avait fait les mêmes yeux que ceux qu'elle faisait quand ses fils se comportaient mal.
Je fermais donc ma gueule et m'asseyais les mains dans les poches. Je faisais bien attention de m'assurer de ne pas rouler des yeux.
Nous avions Jasper et sa famille pour le dîner et les enfants s'étaient dispersés aux quatre vents comme d'habitude et Jake refit son apparition dévalant l'escalier presque littéralement un petit moment plus tard. Cela attira notre attention. Il vibrait presque d'excitation dansant sur place.
"Je les ai vus!" déclara-t-il. "Je les ai vus et il étaient en train de s'embrasser!" Le dernier mot fut dit avec à la fois du dégoût et de la crainte. Ses frères ne pouvaient rien cacher lorsque Jake était dans les parages.
Les lèvres de Bella devinrent blanches et elle les serra. Ce n'était pas seulement que Jake les ai vu s'embrasser... mais Bella voyait tout à coup que ses enfants grandissaient, faisant un bond en avant. A présent je pouvais assez bien reconnaitre les signes. La préparation du mariage m'avait bien appris tout ceci. Bientôt il y aurait des marmonnements et des cris, des jurons même peut-être et ensuite elle tomberait sur Emmett.
Il était temps pour Edward Cullen d'avancer et d'être un père. D'homme à homme.
Je posai ma main sur l'épaule de Bella avant qu'elle ne se précipite. "Bella, chérie?"
Elle se tourna pour me regarder. Oh Oh. Je suis un homme et je représente l'ennemi à présent. Je déglutis et pris les devants. "Bella?"
"Quoi?"
"Laisse-moi lui parler, d'accord?"
"Pourquoi?"
"Parce que vu comment tu es actuellement tu pourrais le tuer. Et il me semble que tu ne seras pas contente de toi pour ça plus tard." Essayer la carte de l'humour. Elle aimait rire. Je vis de l'amusement traverser ses yeux mais elle n'allait pas m'aider. A la place elle gronda.
"Peut-être, peut-être pas," répondit-elle.
"Puis-je juste lui parler, s'il te plait," suppliai-je. "Mon père ... a été vraiment bon pour ce genre de discussions. Et je me souviens de pas mal de choses."
Elle réfléchit pendant un moment. "Tu es assez brillant comme père."
Peu importe ce que j'allais répondre, je fus interrompu par l'arrivée penaude de Rose et d'Emmett. Ils se tenaient par la main. D'accord. Alors maintenant tout le monde était au courant. Je fixai Emmett alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la bouche et lui fis un minuscule signe de tête. Il déglutit et ferma sa bouche. Bon garçon. Malin.
Je vis Alice aller vers Rosalie un regard déterminé sur le visage. Rose fit un regard d'excuse à Em et libéra sa main. On aurait dit qu'il aurait voulu protester mais il regarda sa mère et enfonça ses mains dans ses poches. Malin deuxième fois. Je regardai Emmett puis Bella qui me fit un signe de tête. Je regardai Jasper qui avait cette expression malade et stupéfaite sur le visage. Ça va aller mec. Nous sommes tous les deux entrés dans un autre niveau de parentalité et ça devient dur. "Pardon, Jasper," dis-je tranquillement. "Em? Un moment d'accord?"
Il déglutit difficilement de nouveau mais me suivit, je n'allais pas lui laisser une chance de refuser bien que je ne sache pas encore ce que j'allais dire. Nous allâmes en haut, passâmes devant la chambre de Seth où quelques-uns des garçons trainaient puis devant la scène du crime et allâmes jusqu'au bout du couloir dans notre chambre. Je refermai la porte derrière moi après avoir fait entrer Emmett en premier. Je pris une profonde inspiration. Ça y était.
Nous étions aussi nerveux l'un que l'autre.
Je patientai une seconde attendant le "Tu n'es pas mon père". Il n'y avait rien d'autre qu'un silence inconfortable.
Bon d'accord nous allions commencer.
"Emmett?"
"Ouais?"
"Ce que Jake a vu... ça n'est pas allé plus loin?" S'embrasser n'était pas grave. On pouvait le gérer et c'était l'âge où les ados faisaient ça. Tant qu'ils gardaient leurs vêtements et leurs mains pour eux...
Il devint écarlate et hocha la tête. "Ouais."
Bon. Ça allait.
Je hochai la tête et mis mes mains dans les poches. C'était encore plus étrange que ce que je croyais. Tout à coup je ressentis un élan de sympathie pour mon père. "Tu sais que vous être trop jeunes pour aller plus loin, n'est-ce pas?"
Emmett me lança un regard qui me disait que j'étais stupide. "Oui, je sais ça." L'impatience transparaissait dans sa voix et ça c'était le Emmett que je connaissais, que j'aimais et avec lequel j'étais à l'aise. Je me sentis me détendre. Je pouvais gérer l'hostilité et l'air renfrogné. J'essayai de ne pas sourire.
Je m'assis sur la chaise que nous gardions près du lit et essayai de ne pas penser aux choses que nous avions fait avec Bella sur cette chaise deux nuits avant. Emmett s'assit au bord du lit semblant mal à l'aise. Bien.
"Ta mère et moi nous faisons du souci," dis-je finalement.
Il fronça les sourcils. "Vous vous inquiétez?"
"Nous nous soucions de ce que Rose et toi ... allez faire et jusqu'où."
Il parut amusé. Oh non pas ça. "Euh."
Je le regardai dans les yeux et plissai les miens. J'avais vu Bella faire ça des centaines de fois. J'apprenais vite. Ce n'était pas si différent de donner des ordres. "Oui Emmett, nous nous inquiétons. Je sais que ton corps te dit qu'il est prêt à faire certaines choses mais en réalité ce n'est pas le cas. Ni l'un ni l'autre d'ailleurs."
Il rougit de nouveau et serra la mâchoire. Je savais qu'il fallait que je change de tactique. Emmett avait une personnalité protectrice. Il fallait que je m'en serve. Je soupirai puis serrai mes mains devant moi m'accoudant sur mes genoux. "Emmett tu dois réaliser que Rose est assez vulnérable ... à présent."
Cela attira son attention et il releva la tête. "Qu'est-ce que tu veux dire?"
J'essayai de réfléchir à comment le formuler et puis je décidai que j'allai faire comme le faisait Bella le dire sans détour. "Souviens-toi comment tu étais embrouillé et inconfortable après que ton père soit mort."
Il hocha la tête après un moment d'hésitation.
"Eh bien multiplie ça par un millier de fois pour Rose," dis-je. "Elle n'a jamais eu de père, alors quand sa mère est morte, elle a tout perdu. A présent elle est dans une nouvelle ville, dans une nouvelle école et une nouvelle maison. Elle a été totalement déracinée ... dans tous les sens. Ajoute à cela qu'elle a trouvé un garçon qu'elle aime beaucoup... et tu peux deviner qu'elle est ... bon, vulnérable."
"Je l'aime."
Cela mit un vent dans mes voiles. Mon instinct premier fut de lui dire qu'il ne savait pas ce que c'était que l'amour encore. Il n'y avait pas moyen qu'il puisse savoir. Mais quelque chose garda ma bouche fermée et je hochai la tête. "Oui... j'ai un peu pensé que c'était comme ça." Et je l'avais fait dans un coin de ma tête. Que ce qu'Emmett ressentait pour Rosalie allait au-delà de "je veux la mettre dans mon lit."
Il grogna de surprise.
"Mais Emmett c'est parce que tu l'aimes qu'il faut vraiment que tu m'écoutes," insistai-je. "Embrasser. Pas de problème. Mais il faut que tu fasses très très attention de ne pas laisser les choses aller plus loin."
"On y fait attention," objecta-t-il mais ses yeux quittèrent les miens. Ça n'était jamais encore arrivé mais ils glissaient sur cette pente. Seules la vigilance des adultes et la surveillance du frère les avaient empêché d'aller plus loin. Il n'était pas seulement question de rapports sexuels et je devais arriver à le lui faire comprendre.
Je me levai et commençai à faire les cent pas. Je comprenais pourquoi Bella aimait faire ça quand elle réfléchissait à quelque chose.
"Emmett... c'est naturel que les baisers conduisent aux caresses et que les caresses conduisent à des caresses plus intimes..."
"Oh mon dieu," grommela-t-il. "Vraiment?"
Je pris les devants. "Et avec ces caresses plus intimes arrivent eh bien... aux rapports sexuels, Emmett. C'est ainsi que nous sommes faits. C'est humain et je le comprends." Je m'assis sur le lit pas tout à fait près de lui. "Mais vous n'êtes pas prêts. Ton corps est prêt bien sûr. Mais ton cœur... ton esprit... ni l'un ni l'autre n'en sont encore là."
Il me regarda et je pouvais voir qu'il voulait discuter. "Je l'aime," redit-il.
Je hochai la tête. "Je sais que tu le fais et c'est exactement pourquoi tu attendras."
Il cligna des yeux, évidemment perdu. "Quand ça arrivera Emmett tu voudras que ce soit parfait pas vrai?"
Il réfléchit un instant puis fit un hochement de tête saccadé.
"Ecoute, le bon moment n'est pas un certain nombre de semaines ou de rendez-vous. C'est un sentiment. Dans ton cœur ... ta tête. Pas une sensation dans ta queue, Emmett parce que la queue est toujours prête ... avant les autres parties en toi. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on appelle quelqu'un une bite quand il agit comme un abruti," ajoutai-je. Tu es là et c'est comme ça qu'il faut faire mon gars. "Quand tu attends pour que ton cœur et ta tête te disent que c'est bon... ce que tu auras sera beaucoup mieux."
"Comme vous avez fait avec maman?" souffla-t-il. Je n'avais pas prévu d'aller par là à cause du facteur beurk mais il avait ouvert la boite de Pandore.
"Oui exactement comme ça," confirmai-je. Pas moyen que je rentre dans les détails mais il fallait qu'il sache des choses. "Si je l'avais faite aller trop vite et que nous ne soyons pas prêts nous nous serions probablement plantés et aurions perdu ce qui allait devenir une merveilleuse chose. Et nous n'en serions pas au point de nous marier. Je ne l'aurais ni elle, ni vous dans ma vie. Alors ouais, je suis content que nous ayons attendu. C'est trop important pour que ce soit gâché."
Il encaissait, il ne se leva pas subitement en me disant de me taire alors je décidai d'aller un peu plus loin.
"Si tu te lances dans ces sentiments dès à présent et bien tu ne te sentiras pas bien. Ce sera un enfer, un long chemin vers la perfection. Et peut-être que plus tôt que vous ne le pensez l'un de vous deux pourra commencer à le regretter et vous aurez juste ruiné ce que vous auriez pu avoir."
Les mots de mon père me revenaient à toute vitesse et je me rappelai le mélange de mortification et de crainte que j'avais ressenti quand j'avais eu cette même discussion. Bien sûr, j'avais ignoré ses mots et ses avertissements quand Stacy était apparue dans ma vie.
"Em c'est bien meilleur quand c'est le bon moment," dis-je pour finir. "Si tu l'aimes ..." Il ouvrit la bouche et je levai ma main. "Si tu l'aimes autant que tu sembles le penser alors vous attendrez. Vous attendrez parce que c'est la bonne chose à faire et quelque part au fond de ton cœur tu le sais. Vous attendrez parce que finalement ça arrivera, tu sais que tu veux que ce soit parfait et bien et une chose à laquelle vous pourrez repenser sans aucun regret."
Il était silencieux.
"Rose et toi avez commencé comme amis, et aller de l'avant trop tôt et trop vite pourrait ruiner cette amitié pour toujours Em. Tu peux la perdre pour toujours. Et je sais que tu veux garder Rose comme amie pour toujours."
Il hocha la tête.
"Alors pour sauver ce que tu ressens pour elle, ralentis, baisse de plusieurs crans." Ses lèvres firent un demi-sourire. "Tu ne le regretteras pas. Je te le promets. La seule chose que tu regretteras c'est de la pousser trop fort et trop vite, et vous finirez par faire quelque chose que vous n'êtes pas prêts à faire."
Il frotta sa nuque et je reconnus ce que je faisais quand j'étais stressé. Ça me toucha de façon inattendue. Il me ressemblait un peu maintenant. Et je faisais partie de sa vie, il était à moi et j'étais à lui. Alors je n'allais pas foutre tout ça en l'air.
"Et quand vous serez prêts, tu te souviendras de la garder en sécurité de toutes les façons possible, d'accord?" l'aiguillonnai-je. C'est ça mon gars. Je parle des préservatifs.
Il ferma les yeux et grogna. "Mon dieu... oui, oui, j'ai déjà eu cette conversation sur le sexe en toute sécurité à l'école, genre deux millions de fois."
"Je vérifie juste, parce crois-moi quand je te dis qu'être parent est vraiment, mais vraiment, un dur travail." Un travail épuisant et éreintant pensai-je.
Il secoua la tête. "Tu penses que je ne le sais pas," il fit signe de sa tête vers les autres chambres. "J'ai trois petits frères, j'en ai une bonne idée!"
Je ne pus m'empêcher de sourire parce que j'avais pensé que j'en avais aussi une idée. Et alors ils étaient venus et je réalisai que je n'en saurais jamais assez. "Oui c'est pire que ce que tu penses. Alors je t'en prie... pour la tranquillité de ta mère, fais ... attention, tes actes ont toujours des conséquences. Fais attention à Rose."
Je vis son visage s'adoucir en entendant mes mots. Il devait l'aimer avec toute la passion et la détermination de son cœur de quinze ans. Ce n'était pas la même chose qu'il ressentirait à vingt ou trente ans mais pour où il en était actuellement c'était vrai et c'était fort. Et il avait une personnalité très protectrice et généreuse. Il avait été élevé de cette façon et les circonstances de sa vie avaient renforcé cette tendance. Emmett James allait être un homme merveilleux un jour. Je voulais juste qu'il ait la chance de grandir comme il devait et non pas comme une stupide erreur pourrait le faire.
Il resta silencieux puis se leva. "C'est fini?"
Je croisai son regard. "Oui, mais si tu as besoin de parler..."
Il allait déjà vers la porte sa main sur la poignée. Il se retourna pour me regarder. "Oui, tu seras là pour moi. Je le sais." Les mots étaient brusques mais le ton doux - résigné alors je pris ça comme une acceptation.
"D'accord," acceptai-je. "Je descends dans une minute."
La porte se referma derrière lui et je m'étalai sur le lit essayant d'ignorer la transpiration qui coulait dans mon dos.
Merde.
Ce métier de parents n'était pas pour les faibles. Du tout.
Encore un chapitre puis vous serez prêtes pour le mariage...
