13. Argumenter

Les deux jeunes filles étaient assises sur un banc à attendre leur retour. Elles se levèrent et vinrent à leur rencontre une fois qu'elles les aperçurent. Naminé tenta un sourire en direction du groupe mais Kairi semblait soucieuse.

« Que vous a dit Yen Sid ? demanda Riku, visiblement inquiet de l'état de son amie.

-Pas une bonne nouvelle, répondit Naminé. Il ne sait pas où se trouve Sora.

-Comment ça ? Il l'a envoyé dans le monde des rêves, non ? »

La jeune fille ramena une mèche de cheveux derrière son oreille en un geste nerveux.

« Oui… Mais il n'arrive plus à le localiser pour le moment. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'y parvienne, mais il a peur que… que Xehanort ait profité de ce moment pour lui faire du mal d'une quelconque manière. »

Un bref silence s'ensuivit. Vanitas et Néo s'entreregardèrent, perplexes. Vanitas ne voyait pas pourquoi ils affichaient une mine de deuil comme ça ! D'accord, c'était problématique, mais quand même, le châtain restait un Elu de la Keyblade !

« Je pense que Sora est suffisamment entraîné pour gérer ça, non ? Il sait se défendre, de ce que j'en ai vu. »

Kairi hocha faiblement la tête.

« C'est vrai… Mais Xehanort doit certainement avoir plus d'un tour dans son sac. Si jamais il l'a eu par surprise, Sora n'aura pas pu se défendre… »

Riku s'avança vers la jeune fille et la prit par les épaules en un geste réconfortant, un sourire rassurant aux lèvres.

« Dès que Yen Sid l'aura localisé, on partira à sa recherche. D'accord ? S'il est en danger, on le sauvera. »

La rousse lui renvoya son sourire, un peu plus confiante. Vanitas, lui, observa l'échange avec curiosité. Tiens, c'était une facette de l'argenté qu'il ne connaissait pas. D'un autre côté, vu qu'il se montrait toujours froid en sa présence, c'était normal. Il devait sans doute être plus chaleureux avec ses amis.

« Et pour l'entrechemin ? questionna Néo. Que vous a-t-il dit ?

-On devrait retourner dans les Ténèbres pour vérifier, répondit la blonde. C'est encore flou. On devrait y faire un plus long séjour, cette fois-ci… Avec un guide, bien sûr. »

Le brun soupira. Ça ne l'enchantait pas, mais au moins ça l'occuperait…

« Je dois encore vous accompagner, hein ? »

Les deux filles échangèrent un regard, avant que Kairi ne prenne la parole.

« En fait… Il y aura sans aucun doute des Sans-Cœur sur notre route, et on n'aura pas le temps de se préoccuper d'eux. Alors, on a pensé que Néo devrait venir avec nous, plutôt, puisqu'il peut les faire fuir… »

Vanitas la dévisagea sans comprendre, puis se tourna vers l'intéressé, qui semblait satisfait. Une bouffée de contrariété envahi alors le brun. Pourquoi ce gosse et pas lui ? Il connaissait mieux les Ténèbres que lui, enfin ! Il y était ! Et comment avait-il obtenu un tel pouvoir, au juste ?

« Tss… Très bien, capitula-t-il. Comme vous voudrez. »

Sans doute aussi qu'ils faisaient plus confiance à Néo qu'à lui. Pourquoi ? Ils utilisaient tous deux le pouvoir des Ténèbres, et pourtant il avait l'impression que le clone avait beaucoup moins de mal que lui à trouver ses repères. Quelle logique y avait-il à tout cela ?

« Eh bien, puisque c'est réglé, on ira en informer Léon avant le départ, conclut Naminé. Autant ne pas perdre de temps.

-Je pense qu'il travaille sur les plans de la ville, chez Merlin, l'informa Riku.

-Il y songe encore, avec tout ce qui arrive ? » s'étonna Vanitas.

Si Léon continuait à vouloir rénover la ville alors que Xehanort menaçait de refaire surface, il devait sérieusement revoir ses priorités…

« Pour l'instant, il n'y a pas grand-chose à faire mis à part attendre, lui fit remarquer Riku. Il peut bien se le permettre. Et puis, le Jardin Radieux a vraiment besoin de ces nouvelles habitations. Cela fait trois ans que ce monde est sorti de l'obscurité et il n'est toujours pas entièrement reconstruit. »

Le brun hocha la tête. Pas grand-chose à faire ? S'ils attendaient les ordres de Yen Sid, évidemment ! Selon Vanitas, il faudrait qu'ils se hâtent de chercher Terra et le corps de Ventus – pour Aqua, ils avaient déjà la piste de l'Eclaireuse – pour pouvoir les sauver. On avait besoin de toutes les forces disponibles sur le champ, et personne ne semblait pressé de faire quelque chose. Il devrait en parler à Léon, tiens.

« Je vais vous accompagner, fit-il aux deux filles. J'ai quelque chose à lui dire, moi aussi.

-Quoi donc ? demanda Néo.

-Ca ne te regarde pas. Il faut que je lui parle, c'est tout. »

Le groupe – sauf Riku qui s'éclipsa entre temps, n'ayant aucune raison d'aller voir le guerrier – se dirigea vers la maison de Merlin. Léon s'y trouvait effectivement, assisté de Cid et d'Aerith, penchés sur des croquis incompréhensibles.

Kairi leur détaillé brièvement la situation pour les informer de l'avancée de leurs recherches et de la disparition mystérieuse de Sora, qui creusa quelques inquiétudes sur les visages.

« Yen Sid finira par le retrouver, dit tout de même Aerith malgré son air soucieux. C'est certain. »

Une fois ceci fini, Kairi, Naminé et Néo se retirèrent. Vanitas s'avança à son tour.

« J'ai à te parler, Léon. C'est à propos de tout ça. »

Le guerrier à la Gunblade le dévisagea un instant, hésitant, mais le ton sérieux du brun finit par le décider. Il soupira et le suivit à l'extérieur, où il croisa les bras, attendant.

« Je t'écoute, fit-il.

-C'est n'importe quoi, annonça Vanitas sans transition. La guerre est à nos portes, et vous faîtes des plans de constructions ! Je ne comprends pas. »

Enfin, personne n'était capable de réagir rationnellement, dans cette ville ?

Léon fronça les sourcils et secoua la tête.

« Ce n'est pas aussi simple que cela. Les travaux durent depuis des années et les habitants n'en peuvent plus d'attendre. De plus, il nous faut attendre les directives de Yen Sid et du Roi. »

Pour le coup, le brun laissa échapper un rire moqueur.

« Et pourquoi ça ? Vous n'êtes pas capables de prendre des initiatives par vous-même, ici ?

-Il n'y a rien à faire pour le moment. Tant qu'on ne sait ni où se terre Xehanort, ni ce qu'on peut faire pour empêcher la fusion des mondes…

-Si, justement. On peut toujours chercher. Et il y a autre chose. Ventus et Terra, tu te souviens ? Mickey a dit que l'un de nos objectifs serait de les libérer, et pourtant je n'ai pas l'impression que qui que ce soit se sente très concerné par ça…

-Je suis certain que le Roi est en train de les chercher, s'obstina Léon. Ne t'en fais pas, le moment viendra où on pourra passer à l'action.

-Je ne m'en fais pas, répliqua sèchement Vanitas. Mais nous perdons du temps alors que l'on pourrait avoir plusieurs coups d'avance sur l'ennemi. C'est complètement stupide. »

Léon soupira à nouveau, visiblement blasé. Et quoi, encore ? Il ne faisait qu'énoncer un fait logique !

« Ecoute… Je pense qu'ils savent ce qu'ils font. Je ne suis pas Maître de la Keyblade, donc je ne me permettrais pas de juger leurs décisions.

-Mais tu peux tout de même y réfléchir. »

Il savait que Léon n'était pas stupide. Il le constatait tous les jours depuis son arrivée ici. Mais là…

« Je sais ce que je fais, moi aussi. Ne crois pas que ce soit de la lâcheté ou quoi que ce soit, poursuivit le guerrier. Mais la ville doit être remise sur pied. En tant que membre du Comité j'en suis responsable et la rénovation a trop traîné. Et on ne peut pas agir sans pistes. Que voudrais-tu qu'on fasse ? Qu'on fouille les mondes au hasard en espérant mettre la main sur quelque chose ? Même en mobilisant tout le monde, ça nous prendrait des années. »

Vanitas serra les poings mais ne trouva rien à répondre, bien qu'il soit persuadé d'avoir raison. On ne l'écoutait jamais et toute cette inertie commençait à l'agacer profondément. Le ton de l'autre se radoucit lorsqu'il reprit la parole.

« Je vais voir Tron, pour qu'il sécurise le terrain où auront lieu les agrandissements de la ville.

-Pourquoi ? Les Sans-Cœurs sont de l'histoire ancienne. »

Léon eut un mince sourire, chose rare chez lui.

« A cause de Xehanort. S'il revient, il risque de s'en prendre au Jardin Radieux. On ne travaille pas qu'aux rénovations, mais aussi à la performance du système de sécurité. Tu veux venir ?

-Hm… D'accord. Ca aura le mérite de m'occuper un moment. »

Il lui emboîta le pas jusqu'au château d'Ansem (qu'il faudrait penser à renommer étant donné qu'Ansem avait disparu de la surface des mondes il y avait un an de cela maintenant).

« A propos, Vanitas ? l'interpella le plus vieux à mi-chemin.

-Hm ?

-Tu t'en sors ? Je veux dire, ça se passe bien avec les autres ? »

Le garçon haussa un sourcil. Ca ne ressemblait pas au Léon qu'il connaissait de parler autant. D'un autre côté, il ne le côtoyait pas depuis longtemps, mais il avait crû deviner que le guerrier était une personne froide et peu bavarde.

« Pourquoi veux-tu le savoir ? » répliqua-t-il.

Léon lui jeta une œillade indifférente.

« Je m'inquiète pour toi, c'est tout. J'ai cru voir que tu ne t'entendais pas très bien avec Riku. »

Il ne put s'empêcher de pouffer. Ça, c'était le moins qu'on puisse dire !

« Tu t'inquiètes, vraiment ?

-Oui, vraiment. »

Sur ce coup, Vanitas était sceptique. Et aussi autre chose, qu'il n'arrivait pas bien à identifier mais qui le gênait fortement. Quoique, pas tant que ça, mais il ne comprenait pas bien et ça, ça le dérangeait.

Ça s'appelle être touché.

Il fut tellement surpris qu'il faillit trébucher sur un pavé et s'arrêta tout net. Il avait cru entendre une voix qu'il connaissait bien, mais… ce n'était pas possible. Il jeta un coup d'œil à Léon, qui continuait de marcher devant. Il ne devait pas l'avoir entendu.

Ventus ?

Pas de réponse. Non, il devait avoir rêvé. Non seulement son double lumineux s'était rendormi, mais en plus il se trouvait dans le cœur de Sora en ce moment même !

Il s'administra une gifle mentale avant de rattraper l'autre jeune homme.

Ils finirent par arriver au château, empruntèrent le chemin qui menait à la salle de réunion –anciennement, le bureau d'Ansem le Sage – puis passèrent par une porte que Vanitas n'avait jamais empruntée auparavant. Le décor changea du tout au tout, évoquant davantage un laboratoire qu'un lieu de vie. Un escalier les mena à une porte qui… s'ouvrit avant que Léon ait pu en tourner la poignée. Le guerrier se figea de surprise.

Vanitas mit un temps à détailler l'inconnu – qui n'était certainement pas du Jardin Radieux. Il portait le manteau de l'Organisation sur une silhouette mince à faire peur. Des yeux vert acide illuminaient un visage encadré de cheveux rouges coiffés en arrière. En les voyant, il se stoppa net, avant qu'un sourire étrange n'étire ses lèvres.

« Yo ! Tiens donc, Squall, en voilà une bonne surprise ! »

Visiblement, il s'adressait à Léon qui, une fois la surprise passée, hocha la tête, imperturbable.

« Ravi de te revoir aussi… Lea. »