Arf, ce coup-ci, j'ai eu des problèmes de connexion, dont je n'ai pas pu poster le chapitre dimanche comme prévu! Désolée!
7. Errer
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il ne se demanda pas où il était. Il reconnaissait le mur trop blanc, de cette couleur qu'il n'aimait pas mais qu'il subissait depuis quelques jours.
Il ne sut pas très bien pourquoi, mais ce fut ce matin-là, dans les quelques secondes qui suivent l'éveil, que le constat tomba dans son esprit.
Non, il ne se plaisait pas ici.
Il n'aimait pas cette ville, ses habitants ne lui inspiraient rien et il ne se sentait pas… Eh bien, pas chez lui.
Mais c'était normal, se souvint-il au bout d'un temps supplémentaire. C'était normal, parce qu'il ne s'était jamais senti chez lui nulle part, ou presque. Néanmoins, cette fois-ci, juste cette fois, il avait cru pouvoir, peut-être, trouver un endroit où il serait bien. Foutaises.
Enfin, il imaginait que cela n'avait pas d'importance dans l'immédiat. Le lendemain, il quitterait le Jardin Radieux avec Riku et Kairi, et il retournerait dans les Ténèbres pour un temps indéterminé…
Et là-bas ? Ah, oui, dans l'obscurité il s'était senti plus ou moins à l'aise… Après tout, ce lieu l'acceptait, mais… Non, il n'y avait pas été heureux, juste incroyablement seul. Sensation qui ne s'était pourtant pas arrangée avec son arrivée ici. Bien qu'il y ait constamment du monde autour de lui, tournant en rond comme des mouches, il ne se sentait vraiment proche d'aucun d'entre eux. Mais pourquoi ? Pourquoi n'arrivait-il à s'intégrer nulle part ?
Vanitas soupira, s'asseyant sur son lit et tentant de refouler ces pensées idiotes dans un coin de son esprit. Il n'avait pas besoin de ça.
Il aperçut Sora et Riku dans l'une des calmes ruelles bordant la grande place, visiblement en grande conversation puisqu'ils n'entendirent même pas Vanitas approcher jusqu'à ce qu'il soit derrière le châtain. Riku leva un regard hostile vers lui, qui fit se retourner son ami.
« Oh, salut ! fit le châtain en esquissant un sourire peu convaincant.
-Je dérange, peut-être ? » questionna le brun.
Il s'en fichait un peu, de la réponse, mais c'était sans doute plus « amical » de demander, comme dirait l'autre…
« Non, du tout, on… discutait juste. »
Il perçut le mensonge mais ne releva pas.
« Donc, je peux te parler ? En privé », précisa-t-il en insistant sur le dernier mot.
L'argenté lui envoya un regard agacé avant de partir sans protester. Sora le regarda s'éloigner un moment, pensif, jusqu'à ce que Vanitas ne claque des doigts devant ses yeux pour le réveiller.
« Toujours là ? »
L'autre cligna des yeux.
« Hein ? Euh, oui… Donc, tu voulais me parler ?
-Pas à toi, à Ventus, précisa le brun.
-Oh… »
A ces mots, Sora baissa les yeux au sol, embarrassé.
« Je… J'aimerais pouvoir t'aider, mais… Après le jour où il a emprunté mon corps sur l'île, il est venu me voir deux ou trois fois en rêve et depuis, plus rien. Je pense qu'il s'est rendormi... Même si je ne comprends pas très bien le principe, en fait… »
Ça, c'était fâcheux. Enfin, de toute façon, il n'avait trop rien à lui dire, mais… mais il ne savait pas. L'absence du blond le dérangeait. Un peu. Bah, tant pis, non ? Sauf que cette sensation ne voulait pas partir… de la frustration ? Non, mais ça s'en approchait. Et zut, qu'est-ce que c'était, encore ?
« Ok, fit-il simplement avant de commencer à partir.
-Tu voulais lui dire quelque chose en particulier ? le retint Sora.
-Ça te regarde ?
-Non, c'est juste que… commença l'autre garçon en se grattant la nuque, Si tu as besoin de parler, je suis là ! On l'est tous, d'ailleurs. »
Vanitas haussa un sourcil perplexe devant l'immense sourire innocent de l'autre garçon. Il lui faisait quoi, là ?
« Merci, mais je n'ai pas forcément envie d'étaler mes états d'âme à n'importe qui, contrairement à certains. »
Visiblement, il venait de le vexer.
« Oh, très bien. Je voulais juste t'aider… »
Aider. Ils n'avaient que ce mot-là à la bouche, dans le coin !
« Pourquoi ? »
Ce fut à Sora d'avoir l'air étonné.
« Pourquoi quoi ?
-Pourquoi vous semblez tous vouloir… m'aider ? précisa Vanitas. Ça n'a pas de sens. Après tous les soucis que je vous aie causés, j'avoue avoir du mal à comprendre. »
Ce qu'il ne comprenait pas davantage, à vrai dire, c'était que cette attention le dérangeait. Enfin, il devrait être habitué à ne plus rien saisir de la situation, à présent… Sauf que ça l'agaçait. Voilà, la seule chose dont il pouvait être certain, c'était que ça l'agaçait. Profondément, même.
Ce que Sora s'apprêtait à lui dire, il ne pourra pas le supporter.
« Parce que… On est amis, non ? »
Il avait l'air de guetter l'approbation du brun.
Ça, il ne s'y attendait pas. Amis ?
« Amis… » répéta-t-il pour voir ce que ça faisait.
Le mot sonnait mal dans sa bouche, comme moite. Faux. Soit Sora était quelqu'un d'extrêmement optimiste, soit il lui mentait. Dans quel but ?
« C'est ça, fit-il sèchement. Je n'ai jamais eu d'amis. »
L'autre sembla perdu. Irrité, Vanitas tourna les talons.
« Et voilà, conclut le garçon en se tournant vers Cheshire. C'est bizarre que tu ne m'aies pas interrompu. »
Le félin, perché sur un nénuphar géant, arborait son plus immense sourire. Vanitas aurait presque la désagréable impression qu'il se moquait de lui. Comme à chaque fois, en fait.
« Oh, je n'aurais pas voulu interrompre une histoire si tordante !
-Qu'est-ce que ça a de tordant ? répliqua sèchement le brun.
-Si je te le disais, ce ne serait plus amusant ! Mais dis-donc, que cherches-tu, ici ? »
Il avait eu besoin de s'isoler, de quitter un petit moment le Jardin Radieux pour réfléchir. Et sans qu'il y pense vraiment, son couloir obscur l'avait mené droit au Pays des Merveilles. Cheshire semblait l'attendre, alors il lui avait tout raconté depuis le début. Il ne savait même pas pourquoi, d'ailleurs. Ce n'était pas comme si ce chat complètement fêlé pouvait… l'aider. Ah, il commençait à détester ce mot !
« Rien, je voulais être seul.
-Seul avec toi-même ? Quel étrange choix de destination pour se retrouver! Tu t'es perdu ? »
Et voilà, il recommençait à parler par énigme ! Souvent, ses paroles avaient un sens caché. Encore fallait-il le trouver, et Vanitas ne se sentait pas d'humeur à faire preuve de patience.
« Oh, arrête un peu…
-Comme la petite fille de l'autre fois, avec son jouet tout neuf. Elle se cherchait, elle aussi. »
Parlerait-il de Kairi ?
« Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ? soupira-t-il.
-Tout et rien. Il semblerait que tu lui ressembles.
-Comment ça ?
-Tu suis la même voie qu'elle.
-Nous n'avons rien en commun. »
Le gros corps mauve de Cheshire disparut. De lui, il ne restait que deux pupilles fendues et un sourire fendu en demi-lune.
« Tout et rien, comme je viens de te le dire. Achèveras-tu ce qu'elle a commencé ? »
Ca ne servait à rien… et ça l'embrouillait plus qu'autre chose ! Il décida de repartir. Finalement, il serait plus tranquille dans sa chambre, au château. Même si elle était moche.
« Parfois, lança-t-il à Cheshire avant de disparaître dans le couloir obscur, je me dis que tu sais bien plus de choses que tu ne le devrais. »
Le chat se volatilisa entièrement sans répondre. Après avoir lâché un bref soupir, Vanitas partit également.
« Tu étais où ? »
Il haussa un sourcil en voyant Riku s'approcher de lui. Tiens donc, c'était la première fois qu'il lui adressait la parole de son plein gré…
« Au pays de la Folie… Enfin, des Merveilles, il paraît, mais je ne vois pas trop ce qu'il a de merveilleux. Cheshire est une vraie plaie, tu sais ? Je crois qu'il aime bien s'entendre parler…
-Un peu comme toi, répliqua Riku. D'ailleurs, je ne sais pas ce que tu as dit à Sora, mais il en faut beaucoup pour le contrarier. »
Ah, alors il avait bouleversé ce pauvre gosse ? Il n'en était même pas désolé…
« Oh, trois fois rien, juste que je n'avais pas besoin de son aide. Il semblait vouloir me faire croire qu'on était amis. »
L'argenté soupira.
« Lui, il y croit. Il est comme ça… »
Donc, il s'agissait bien d'un excès de naïveté. Qu'est-ce qui avait bien pu lui faire croire ça ?
« J'imagine que tu ne viens pas juste pour me parler de ça ? devina Vanitas. Parce que si c'est le cas, tu aurais pu juste te contenter de me fusiller du regard comme tu le fais si bien.
-Léon te cherchait, répondit froidement Riku. Tu ne peux pas t'absenter comme ça.
-Pourquoi ? Je suis libre, non ? »
Vanitas ne supportait pas qu'on lui donne des ordres. Et puis, qu'est-ce que ça pouvait bien leur faire, qu'il fasse une petite escapade de temps à autres ? Il n'était pas sous surveillance, si ?
« Mais préviens, au moins. On pourrait avoir besoin de toi.
-Oh, comme c'est touchant ! ironisa le brun.
-Pas moi en particulier, grimaça l'autre.
-Bien entendu. »
Riku arqua un sourcil.
« Tu te fiches de moi, là, non ?
-Peut-être, peut-être pas… Qui peut savoir ? »
Finalement, passer du temps avec le Chat de Cheshire pouvait avoir de bons côtés. En tout cas, ça ne semblait pas plaire à l'argenté qui, agacé, se détourna sans demander son reste. Ah, mais il ne fallait pas qu'il s'en aille tout de suite ! Le plus amusant restait à venir.
« Je les sens, tu sais ? lâcha Vanitas avant qu'il ne s'éloigne trop. Tes ténèbres. »
Gagné. Le jeune homme se figea sur place, risqua un regard incertain en arrière.
« Qui t'as parlé de ça ?
-Oh, personne… Mais je vois bien qu'elles essaient de s'échapper. Elles commencent à y arriver, d'ailleurs. »
L'argenté se tourna vers lui, piqué au vif.
« Ce n'est pas vrai. J'ai renoncé aux Ténèbres.
-Elles sont encore là, pourtant… murmura le brun en s'approchant, un mince sourire ancré sur les lèvres. Et pas en petite quantité, comme chez tes amis.
-Mon cœur n'est pas faible ! »
Alors pour lui, laisser l'obscurité faire surface était un signe de faiblesse ? Intéressant… Vexant, aussi, un peu, mais il ne s'en formalisa pas davantage. C'était juste trop drôle, de voir l'autre nier ainsi !
« Je n'ai pas dit ça, clarifia Vanitas. Seulement, tu refuses d'accepter ta vraie nature. Les Ténèbres sont là, et alors ? C'est si grave ? »
Il avança encore d'un pas. La jambe de Riku esquissa un moment pour reculer, mais il se retint, conscient que ce serait un signe d'infériorité aux yeux de l'autre. Il avait sa fierté malgré tout.
« Je ne suis pas comme toi, rétorqua-t-il sèchement.
-Bien sûr que non, fit le brun en le dépassant, prenant le chemin qui menait au quartier général du Comité. Personne n'est comme moi. »
Il s'éloigna, satisfait, laissant Riku seul avec ses doutes.
