Un soupir. Encore un. Assis à son bureau qui donnait sur les grandes rues de Londres, un jeune garçon s'ennuyait ferme. Son père l'avait puni pour avoir rigolé en public. Pourtant il s'était fait discret et n'avait froissé personne les entourant. Mais on ne contrait pas les règles de Lucius, son père, sans recevoir une punition. Il avait été sévèrement giflé et enfermé dans sa chambre avec interdiction d'en sortir. Même Narcissa, sa mère, n'était pas venue le voir, ajoutant à sa punition la honte et la douleur d'être seul. Draco Malfoy, car tel était le nom de l'illustre héritier de la famille, avait toujours été très entouré, que ce soit par ses parents ou par les enfants imposés par son père.
Étant fils de bonne famille, il se devait d'avoir de bonnes fréquentations et, étant trop jeune au début pour le faire correctement, c'était Lucius qui s'en était chargé jusqu'à ses quatorze ans, l'âge où la réserve et la retenue étaient de mises, le privant de ses dernières chances de se faire des amis qu'il aurait lui-même choisi. Mais même cela lui était interdit. C'était : "Tiens toi droit, Draco, mon fils n'est pas un bossu" ou encore "Draco, un peu de tenue, tu me fais honte". Toujours une réprimande au bout des lèvres, jamais une once d'affection, de fierté ne sortait de sa bouche. Pourtant, Draco avait fait de son mieux mais faire de son mieux n'était jamais assez.
Il avait pourtant retenu toutes ces fichues règles qu'un aristocrate se devait de connaitre. Il la connaissait par coeur cette foutue étiquette qui l'empêchait de faire ce qu'il voulait comme il le voulait. Non, être un Malfoy impliquait énormément de choses. Tous connaissaient son nom et il se devait de ne pas porter atteinte à la réputation de sa famille par des paroles en l'air ou des gestes non contrôlés. Contrôler ses faits et gestes étaient relativement épuisants mais les rares nuits où Lucius lui accordait un compliment, Draco ne regrettait pas ses efforts. Quelques fois même, son père autorisait la domestique à lui acheter des bonbons avec la promesse de son rejeton de ne pas en abuser mais Draco n'était pas un idiot. Il savait se faire discret et conservait sa récompense le plus longtemps possible pour faire durer le plaisir.
C'était la seule chose qui le faisait sourire à présent qu'il avait grandi. Quand il était tout petit, quand son père s'absentait, sa mère jouait avec lui dans le jardin. Avec elle, il avait tissé des couronnes de fleurs, il avait joué à chat, il avait même joué à cache-cache. Mais quand il avait franchi le cap des six ans, ces petits plaisirs lui avaient été refusés et Draco n'avait pu compter que sur les friandises comme seul réconfort.
Les rares moments où ses parents s'intéressaient à lui, c'était lors de ses cours. Avec Narcissa, il apprenait l'art de la conversation, la galanterie, l'histoire ainsi que le piano et le violon. Il adorait ces instruments mais n'avait le droit d'en jouer que durant ses heures de cours ou qu'en dehors de la présence de son père, ce qui était rare et il ne pouvait pas jouer ce qu'il voulait pendant ses leçons. Tout lui était imposé.
Avec Lucius, il apprenait le reste, tout ce qui concernait la famille Malfoy et ses multiples entreprises. Très vite, Draco s'était retrouvé plongé dans le monde de la finance, des comptes, de l'argent. C'était très ennuyeux même s'il ne le montrait plus. La seule fois où il avait osé bailler légèrement, son père l'avait giflé tellement fort qu'il était tombé de sa chaise et l'homme n'avait plus voulu le revoir de la journée. Cet après-midi là, il était resté enfermé dans sa chambre et n'avait eu qu'un maigre sandwich à manger. C'était également une partie de sa punition. Quand il ne lui apprenait pas les finances, Lucius lui parlait des grandes familles, celles qu'il fallait respecter et craindre, celles qu'il fallait regarder de haut, les alliances intéressantes qu'il pouvait en tirer et surtout, l'art de la manipulation.
Si la famille Malfoy avait su se faire une place, c'était en partie par l'éducation très stricte qu'elle recevait mais également la fourberie dont elle était capable pour arriver à ses fins. Un Malfoy se devait d'être toujours du côté des vainqueurs, tout le monde le savait, il le répétait assez. Mais Draco ne voulait pas devenir comme son père. Il était différent.
Toutes ces choses sur les finances, les concurrences, les galas, les rencontres arrangées avec ce qui serait sa future femme, tout l'ennuyait. Lui ce qu'il aurait voulu, c'était pouvoir être dehors, courir sans être retenu par une canne sur son épaule, pouvoir rire en toute liberté sans être giflé dans la minute, vivre dans la normalité plutôt que dans l'aristocratie, avoir des amis qui riraient avec lui sans craintes de représailles.
Draco était différent mais ses parents ne semblaient pas vouloir le voir. Ils espéraient plutôt ramener leur fils dans le droit chemin à coups de gifles et de punitions. C'était ça, la grande famille Malfoy. Beaucoup l'enviaient d'avoir des domestiques à ses ordres, prêts à tout pour le satisfaire mais lui, ça le lassait. Au début, il s'était beaucoup amusé à jouer le rôle de fils d'aristocrate, demandant ça et là des choses tordues et difficiles à faire. Puis il s'était calmé quand il avait vu, par hasard, la punition qu'une domestique avait reçue après qu'il ait été se plaindre à son père que son caprice n'avait pas été satisfait. Ça l'avait comme refroidit et, depuis, il en demandait le moins possible à ses domestiques personnels.
Draco s'était rangé, suivant son père comme il le pouvait même si, au fond de lui-même, il ne pouvait s'empêcher de chercher la liberté. Peut-être que l'idée de fuir aurait pu lui traverser l'esprit si son père ne lui avait pas montré les gens qui vivaient à même la rue, en le menaçant de finir comme eux s'il ne s'appliquait pas davantage dans ses leçons. Draco avait vu ces gens, le visage tiré tant ils étaient maigres. Ils étaient tous assis par terre, à même la saleté, les pieds nus, les vêtements en lambeaux, la tête baissée, marmonnant à qui voulait l'entendre des demandes d'argent ou de nourriture. Comment pouvait-on vivre ainsi? Jamais il ne deviendrait comme cela, jamais ! Ce spectacle lui avait retourné l'estomac et il avait vomi en rentrant au manoir. Lucius l'avait giflé une nouvelle fois pour avoir sali la maison. Que se serait-il passé s'il avait vomi en pleine rue? Heureusement qu'il avait su se contenir, sans quoi la punition aurait sans aucun doute été plus sévère encore qu'elle ne l'était déjà.
Après avoir vu ça, ses rêves de liberté s'étaient envolés. Jamais il n'aurait osé s'enfuir de chez lui, il ne voulait pas vivre dans la crasse avec ces gens. En plus, il ne connaissait pas le monde, il avait rarement quitté le confort du manoir et, quand il avait mis les pieds dehors, c'était pour faire un tour en voiture et se rendre directement chez des amis qui habitaient tout près. Il n'avait jamais vu Londres de ses propres yeux, il ne l'avait jamais parcourue de ses propres pieds. Il aurait bien voulu pourtant. S'il était né dans une famille normale, Il aurait été libre comme le vent, allant là où il le souhaitait sans jamais avoir à se soucier de l'étiquette ou de ses faits et gestes. Il aurait été libre.
Il serait comme ce garçon qu'il avait croisé rapidement dans la ruelle où son père discutait avec un grand marchand pour trouver un cadeau à offrir à la future femme de son fils lors de leur rencontre. Lucius l'avait repris plusieurs fois, lui reprochant son manque d'attention mais, pour une fois qu'il était dehors et dans la rue, le jeune aristocrate ne voulait pas en perdre une miette. Il observait tout : les magasins, les gens qui déambulaient dans la rue, les couples assis sur des bancs, les véhicules qui transportaient des passagers à droite et à gauche, les enfants qui jouaient dans le parc tout près, ces jeunes qui fumaient près d'eux. Il avait même respiré plus fort pour sentir la fumée avant d'être pris d'une quinte de toux qui lui avait valu un regard de reproche.
Draco s'était alors montré davantage attentif à ce que lui proposait le marchand à l'extérieur de la boutique quand il avait vu au loin des gens s'écarter vivement. Intrigué, son regard et son attention avaient alors dévié vers la silhouette rouge qui se glissait jusqu'à eux. Était-ce un voleur? Lucius lui en avait parlé. Draco avait fait semblant de trouver cela abjecte mais quand on vivait dehors sans argent, ne devait-on pas voler si on voulait vivre?
La silhouette rouge s'était approchée jusqu'à ce que l'adolescent puisse le distinguer. C'était un garçon comme lui, petit, plutôt maigre, châtain, il ne devait avoir probablement que douze ans seulement. Et pourtant il marchait vite dans ces rues, comme s'il les connaissait par coeur. Il venait vers eux. Avait-il remarqué que Draco le suivait du regard malgré son air imperturbable? Il était sur eux. Draco put distinguer son sourire et ses yeux verts qui pétillaient de malice. Qu'allait-il faire? Le choc d'une bousculade le fit revenir à lui.
Le garçon au pull rouge avait osé bousculer son père, le grand Lucius Malfoy ! Draco n'en revenait pas ! La tête de son père avait été si marrante à regarder et il n'avait pu empêcher un rire de franchir la barrière de ses lèvres alors que Lucius le dévisageait, un regard noir dans les yeux et une main levée. Une gifle, encore une. Mais elle en valait la peine celle-là. Pas comme quand il faisait de son mieux et en recevait parce qu'il n'avait pas fait assez. Le temps que Lucius réagisse, le garçon était déjà loin mais Draco ne l'avait pas quitté des yeux. Qui était ce garçon libre comme l'air?
Dans son bureau, Draco retint un autre rire alors qu'un sourire étirait ses lèvres. Ce garçon avait surgi à toute vitesse et Lucius l'avait appelé "délinquant" mais Draco avait bien vu, lui, le sourire sur les lèvres du brun qui devait avoir un an ou deux en moins que lui vu sa taille. Sans son père pour le voir et le disputer encore, il se tenait courbé, appuyant son menton dans sa paume, le coude posé nonchalamment sur son bureau alors que son regard se voilait dans les ruelles jusqu'à ce qu'une tache rouge attire son attention. Il sourit en la suivant des yeux. Il en avait de la chance, lui d'être libre. Il l'observa s'éloigner de plus en plus jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue avant de soupirer et de se replonger dans ses pensées. Peut-être le reverrait-il un jour…
Note d'auteur : Un Two-shot cette fois, écrit en une soirée. Un autre petit écrit sans prétention qui fait 3800 mots +- écrit en un peu moins de 3h. J'espère qu'il vous aura plu ! A vos claviers pour des reviews !
Ps : Je ne sais pas dans quel genre classer ça alors si vous avez des suggestions (et justifications), je vous écoute ! Enfin, je vous lis quoi ! J
