Un chapitre un peu « annexe » voué à faire une mini incursion dans le passé de Deeks pour que ce dernier puisse plus facilement évoquer une vérité que le personnage - dans ma vision de cette histoire - souhaiterait partager avec Kensi, avant cela n'aille plus loin entre eux. C'est que j'imagine facilement Deeks comme désireux de construire une relation avec Kensi sur des bases saines et donc dénuées de gros secrets (comme ils en ont encore l'un envers l'autre, jusqu'ici)
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BROKEN ARROW
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La première fois qu'il reçu un coup, bébé Brandel n'en eut aucune connaissance. Tout simplement en raison du fait que ce dernier était alors âgé d'à peine quelques jours.
Bien qu'inconscient d'avoir si tôt survécu au syndrome du bébé secoué, l'enfant en bas âge appris toutefois très vite l'importance de rester discret. À tel point que sa mère l'imagina né autiste, à l'image de ces phénomènes de foires qu'on voyait à la télé. Idiot, psychologiquement diminué, ou pire… aliéné. Une hypothèse qui s'évanouit comme neige au soleil à la découverte de combien il pouvait surtout s'avérer réactif. Maladivement silencieux, certes, mais débordant de réflexes - aussi physiques que mentaux - qui sauvèrent certainement l'enfant d'un funeste destin.
Si la nature forte et vive d'un père accessoirement violent avait finalement muni le nourrisson d'une solide constitution. Grandissant, son environnement dangereux avait surtout permis au tout petit d'apprendre combien il était salvateur d'acquérir la dextérité d'échapper le plus tôt possible aux débordements paternels. Apprendre à s'évincer au moindre sursaut de colère, maîtriser des réflexes d'évitement aux claques données aussi fréquemment que d'autres offraient bisous et câlins… La survie tenait dans ces réactions si simples et faciles à mettre en œuvre.
MB - MG - MD
La première fois qu'il frappa quelqu'un… - de « plus grand que lui ! » avait-il clamé pour toute défense - le très jeune Martin Brandel n'imagina pas un instant que cela puisse être répréhensible. Après tout, cet acte gratuit n'était-il pas aussi courant et normalisé dans son éducation qu'apprendre à dire « merci » quand on vous remettait le sel de table, ou à se laver les dents le soir venu avant d'aller dormir ?
Si les gestes de violence se répétèrent, son unique visite auprès d'une psychologue imposée par une assistante sociale ne mena toutefois à rien. La spécialiste de la petite enfance - aussi professionnelle soit-elle - n'avait pas été de taille à percer sa coquille, ni même de discerner son don inné à se glisser dans la peau d'un autre. Ainsi, tandis que le petit d'homme n'avait toujours aucune conscience d'avoir mal agit - encore bien trop jeune pour comprendre les raisons de son propre comportement. Aux climat familial chargé et corrections reçues à la maison, s'ajoutèrent dès lors les remontrances et punitions des femmes en charge du jardin d'enfants. Le tout ponctué d'une incompréhension suprême du bambin au fait qu'il ne devait pas agir à l'extérieur, comme on agissait avec lui au sein de la demeure familiale.
MB - MG - MD
La première fois qu'il but de l'alcool, l'enfant en pleurs trouva en ces quelques gouttes de whisky volées l'oubli déjà tant recherché. Qu'il n'ait eu alors qu'à peine six ans et vidé le reste du verre au visage de son géniteur désireux de le récupérer, ne le conduit cette nuit-là qu'à une nouvelle rouste pour ce stupide acte de rébellion. Mais aussi acre et amer soit le liquide ainsi avalé, il avait surtout permis - peu après - d'oublier la douleur des bras malmenés ou la brûlure des joues claquées. Plus encore, le liquide ambré tout juste découvert avait offert pour la première fois l'évasion d'un sommeil profond jamais connu jusqu'alors. De quoi suffire à donner le goût de renouveler cette expérience.
C'est pourquoi dès lors, le nouveau prince du recyclage apprit-il à chaparder les fonds de bouteilles, dans le but de composer un stock tout personnel pour sa propre consommation. Un trésor atypique et addictif, quand tant d'autres enfants du même âge apprenaient l'autonomie, en achetant par eux-mêmes leur poignée de bonbons préférés sous les yeux gorgée de fierté de leur maman aimante.
MB - MG - MD
La première fois que le déjà très mature fils Brandel vola un autre que son propre père, cela eut lieu non loin de son quartier résidentiel. Entraîné par de plus grands que lui, poussé par son besoin toujours plus fort de consommer l'eau de feu… Martin avait agi avec efficacité et rapidité. Mais s'il avait sans mal réussit à évincer le caissier de la petite superette victime de son larcin, le teenager rata en revanche totalement l'homme qui le coinça - pas même volontairement - suite à un virage prit à la corde.
- Hé là ! Où tu vas comme ça, toi ?
- Lâchez-moi !
Voyant bien dans ce petit corps se tortillant plus qu'un vers au bout d'un hameçon qu'il n'était pas juste pressé, mais littéralement aux abois (sans doute coursé par d'autres mômes du coin), l'homme de passage dans le quartier pour affaire tâcha d'en découvrir un peu plus. La bouteille camouflée sous son blouson lui soufflait d'ailleurs aussitôt une tout autre hypothèse.
- On se calme, gamin. C'est quoi ton nom ?
- Mar… Max ! se reprit au plus vite, l'enfant désireux d'éviter d'en dire trop sur son identité.
Son corps émacié, son allure négligée et les traces évidentes de coups sur sa peau blancharde, incitèrent aussitôt l'officier sous couverture [1] à faire preuve d'indulgence. Sans compter qu'il n'avait guère le temps de se rendre au commissariat du coin pour ce qui ne devait être que le vol à l'étalage d'une simple fiole d'alcool bon marché. Aussi, proposa-t-il au voleur de grand chemin en culottes courtes de rendre le fruit de son indélicatesse et retourner s'excuser auprès de sa victime, en guise de sentence.
Mais pour mieux se libérer, le pré-ado lâcha sans mal sa prise, brisant la bouteille au pied de cet inconnu, pour mieux s'en échapper.
MB - MG - MD
La première fois que Martin Brandel exigea qu'on le nomme dorénavant, Max Gentry eut lieu peu après l'acte manqué de son premier vol. Il côtoyait alors depuis quelque temps déjà un autre gamin à peine plus âgé que lui, Ray Martindale, véritablement son voisin de palier. Les deux garçons commençant à faire les 400 coups, bien qu'à peine âgés d'une dizaine d'années, Martin réalisait plus que jamais l'importance de ne pas se faire remarquer sous le patronyme de son père. Ne serait-ce que pour éviter que ce dernier n'apprenne ses conneries et profite de cette nouvelle excuse pour mieux s'en prendre à lui.
Si garder le prénom de Max lui parut alors comme une évidence, en raison de son premier mensonge. Le nom de Gentry lui vint très vite à l'esprit, en référence à ce héros de BD [2] déniché des semaines plus tôt dans les poubelles de leur immeuble. Il s'agissait de vieux comics défraîchis, datant de l'après-guerre - sans doute jetés par les héritiers du vieux célibataire décédé peu avant - qui contaient les aventures d'un aviateur intrépide. Un bourreau des cœurs jouant les espions à ses heures perdues. Un blond inventif et courageux dont le teenager en manque de modèle s'était aussitôt amouraché. Que le dessinateur de cette série se nomme Ray Bailey n'avait pas moins manqué d'allumer l'imagination des deux garçons ! Car si Ray était le créateur du personnage de Gentry. La fiction rejoignait facilement la réalité, quand on savait à quel point l'aîné était effectivement à l'origine de beaucoup de mauvaises idées mises en pratique par son cadet !
Quoi qu'il en soit, depuis lors, Martin avait exigé à ce que les gens qu'il côtoyait aux cotés de Ray le nomme dorénavant Max ! Peut-être aussi et surtout poussé par un besoin bien plus conscient et revendiqué qu'il se l'imaginait de se distinguer de sa filiation paternelle…
MB - MG - MD
La première fois que le très jeune et paniqué Max Gentry tira sur un homme et non plus sur des canettes de soda, le presque inconscient Martin Brandel [3] visa son père.
Malgré son manque de pratique, l'enfant de 11 ans le toucha alors sans peine par deux fois de son petit calibre. Un « 22 » confié des jours plus tôt par son ami Ray. Bien sûr, cela ne suffit pas à tuer son bourreau, ni même à réveiller sa mère sonnée sous les coups de son époux. Mais au moins, avait-il réussi à le ralentir, le temps que leurs voisins alertent la police et que cette dernière investisse enfin leur domicile.
MB - MG - MD
La première fois que le devenu très redouté Max Gentry passa une nuit entière en prison, la quinzième famille d'accueil temporaire d'où il s'était enfui des jours plus tôt refusa à son tour de le reprendre. Choix tout légitime qui conduisit par conséquent l'administration à replacer pour la seizième fois l'adolescent au centre juvénile situé à l'ouest de Los Angeles. Comme à chaque fois, l'enfant avait bien gardé l'espoir qu'enfin sa mère serait à même de le reprendre. Mais l'état mental de la jeune femme - bien qu'après trois ans de soins dans une clinique spécialisée - ne le permettait toujours pas. L'assistance sociale alors peu dupe de ce qu'il adviendrait dans les prochains jours n'avait d'ailleurs pas plus recherché de nouvelles familles pour lui. Plus qu'à son tour, l'adolescent de 14 ans avait déjà eu sa chance. S'il n'était pas apte à le voir et s'en saisir, ils ne pouvaient définitivement rien faire de plus pour lui.
C'est ainsi que plus personne ne se soucia réellement de sa disparition presque… attendue, à peine trois jours plus tard. Pourtant, l'échappée de cet adolescent des rues ne l'avait guère menée très loin, passant dès lors près de deux années à zoner dans son ancien quartier - squattant la plupart de ses nuits un recoin de la demeure non moins calme de son meilleur ami. Courant le jour de petits larcins à quelques menus trafics… cette situation dura ainsi jusqu'à ce que son chemin croise de nouveau celui d'un flic un peu plus assidu qu'un autre. Un flic des stups l'approchant, puis le convainquant avec toute sa patience de lui confier suffisamment d'infos pour stopper le plus gros dealer du moment !
Jouer les indics…
Si vendre son prochain n'était pas tant un problème pour l'ado rebelle, alcoolique et amateur de drogues récréatives. C'est plus sûrement la promesse que cette action puisse avant tout lui valoir d'effacer son casier de jeune repris de justice qui l'avait convaincue de jouer le jeu. A bientôt 16 ans, le très jeune homme n'était pas dupe ! Après plus de quatre ans de fuite constante et autres échappées belles, dans la crainte permanente d'être rattrapé par les services sociaux. Il avait même toute conscience que dés les prochains mois : à la moindre incartade, ou nouvelle interpellation pour deal de drogue, son interminable casier juvénile lui vaudrait de prendre de la prison ferme en lieu et place de simples sermons au sein d'un énième bureau de juge pour enfants… Là était le destin des ados délinquants passant le cap de l'âge auquel ils devenaient pénalement responsables !
Aussi Max avait-il cédé plutôt aisément à l'insistance de ce flic tenace.
Infiltrant donc plus profondément qu'à l'accoutume le réseau des trafiquants de drogue du moment, en sa qualité de passeur émérite. Sa capacité à être extrêmement rapide et efficace couplé à une évidente discrétion lui permit surtout d'approcher rapidement assez de grands pontes pour finalement dégoter suffisamment d'informations pour négocier avec l'officier des stups sa relâche complète dans cette même affaire. Une promesse que l'homme tenu d'ailleurs sans rechigner ! Au détail prêt que le procès d'envergure bouclé grâce à son témoignage, l'officier Bates l'avait contraint à entrer dans une clinique de désintox.
Autant dire que ce foutu flic l'avait bien eu, en lui promettant la liberté pour mieux l'emprisonner ! Mais le temps passant, ce même flic n'avait cessé de lui rendre visite. Le forçant chaque jour à ouvrir un peu plus les yeux sur ce qu'il devenait ! Le poussant plus encore à se décider sur ce qu'il voulait faire de son avenir ! Un flic qui, sa désintox terminée, avait alors bel et bien usé de toutes ses relations pour tirer le gamin qu'il était des rues malsaines où il traînait depuis toujours : En lui offrant son émancipation ainsi qu'une nouvelle identité, et par leur biais, une réelle chance d'enfin tout recommencer.
MB - MG - MD
La première fois que le nouveau nommé Marty A. Deeks - officiellement pupille de la nation - entra dans un amphithéâtre d'université, l'inquiétude d'avoir voulu visé trop haut le gela au beau milieu des escaliers menant aux derniers rangs. Deux ans après avoir témoigné contre de gros bonnets de la drogue, son identité et casier effacés, il ne restait plus de lui, dans son ancien quartier, que la légende urbaine associée à Max Gentry. Le doux nom d'un gamin aussi violent que précoce ayant été chopé par les flics lors du grand coup de filet ayant mis terme aux trafics local.
Étant donc officiellement en prison pour de longues années, le flic l'ayant sortie de son trou de souris l'avait convaincu de mettre à profit cette nouvelle identité d'orphelin et la bourse d'étude qui s'y rapportait pour reprendre sa scolarité. Ce qui le menait finalement à ce lieu : une belle université d'État vouée à l'aider à acquérir le cursus suffisant pour passer le barreau de Californie afin de devenir avocat. Un choix de carrière osé et ambitieux. Mais observer le procureur plaider durant le grand procès auquel il se trouvait lié l'avait littéralement ébloui ! Comme il ne pouvait nier avoir toujours rêvé que l'avocat qui lui avait été commis d'office, lors de son procès pour avoir tiré sur son père, ait agi plus efficacement pour lui permettre de rester auprès de sa mère - en lieu et place de la séparation imposée, qui s'était avérée fatale quant à leur relation mère-fils. S'il arrivait à obtenir son diplôme, lui ferait tout son possible pour que jamais une famille en danger ne soit séparée sous sa garde ! [4]
MB - MG - MD
La première fois que le jeune maître Deeks regretta son choix de carrière, fut le jour où en sa qualité d'avocat commis d'office on lui imposa de traiter la défense d'un père de famille ayant battu à mort femme et enfants une nuit de beuverie particulièrement sanglante.
Comment pouvait-on lui ordonner de défendre pareil cas ? Avec son propre passé ?
Ce jour-là, Marty Deeks réalisa surtout les limites du profit d'un casier effacé ! Car de la suppression même d'un pan entier de sa vie, l'ensemble de ses collègues ignoraient tout de ses blessures personnelles…
Moralement incapable de prendre ce cas en charge. Et plus encore de trouver le courage d'expliquer son refus - l'idée de dévoiler la vérité sur son passé à des inconnus, lui paraissant aussi physiquement impossible qu'humainement inconcevable. C'est donc à peine trois heures après qu'on lui ait confié ce dossier que le jeune avocat plein d'avenir déposait sans regret sa démission sur le bureau de son supérieur.
Par cet acte incompréhensible pour son entourage professionnel, il jetait à cet instant : sept très longues années d'un travail acharné pour en arriver là…
MB - MG - MD
La première fois que Marty Deeks - fraîchement chômeur de son état - commanda de l'alcool fort postdésintox, le jeune homme était resté assit des heures durant au bar de ce pub irlandais repère des flics du coin, à observer le verre ainsi servit. Des heures à attendre un homme de droit qui avait tant fait pour lui. Un homme qui serait très prochainement tellement déçu de sa réaction inattendue de jeter tout son avenir aux orties.
- J'ai appris ta rébellion ce matin même. murmura soudain ce dernier, en accompagnant ses mots d'une pression légère sur son épaule, avant de s'asseoir à ses côtés.
Pour toute réponse, Marty souleva brièvement ces mêmes épaules.
- Pas besoin de faire cette tête. Je n'en attendais pas moins de ce sale gamin que j'ai pu choper un matin d'hiver - fuyant comme un chiot la queue entre les jambes, d'avoir été interrompu dans son premier vol à l'étalage.
Bien sûr qu'il n'en attendait pas moins d'un pauvre raté comme lui. Comment pouvait-il avoir seulement cru qu'il serait apte à s'arracher au destin promis par son père ? Ne pouvant que se saisir du verre réchauffé lui faisant face, Marty le prit finalement en main, quand une poigne ferme le stoppa dans son geste. Muettement, l'officier de police venu à lui venait de leur commander deux bouteilles de bière fraîche.
Lui imposant l'une d'elles en échange du verre de whisky, son ange gardien se fit alors bien plus explicite.
- Il aurait fallu vendre son âme au diable pour défendre pareille crapule, fils.
Surpris par cette réponse, Marty observa alors seulement les yeux fiers et affectueux du flic n'ayant jamais abandonné sur son cas… Et ce, malgré toutes les conneries qu'il avait bien pu faire depuis ces quinze dernières années qu'ils se connaissaient.
- Et maintenant, Roger ?
- Maintenant ? De deux choses, l'une. Soit, tu te limites à défendre la veuve et l'orphelin en devenant indépendant. Soit, tu utilises ces capacités que tu as su développer depuis ton enfance pour agir plus efficacement que tous ces bleus à la dérive qu'on me refile entre les pattes. Et décide enfin d'agir à la racine, en stoppant ce qui doit l'être avant qu'on n'en arrive aux tribunaux.
Et pour être bien clair dans ce qu'il lui proposait, le tout juste gradé Lieutenant Bates lui glissa la carte de l'école de police de Californie sur le comptoir… avant qu'ils ne portent un toast à leur avenir commun !
MB - MG - MD
La première fois que le tout jeune diplômé de l'académie de police - l'heureux Officier Marty Deeks - fut de retour dans son quartier d'enfance. Le fait qu'il soit avant tout la nouvelle recrue du service des stups du troisième district de Los Angeles en mission d'infiltration ne l'intimida aucunement. Jouer dans le cercle du nouveau gang ayant main mise sur le trafic de drogue local n'avait rien d'une première pour lui. Et encore moins pour son avatar, le très connu et reconnu Max Gentry : Enfant du quartier de retour après plus d'une décennie d'absence !
Aussi, est-ce tout naturellement qu'il se rendit dans le bar underground du coin, y retrouver non sans surprise son ami Ray, alors en compagnie d'une jolie blonde. Si durant une seconde, il avait tout de même craint que tout à chacun connaisse sa nouvelle identité, le nom hurlé du fin fond de cette salle lugubre le rassura aussitôt.
- MAX ! Non de Dieu ! T'es sortie de taule depuis quand ?
- Une dizaine de jours.
- Mince. On croyait tous que t'en avais pris que pour 4ans !
- À la base. Mais à peine sorti la première fois, je me suis refait chopé au volant d'une caisse volée.
À l'incompréhension de son ami et curiosité aiguisée de leur entourage proche, Deeks se fit plus explicite.
- Mes passagers venaient de braquer une banque et cela ne s'était pas si bien passé. Je suis tombé pour vol avec agression et circonstances aggravantes. Si bien que j'en ai pris 6 de plus.
- Merde.
- Mais c'est bon, me revoilà maintenant libre comme l'air.
- Génial !
Se dirigeant en compagnie de Ray devant le barman, ce dernier leur demanda ce qu'ils voulaient.
- Mon petit-déj ! répondit, un Max au top de sa forme.
- À savoir ? Si t'as pas remarqué, on ne sert rien à manger ici.
- C'est qui ce crétin ? demanda aussitôt Marty à Ray ?
- Il voulait dire un Whisky. Serré, sans glace.
Si l'officier Deeks observa alors avec grande attention l'alcool ambré couler au fond de son verre, c'est sans retenue qu'il l'avala d'une gorgée. Il se sentait aujourd'hui assez solide et confiant en lui pour boire de nouveau. Même s'il y avait quand même de quoi être amusé que cette certitude lui vienne de la confiance portée par un emmerdeur de première. Un flic parmi des milliers qui avait eu la générosité de lui prouver qu'il pouvait valoir mieux que son géniteur, mieux que tous ces abrutis et racailles qu'il enfermerait prochainement pour leurs crimes. Un homme qui lui avait véritablement offert un avenir, un but à sa vie…
Relevant la tête, Marty refit alors face à son ami Ray. Son compagnon de route, un frère… la toute première personne à lui être véritablement venu en aide. Celui-là même qui lui avait sauvé la vie !
Au plus vite, il s'assurerait qu'il était suffisamment digne de confiance pour lui dire la vérité sur sa profession. Non seulement, car il pourrait ainsi en faire son indic. Mais le temps venant, il espérait surtout avoir un jour l'occasion de lui offrir au terme d'une grosse affaire de prendre à son tour une nouvelle identité pour refaire sa vie, très loin de tout ce qu'il n'avait jamais connu dans leur enfance. Il le lui devait bien !
Restait juste à découvrir qui était cette femme qui ne s'éloignait toujours pas.
- Tu me présentes à ta blonde ? demanda-t-il finalement.
- Bien sûr. C'est Nicole… ma femme.
MB - MG - MD
La première fois que le très expérimenté lieutenant de police Marty Deeks oublia soudainement tout de son nom d'emprunt du moment qu'était Jason Wyler, il se trouvait dans une salle de sport puant la sueur et l'effort. Un lieu de vie pour nombre de militaires boostés aux hormones qu'il se devait d'intégrer pour mieux découvrir lequel d'entre eux était à la base du trafic sur lequel il bossait jusqu'alors.
Mais qui pouvait-il, s'il ne s'attendait pas à découvrir à cet instant, la femme de sa vie, dans un club de sport sordide où la drogue était en libre-service ? Parce qu'indéniablement, la trop jolie Tracy n'avait pas sa place en ce lieu. Comme elle semblait bien trop belle et sophistiquée pour un type comme le vice-caporal Daniel Zuna dont elle se disait l'ex épleurée…
NCIS - LA
00H10 - Appartement du Lt. Marty A. Deeks.
La première fois que l'agent de liaison Marty Deeks ressentit le besoin de se confier sur son passé - et plus exactement sur cette partie de lui qu'il aspirait pourtant tellement à enfouir dans les limbes de l'oubli - sa motivation était simple. Ne rien dire, ne pas « communiquer » sur cette part si importante de lui-même n'aurait fait qu'ajouter aux non-dits qu'il ne voulait plus entre lui et la femme aimée. Raison pour laquelle, malgré la douleur, la fatigue et plus encore la peur tenaillant ses entrailles à ne pas savoir comment l'agent Kensi Blye du NCIS réagirait à ses aveux, le jeune homme alité se confia enfin sur l'un de ses plus grands secrets.
- Puisqu'on en est aux grandes révélations… soupira-t-il douloureusement. Il y a autre chose dont je voudrais te parler.
Au sérieux affiché par son partenaire, Kensi apposa aussitôt la plus grande attention à ses paroles.
- Il y a quelques jours… Quand j'ai évoqué mon alter ego Max Gentry, alors que nous étions à la recherche de Monica. Tu m'as dit quelque chose…
- Deeks… Je n'avais pas vraiment l'esprit clair... Tu l'as dit toi-même. C'est la jalousie qui me faisait parler.
- Sauf que toi et Monica aviez raison. Max… C'est bien plus qu'une simple couverture. Si j'aime si peu utiliser cet alias. C'est qu'il est véritablement une part de moi-même. Quand j'étais jeune… Tu as déjà compris que mon père n'était pas un exemple d'amour et de patience. La violence quotidienne… Il n'y a pas mille solutions pour y faire face.
- Qu'essaies-tu d'expliquer ?
- Disons que comme le résumait si bien Monica. Hier, comme aujourd'hui, il m'est effectivement plus facile de me cacher derrière quelqu'un d'autre, plutôt que de faire face à mes propres actes. Pour autant, je ne les nie pas, ni lui refuse toute existence. Parce que tu vois. Encore cette fois, c'est lui qui m'a sauvé ! Lui qui nous a libérés, moi et Sam !
- Lui… ?
Deeks, lui disait-il bien ce qu'elle comprenait ? Quand il lui avait évoqué son alter ego… Kensi avait souvenir de le comparer aussitôt aux Dr. Jekyll et M. Hyde… Mais donc, Max… ? Réalisant tout ce que cela pouvait impliquer, la jeune femme trouva finalement, sans difficulté, le courage de dire les choses ! Clairement, avec confiance, sans plus de craintes composées. Aussi, Kensi s'installa-t-elle tout simplement sur les genoux de son partenaire pour déjà s'assurer qu'il la regarde bien droit dans les yeux. Un prédicat indispensable pour lui faire comprendre qu'elle ne le fuirait pas pour si « peu »… aussi grand puisse être ce « peu ».
- Tu sais. commença-t-elle, doucement. Contrairement aux croyances de Callen, je ne joue pas avec toi. Je t'aime vraiment, toi, Marty Deeks. lui indiqua-t-elle avec conviction en apposant une main fine sur son cœur battant sous ce tee-shirt ridicule qu'il portait alors.
- Mais plus encore, reprit-elle. Je tiens suffisamment à toi pour désirer mieux connaître Max Gentry. Si seulement tu m'en donnais l'occasion.
- Et là est bien le problème. Je ne suis pas schizophrène, Kensi. Max n'est pas une seconde personnalité qui prendrait le contrôle de mon corps.
- Alors, qui est-ce ?
- Moi. Il est moi, Kens'. Je suis Max. Si je déteste tant exploiter cette couverture, c'est bien parce que fut un temps, ce n'en était pas une. Si je suis né sous le nom de Martin Brandel. Dès que j'ai atteint l'âge d'assimiler mes actes, j'ai passé la majeure partie de ma jeunesse à me faire appeler Max Gentry. Au tout début, c'était une manière comme une autre de limiter au maximum que le paternel entende parler de mes prouesses inavouables. Mais après l'avoir éliminé de l'équation, une fois qu'il était loin de moi en prison… Si cela m'a permis de renier une bonne fois pour toutes, ma filiation avec lui. J'ai surtout pu me cacher derrière ce personnage pour endosser la responsabilité de tous mes actes répréhensibles...
- Deeks…
- Alcool, drogues, petits larcins, jeux d'argents… J'ai baigné dans tout cela dès mon plus jeune âge, Kensi… Alors, tu vois. En définitive, je suis loin d'être quelqu'un de bien. À peine fréquentable par quiconque ne traînant pas dans nos rues.
Ne se laissant pas abattre par ce type de révélation, Kensi apposa tout doucement ses mains sur sa mâchoire malmenée pour le forcer à rester ancré dans ses yeux vairons.
- Sauf que contrairement à ce que tu penses. Je peux comprendre ce passé sombre qui te semble si lourd à porter.
Deeks pouvait le lui accorder. Oui, elle pouvait comprendre. D'autant plus en sachant depuis peu, qu'elle avait elle-même eu son lot de perdition en fuguant pendant quelques mois du domicile familial, pour se retrouver elle-même : seule et isolée à ses 16ans dans les rues sauvages de LA. Mais comprenait-elle vraiment sa situation à lui ? Ce n'était pas si simple. Car lui-même avait encore un mal fou à se l'expliquer.
Dans sa jeunesse, comme dans sa carrière à la police l'incitant à s'insinuer dans les méandres de la pègre et des cartels de drogues, le personnage de Max Gendry avait toujours été plus qu'une simple couverture. Un alter ego… Une facette de sa personnalité qui avait existé, existait encore au sein de ses infiltrations et existerait toujours au plus profond de son être. Mais alors qu'il cherchait encore la meilleure manière pour parvenir à lui expliquer plus clairement ce qu'il tentait maladroitement d'aborder, les stigmates des derniers évènements le rattrapèrent avec force.
Le voyant papillonner des yeux, luttant avec effort contre l'épuisement évidant qui l'accablait, Kensi jugea surtout que tout cela pouvait bien attendre. Aussi limpide soit son attitude soudainement empreinte d'un surcroît d'honnêteté, la jeune femme y mit un terme temporaire. Si à l'évidence, Deeks désirait subitement révéler tous ses non-dits et ainsi tirer chaque voile de secret les occultant - sans aucun doute pour répondre à sa demande explicite qu'il « communique » enfin - son attitude louable ne pouvait de toute façon trouver fin, au terme d'une aussi courte nuit.
- Nous aurons tout le temps d'en reparler demain, Deeks.
- Tu es sûre ?
- Oui. Je suis sûre.
Passant alors tendrement une main dans ses boucles blondes, elle le contraint sans plus attendre à fermer les yeux d'un baiser sur chacune de ses paupières. Alors seulement, elle s'installa de nouveau toute contre lui, bien décidée à veiller le sommeil du juste de son partenaire... et amoureux.
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À suivre.
[1] Je vous laisse deviner de qui il s'agit dès cet instant.
[2] Si de ce que j'en sais, on ignore toujours d'où vient le nom de Max Gentry dans la série. Je confirme que le comics : « Bruce Gentry » du dessinateur Ray Bailey existe vraiment !
[3] Ce n'est pas une erreur d'écriture, j'utilise volontairement les deux identités de Deeks pour indiquer la même personne. Mixte entre figure de style et volonté de justement faire comprendre combien cet instant fut confus pour le principal concerné.
[4] Référence à l'épisode 4x11 où l'on apprend qu'il a tout fait pour que Jenny et Talia Radler restent ensemble, quand il s'occupa d'elles en tant qu'avocat commis d'office auprès de Jenny.
Bon… Un chapitre peut-être un peu trop hors champ qui m'aura valu des dizaines d'heures de creusage de tête, dont l'une de ces nuits blanches que j'affectionne tant, quand j'ai l'occasion de les vivre sans le stress des contraintes du quotidien ^-^ En espérant que cela ne vous aura quand même pas trop coupé dans le fil de cette histoire. Ni trop déplu u_u. Bref, je manque beaucoup trop de recul pour seulement juger de ce que ça donne vraiment. Aussi pardon, si cela s'avère aussi moche que je le redoute. Car je ne trouve plus le courage de le relire une énième fois pour ajouter d'éternelles corrections ^_^''
mimi yuy
