8. Entendre

Ah, voilà, il venait de mettre le doigt dessus. Comme ça, rien qu'en sortant de son lit. Il comprenait, à présent, pourquoi il ne supportait pas ce monde : il y régnait un trop plein de Lumière qu'il trouvait somme toute plutôt inconfortable.

Serait-ce la preuve –si preuve devait être faite- que deux natures trop opposées ne pouvaient cohabiter ? Si c'était le cas, il ne pouvait pas rester… Enfin, il verrait ça à son retour. Aujourd'hui, il partait à l'aventure.

Le grand départ, ne put-il s'empêcher de penser avec ironie. Ce ne sera sans doute pas une partie de plaisir… Et tout ça pour quoi, hein ? Ils ne sauveraient pas les mondes ainsi…

Sur ces joyeuses pensées, il sortit de la pièce et passa dans le couloir pour rejoindre la salle à manger.

D'une porte entrouverte, il perçut ce qui lui semblait être une dispute et reconnut les voix de Sora et Riku. Ralentissant l'allure, il s'arrêta tout à fait avant de passer devant la chambre, intrigué, en tentant de rester hors de vue.

« Je ne comprends pas… disait le châtain. Tu ne veux pas passer Maître ? Viens avec moi ! Kairi se débrouillera avec Vanitas ! »

Il y eut un silence, puis l'autre garçon commença plus doucement.

« Ce n'est pas qu'une question de ça… Je ne peux pas, c'est tout. Je n'y arriverais pas, Sora.

-Mais pourquoi ? s'exclama celui-ci. Juste, pourquoi ? Je ne vois pas ce qui…

-Je n'ai pas envie de finir comme Terra ! le coupa Riku. Voilà pourquoi. »

Vanitas fronça les sourcils. Ah, oui, ils connaissaient tous l'histoire… Terra avait échoué à cause des ténèbres en lui –qui, grâce à Xehanort, s'étaient réveillées pile au mauvais moment- et avait presque inconsciemment continué de suivre cette voie, se prenant dans un engrenage sans fin, anéantissant son vieux maître Eraqus et finissant par se piéger lui-même. Il s'en souvenait comme si c'était hier. Ça avait été si facile de le faire sombrer…

« Mais quel rapport ça a avec toi ? Tu te cherches des excuses !

-Il a succombé à ses Ténèbres, Sora ! Et j'ai peur de… »

Visiblement, le plus jeune ne comprit pas, puisqu'il protesta à nouveau :

« Mais tu es au-delà de tout ça, maintenant ! C'est fini, non ?

-Je le croyais aussi, expliqua l'argenté. Mais elles sont toujours là, et elles se battent pour refaire surface. Elles y arriveront peut-être. »

Ah, c'était donc ça ! Vanitas repense à la veille, lorsqu'il avait nargué l'argenté à ce sujet. Alors, ça le perturbait tant que ça ? Et dire que, 24 heures auparavant, il affirmait ne plus s'en soucier ! Quel menteur…

« Riku ! protesta Sora, encore avec cet accent d'agacement dans la voix comme s'il avait affaire à un enfant qui s'obstinait dans sa bêtise. On en a déjà parlé, pourtant ! Tu n'as plus à t'en faire pour ça. On est là pour t'aider ! Et puis, si tu y mets toute ta volonté, elles ne…

-Mais arrête, un peu ! »

A en juger par le ton de sa voix, il était à bout. Ce ne devait pas être la première fois qu'ils avaient cette discussion. Ce coup-ci, Sora ne protesta pas.

« Tu ne comprends pas, poursuivit Riku. Tu ne sais pas ce que ça fait. On ne peut pas tout régler par de belles paroles. »

Le ton s'était fait plus paisible sur la fin. A nouveau, un silence tendu. Vanitas attendit.

« On n'y arrivera plus, hein ? chuchota Sora au bout d'un moment, la voix lourde. A s'entendre, je veux dire. Depuis le départ de Kairi, on n'est plus d'accord sur rien.

-Pas comme ça, effectivement... »

Il y eut comme un bruit de sanglot, dont Vanitas ne sut identifier le propriétaire. Là, il ne comprenait pas trop. Qu'est-ce qui les mettait dans un état pareil, au juste ? Apparemment, il se passait quelque chose entre eux, mais quoi ?

« C… C'est fini, alors ? » balbutia Sora.

Un soupir. Riku.

« Je suis fatigué de cette situation et je pense que toi aussi… J'ai raison ?

-Un peu, oui, avoua le châtain. Je… Des fois, je me dis que c'était mieux avant qu'on…

-Avant qu'on sorte ensemble », acheva l'argenté.

Quoi, eux aussi, alors ? Hm, ça expliquait beaucoup de choses…

« Voilà, fit l'autre. Je… Je suis désolé.

-Ce n'est pas grave. Il vaut mieux qu'on s'arrête là avant de vraiment tout gâcher… Tu vois ce que je veux dire ?

-Je crois, oui. »

S'en suivit une courte pause gênée. Décidément…

« On aura eu de bons moments, fit Riku.

-Ouais… Quoiqu'il arrive, j'veux que tu saches… Tu seras toujours mon meilleur ami.

-Toi aussi, approuva l'argenté, ça ne changera pas. Et on aurait dû s'en tenir là.

-Je suis d'accord. »

Vanitas entendit des bruits de pas et se risqua à jeter un œil par la porte entrouverte. Les deux garçons s'étaient rapprochés et Riku déposa un baiser papillon sur les lèvres de son ami avant de se diriger vers la sortie.

Le brun s'écarta avant qu'il n'ait eu le temps de le voir, mais ne chercha pas à se cacher pour autant. L'autre ne l'aperçut qu'une fois la porte refermée et lui jeta un regard noir.

« Tu écoutes aux portes, maintenant ? » lâcha-t-il d'un ton froid, mais pas surpris pour autant.

Vanitas ne répondit pas à sa question.

« Toi et Sora, hein ? sourit-il. Pourquoi ça ne m'étonne pas ?

-Plus maintenant. Et ça ne te regarde pas, de toute manière.

-Eh bien, quelle froideur, Riku ! Tes parents ne t'ont jamais appris la politesse ?

-Je te retourne la question.

-Je n'en ai pas, de parents. Et tout ce que m'apprenait Xehanort, c'était dans le but de devenir un... combattant accompli.

-Un monstre, tu veux dire », répliqua l'argenté.

Avant qu'il ne puisse réagir, il se retrouva plaqué contre le mur, une main sur sa gorge. Il dévisagea le brun d'un air surpris et méfiant.

« Ne redis jamais ça, siffla Vanitas, son visage à quelques centimètres du sien. C'est peut-être vrai, je n'en sais rien, mais tu n'as pas le droit de me juger. »

Non, il ne laisserait personne le regarder de haut à cause de ses actes. Un monstre, oui, et alors ? Il ne l'avait pas choisi !

« Et puis… poursuivit-il tandis qu'un sourire malsain s'étirait sur ses lèvres. Tu es mal placé pour parler, toi qui renies ta vraie nature avec tant d'ardeur… »

Pour toute réponse, Riku le repoussa violemment.

« Je t'ai déjà dit que je n'étais pas comme toi ! protesta-t-il.

-Ah, vraiment ? J'ai entendu ce que tu as dit à Sora, tu sais, hm ? Soit certain que les ténèbres t'auront tôt ou tard. Si tu ne les acceptes pas, elles te détruiront. »

L'argenté s'apprêta à rétorquer quelque chose lorsque la porte de la chambre s'ouvrit de nouveau. Sora les regarda à tour de rôle, confus.

« Qu'est-ce qu'il se passe, ici ? » demanda-t-il doucement.

Vanitas ricana.

« Rien du tout, on discutait… de choses et d'autres. »

A en juger par son expression, Sora ne le croyait pas. Bah, peu importait. Après un dernier regard amusé à Riku, il poursuivit son chemin d'un pas léger.

La journée commençait bien.


L'après-midi, tous s'étaient réunis sur la place de la ville. Aucun vaisseau Gummi ne se posa sur celle-ci, cette fois. Là où ils allaient, ils ne pouvaient s'y rendre que par une seule voie…

Pendant que Riku et Kairi faisaient leur au revoir à leurs amis, Vanitas restait en retrait. Sora ne vint pas le voir. Visiblement, il ne lui pardonnait toujours pas ses paroles de la veille. Tant mieux, ça lui faisait des vacances, et pourtant le brun ne se sentait pas le moins du monde soulagé.

D'ailleurs, il commençait à se demander s'il n'y avait pas un sérieux problème avec son cœur –ou du moins, avec ses émotions- ces derniers temps. Il éprouvait des choses sur lesquelles il ne parvenait pas à mettre de noms. Parfois, la sensation lui était vaguement familière. Ventus devait avoir déjà éprouvé tout ça. Seulement, même en fouillant dans sa mémoire, il ne parvenait pas à se rappeler de ce dont il s'agissait…

Des bribes de voix non loin de lui attirèrent son attention. Riku et Léon discutaient à part. De là où il se trouvait, il ne parvenait pas à comprendre ce qu'ils disaient, mais l'argenté semblait soucieux. Léon finit par secouer la tête d'un air désolé et par poser une main sur son épaule.

Encore à part, mais plus près cette fois, se trouvaient Kairi et Naminé. La rousse remettait un objet à la blonde, qui la serra dans ses bras. En plissant les yeux, Vanitas reconnut l'Eclaireuse qui se trouvait dans la chambre de la Princesse, la dernière fois.

Tandis que Riku retournait vers les autres, Léon vint parler au brun.

« Veille sur eux, d'accord ? »

Vanitas le fixa sans comprendre.

« Tu sais mieux qu'eux ce qui se terrent dans l'obscurité, expliqua le guerrier. Et, à mon avis, ce ne sont pas les plus qualifiés pour t'accompagner. Kairi est une Princesse de Coeur, totalement étrangère aux ténèbres. Quant à Riku, il a encore peur de ce qu'il pourrait faire si son cœur y succombait à nouveau.

-Pourquoi les avoir laissés venir, alors ? questionna-t-il, perplexe.

-C'est leur choix, ce serait cruel de leur interdire. Je pense qu'ils ont tous les deux quelque chose à se prouver… C'est ton cas également, non ? »

Vanitas ne répondit pas. En effet, il avait quelque chose à prouver, mais pas à lui-même. Aux autres. Décidément, Léon savait se montrer perspicace, lorsqu'il daignait ouvrir la bouche !

« Bonne chance », conclut le plus âgé.

Le garçon hocha la tête.

Puis, ce fut le moment de partir. Ils se réunirent tous au centre de la place. Vanitas invoqua un couloir obscur, dans lequel Kairi s'apprêta à s'engager.

« Une minute, fit Riku. Ce genre de passage, c'est dangereux.

-On n'a pas trop le choix, répliqua Vanitas. A moins que tu ne préfères rester ici. »

Il y eu une exclamation étouffée de la part de Kairi, et tout le monde se tourna vers elle. La jeune fille baissa les yeux au sol, gênée.

« J'ai… oublié ! expliqua-t-elle. Je peux créer une porte de Lumière.

-Ce serait mieux, oui, sourit l'argenté pour l'encourager.

-Je ne sais pas si je vais y arriver… Je veux dire, je n'ai jamais essayé d'en ouvrir une…

-Et pourquoi tu n'y arriverais pas ? la rassura Naminé. Tu as ce pouvoir en toi, il faut juste que tu le retrouves. »

La rousse hocha la tête et tendit le bras devant elle, paume en avant. Au bout d'une demi-minute –trop longtemps au goût de Vanitas – un carré de lumière s'ouvrit dans l'air, puis s'élargit jusqu'à former une ouverture donnant sur leur destination. Un couloir de lumière, pour se rendre dans les ténèbres… Vanitas grimaça. C'était bon pour eux, mais lui doutait de pouvoir traverser un tel passage sans risques.

« Faites comme vous le sentez, fit-il en haussant les épaules, mais moi je ne vais pas là-dedans. On se retrouve une fois de l'autre côté.

-On ne risque pas de se perdre ? s'inquiéta Kairi.

-T'en fais pas pour ça, Princesse », répondit le brun avant de disparaître dans son propre passage.