La suite directe du précédent chapitre. Car comme trop souvent, sa longueur devenait trop importante pour être publiée en un seul bloc. Mais de nouveau, par avance pardon pour mon manque de relecture, du à mon envie de publier enfin quelque chose suite à mon long hiatus.

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BROKEN ARROW


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22H55 - County General Hospital de Los Angeles

Suivant de près Kensi, suite à sa sortie fracassante de la chambre de Sam, Callen n'eut pas tant à courir après elle. Car à peine avait-elle tourné au bout du couloir, que la jeune femme s'était stoppé pour se poster face à une fenêtre, mains sur le rebord et tête inclinée, dans une volonté évidente de se calmer par elle-même.

- C'était quoi, ça ? Tu crois que c'est vraiment le moment de la jouer hystérique avec Sam ?

- Il l'a abandonné !

- Ça va, je suis pas sourd ! J'avais déjà compris la première fois.

- Alors, comment peux-tu prendre sa défense ?

- Kensi…

- Et ne commence pas à nier mes propos ! Si Éric vous l'a confirmé, c'est que nous en avons la preuve sur vidéo.

- J'avais aussi saisi cette partie de l'information.

- Alors pourq…

- MERDE, KENSI ! Stoppe une seconde ! Tu connais Sam, tout aussi bien que moi. Tu sais qu'en l'état normal, il n'aurait jamais agi ainsi. Pas même avec un pur inconnu. Alors, excuse-moi ! Mais il est impossible que j'accepte de croire qu'il l'ait si sciemment délaissé.

- Les vidéos…

- Les vidéos ne montrent pas tout. Peut-être a-t-il été drogué, influencé par des paroles de Sidorov. Sais-tu seulement la moitié de ce qui s'est véritablement passé entre eux là-bas ? Et qu'en a dit Deeks ? C'est lui qui t'a envoyé régler ses comptes ou tu te bases uniquement sur une fraction de vidéos que tu as eu devant les yeux ?

Si une partie de la colère de Kensi diminua face à ces paroles de bon sens, c'est plus sûrement une vague d'angoisse qui prit place en elle. Un revirement à 90° qui ne passa guère inaperçu à Callen. Se calmant lui-même dans le but de repousser cette discussion qui ne menait à rien sans avoir au préalable la vision de Sam et Deeks des évènements et surtout vu lui-même les vidéos évoquées, il tenta déjà de comprendre les raisons de sa présence face à lui. La connaissant, il l'aurait plutôt vue scotchée au chevet de son partenaire - une occupation qu'il estimait certainement plus appropriée à cet instant. À moins qu'ils ne se soient déjà froissés dans leur tentative de gérer « leurs choses » - véritable bombe à retardement dont tous observaient à distance le développement depuis déjà un bon moment…

- Pourquoi tu n'es pas resté auprès de Deeks, Kensi ?

À cette question, somme toute innocente, Callen ne s'attendait clairement pas à la voir littéralement s'effondrer en larmes. Or plus qu'une Kensi en furie, l'homme se sentait bien incapable de gérer une Kensi en pleurs.

- Il n'est plus là. finit-elle par lui avouer.

Aux paroles noyées dans un tel océan de douleur, Callen en eut un coup au cœur. Était-il possible que Deeks soit… mort ? Éric lui avait pourtant laissé entendre que physiquement, il n'était pas tant en danger…

- Comment ?

- Qu'est-ce que tu crois ? À mon arrivée dans sa chambre, cette dernière était vide. Et quand j'ai demandé s'ils l'avaient emporté dans un autre service ou pour des examens complémentaires, une infirmière m'a indiqué qu'il venait surtout de signer sa décharge pour partir d'ici. Pourquoi penses-tu que je suis encore là ?

Retrouvant assez de calme pour respirer de nouveau Callen, à défaut de s'asseoir au beau milieu du couloir, posa une main contre le mur pour retrouver son équilibre. Elle était folle de lui avait fait aussi peur. Sachant bien que Kensi n'en avait aucunement conscience, Callen tâcha de rester concentré. La jeune femme était justement bien trop sur les nerfs pour agir convenablement avec qui que ce soit. Et à l'évidence bien trop épuisé par les derniers évènements pour penser décemment. Ce qui pourrait en partie expliquer sa fureur contre Sam et sa crise de larmes aussi subite qu'éphémère.

- Ok, il a quitté l'hôpital sans t'en informer. Mais cela ne m'explique toujours pas ce que tu fais encore là ?

- Sam…

- C'est bon ! De lui, on en rediscutera plus tard.

Positionnant le plat de sa main face à Kensi, il mit un terme à sa tentative de revenir une énième fois sur ce sujet sans trop de mal.

- Dis-moi plutôt ce que tu comptes faire, à présent ? la questionna-t-il, de nouveau.

- À ton avis ? Je vais me rendre à son appart où il a dû se terrer. Il va m'entendre, tu peux me croire.

- Ok, tu vas là-bas. Mais après ? Au risque que cela paraisse déplacé, je renouvelle ma question : Que feras-tu concrètement, une fois sur place ? Lui hurler dessus ? Vraiment ? Dois-je te rappeler qu'il est blessé et affaiblit ? Il n'a aucun besoin d'une furie s'imposant dans son espace personnel, pour y briser le sentiment de confort que nous sommes tous en droit de ressentir dans nos lieux de vie.

- Callen, je t'en prie. Je ne vais pas vraiment le blesser, si c'est que tu crains.

- Physiquement peut-être pas. Mais sérieusement, Kensi, je ne blague pas là. Je ne te laisse pas t'y rendre, s'il y a le moindre risque que tu le bouleverses un peu plus qu'il ne doit déjà l'être, si tes propos sur Sam sont ne serait-ce qu'en partie vrais.

Coupée dans son élan au sérieux affiché par Callen, Kensi en perdit presque la voix. Il lui faisait quoi, là ? Sa colère en fut tout aussitôt redirigée vers leur leader, semblant sous-entendre, elle ne savait quelle accusassions à son égard.

- Je ne compte pas le déranger. Mais bien aller offrir du réconfort à mon partenaire !

- Et comment comptes-tu t'y prendre ? En étant aussi aimable et à l'écoute que tu l'étais dans la salle d'armes quand il est venu te dire au revoir avant notre départ pour l'Iran ?

- Comment oses-tu ?

- Et toi ? Comment oses-tu faire la morale à tout le monde, quand tu n'es pas moins responsable d'une partie des blessures qu'il cumule ? Alors, pour la dernière fois : Quelles sont tes intentions avec lui ? insista Callen, le plus sérieusement du monde.

- C'est quoi comme question ? Mes intentions sont de rejoindre mon partenaire qui a besoin de moi ! Parce que tu vois ? Actuellement, il n'a que moi !

- Tu crois ? Moi, de ce que j'en sais. Nell, Éric et Bates ont démontré être bien plus efficaces que toi, dans ce rôle de soutien dernièrement.

- Qu... quoi ?

Comment osait-il lui sortir ça ! Elle n'avait pas eu le choix ! C'était injuste de lui reprocher de n'avoir pu aider à sortir Deeks de son enfer, quand elle était occupée à sauver la vie de Michelle ou à rattraper ce qui pouvait l'être de l'opération en prenant la place de Maya !

Soupirant, en voyant bien que ses derniers mots n'avaient pas été interprétés comme il le souhaitait par son amie, Callen reprit plus posément.

- Contrairement à ce que tu crois, je n'évoquais pas là, les tout derniers évènements. Mais bien la relation de plus en plus malsaine que vous partagiez ces dernières semaines, pour ne pas dire l'année en cours.

Voyant qu'elle ne l'écoutait plus vraiment, Callen insista.

- Écoutes, Kensi. Ne le prends pas mal. Mais qu'attends-tu vraiment de lui ?

- Je…

Depuis le baiser, tout avait changé. Aussi n'était-ce pas aussi clair pour elle-même. Mais au moins savait-elle vouloir être à ses côtés pour l'aider à surmonter ce à quoi il avait dû faire face durant cette opération.

- Je n'attends rien de lui. C'est moi qui souhaite lui apporter du réconfort.

- Souhait bien louable. Mais t'en crois-tu vraiment capable ?

- Pourquoi ne le serais-je pas ? Qu'est-ce que tu crois savoir que j'ignore à la fin ?

- Rien… soupira-t-il. Juste... Deeks serait plus aisé, si tu n'ajoutais pas plus de poids à ce qu'il porte déjà sur ses épaules. Dois-je vraiment t'informer qu'il a des sentiments pour toi ? Que lui briser un peu plus le cœur en restant distante, si tu le rejoins, ne l'aidera en rien à surmonter l'épreuve qu'il a subie sous les mains de ces Russes ?

Si Kensi ne fut guère surprise que Callen se soit rendu compte des sentiments de Deeks pour elle. Après tout, l'homme n'avait pas été des plus subtils en l'embrassant en pleine opération aux yeux et oreilles de tous ceux ayant accès aux mouchards qu'ils portaient tous à cet instant. La teneur de ses propos la surprenait vraiment.

- Attends, c'est quoi cette remarque ? Tu ne serais quand même pas en train de me faire le coup du discours du grand frère protecteur ?

- Si c'est ce à quoi cela ressemble… Alors, oui. lui répondit-il sans ciller. Donc, pour que nous soyons clairs, toi et moi. Si tu vas le rejoindre pour le blesser un peu plus encore, passe ton chemin. Car je ne serais pas de ceux qui te laisseront jouer plus longtemps avec lui sur cette question, comme tu as pu le faire jusqu'ici.

Avait-elle bien entendu ?

- C'est une blague ? Wow ! Callen ! Je te rappelle que c'est moi la fille, ici. Ne serait-ce pas plutôt à Deeks que tu devrais tenir ses propos et mises en garde ?

- Je suis désolé, Kensi. Mais je ne crois pas. Non.

- Sans déc ?

- Comprends que de vous deux. Je ne doute pas de sa sincérité. Comme je sais qu'en cas de rupture, ce sera toi qui en seras à l'origine et qu'il sera celui qui en souffrira le plus. Tu es celle qui refuse de te lier avec quiconque. Il est celui qui recherche de toutes ses forces à créer une famille qu'il n'a jamais connue. TU ES celle qui refuse de tracer un trait sur ton passé, et rejette - suite aux actes d'un seul homme - tout second rendez-vous. Il est celui qui marche sur des coquilles d'œuf pour ne pas t'effrayer, dès qu'il s'approche un tant soit peu trop près de toi. [1]

- C'est bon ! J'ai compris où tu voulais en venir.

- Tu m'en vois ravi. Sauf que moi, je n'en ai pas terminé. Kensi… Encore une fois, n'interprète pas mal mes propos. Mais prends enfin conscience que tu es celle qui te joue sans cesse de Deeks. Car contrairement à ce que tu penses, lui n'a jamais changé son comportement envers toi. Tout au plus s'est-il depuis le départ censuré, jusqu'à ce qu'enfin il obtienne la bénédiction d'Hetty pour faire le premier pas.

- La bénédiction… ?

Bon Dieu, mais ils étaient dans la 4ème dimension ou quoi ?

La voyant clairement déboussolée, Callen confirma ses propos.

- Oui, Kensi… Hetty. Elle et moi savons ce qu'il en est de ses sentiments pour toi, depuis des années. Indépendamment qu'il t'aime et attendait que tu arrives au même constat pour faire une première démarche. Le fait qu'Hetty ait dernièrement donné son consentement a certainement du l'aider à faire tomber ses inhibitions et contribué à ce qu'il agisse enfin plus clairement avec toi.

- Son consentement ? Hetty ? Attends. Comment pourriez-vous en savoir autant elle et toi ?

- Parce que c'est notre rôle. Ce n'est pas parce que je suis avec vous tous les jours - et que je n'agis pas forcément quotidiennement comme vous l'attendriez d'un chef - que je n'assume pas les responsabilités adjointes à ce rôle. Comme, j'ose croire m'être toujours assuré que les membres de mon équipe savent combien ils me sont importants.

- Et comme tu es là, tu vas aussi m'annoncer que tu as des conversations privées avec Deeks en mon absence ?

- J'en ai bien une à cet instant avec toi, sans qu'il ne soit là

Comprenant par cette remarque que sa réponse était oui. Kensi du admettre découvrir un tout autre Callen. Comme elle se sentit subitement stupide de croire que si elle avait souvent eu des échanges privés avec lui, elle ait pu nier toute possibilité qu'il puisse en être de même entre Callen et Deeks.

- Alors… Hetty sait vraiment ?

Sa question lui paraissant trop évidente pour mériter qu'on y réponde, Callen jugea plus utile de faire suivre ses mises en garde d'une tout aussi énergique et sincère incitation à l'action. Car si définitivement, il ne voulait pas que Kensi fasse souffrir le petit frère qu'il n'aurait jamais. Callen savait plus sûrement encore, que ce serait de perdre Kensi - plus que toutes les tortures du monde - qui briserait le dernier membre de son équipe.

- Kensi, soyons honnête l'un envers l'autre. Je ne doute pas qu'il ait réellement besoin de toi, après tout ce qu'il a du supporter ces derniers jours. Aussi, si tu te sens capable de lui faire face, sans plus de mensonges, ni faux semblants : Vas le rejoindre, et mettez enfin les choses au claire entre vous deux. Marty est un homme bien qui mérite qu'on respecte ses sentiments.

Finalement touchée en plein cœur par les propos et le soin évidemment porté par Callen pour Deeks, Kensi se sentit dans une impasse ou seule la vérité pouvait l'aider à en sortir. Aussi est-ce contre toute attente qu'elle souffla ce qu'elle n'avait encore jamais osé exprimer au principal concerné.

- Je l'aime, Callen.

Aveugle au sourire satisfait de son ami ponctuant cette révélation, Kensi poursuivit.

- Vraiment. Mais… peut-être que tu as raison. Peut-être que je suis trop toxique pour son propre bien.

- Peut-être. Peut-être pas. Ce que j'en vois de ma fenêtre, c'est que vous méritez surtout d'avoir la chance de faire un essai ! Décider d'abandonner avant même d'essayer ne serait pas vous faire une faveur.

Sur ces paroles, Callen serra brièvement son épaule avant de l'abandonner sur un dernier vœu.

- Pour l'instant, je te le confie, Kensi. Alors, ne me déçois pas. De mon côté, je te promets d'éclaircir ce qui s'est passé avec Sam.

- Merci. murmura finalement la jeune femme en observant Callen repartir vers la chambre occupée par son partenaire.

NCIS - LA

23H00 - Appartement du Lt. Marty Deeks

Bates n'avait pas fermé la porte d'appartement de Deeks, que ce dernier se laissait déjà tomber sur son canapé en un long soupir. Si la douleur s'était en grande partie évanouie sous les bons soins et médications offerts à l'hôpital, il n'en était pas moins las et épuisé.

Se tournant vers lui, le commandant de police soupira tout autant. Faites confiance au type blessé pour ne pas optimiser ses actes.

- Tu ne crois pas qu'il serait plus indiqué de te reposer tout de suite dans la chambre ?

- Envie de me border, Roger ?

- Lève tes fesses, gamin !

Le relevant sans mal, Bates le guida doucement jusqu'à la salle de bain, l'y laissant le temps de lui trouver des fringues confortables - un caleçon à fleurs et tee-shirt décoloré. Suite à quoi, il l'aida à se débarbouiller, puis se changer, pour enfin le glisser sous ses draps fins.

- Confortable ?

- hum…

Entendant quelqu'un frapper à la porte d'entrée, Bates le quitta une seconde.

- Je vais voir qui passe te voir à cette heure tardive.

- Hum…

S'il s'absenta vingt bonnes minutes, Marty n'en eut aucune conscience. Plus sûrement plongé dans un assoupissement aussi léger qu'aléatoirement peuplé de très courts cauchemars, il se réveilla en sursaut à la main posée sur son avant-bras.

- Hé… C'est juste moi.

Bates pressant doucement le bras nu de Deeks pour le sortir doucement de sa somnolence. Il attendit de longues secondes pour lui laisser le temps de réaliser qu'il n'était plus dans sa chambre de torture.

- Roger ?

- Oui. Prends. Ce sont tes Antidouleurs.

Convainquant sans mal le blessé à avaler les deux gélules de codéine présentées, Deeks ne tiqua pas plus pour la troisième bicolore. Du moins… C'est ce que crut Bates aux primes abords et que la question du jeune flic lui nia aussitôt.

- C'était quoi ?

- Antidépresseurs.

- Je vois.

- Commence pas. Nous savons tous deux quel petit con colérique et irascible, tu peux devenir sous le poids de l'anxiété et les crises de panique.

- Toujours pas pris de cours de psychologie, toi. soupira Deeks dans ses coussins.

- T'attends pas à de la pommade de ma part, gamin.

- Oh, je te rassure, ça ne m'est jamais venu à l'esprit.

Comme il n'irait pas recracher cette troisième gélule, sous le poids de la honte. Le jeune flic ne savait que trop en avoir besoin. Et loin de toutes les suppositions premières, ce n'était pas tant pour lui éviter les crises de panique ou cauchemars, que d'enfouir une part de sa personnalité presque ressortie d'outre-tombe. Sachant pertinemment que Bates avait connaissance des origines de l'existence de Max Gentry, Deeks se permit de s'afficher plus ouvert et fragile devant lui, qu'il ne l'aurait été avec quiconque.

- Espérons que ça suffira. soupira-t-il.

- Il n'y a pas de raison. Ce n'est pas notre première fois.

Tant de calme et certitude de la part de son aîné suffirent amplement à le rassurer. Il avait raison. Ce n'était pas la première fois que d'extrêmes violences endurées le poussent dans ses limites, au point de craindre le retour de ses démons du passé.

- Vrai.

Se laissant couler dans ses coussins, Deeks assista amusé à la mise en place de tout ce qui l'entourait. Qui aurait cru Bates aussi attentif ? Certainement pas les nouvelles recrues dont il s'occupait actuellement.

- Calmant et antidépresseur. lui indiqua-t-il en désignant chaque boîte de gélules. N'oublie pas d'en prendre toutes les quatre heures. Je n'ai aucun besoin de te rappeler que tu n'as pas envie de connaître la conséquence d'une prise oubliée.

- Nope. Crois-moi, je le sais, de premières lignes. Et si certains aiment souffrir, ce n'est clairement pas mon cas.

Amusé, Bates lui tapota doucement la jambe pour le lui accorder. Lui non plus n'était pas de ceux qui apprécient devoir supporter la douleur, si on pouvait le lui éviter. Chacun assumait leur virilité à sa façon. Et souffrir inutilement ne faisait pas partie des règles machistes de l'un ou l'autre des deux hommes.

- J'ai programmé le réveil de ton téléphone pour qu'il sonne à 3heures.

- Merci.

- Quoi qu'il en soit, pendant que tu t'assoupissais, j'ai joué les Dog Walker en m'occupant de Monty.

- Monty ?

Deeks réalisa stupéfait qu'il était tellement dans le cirage, qu'il n'avait pas même réalisé que son chien - qu'il pensait toujours chez sa voisine qui le lui gardait - se trouvait bel et bien allongé le long de ses jambes. Sa propre main en caressait d'ailleurs en un geste mécanique la touffe de poils surplombant sa tête. Observant le vieux bâtard, ce dernier se contenta de lui lécher brièvement la main caressante, tout en bougeant subrepticement sa queue. Il mettrait cette absence sur le compte de sa médication.

- Ta voisine nous ayant vu rentrer, elle s'est proposé de te le ramener.

Sachant où tout cela allait, Deeks sourit de bonne grâce… Enfin… Il écarta légèrement ses lèvres en ce minuscule rictus imparfait que ses coupes sur les joues lui autorisaient encore.

- Laisse-moi deviner, elle t'a surtout encore convaincu de promener Monty avec toi ?

- Quoi ? Elle essaye juste d'être aimable.

- Et la balade était agréable ?

- Elle est bavarde. répondit-il presque absent.

- Roger, Roger, Roger... [2] T'as quand même conscience qu'elle te drague à fond à chaque fois que tu passes ici ?

- Et alors ? Ça ne fait pas de mal de savoir qu'on plaît toujours à mon âge.

- Parce que t'as encore de l'énergie pour ça ?

- Dit donc, ça va les insultes. Je ne suis pas si grabataire !

- Je parlais « mariage ». Tu n'en as pas déjà eu assez ?

- Quand on aime, on ne compte pas.

Une théorie intéressante pour l'homme qui cumulait pas moins de quatre mariages et trois divorces. Que sa première épouse et certainement la plus aimée repose en paix.

Retrouvant tout son sérieux, Bates insista sur ses dernières paroles.

- Tu sais que tu es toujours le bienvenu pour rentrer chez nous au LAPD ? Comme il y aura toujours une place dans mon équipe, parmi nous autres simples flics.

- Je sais.

Il n'en doutait même pas une seconde. Car s'il n'était pas apprécié de la plupart des flics. Il savait que Bates, Jeff Versey [1], et toute une poignée d'autres avaient toujours foi en lui.

- Deeks, je suis sérieux. T'es sûr de vouloir rester bosser avec eux, après ce qui vient d'arriver ?

- Roger… pas ce soir.

C'était trop tôt pour lui. Les évènements étaient trop frais dans son esprit pour pouvoir en parler aussi vite. Or comment faire un choix pour son avenir quand tout ce qui lui restait en tête à cet instant était : l'abandon de Sam après qu'il l'ait sauvé, la fuite de Kensi après son baiser, ou la rupture de tout lien et support du NCIS ordonné par Granger et Hetty ?

Mais dans le même temps, Callen lui avait affiché une confiance à toute épreuve. Comme Nell et Éric avaient tout risqué pour lui venir en aide !

Aussi, par égard pour ces trois membres de son équipe s'étant aveuglement mis en péril pour lui, se devait-il - avant toute décision impactant sa vie - de prendre le temps d'avoir une discussion sérieuse avec Sam, Kensi, Hetty et Granger. Mais pas maintenant. Pas quand il se sentait si faible moralement, comme physiquement.

- Ok. N'empêche que si t'as besoin de quoi que ce soit, promets-moi d'appeler. Je peux être là en moins d'un quart d'heure.

- Juré. Vraiment. Mais ça ira.

- Je sais que ça ira. Mais je me sentirais toujours plus rassuré, si tu passais au moins la première nuit chez moi. Ou que tu me permettes de rester ici, avec toi.

- Crois-moi. Tu ne voudras pas être présent quand elle passera.

Parce que s'il ne voulait voir personne à l'hôpital. À l'inverse, il aspirait à ce que sa partenaire lui démontre par sa venue - à défaut de mots - qu'elle tenait ne serait-ce qu'encore un peu à lui. Même s'il ne s'agissait pour elle que d'amitié à défaut d'amour… Malgré la douleur engendrée par leurs deux précédentes séparations, il voulait encore croire avoir une place dans le cœur de Kensi Blye. Combien pathétique devait-il être à se morfondre d'amour pour une personne qui potentiellement ne savait déjà plus comment se dépêtrer de lui…

- Si tu le dis. lui répondit Bates en le sortant de ses pensées, n'ayant pas douté une seconde de l'identité du « elle » ainsi évoqué. Cela me fait penser. La petite Padawan de votre maître Ninja.

- Nell ?

- Hum… Quand je lui ai transmis ton rapport, elle m'a demandé de te dire qu'elle passerait avec ton ami Éric dans la matinée de demain, pour remplir ton frigo et t'apporter le déjeuner. Tu n'as donc pas à t'en soucier et a fortiori, interdiction de sortir faire des courses.

- Tu aurais pu lui dire que ce n'était pas nécessaire.

Après tout, leur génération avait le Dieu Internet pour se faire livrer tout ce dont il pouvait avoir besoin…

- Comme si, elle allait te laisser voix au chapitre. ponctua Bates.

- Ok.

Voyant bien que les opiacés faisaient leurs effets, l'homme ne s'imposa pas plus longtemps. Lui expliquant comment réagir à la moindre crise de douleur, il termina finalement d'une dernière pression sur sa jambe saine.

- Prend bien soin de toi, Marty. Et surtout, appelle pour donner de tes nouvelles. Je t'ai déjà sélectionné mon numéro sur le portable. T'as plus qu'à appuyer sur appel, en cas de nécessité. Alors, t'hésites pas une seconde… quelle que soit l'heure !

- Promis.

Lui tapotant une dernière fois la jambe, Bates caressa tout autant le chien du jeune homme avant de les quitter et refermer avec soin l'appartement grâce au double des clefs qu'il possédait depuis bien des années.

Sortant en un soupir à l'idée de ce qui aurait attendu Deeks si la rouquine et son ami informaticien ne l'avaient pas appelé pour lui demander son aide, le flic eu surtout le cœur gros à voir son meilleur élément aussi isolé. Pas une fois, ces dernières heures, il n'avait croisé les trois autres membres de son équipe censés former le noyau dur de sa sainto-saint famille du NCIS.

S'apprêtant à partir, l'homme ne put échapper à la silhouette filiforme de la cinquantenaire postée devant sa porte d'entrée. Aux sourire offert et verre d'alcool tendu, l'invitation était facile à comprendre. Sa journée étant terminée depuis un moment, sachant que personne ne l'attendait chez lui, la réponse ne fut pas tant difficile à donner. Aussi, d'un sourire complice, le flic rejoint cette voisine si aimable, ne serait-ce que le temps d'un verre.

À suivre.

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[1] La mise en garde de Kensi par Callen est un passage que je rêve de lire depuis que je me suis mise à lire des fanfics typées « Densi » sur NCIS Los Angeles. Car j'aimerais bien comprendre : POURQUOI l'ensemble des auteurs (à part moi ou j'ai loupé une fanfic) ont décidé jusqu'ici que Deeks devait être intimidé/mis en garde/malmené par Sam ou Callen quand ces derniers apprennent qu'il débute un rapport avec Kensi ?

Sérieux ? Dans cette série, si y'a bien UNE personne qui a la capacité de faire souffrir l'autre, c'est Kensi envers Deeks et non l'inverse. La fille ne sort jamais deux fois avec une même personne, à des issus de confiance en amour, possède un caractère qu'il faut quand même supporter quand elle s'y met, etc… Tandis que Deeks est un orphelin de famille, qui de par son parcours a travaillé dur toute sa vie pour devenir (seul et sans aide) ce qu'il est et avoir ce qu'il possède. Donnant l'image d'un homme sérieux et fidèle sur qui on peut se reposer. Et donc un homme qui - s'il s'engage sérieusement dans un rapport - serait on ne peut plus réfléchi et persévérant pour que ça marche. Alors qu'avec un peu de recul, Kensi a longtemps été une gamine égoïste, voir égocentrique et nombriliste. « Fille à son papa » qui d'elle-même a abandonné sa mère sans chercher à la comprendre. Et après, va reprocher à d'autres, comme Jack, de l'avoir abandonnée. Quand elle aura agi de même des années plus tôt, avec sa mère qui l'aimait elle aussi, plus que tout… Dans le genre mega hypocrite ! On se pose là.

Du coup, j'avoue que faire jouer à Callen le rôle du frère protecteur de son cadet - un homme dont il partage un passé très semblable - était un véritable petit fantasme personnel !

[2] Pour moi, Deeks est très proche de Bates, raison pour laquelle, il l'appelle plus facilement par son prénom, une fois dans le confort et intimité de sa demeure.

Sur ce, nous allons laisser Bates à sa propre vie et revenir au reste de l'équipe. Et par reste de l'équipe, il s'agira ni plus ni moins, pour le prochain chapitre, d'un 100% Densi, je pense TRES attendu (désolée d'ailleurs, que cela ait pris tant de temps pour y parvenir). Une prochaine update qui aura lieu dès demain, en fin d'après-midi. Car je n'ai plus qu'à corriger quelques fautes d'orthographe ! Mais il est trop tard pour cette nuit, et je ne pourrais m'y atteler qu'à la fin du sainto-saint déjeuné dominical en famille ^_^''

mimi yuy