Adrien s'éloigne de Nino d'un pas vif, ignorant l'exclamation de surprise qui échappe à son ami. Plus tard, il devra certainement lui parler de Ladybug, de Marinette, de ces invraisemblables minutes qui viennent de faire basculer son existence.
Mais pas maintenant.
Là, il n'a pas de temps à perdre. Chaque seconde est cruciale. Vitale, même.
Ne pas savoir si Marinette est Ladybug le ronge, le consume aussi sûrement que le plus violent des brasiers. Le rire de sa Lady a déclenché en lui un incendie qui le dévore avec une brutalité inouïe, et qui ne s'éteindra qu'avec des réponses. Qu'avec la certitude que Marinette est bien celle qui hante ses rêves, ses souvenirs, et son cœur.
Adrien traverse le salon, puis s'engouffre dans le couloir où il a vu ses deux amies disparaitre quelques instants auparavant. Il repère aussitôt Alya, adossée au mur qui fait face à la porte de son bureau.
Bureau dans lequel se trouve certainement Marinette.
Sa Lady.
Il en est sûr.
Adrien se sent comme dans un état second. Son pouls martèle ses tempes avec une violence phénoménale, résonne dans ses veines avec une telle intensité que son corps entier semble s'être transformé en un gigantesque instrument de percussion. Le jeune homme a l'impression de sentir son cœur battre jusque dans la paume de sa main, d'avoir ses veines qui pulsent presque à en rompre.
Désormais, c'est son corps entier qui s'affole. Sa poitrine le brûle, son souffle est trop rapide, ses jambes le portent à peine.
Mais peu importe.
Jamais Adrien ne s'est senti aussi fébrile, mais jamais il ne s'est senti aussi déterminé non plus.
Il a besoin de réponses.
Et il en a besoin maintenant.
Mâchoires serrées, Adrien prend une profonde inspiration et avance d'un pas, puis d'un autre. C'est à peine s'il note que Nino l'a suivi et qu'il marche désormais à peine un mètre derrière lui.
Son esprit tout entier est obnubilé par Ladybug. Par Marinette.
C'est elle.
C'est une certitude.
Alya tourne la tête vers lui en voyant Adrien approcher et laisse échapper une exclamation de surprise en croisant son regard fiévreux. Puis, notant tout à coup la direction vers laquelle se dirige son ami, elle s'avance d'un pas et se place devant la porte de son bureau.
Pieds fermement campés au sol, mains posées sur les hanches, elle fait barrage de tout son corps pour empêcher le jeune homme d'entrer.
- « Je dois voir Marinette », annonce résolument Adrien.
Il le faut.
C'est un besoin vital. Une urgence absolue.
- « Désolée, elle est occupée », réplique Alya, adoucissant sa réponse abrupte avec un petit sourire d'excuse. « Je ne peux pas te laisser entrer. Tu n'as qu'à- »
- « Elle est occupée à parler avec Chat Noir ? » la coupe aussitôt Adrien.
Alya se fige, comme si les quelques mots d'Adrien l'avaient transformée en statue de pierre. Elle fixe son ami sans réussir à prononcer ne serait-ce qu'un seul mot, tandis qu'une expression de stupeur incrédule se peint sur son visage.
- « Marinette est Ladybug, n'est-ce pas ? », poursuit le jeune homme sans une once d'hésitation.
C'est elle.
Il le sait, au plus profond de lui-même.
Ça ne peut être qu'elle.
Toujours incapable d'articuler la moindre parole, Alya pâlit légèrement. Son regard va d'Adrien à Nino, qui hoche la tête en signe d'encouragement, pour revenir ensuite vers Adrien. Puis, soudain, la jeune femme semble remarquer le téléphone que son ami tient serré dans son poing. Ce petit appareil, auquel il s'accroche avec tellement de force que les jointures de ses doigts en ont blanchi.
Les yeux d'Alya s'écarquillent et elle porte machinalement la main à la bouche pour étouffer un hoquet de stupéfaction. Livide, elle s'avance vers Adrien, le dévisageant comme si elle le voyait pour la première fois.
Comme si elle contemplait le fantôme d'un être disparu depuis de longues années déjà.
- « Tu… Tu es… », murmure-t-elle d'une voix blanche. « Non… C'est… »
Manifestement à court de mots, elle s'interrompt brutalement. Puis, toujours sans prononcer une seule parole, elle s'écarte, invitant Adrien à avancer. Le jeune homme la remercie d'un bref signe de la tête, passe devant elle et s'engouffre dans le bureau.
Adrien ouvre la porte, la referme derrière lui, et lève la tête.
Son regard se pose aussitôt sur Marinette. La jeune femme se tient debout dans un coin de la pièce, un sourire de joie incrédule flottant sur ses lèvres. Elle tient un téléphone serré contre elle et les doigts de sa main libre sont posés sur ses joues baignées de larmes, comme si elle était en train de les essuyer au moment où Adrien est entré dans la pièce.
Alertée par l'entrée tout sauf discrète du jeune homme, Marinette tourne les yeux vers la porte. Elle aperçoit son ami et sursaute violement, manquant de lâcher son précieux téléphone. Le cœur battant à tout rompre, elle pose instinctivement sa main sur sa poitrine.
- « Que… Quoi ? », balbutie-t-elle, stupéfaite. « A-Adrien ? »
Marinette se fige, comme un animal sauvage surpris par une lueur aveuglante. Son étonnement est tel que pendant un bref instant, son cerveau cesse de fonctionner.
Il y a une seconde à peine, elle était dans la peau de Ladybug, plongée en pleine conversation avec son coéquipier. Et maintenant, son premier amour débarque sans prévenir dans ce bureau pourtant sensé être gardé par Alya.
Les dernières minutes que vient de vivre Marinette ont été d'une intensité extraordinaire. Ses retrouvailles avec Chat Noir sont de véritables montagnes russes émotionnelles, qui l'ont laissée les nerfs à fleur de peau et le cœur à vif. Elle se sent vidée de toute énergie, et son esprit épuisé peine à présent à saisir ce qu'il se passe.
La jeune femme est trop fatiguée, trop fragile. Elle devrait parler, elle devrait réagir, mais ce retour forcé à son autre personnalité la prive de tous repères.
Elle reste paralysée, incapable de réfléchir.
Qu'est-ce qu'Adrien fait là ? Pourquoi Alya l'a-t-elle laissé entrer ainsi ?
Alors que le cerveau de Marinette lutte pour tenter de trouver une explication à cette situation absurde, pour essayer d'imaginer une échappatoire expliquant l'état de détresse dans lequel est plongé sa propriétaire, Adrien prononce un mot.
Un nom.
- « Ladybug ? »
Ces quelques syllabes, articulées d'une voix tendue, font à Marinette l'effet d'un électrochoc.
La jeune femme a l'impression de sentir une violente décharge électrique parcourir sa colonne vertébrale, rebondir contre chacun de ses os, paralyser le moindre de ses nerfs. Elle se tétanise sous le choc, tandis qu'une bouffée de panique au moins tout aussi brutale lui coupe le souffle.
- « Mais que... », bredouille-t-elle, incapable de construire la moindre phrase cohérente. « Mais co-comment… Comment tu as su que... »
La jeune femme s'interrompt brusquement.
La surprise est trop forte, l'affolement trop grand, et son esprit effrayé se bloque.
- « Ton rire », avoue Adrien un petit sourire contrit. « Il faudrait qu'Alya revoie l'isolation de son appartement », précise-t-il devant le regard interloqué que lui jette son amie. « Je t'ai entendu rire depuis le salon. »
Muette de stupeur, Marinette regarde Adrien s'avancer vers elle. Le visage de son ami est d'une pâleur de craie, et ses yeux d'un vert lumineux brillent d'un éclat presque maladif.
Quelque chose est en train de se passer, c'est évident, mais la jeune femme est trop désorientée pour réussir à réfléchir.
Elle n'arrive pas à penser.
Elle n'arrive pas à comprendre.
Adrien est à présent à quelques pas d'elle à peine, et ce n'est qu'à cet instant que Marinette remarque qu'il tient un téléphone serré entre ses doigts. Le jeune homme porte l'appareil à ses lèvres, et articule deux mots. Deux simples petits mots.
- « Ma Lady. »
Les paroles d'Adrien s'élèvent aussitôt depuis le téléphone de Marinette, résonnant distinctement dans le silence tendu qui règne dans le bureau.
« Ma Lady. »
La jeune femme a la sensation de recevoir un coup de poing dans l'estomac. Elle ouvre la bouche, hoquette, tente désespérément de reprendre son souffle alors que tout l'air semble avoir été aspiré de ses poumons.
Sous le choc, son esprit s'arrête. Se vide. Plus rien ne fonctionne, plus aucune pensée ne résiste au violent coup de tonnerre qui vient de s'abattre sur la jeune femme. Marinette reste paralysée de stupeur, fixant Adrien comme si elle venait de voir apparaitre un fantôme.
Puis, quelque part au fond de sa conscience, quelque chose se remet en marche. Se débat, hurle à travers les limbes de son esprit, exhortant la jeune femme à réagir.
A accepter l'évidence.
Marinette lutte de toutes ses forces contre cette torpeur qui la paralyse. Elle a l'impression que son cerveau est au bord de l'explosion, que la pièce tangue autour d'elle.
« Ma Lady. »
C'est impossible.
Elle doit se tromper, ça ne peut pas être si simple. Son esprit affolé lui joue sûrement des tours. C'est trop beau, trop inespéré pour être vrai.
Elle ne peut pas l'avoir déjà retrouvé.
Et pourtant…
- « Ch-Chat Noir ? », ose-t-elle à peine murmurer.
Adrien hoche la tête. Lentement, mais avec une conviction qui ne laisse pas la moindre place au doute. Et à cet instant précis, le cerveau de Marinette se remet brutalement en marche. Les pensées fusent sous son crâne, illuminant son esprit comme une nuée d'étincelles.
La jeune femme ressent tout à coup un instant d'étrange netteté.
Le temps semble suspendu, le monde extérieur s'efface, et l'univers de Marinette vole en éclat. Le moindre fait, le plus infime détail, tout explose, tourbillonne dans une folle danse, pour reformer ensuite un tout nouveau tableau. Chaque élément redessine peu à peu une autre réalité aux yeux de la jeune femme, comme un puzzle qui se constituerai devant elle.
Et soudain tout prend sens.
La fuite d'Adrien. La disparition de Chat Noir.
La violence de la réaction du jeune homme en apprenant l'identité du Papillon.
Horrifiée, Marinette porte la main à sa bouche.
Le Papillon.
Les larmes montent aussitôt aux yeux de Marinette, entrainées par le désarroi, la peine et la compassion qui gonflent soudain au creux sa poitrine. Son estomac se tord jusqu'à lui en donner la nausée, alors que la cruelle réalité s'insinue lentement en elle.
Le Papillon.
Le père d'Adrien.
Le père de Chat Noir.
- « Oh Chat… », laisse échapper Marinette d'une voix tremblante. « Adrien... Je suis désolée… Je suis tellement désolée. »
Devinant les pensées de sa coéquipière sans qu'elle n'ait besoin d'ajouter un mot de plus, le jeune homme secoue machinalement la tête.
- « Ce… Non, ce n'est pas… », proteste-t-il doucement. « Tu n'y es pour rien, ma Lady. Ce n'est pas ta faute si mon père est… S'il… »
Les paroles s'étranglent dans sa gorge, l'empêchant de poursuivre. En dépit des ans, la blessure est toujours aussi vive. Les mots sont lourds, trop lourds pour passer ses lèvres, et dégringolent comme une pierre au fond de son estomac.
Se grattant nerveusement la nuque, Adrien fait appel à toute sa volonté pour tenter de maitriser ses nerfs prêts à rompre.
Il ne veut pas craquer.
Pas maintenant.
- « C'est moi qui suit désolé », reprend-il enfin. « C'est moi qui… qui suit parti. Je n'aurai… Je n'aurai jamais dû… »
Sa voix se brise sur un sanglot, et il détourne brusquement le regard.
Les yeux résolument fixés sur le mur, Adrien passe une main tremblante sur son visage. Il ne devrait pas réagir aussi violement. Plus de trois années ont passé depuis qu'il a découvert la trahison de son père, et il n'est plus ce jeune homme à peine sorti de l'adolescence qu'il était alors. Celui qui a failli se briser de chagrin, celui qui s'est envolé de l'autre côté de l'Atlantique pour fuir sa douleur.
Il a avancé. Il a mûri. Parler de son père ne devrait plus le toucher à ce point.
Mais ce soir, les choses sont différentes.
Après des années d'errances, de doutes, de regrets si douloureux qu'ils ont failli broyer définitivement son cœur, Adrien a enfin retrouvé sa Lady. Elle est réapparue dans sa vie comme un miracle inespéré, bouleversant le jeune homme jusqu'au plus profond de son âme.
Adrien se doutait qu'il serait ému s'il la revoyait un jour.
Mais il n'avait pas imaginé l'ampleur de ce qu'il ressentirait.
Des remords atroces qui ont manqué de le consumer tout entier. De la peur, de l'espoir. Un soulagement euphorique. Une joie si forte qu'elle a illuminé son univers.
C'est une véritable tempête qui a déferlé sur lui, le laissant les nerfs à vif et exacerbant ses sentiments au point que la moindre émotion prend à présent une ampleur dévastatrice.
A la pensée de son père, Adrien a maintenant la sensation qu'une boule reste coincée au fond de la gorge, qu'une chappe de plomb pèse sur son estomac. Son corps tout entier est parcouru par de violents frissons et le jeune homme se devine plus proche que jamais du point de rupture.
Et soudain, il sent deux bras se glisser autour de sa taille.
Marinette le serre contre elle, de toute ses forces, ne laissant plus un seul espace libre entre leurs deux corps.
- « Ce n'est pas ta faute non plus, chaton », murmure-t-elle avec ferveur, tout en levant une main pour glisser ses doigts dans ses cheveux. « Ce n'est pas ta faute. »
Les larmes aux yeux, Adrien enfoui son visage dans le creux du cou de Marinette. Il passe à son tour ses mains autour d'elle, la presse contre son cœur.
- « J-Je… Je suis si heureux de t'avoir retrouvé », articule-t-il d'une voix étranglée. « Tu m'as manqué. Tu m'as tellement manqué. »
Il sent les lèvres de Marinette chercher sa joue, déposer des baisers aériens sur sa peau. Comme si elle cherchait à effacer toute trace de ses pleurs, comme elle tentait de se convaincre elle aussi que ce précieux moment n'était pas le plus fragile des rêves.
- « Tu m'as manqué aussi », chuchote-t-elle avec émotion, ne faisant manifestement pas confiance à sa propre voix pour tenter de parler plus fort.
- « Marinette… » soupire doucement Adrien. « Ma Lady. Ma Marinette. »
Le cœur du jeune homme chante dans sa poitrine, danse à chacune de ces syllabes qu'il articule avec délice.
Marinette.
Ma Lady.
Une seule et unique femme, qui fait vibrer son âme comme au premier jour.
- « Si… Si c'était à refaire », articule-t-il difficilement, ses lèvres caressant la peau de Marinette à chaque mot. « Jamais je ne t'abandonnerai comme ça. Je suis désolé. Si tu savais combien je suis désolé… »
- « Chat… », murmure la jeune femme. « Les circonstances étaient… Oh, Adrien, je n'imagine même pas ce que tu as dû vivre », laisse-t-elle échapper avec sanglot presque inaudible. « C'est moi qui suit désolée que… Que ton… »
Marinette s'interrompt un instant, puis laisse échapper un profond soupir.
- « Je suis désolée », reprend-elle d'une voix plus calme. « Je suis vraiment désolée de ce qu'il t'est arrivé. Et quand tu es parti, tu… Tu as fait ce qu'il te semblait le mieux pour toi, et personne n'a à te juger. Je ne saurai pas comment j'aurais réagi si j'avais à ta place. Mais je sais que ce n'est pas de ta faute si ton père... S'il… Adrien, ce n'est pas ta faute », conclut-elle en l'étreignant de plus belle. « Rien de tout ça n'est ta faute. »
Les paroles de Marinette bercent Adrien, se glissent doucement en lui pour réchauffer son cœur meurtri. La jeune femme continue de l'embrasser tendrement sur la joue, comme si elle devinait instinctivement que seule sa présence permettait à son coéquipier de ne pas s'effondrer sur lui-même.
- « Tu m'as manqué », chuchote une fois de plus Adrien. « Tu m'as tellement, tellement manqué… »
Il voudrait lui en dire plus. Lui expliquer à quel point il est étourdi de bonheur à la simple pensée de l'avoir retrouvée. Lui confier que sans elle, sa vie n'avait plus aucun sens.
Lui avouer qu'il l'aime.
Qu'il l'aime comme au premier jour, et plus encore.
C'est gravé dans son âme, chanté par chacun de ses battements de cœur.
Il l'aime, il l'aime, il l'aime.
Mais les mots sont trop faibles pour exprimer tout ce qu'il ressent.
Adrien prend une profonde inspiration et redresse légèrement la tête. Les mots sont trop faibles, alors il couvre à son tour le visage de Marinette de doux baisers, tentant de lui transmettre par ces tendres marques d'affection tout l'amour qu'il éprouve pour elle. Paupières closes, il s'enivre du parfum sucré qui se dégage d'elle, savoure la douceur de sa peau.
Il l'aime.
Il l'aime tellement que ça en lui coupe le souffle.
Il l'aime, et il a besoin d'elle.
Elle est son oxygène, sa raison de vivre.
Instinctivement, Adrien serre Marinette un peu plus fort contre lui. Peut-être est-ce de l'égoïsme, peut-être est-ce juste de l'instinct de survie, mais il refuse de s'éloigner d'elle. Il a vécu sans elle pendant de longues années et ça n'en vaut pas la peine. A présent qu'elle est là, qu'elle est enfin là, il veut en savourer chaque minute, chaque seconde.
Yeux fermés, il se laisse lentement envahir par un océan de sensations. La chaleur du corps de Marinette. Les battements de son cœur qui se confondent désormais avec les siens. Son souffle brûlant caressant sa peau. Ses doigts, fermement agrippés à ses épaules, comme si elle refusait elle aussi de le laisser partir.
Soudain, sans qu'il ne sache trop comment, Adrien réalise que ses lèvres ont glissé des joues de Marinette jusqu'à sa bouche, et qu'il est en train de l'embrasser. Durant une brève fraction de seconde, il se fige. Se demande avec horreur si dans l'euphorie du moment, il n'est pas allé trop loin.
Mais avant qu'il puisse s'écarter de Marinette, la jeune femme répond sans mot dire à tous les doutes qui ont pu traverser son esprit.
Elle enfonce ses doigts dans ses cheveux, incline la tête, lui rend son baiser avec une telle ferveur qu'il sent ses genoux se liquéfier sous lui.
Adrien ferme aussitôt les yeux, laissant le monde se dissoudre autour de lui.
Plus rien n'existe à part Marinette.
Elle est plus que sa raison de vivre. Elle est son univers tout entier.
Dans le coeur d'Adrien, des étoiles explosent, des galaxies s'embrasent. Le jeune homme se consume d'amour pour cette extraordinaire femme qui tient son existence entre ses mains. Alors qu'elle continue de l'embrasser avec ardeur, Marinette passe un bras autour de son cou, glisse une main le long de son visage. Ses doigts courent sur sa peau, laissant des empreintes brûlantes sur leur passage, faisant chanter son cœur de plus belle.
Comme animée d'une vie propre, l'une des mains d'Adrien se détache à son tour du dos de sa partenaire pour se poser délicatement contre sa mâchoire. Ses doigts se perdent dans la chevelure de Marinette, jouent machinalement avec les quelques mèches brunes qui caressent sa joue.
Il l'embrasse encore, et encore.
Les lèvres d'Adrien sont rivées à celles de Marinette, épousant langoureusement le moindre de leurs mouvements. Il l'embrasse avec une ardeur qui tient presque du désespoir, avec une intensité qui n'est qu'un pâle reflet de ce qu'il ressent pour elle.
Elle est le centre de son univers, l'oxygène qui lui avait tant manqué.
Adrien ne s'écarte pour laisser échapper des « Marinette » éperdus, murmurant son nom comme une prière. Comme un vœu miraculeusement exaucé.
Entre leurs lèvres, leurs souffles s'entremêlent, s'échappent pour caresser leurs peaux brûlantes. Le cœur battant à tout rompre, Adrien baisse le regard sur le visage de Marinette et se laisse happer par ses immenses yeux aux couleur d'un ciel d'été.
La peau d'Adrien brûle. Son pouls bat bien trop vite, sa respiration est bien trop courte.
Il se sent étourdi. Il se sent à bout de souffle.
Et il se sent vivant.
Merveilleusement vivant.
Enfin.
- « Je t'aime », lui chuchote Marinette entre deux farouches baisers. « Je t'aime, je t'aime, je t'aime. »
Ces mots qu'elle a tant voulu lui dire cascadent de ses lèvres en un flot ininterrompu, sans qu'elle ne puisse les retenir.
Non pas qu'elle le veuille, de toute façon. Elle voudrait le chanter, le déclamer, le hurler jusqu'à en perdre la voix.
Elle l'aime.
De tout son cœur, de toute son âme.
Et elle peut le lui avouer, enfin.
Adrien laisse échapper un hoquet de surprise, qu'elle étouffe aussitôt de ses lèvres. Elle l'aime, et ses baisers l'enivrent. Lui font perdre la tête, la raison, et lui donnent l'impression d'être si légère qu'elle ne retouchera probablement plus jamais terre.
- « Je t'aime », murmure-t-elle de nouveau, avant de l'embrasser de plus belle.
Elle glisse ses doigts dans ses cheveux d'or, se dresse sur la pointe des pieds, presse son corps de toutes ses forces contre le sien. Son pouls résonne dans ses tempes, battant au rythme des mots qui dansent dans son esprit.
Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime.
- « Je t'aime », répond Adrien d'une voix rauque, faisant sans le vouloir écho aux pensées de Marinette.
Cette fois, c'est à la jeune femme de pousser une exclamation de surprise. Ses immenses yeux bleus s'écarquillent, ses joues déjà rougie par l'ardeur de leur étreinte s'empourprent de plus belle. Une vague de chaleur croît brusquement au creux de sa poitrine, avant de déferler tout aussi rapidement sur elle.
Son corps tout entier s'embrase, pulse, vit.
Elle ouvre la bouche pour répondre, quand...
- « AH BEN C'EST PAS TROP TÔT ! »
Les deux jeunes gens sursautent violemment. Sans se lâcher ne serait-ce qu'une fraction de seconde, ils tournent vivement la tête vers l'entrée du bureau.
Le visage rougi par l'alcool, Alix se tient à quelques pas de l'encadrement de la porte, un sourire goguenard aux lèvres. Derrière elle, ils peuvent apercevoir Kim, hilare, énergiquement retenu par Nino et Alya.
- « ALIX ! », hurle Chloé en s'engouffrant à son tour dans la pièce.
Elle attrape fermement la jeune femme par le bras et l'entraine vers l'extérieur, sous le regard médusé de Marinette et Adrien.
- « Je sais que tu peux être pénible quand tu veux », fulmine Chloé à l'attention de l'intruse, qu'elle pousse sans ménagement dans le couloir, « mais ne te sens pas obligée de nous faire une démonstration. Et vous ! », poursuit-elle en tendant un doigt accusateur en direction de ses deux amis. « Vous avez intérêt à continuer ce que vous étiez en train de faire ! »
Sans ajouter un mot de plus, elle sort de la pièce et referme la porte avec violence.
Abasourdis, Adrien et Marinette restent un instant immobiles. Puis, sortant de sa torpeur, Adrien tourne lentement la tête vers sa partenaire. Les joues de la jeune femme sont à présent d'une couleur écarlate qui rappelle celui de son ancien masque, leurs baisers passionnés ont rougi ses lèvres, et quelques larmes perlent encore sur ses longs cils.
Avec une infinie délicatesse, Adrien pose une main le long du visage de la jeune femme. Il passe doucement le pouce sur la peau de sa joue, effaçant les sillons humides qui s'y dessinent encore.
Marinette le laisse faire sans mot dire, quand, soudain, les commissures de ses lèvres s'incurvent vers le haut. Péniblement, d'abord, comme si elle retenait un sourire. Puis de plus en plus franchement, à mesure que sa résistance s'affaiblit. Ses épaules s'agitent de légers soubresauts, et un gloussement incontrôlable s'échappe de sa bouche.
Lorsqu'elle lève le regard vers Adrien, ses yeux pétillent d'une joie difficilement contenue.
Puis, brusquement, elle éclate de rire.
Un rire franc, clair, dont le son fait bondir joyeusement le cœur d'Adrien.
Un rire contagieux, qui s'empare du jeune homme en une fraction de seconde à peine.
Durant de longues minutes, Marinette et Adrien restent en proie à une crise de fou-rire aussi foudroyante qu'incontrôlable. Toujours dans les bras l'un de l'autre, ils s'esclaffent, hoquettent, peinent à reprendre leur souffle.
Puis, au bout d'un moment, les deux jeunes gens retrouvent enfin leur calme.
Marinette essuie quelques larmes qui perlent encore au coin de ses yeux et Adrien pose dramatiquement une main sur son torse alors qu'il prend de profondes inspirations. La tension qui régnait dans la pièce encore quelques instants plus tôt s'est dissipée, emportée par cette manifestation de joie bienvenue.
Pour la première fois depuis bien longtemps, tous deux se sentent merveilleusement légers, comme si un poids immense avait été retiré de leur poitrine.
Pour la première fois depuis bien longtemps, ils respirent enfin.
Bras toujours passé autour de la taille de Marinette, Adrien baisse le visage vers la jeune femme. Son regard d'un vert électrique plongeant dans les yeux azurs de sa compagne, tandis qu'un sourire timide se dessine sur ses lèvres.
Le bref instant de sérénité dans lequel baignait Adrien s'estompe doucement, à mesure que le jeune homme se sent gagné par une nervosité nouvelle. Une rougeur cuisante se répand sur ses joues et son cœur se remet à battre à tout rompre, fort, fort, si fort qu'il a l'impression de l'entendre résonner dans toute la pièce
Adrien laisse échapper une quinte de toux nerveuse, se passe fébrilement les doigts dans les cheveux, puis ouvre enfin la bouche.
- « Et sinon, qu'est-ce que tu penses de la suggestion de Chloé ? », commence-t-il d'une voix tendue.
Alors que Marinette hausse un sourcil intrigué, le jeune homme poursuit.
- « J-Je veux dire… Est-ce que… Est-ce que tu serais d'accord ? Pour qu'on continue comme ça ? », précise-t-il en les désignant l'un et l'autre d'un geste de la main. « Enfin, pas que comme ça », rectifie-t-il en rougissant, « Pas que des baisers. Mais… Pour… Pour qu'on soit ensemble, tous les deux ? »
Les yeux de la jeune femme s'écarquillent, tandis qu'un « o » de surprise muet s'esquisse sur ses lèvres. Puis, lentement, un sourire se dessine à son tour sur son visage.
Un sourire éblouissant, vibrant d'un amour inconditionnel.
Marinette se dresse sur la pointe des pieds, glisse ses bras autour du cou d'Adrien, l'embrasse avec tant de tendresse que le jeune homme a l'impression de fondre de bonheur.
- « Oui », murmure-t-elle avec ferveur, ses lèvres frôlant celles d'Adrien comme une caresse. « Oui, je veux qu'on soit ensemble. Je ne veux plus te quitter. Je t'aime, mon chaton. »
Il faut quelques secondes à Adrien pour assimiler la réponse de Marinette. Les mots de la jeune femme se glissent lentement dans son cœur, dans son âme. Ils illuminent tout sur leur passage, chassent les quelques ombres qui s'attardaient encore pour ne laisser qu'espoir et joie incrédule.
Sans les bras de Marinette fermement passés autour de lui, sans la chaleur de son corps et le goût salé de ses baisers qu'il sent encore sur ses lèvres, Adrien aurait pu se croire prisonnier du plus merveilleux des rêves.
Un sourire de bonheur absolu sur le visage, il se penche vers Marinette pour l'embrasser tendrement.
- « Je ne te quitterai plus jamais non plus, ma Lady », promet-il d'une voix tremblante d'émotion. « Je t'aime. »
Il se tait un instant, savourant cet instant de joie inespéré.
- « Je t'aime, ma Lady », répète-t-il avec délice, avant de déposer un nouveau baiser sur les lèvres de Marinette.
Je t'aime.
Et je ne te quitterai plus.
Note :
Voilà, c'est la fin de cette histoire ! :) Elle a été un peu plus longue que prévu, mais ça faisait vraiment longtemps que je voulais l'écrire donc tant pis, ça valait le coup de m'étaler sur quelques chapitres de plus :) .
J'espère qu'elle vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. Comme d'habitude, vos commentaires sont les bienvenus ^^ .
Merci encore de m'avoir lue !
