Alors, comme je sais que nombre d'entre vous n'en pouvait plus d'attendre. J'ai inversé deux chapitres. En gros, celui-ci n'aurait dû arriver qu'après le prochain. Mais comme cela ne gêne aucunement la lecture de les proposer dans cet ordre… J'espère que ce retour au « Densi » tant attendu, vous permettra de mieux profiter de la suite et fin de l'histoire ^-^
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BROKEN ARROW
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23H45 - Appartement du Lt. Marty A. Deeks.
Kensi frôlait la folie douce ! Sur le chemin la menant à l'appartement de son partenaire, il avait fallu malgré l'heure tardive, qu'elle se retrouve subitement coincée sur la voie rapide par un accident d'envergure imposant à tous les véhicules de rester au point mort durant un bon quart d'heure. Mais enfin, la jeune femme au prix d'une patience infinie se trouvait au 1894 Parkson avenue. [1]
S'imposant en premier lieu de frapper, comme toute personne civilisée - histoire de prouver qu'elle pouvait aussi se comporter comme telle quand il le fallait. C'est toutefois sans surprise qu'elle n'eut aucune réponse à ses coups sur la porte. Aussi crocheta-t-elle cette dernière sans scrupule. Oui, elle avait les clefs et depuis longtemps encore ! Mais c'était toujours bon pour l'entraînement. Et puis… entrer différemment semblerait trop étrange pour la grand-mère insomniaque surveillant toujours les allers et venues de cet étage. Il fallait bien préserver le voisinage, en ne changeant pas des constantes assimilées par tous.
Un peu plus surprise de voir Monty se précipiter vers elle, dés son entrée, Kensi prit le temps de choyer convenablement le vieux bâtard, jusqu'à ce que satisfait, il reparte de lui-même s'installer sur son fauteuil attitré. Cette présence réconforta aussitôt Kensi, quant à l'état de santé de son partenaire. Si son chien était là, cela signifiait qu'il se jugeait suffisamment en forme pour pouvoir en prendre soin. Tout bonnement le meilleur indicateur pour s'informer du degré d'handicap du flic. Car si Deeks - tout comme elle - avait facilité à assurer à son entourage que tout allait toujours pour le mieux pour lui, même blessé. Elle savait qu'il n'en était rien quand Monty n'était pas dans la place. Car tout à sa volonté de vouloir jouer les gros durs, l'homme ne se surestimerait jamais au détriment du confort de son fidèle compagnon. Un coup d'œil rapide dans la cuisine lui confirma que ses gamelles venaient d'être remplies. Le chien ne montrant aucune volonté à sortir, Deeks venait sans doute de le récupérer. En tout cas, il n'y avait aucune urgence le concernant, lui permettant de se consacrer uniquement au maître du cabot.
Progressant silencieusement dans le reste de l'appartement, Kensi fut définitivement rassurée quand elle ne le trouva ni à terre dans un couloir, ni éperdu dans son canapé. Mais plus simplement endormi sain au centre de son grand lit, sa silhouette en partie éclairée d'une petite lampe de chevet. Légèrement redressé par plusieurs oreillers, se trouvait accessible tout près de lui sur la table de nuit : son arme personnelle qu'elle devinait chargée, un verre d'eau et boîte d'antidouleur. À ses pieds, une poubelle vide prête à faire face à tout haut de cœur. Tandis que sur le lit lui-même se présentait, côte à côte la télécommande de la télé et son téléphone portable. De quoi répondre à tous ses besoins primaires.
L'homme avait fui l'hôpital pour mieux s'isoler confortablement chez lui. Un réflexe qu'elle aurait voulu lui réprimander. Mais au vu de ce qu'il avait vécu plus tôt, elle aurait été bien en peine de lui reprocher un comportement qu'elle aurait eu elle-même dans sa position.
S'asseyant le plus doucement possible sur le bord du lit, Kensi profita sans honte de cette occasion unique de pouvoir le contempler tout son saoul. Dire qu'elle ne l'avait pas revu en chair et en os, depuis l'instant où il l'avait surprise en lui offrant un baiser aussi bref qu'inattendu. Une boule à la gorge, la jeune femme l'examina alors avec grande attention, découvrant déjà non sans culpabilité à quel point son visage avait été marqué par sa séquestration. Si sa mâchoire était couverte d'hématomes et maintenue d'un strap transparent. Ce sont les coupes débutant à la commissure de ses lèvres pour terminer au centre de ses joues - beaucoup trop semblables au sourire du joker - qui lui déchirèrent le cœur. L'infirmière avec qui elle avait discuté quelques minutes, en constatant impuissante l'absence de Deeks dans sa chambre d'hôpital, l'avait mise en garde sur le besoin de se préparer à cette vue. Elle l'avait tout autant rassurée en précisant que les micros points effectués par un chirurgien plasticien ne laisseraient aucune cicatrice. Quand bien même, le voir ainsi ne faisait que remonter sa colère envers elle-même, pour ne pas avoir été près de lui. Si seulement, ils ne s'étaient pas dissociés… Si seulement Sam avait agi comme tout partenaire aurait du… Peut-être n'aurait-il pas eu à souffrir de la sorte.
Mais malgré tous ces « si » et « peut-être », l'agent Kensi Blye n'était pas dupe. Elle savait que dans leur métier ce genre d'évènement pouvait arriver de nouveau à n'importe lequel d'entre eux… Pour autant, cela ne rendait pas les conséquences plus faciles à digérer…
En revanche, elle pouvait s'incliner révérencieusement face à la force de caractère qu'il avait démontré en s'auto-infligeant de telles blessures. Ayant assisté en différé à cette scène effroyable, Kensi garderait longtemps en mémoire la détermination affichée par les yeux azur quand il s'était exécuté pour se libérer. Bien que son corps soit en partie camouflé sous les draps, elle savait qu'il souffrait tout autant sur le haut de son corps de nombreux hématomes, en plus de côtes fêlées en raison du battement supporté des heures durant. Mais aussi d'une blessure par balle à la cuisse et d'une profonde entaille au couteau à l'épaule gauche. S'y ajoutait douloureusement, de nombreuses phalanges cassées par la force des coups infligés à son principal bourreau. Blessures ayant nécessité qu'on lui bande les mains jusqu'aux poignés, eux aussi profondément coupés lors de son évasion. Ces derniers restés apparents, ils laissaient à penser qu'il venait de survivre à une tentative de suicide, quand à l'inverse Deeks avait lutté bec et ongle pour survivre au pire.
Le pire…
Sans nul doute était-ce le plus invisible des maux dont il souffrait. Le plus effroyable aux yeux de Kensi. Les exactions faites à ses dents. Sachant combien un simple choc sur la dentition pouvait faire souffrir, elle n'imaginait pas combien de douleur avait pu induire des perforations faites à vif.
Alors qu'elle frôlait tendrement la mâchoire si blessée de son partenaire, Kensi le sentit aussitôt sursauter en une réaction instinctive, avant de se détendre tout aussitôt en la reconnaissant. Elle qui le pensait profondément endormi…
Le découvrant distinctement éveillé, c'est en repoussant téléphone et télécommande sur l'autre chevet, que Kensi le rejoint naturellement sur le lit. Depuis leur infiltration comme couple marié, il leur était arrivé de partager de nouveau leur couche de façon très épisodique - quand trop d'alcool avait été bu au point de ne pouvoir reprendre leur voiture. Si bien que depuis un an, ce n'était plus sur le canapé que l'un ou l'autre finissait sa nuit, mais bien en partageant leur lit respectif. Seul contrat, celui ne dormant pas chez lui profitait alors du côté droit - histoire de limiter la perte de repère en cas de réveil intempestif. A la différence que ce soir, Kensi ne demanderait pas à Deeks d'échanger leur place. Elle ne savait que trop, combien il était nécessaire de se sentir aux commandes quand on était blessé.
Toujours est-il qu'ils avaient créé suffisamment de nouvelles habitudes, pour qu'il n'y ait pas de malaises quand l'un ou l'autre s'imposait de la sorte. Sauf que jusqu'alors, il n'y avait pas eu de baiser entre eux… Tout du moins, aucun baiser offert en dehors de toute infiltration. Aucun baiser volontairement donné loin de toute volonté à vouloir sauvegarder une couverture.
Quand leurs regards se croisèrent de nouveau, Kensi put lire dans les yeux bleus fatigués de son partenaire toute son inquiétude. Nul doute que lui aussi avait à l'esprit ce bref instant où il s'était enfin dévoilé. Peut-être redoutait-il même sa réaction. Après tout, ils ne s'étaient ni revus, ni reparlés, depuis lors. Sachant parfaitement que l'heure n'était pas aux taquineries, Kensi se garda bien de débuter leur échange par tout mauvais jeu de mots. D'autant qu'elle ignorait encore s'il pouvait seulement parler sans tirer les fils des points présents sur ses deux joues.
- Hé ! Comment te sens-tu ?
Au silence ponctuant sa question, Kensi ignora s'il ne pouvait ou ne voulait s'exprimer. Aussi poursuivit-elle par ce qu'elle imaginait être important pour Deeks de savoir.
- Je ne sais pas à quel point tu as été mis à jour, mais les bombes ont été retrouvées et Sidorov tué. Michelle a été très légèrement blessée par un accident de voiture. Quant aux autres. Que ce soit Nell, Éric ou Callen, ils ont dû atteindre le plus haut niveau de stress de leur vie. Mais ils vont bien. Pour Sam…
Prenant sur elle pour ne pas s'appesantir sur ce qu'elle pensait de ce dernier à cet instant, Kensi se fit violence pour rester factuelle.
- Il n'est pas encore « bien », mais les médecins sont confiants pour l'avenir. Le concernant… Je sais ce qui s'est passé avec lui. Nous… Il y avait des caméras dans toute la villa où vous avez été retenus, les chambres de torture comprises. Enfin… Tu le sais très bien, puisque tu es celui ayant informé Nell et Éric de leur présence. Ils ont déjà pu visionner une bonne partie de ce qui vous est arrivé. Et… ils m'en ont montré la plupart. Je… J'espère que tu ne m'en veux pas trop.
Pour toute réponse, Deeks se contenta de nier tout sentiment de la sorte, d'un très infime mouvement de tête. Sa réaction l'encourageant à lui offrir des questions plus simples, Kensi renouvela ce qui la préoccupait le plus.
- Toi ? Ça va ?
Là, Deeks ferma ostensiblement les paupières. Un geste empreint de lenteur, signifiant clairement qu'il acquiesçait bien par ce biais. Mais son attitude n'en restait pas moins attentiste, pour ne pas dire distante. Alors seulement, Kensi réalisa l'ampleur de sa bêtise. Éric lui avait pourtant parlé d'une application pour son portable, avant qu'ils ne partent de l'OPS. Récupérant aussitôt ce dernier sur la table de chevet, elle s'enquit de la charger en une petite minute avant de le lui tendre. Devant sa question muette, elle déclencha l'application « DSpeech » pour y taper quelques mots : « Proposé par Éric, en attendant que tu puisses parler par toi-même »
Aussitôt, une voix électronique les prononça pour elle.
L'utilité de l'application n'étant plus à démontrer, Deeks se saisit tout doucement de son téléphone de ses mains bandées. Si ses phalanges étaient en partie profondément meurtries, il pouvait encore facilement cliqueter sur l'écran tactile. Mais encore fallait-il qu'il en ait l'envie.
Une inaction qui ne passa de nouveau pas inaperçue pour Kensi. Mais en y réfléchissant juste un peu, elle pouvait comprendre. Si pour elle, leur dernière rencontre était synonyme d'un baiser aussi magique qu'inopiné. Pour lui, cette dernière s'était surtout soldée par sa fuite. Tandis que pour ne rien arranger, elle n'avait cessé les jours précédents leur séparation de l'accuser - pour ne pas dire l'acculer - pour qu'il lui communique enfin ses sentiments.
Autant dire qu'elle ne valait guère mieux, au jeu de la retenue et des faux-semblants… Pour autant, n'en pouvant plus de ce silence - bien que légitime aux vues des blessures qu'il portait autour et au sein de sa bouche - Kensi l'incita de nouveau à s'exprimer.
- Je… Deeks, je t'en prie. Parle-moi.
- Pourquoi ?
Surprise de sa voix aussi rauque que faible, Kensi tendit l'oreille. Elle avait conscience qu'avec ses blessures, il ne pouvait s'exprimer haut et clair. Aussi, lui poussa-t-elle de nouveau le téléphone dans ses mains. S'il rechigna dans un premier temps, il abdiqua finalement en ouvrant l'application.
Bien qu'il n'en avait aucun besoin, pour peu qu'il n'ait pas à hurler, Deeks sut qu'il aurait toutefois bien du mal à garder tout son calme, s'ils commençaient à percer la bulle de non-dits qui les entourait depuis des mois. Aussi céda-t-il pour employer le gadget proposé pour parler à sa place. Peut-être qu'il s'avérerait aussi plus simple d'écrire plutôt que de prononcer les mots qu'il retenait douloureusement depuis si longtemps.
Alors, il cliqua ce qu'il souhaitait réellement demander à Kensi - loin de toute banalité ou souhait de la protéger de tout malaise - affichant dans ce geste, une dextérité certaine, sans doute acquise au nombre de sms qu'ils s'envoyaient chaque jour, depuis qu'ils travaillaient ensemble.
- « Alors, Kensi ? Pourquoi ? Frustrée de ne pas pouvoir me bombarder de plus de questions, quand je ne m'exprime plus ? » la questionna, tout doucement, la voix masculine et mécanique résonnant dans la chambre.
- Que… quoi ?
Ne reconnaissant pas son partenaire dans cette remarque acerbe, Kensi chercha une raison à cette réaction froide et distante. Une raison qui ne soit pas liée au fait qu'elle avait été une véritable chienne avec lui, depuis cette affaire avec Monica. Pour preuve, elle n'avait jamais vu Deeks aussi calme et sérieux que face à cette serveuse écervelée, quand il l'avait interrogé devant toute l'équipe. Ou plus récemment, quand il lui avait nié toute volonté de jouer avec elle dans la salle d'armes, peu avant son départ pour l'Iran. Mais loin d'accepter d'entrer dans cette zone d'inconfort, la jeune femme s'essaya à une explication plus simple.
- Tu m'en veux de ne pas être venue à ton secours, après que tu nous ais permis de savoir où vous vous trouviez ?
À cette question, c'est le cœur de Deeks qui fit un bond. Quand il l'avait vu s'infiltrer dans sa chambre, affichant une réelle inquiétude dans son regard posé sur lui, il avait espéré que peut-être… ils auraient enfin l'occasion de se dire les choses. Mais cette question ! Merde !
Comment pouvait-elle seulement la lui poser ?
Agacé qu'elle puisse imaginer une seconde que ce soit la raison de son mutisme et réserve la concernant, Deeks tapa frénétiquement sa réponse.
- « Je t'en aurais voulu d'être venu. »
- Alors quoi ?
Soupirant longuement à cette énième question, incapable qu'elle était de juste parler sans émettre à son tour la moindre demande. Deeks réfléchit sérieusement à l'attitude à avoir. Cela pouvait durer des heures, pour ne pas dire des jours, si aucun d'eux ne se donnait la peine de débloquer la situation. Sachant amèrement ne guère avoir le choix, Kensi Blye n'étant pas de celle qui cède la première, Deeks décida une fois encore de prendre sur lui pour faire ce premier pas si indispensable à leur cause. Mais cela ne signifiait pas qu'il le lui rendrait facile.
- Dirais-tu qu'Isaak Sidorov était bel homme ? murmura-t-il finalement, pour ne pas devoir écarter trop largement ses lèvres.
- Que… Quoi ?
La fixant non sans insistance, le sérieux affiché à cet instant par son partenaire convainquit la jeune femme qu'il n'accepterait aucune échappatoire à cette question, somme toute sortie de tout contexte. Et surtout, pas une énième interrogation sur le pourquoi d'une telle approche.
- Je ne sais pas trop… peut-être.
Voyant l'insistance dans le regard bleu azur impliquant qu'il n'y avait aucune trace de jeu pour lui, Kensi le lui concéda finalement.
- Oui, dans une certaine mesure. Il avait une prestance qui doit pouvoir attirer certaines femmes.
- « Que penses-tu que Michelle ait ressenti à devoir l'embrasser ? » poursuivit-il par le biais de son téléphone.
N'ayant guère besoin d'y réfléchir - sachant pertinemment ce qu'elle-même aurait ressenti à devoir agir de la sorte - Kensi répondit bien plus rapidement.
- Sans aucun doute, du dégoût, de la répugnance… Mais comme je l'ai dit à ce moment-là. Ce n'est pas comme si elle avait eu le choix.
- « Je sais. Je n'en ai jamais douté. »
- Alors, pourquoi en parler ? s'agaça-t-elle.
Au lieu de lui répondre, Deeks reprit imperturbable ses questions sans but flagrant.
- « Maintenant, crois-tu que tous les hommes soient totalement insensibles ? Heureux de pouvoir toucher et baiser chaque femme passant devant eux, qu'ils soient ou non en couple ou amoureux d'une autre femme ? »
Ne voyant toujours pas où il voulait en venir avec ses questions qui partaient dans tous les sens, alors qu'elle ne souhaitait que discuter de leur « chose », Kensi nia son affirmation.
- Non. Bien sûr que non. Je ne doute pas que la majorité des hommes puisse être fidèle et n'aspire pas à coucher avec toutes les femmes qu'ils croisent.
- « Alors qu'ai-je donc pu faire pour te laisser croire qu'il en serait autrement pour moi ? Pourquoi ne t'est-il jamais venu à l'esprit que j'aurais pu moi aussi ressentir autant de répugnance et de dégoût que Michelle à devoir accepter de séduire, toucher et embrasser Monica, suite aux seuls ordres de Granger ? »
Ne l'ayant pas vu venir, Kensi se trouva subitement sans voix.
Que pouvait-elle seulement répondre à… ça ?
- « Tu peux ne pas me retourner les sentiments que je pense t'avoir clairement exprimés par mon baiser. Quelque chose que je peux comprendre et accepter sans mal. Mais je te prie, pour l'affaire avec Monica, comme de possibles à-venir. De ne pas confondre la prostitution forcée qui m'a été ordonnée par Granger, avec une attirance quelconque pour cette femme. »
Son regard alors noyé d'une détermination seulement égale à la blessure de l'âme qu'il ne cachait plus, Deeks lâcha son portable, attendant très clairement son coup de grâce ou repenti.
Peu encline à battre un homme à terre, Kensi voulut prendre grand soin dans le choix de sa réponse. Deeks n'avait déjà que trop souffert d'une jalousie, à l'évidence bien mal placée. Mais à cet instant, aucun mot ne lui semblait apte à apaiser cette souffrance si profonde et apparente.
Pardon ?
Je t'aime ?
Nous allons nous reconstruire côte à côte ?
Quoi dire à l'homme venant de traverser l'enfer pour mieux se mettre à nu et offrir à la femme qu'il disait aimer le moyen de l'achever ? Qu'est-ce que Deeks lui-même aurait pu y répondre, si seulement leur position avait été inversée ?
Réalisant aussitôt que cela avait bien eu lieu, et pas plus tard qu'en début d'après-midi en plein désert de Mojave, Kensi suivit finalement son instinct. Le fait d'avoir failli le perdre jouait évidemment un rôle dans la levée de toutes ses inhibitions. Ça et l'évidence que ses craintes ne valaient clairement plus le risque de le perdre sans qu'il ait su combien elle pouvait tenir à lui. Aussi, toujours agenouillée sur le lit, Kensi encadra de ses deux mains les joues tuméfiées et couvertes de cette barbe de trois jours qui le caractérisait tant, pour déposer le plus délicatement et tendrement possible ses lèvres sur les siennes si abîmées.
Quand elle s'écarta finalement, ce qu'elle vit lui brisa le cœur. Au regard incroyant - pour ne pas dire stupéfié – que Deeks lui retourna, Kensi comprit qu'elle avait agi comme il ne l'espérait plus. Aussi renouvela-t-elle sans attendre ce geste que toute princesse devait à son chevalier revenant vainqueur de son duel contre les dragons. Appréciant qu'il ne s'y oppose pas, elle recula finalement à peine quand elle s'exprima de vive voix.
- N'aie pas l'air si stupéfait.
Se détournant rapidement d'elle, Deeks tapa aussitôt un peu plus frénétiquement, si cela était seulement possible, sur son Smartphone. Réellement sans voix, suite à l'action de Kensi, plus que jamais, l'opportunité d'écrire plutôt que prononcer les mots voulus était une chance dont le jeune flic n'eut aucune honte de profiter.
- « Ne le prends pas mal. Mais rien ne laissait vraiment supposer qu'il en soit de même pour toi. »
- Tu te fou de moi ?
- « Ce n'est pas moi qui ai fui aussitôt qu'on m'ait embrassé ! »
- Je n'ai pas fui, Deeks ! Je devais suivre Michelle !
- « Je sais. Mais si ce baiser signifie la même chose que le mien pour toi… Merde, Kensi ! Il y a un moment où tu dois comprendre que la jalousie n'excuse pas tous les comportements. »
- Je…
Ne pouvant la laisser balayer son attitude passée d'un simple : pardon, Deeks l'interrompit pour insister. Il fallait que ça sorte une bonne fois pour toutes. Il n'avait déjà que trop tardé à vider son sac de rancunes, même si ce n'était sans doute pas le meilleur moment pour ça.
- « Quoi que tu penses de notre situation et de ma responsabilité dans notre défaut de communication. Je sais ne pas avoir mérité autant d'ignorance et manque de reconnaissance toute cette année. Alors pour une fois dans ta vie Kensi. Sois enfin claire et honnête avec moi. Dis les choses ou pars d'ici. »
- Deeks…
- J'ai été blessé, Kensi. souffla-t-il finalement de sa propre voix cassée par l'émotion.
- Je sais.
- Non. Tu ne sais pas.
- Dee…
- « Putain ! Je ne parle pas des tortures ! La douleur physique, j'ai toujours pu la pendre. Mais ton attitude et celle de Sam envers moi… Cela a surpassé de loin toutes les idées tordues que ces Russes ont pu jouer sur moi ! »
D'abord choquée qu'il ose comparer l'incomparable. Sa gravité la convainquit très vite de ne pas relever cette dernière remarque. Il était on ne peut plus sérieux. Aussi, bien qu'elle aurait voulu le contredire, la jeune femme prit sur elle de ravaler sa fierté. Il y avait des limites à tout déni.
- Je te demande pardon, Deeks.
- « Pardon pour quoi ? Marcher sur mes sentiments à tout instant de l'année ? Pardon pour ne pas me soutenir quand j'ai dû faire face à mon passé avec l'affaire de Jenny ? Pardons pour ignorer mon anniversaire, même après que tu ais su l'avoir oublié ? Pardon pour détruire le peu de souvenirs heureux que je peux posséder de mon passé - comme un simple tee-shirt - pour nettoyer ton arme ? [2] Pardon pour quoi Kens' ? »
Aux larmes s'écoulant librement sur les joues pâles de sa partenaire, Deeks s'en voulut aussitôt d'être un tel goujat, à tout lui lâcher de la sorte. Ce n'était pas juste envers elle. Mais l'avait-elle seulement été avec lui, tous ces derniers mois ? Elle n'avait jamais été aussi distante et dénuée d'empathie à son égard que depuis que leur « chose » s'était développée. Était-elle donc à se point une adepte de l'amour vache ou s'agissait-il plus sûrement de son incapacité totale à gérer ses sentiments pour lui ?
- Je suis désolée.
De nouvelles excuses embuées de larmes que Deeks regretta amèrement de lui avoir arrachées - bien qu'il considérait les avoir diablement méritées. Tout simplement, car il ne doutait pas une seconde de sa sincérité. Comme au grand jamais, il n'avait désiré lui faire de peine. D'autant qu'il admettait sans mal, avoir sa part de responsabilité dans leur si piètre communication, quand les sujets se voulaient sérieux.
L'observant tout autant, Kensi décrypta facilement combien la fatigue et lassitude s'imposaient soudainement sur les traits tirés de son partenaire. Comprenant alors qu'il s'apprêtait forcément à lui demander de partir, quelle ne fut pas sa surprise quand il n'en fut rien. Mais plus encore ! Qu'elle ne fut pas cette vague d'émotion sans pareille qui l'emporta quand elle réalisa la teneur exacte des mots prononcés, si inconsciemment espérés et attendus de sa part. Mots qu'il lui souffla de surcroît de sa propre voix et non par le biais de son avatar numérique.
- Je t'aime Kensi. Sincèrement. Loin de toute lubie ou aveuglement… Raison pour laquelle j'accepte tes excuses, comme tes défauts. Mais j'apprécierais ne pas être le seul à agir de la sorte.
Avalant douloureusement la boule d'angoisse coincée au fond de sa gorge à cette déclaration en bonne et due forme, la jeune femme en fit à nouveau de même avec sa fierté. Il était tant qu'elle prenne enfin sur elle. Pour autant, elle se sentait bien inapte à reproduire les mêmes paroles que celles reçues à l'instant.
- Je te prouverais qu'il n'en sera rien.
- Prouve-le, maintenant.
Sachant reconnaître un ultimatum, Kensi prit une seconde pour se recentrer et trouver le courage de faire face à ses propres limites. Deeks avait raison et amplement mérité qu'elle soit enfin sincère avec lui, sans plus de fars ni faux semblants. Mais comment y parvenir ? Ne sachant que faire, c'est plus simplement en avouant la vérité qu'elle débuta.
- Deeks… Là-bas, dans le désert… J'ignore réellement comment j'aurais réagi… si je n'avais pas eu à suivre Michelle. Mais je devais la suivre. Je devais protéger ses arrières… Ce que les faits ont d'ailleurs très vite prouvé ! Parce que…. Tu ne le réalises peut-être pas encore, mais elle serait morte sans moi !
- « Je sais. Mauvais timing. »
- Et toi… Toi, tu finis enfin par… par... Tu vois quoi…
- « Je vois très bien. »
- … au plus mauvais timing !
Amusé qu'elle reprenne ses propres termes, n'ayant clairement rien écouté de sa réponse à lui, Deeks la laissa poursuivre. Tout dans son comportement prouvait qu'elle venait enfin de lâcher les vannes, de lâcher prise… Qu'enfin, elle se mettait à avouer sans plus de censure une partie de ses sentiments et émotions, qu'elle enfouissait jusqu'alors si consciencieusement au plus profond d'elle-même.
- Je sais que j'ai été une vraie chienne avec toi, ces derniers temps. Comme je sais que la jalousie n'excuse pas tout. Mais tu n'étais pas plus clair de ton côté ! Toujours à sous-entendre qu'il y avait quelque chose entre nous, tout en le niant farouchement quand j'évoquais à mon tour, l'hypothèse que nous partagions bien cette chose.
- « Tu as raison. »
- Je n'avais aucun droit de te reprocher quoi que ce soit avec Monica. Ou de rester si distante quand Jenny et sa fille sont subitement revenues dans ta vie. Mais il va falloir t'y faire. Parce que si tu veux que toi et moi, cela fonctionne, il faudra bien que tu m'acceptes comme je suis. Avec mes issues de confiance, mes craintes de l'abandon et disons-le clairement : ma jalousie maladive !
Inconsciente qu'il ne niait aucun de ses arguments, Deeks tenta de la débrancher en renouvelant tout simplement la seule méthode qui s'avérait finalement efficace avec elle. Prenant son visage entre ses mains, il l'incita à se tourner vers lui pour lui voler un second baiser en tout point similaire au premier. Aussi tendre qu'éphémère que celui ravi dans le désert.
Quand il s'écarta, attentif à sa réaction, ponctuant son geste par un désinvolte…
- Ce timing est-il meilleur ?
…Kensi ne feint pas son choc.
Une fois encore une multitude de sentiments transparaissaient dans son regard au teint noisette si différent d'une prunelle à l'autre. Mais contre toute attente, c'est l'agacement qui prit le pas sur la passion, l'amour tendre, l'acceptation ou le soulagement de le savoir bien vivant face à elle.
- DEEKS ! hurla-t-elle, en le frappant violemment à l'épaule. J'essaie de te parler là ! De t'exprimer mes sentiments et t'expliquer que je ne te rejetais pas ! Comme tu me l'as demandé par ailleurs !
Faisant une pause à l'écoute de ses propres mots et à la vue de la grimace peu camouflée de Deeks, souffrant évidemment au coup porté malencontreusement sur sa blessure. Kensi subit alors ce qu'elle n'avait pas connu depuis son adolescence, en la forme d'un blush intégral. Qui frappait et hurlait sur l'homme qui vous embrassait pour lui signifier qu'elle n'était pas en colère après lui, pour avoir agi de même plus tôt ?
Au visage de Deeks retenant finalement non sans mal l'hilarité de la situation, Kensi soupira longuement en soulevant les yeux au ciel, avant de se décider à laisser tomber son piteux discours. C'était clair, lui comme elle chiaient-complet en matière de communication verbale.
- Ce nouveau baiser… Même si tout n'est pas encore réglé ou parfait entre nous… Ça veut dire que tous les deux… On est Ok ? lui demanda-t-elle finalement
- Je suis Ok, si tu es OK. lui confia-t-il sincèrement.
- Je suis Ok. répondit-elle aussitôt !
- Alors, moi aussi.
- Merci.
Alors, loin de toutes les réactions qu'elle avait pu afficher par le passé, la très fière et dure, agent Kensi Blye du NCIS se blottit tout simplement tout contre l'épaule saine de son équipier et… amoureux ?
Tous deux glissant finalement en une position un peu plus allongée, ils restèrent ainsi, un instant silencieux. Quelques minutes seulement au bout desquelles, Kensi, retrouvant doucement ses esprits, tâcha de traiter une information offerte un peu plus tôt.
- Deeks ?
- Hum ?
- Surtout, ne t'agace pas de cette question. Mais... Pourquoi avoir cédé aux ordres de Granger ? Pourquoi avoir accepté de séduire Monica pour obtenir des informations en sous-marins, si son plan ne te convenait pas ? En étant de la police, le sous-directeur du NCIS n'avait aucun pouvoir de décision sur toi. Je ne comprends déjà pas, comment il a pu avoir la possibilité de te donner une mission en solo sans en référer à Hetty.
Tiquant à la question, Deeks s'en voulut d'avoir été trop honnête peu avant. Il fallait évidemment que Kensi chope la seule zone d'ombre qu'il aurait tant aimé lui cacher. Mais sachant combien les secrets qu'ils portaient l'un envers l'autre les avaient fait souffrir jusqu'ici, le jeune homme se prépara aux aveux. Reprenant son portable, il tenta de se convaincre que cela ne représentait rien, après lui avoir dit - les yeux dans les yeux - qu'il l'aimait.
- « Il se peut qu'il ait eu quelques arguments suffisants pour me convaincre. »
- Comme quoi ?
- « C'était sa condition… »
Soupirant, Deeks concéda enfin à tout lâcher. Voyant Kensi accroché à ses lèvres dans l'attente de « la » révélation, l'homme lui révéla finalement son plus grand secret.
Après tout, aucune révélation ne la ferait plus fuir que son baiser. N'est-ce pas ?
- « … pour que je puisse entrer au NCIS de manière définitive. »
- Oh… OH !
- « S'il est possible qu'Hetty m'ait déjà par le passé proposé d'intégrer l'agence. Il s'est avéré que le jour où j'ai souhaité y répondre favorablement. Le sous-directeur Granger avait depuis la main mise sur tout nouveau recrutement. Et puisqu'on en est aux grandes révélations… Il y a un autre sujet que je devrais peut-être aborder avec toi. »
À suivre.
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[1] L'adresse de Deeks donnée par Hetty dans l'épisode 2x17
[2] Référence à l'épisode 4x11 et 4x22
Pas mon meilleur chapitre Densi, mais je sais avoir fait bien mieux dans la suite (si je puis le dire ainsi ^_^'') Aussi, surtout, ne croyez pas que Deeks et Kensi en ont terminé avec leurs révélations et confidences ! Car ils sont TRES loin d'avoir résolu leurs problèmes ! Donc, attendez la toute fin de l'histoire avant de juger de la cohérence, rapidité ou facilité de leur échange. Car encore une fois, on est très loin du final, les concernant. Il s'agit ici de simples retrouvailles (peut-être décevantes) de surcroît de nuit, entre deux personnes épuisées. (Sans compter que le chapitre doit bien avoir une limite de taille ^_^'')
Sur ce, au prochain chapitre le face à face consacré aux deux autres partenaires que sont Sam et Callen. Après quoi, la suite et fin sera entièrement consacrée à Deeks ! Avec pour objectif personnel, des updates plus rapides. Ce qui va s'avérer comme toujours très compliqué, vu comme mes semaines de travail sont méga chargées, sniff u_u Mais aussi plus motivant, vu que j'aime surtout écrire sur ce perso ^-^
Une petite pause et je m'en vais répondre (enfin) à toutes vos merveilleuses review !
mimi yuy
