16. Suivre
Cheshire l'attendait, posté sur un arbre juste en face de lui, comme s'il savait qu'il allait venir et où il allait apparaître exactement. Vanitas soupira. Il avait décidé de ne plus se poser de questions sur ce félin et de juste prendre pour acquis le fait qu'il savait à peu près tout sur tout. Ce qui, sans doute, était impossible, mais c'était l'effet qu'il lui faisait. Il semblait presque irréel.
« Tu doutes encore ? lui adressa Cheshire en guise de salut. C'est à quel propos, cette fois ? Oh, tu t'es retrouvé ? Ou bien te cherches-tu encore ? Fais attention à ne pas perdre la tête !
-Oh, arrête, tu me fais mal au crâne. Et je suis certain que tu sais ce que je fais ici. »
Le sourire du Chat s'agrandit.
« Ma connaissance de ta vie n'est pas universelle, tu sais ? gloussa-t-il.
-Contrairement à ce qu'on pourrait croire… répondit Vanitas avec mauvaise humeur.
-Je ne vois absolument pas ce que tu veux dire. »
Son expression donnait pourtant l'impression du contraire.
« Les apprentis d'Ansem sont revenus à la vie et me proposent de les accompagner pour découvrir ce qu'il se passe avec les mondes. Mais tu le sais déjà.
-Je ne vois pas ce qui te fais penser cela, voyons… Mais qu'importe ce que je sais ou non ? Ah ! C'est ce que toi tu ne sais pas qui importe ! »
Finalement, il se demandait s'il avait bien fait de venir…
« Si tu ne veux pas m'aider à me décider, je m'en vais, déclara-t-il en tournant les talons.
-Ce n'est pas à moi de t'aider, mais à toi seul ! lui lança Cheshire avec bonne humeur. Déjà, tu devrais t'avouer que toutes ces élucubrations t'intéressent. En particulier celles qui te concernent. »
Le garçon se stoppa dans sa marche. Et voilà, il avait encore vu juste.
« Donc, je devrais accepter, selon toi ?
-Non. Mais ce que tu dois faire a beaucoup moins d'impact que ce que tu vas faire. Tu n'en a pas assez de cette staticité exaspérante et exubérante ? »
Il parlait sans doute du fait que les choix de Léon et des autres l'agaçaient. Attendre, encore et toujours…
« Pauvre enfant. Il proteste mais personne ne l'écoute. Heureusement pour eux qu'il ne décide pas de les abandonner… Ou va-t-il le faire, finalement ? »
Vanitas hocha la tête. Finalement, sans doute allait-il suivre Ienzo et les autres. Pour voir ce qu'il adviendrait. Rien ne changerait s'il restait bloqué dans le même petit monde trop lumineux qui le brûlait. Il s'ennuyait. Et puis…
« Si je reste trop longtemps au même endroit, Xehanort risque de me retrouver », fit-il observer à Cheshire.
Celui-ci disparu pour réapparaître sur une branche plus basse, à hauteur d'yeux de Vanitas.
« Sans doute. S'il te cherche.
-Ce qui est le cas ?
-Seulement si tu veux que ça le soit. »
Le brun soupira. Mais il avait eu raison, finalement, de se rendre au Pays des Merveilles. Les paroles de Cheshire étaient floues, mais ça lui permettait de réfléchir à ce qu'il souhaitait vraiment.
Et il voulait partir. Voir ce qu'il y avait au-delà de cette ville morne et de ses habitants auquel il avait fini par s'habituer malgré lui.
« Je suppose que je dois te remercier quand même…
-Je n'ai rien fait du tout, sourit Cheshire. Je ne fais qu'énoncer ce que tu as oublié de te rappeler.
-Bien sûr. »
Sans plus de cérémonie, il invoqua un couloir obscur pour réapparaître à l'endroit exact où il avait quitté le Jardin Radieux. Entre temps, la nuit était tombée. Il leva le nez vers les étoiles – autant de mondes proches et lointain à la fois, hein ? – pensif. Oui, il irait communiquer sa décision à Ienzo le lendemain. Etrangement, il ne s'en sentait pas pleinement satisfait. Il s'agissait pourtant de la meilleure chose à faire. En pensant à son intérêt dans l'affaire, bien entendu. Car, au fond, que lui avaient apportés Riku, Léon, Kairi et tous les autres, à part de la contrariété ?
Un foyer, fit Ventus.
Le garçon eut un reniflement de dédain. Ils lui avaient juste permis de rester auprès d'eux, voilà tout. Ils ne lui fournissaient pas de réponses à ses questions, pas de but, rien.
Le lendemain, il ne doutait presque plus de sa décision. Il était à peu près persuadé que ce serait mieux pour lui. Et puis, pensa-t-il avec un sourire ironique, les autres n'auraient plus à souffrir sa présence. Ienzo et les autres, au moins, avaient besoin de lui. Il n'aurait pas l'impression d'être de trop. Quoique, cela restait encore à voir…
Au pire, il pourrait toujours revenir ici, non ? Si sa collaboration avec les apprentis tournait mal, il avait toujours le Jardin Radieux comme plan de secours. Il inventerait une histoire pour revenir, au pire des cas. Ce ne serait pas bien compliqué, vu la vitesse à laquelle ils l'avaient accueilli la première fois…
Il ne parla pas à Ienzo ni aux autres de toute la matinée, restant plutôt avec Kairi, Riku, Naminé et Néo.
« C'est étrange que Lea ne soit pas revenu, fit d'ailleurs observer ce dernier.
-Yen Sid l'a sans doute retenu plus longtemps que prévu, avança Naminé.
-Oui, mais pourquoi ?
-J'avoue que c'est étrange… Et on n'a toujours pas de nouvelles de Sora. »
Vanitas secoua la tête en soupirant.
« Et pourquoi est-ce qu'on n'irait pas voir par nous-même ? Je veux dire, l'un d'entre vous, puisque ça vous inquiète tant.
-C'est justement ce que je pensais faire », acquiesça Kairi.
Oh ? Une personne sensée dans ce troupeau de moutons ? Vanitas se retint de lâcher un « Bravo, Princesse ! » sardonique et afficha à la place un petit sourire amusé.
« Et tu comptais t'y rendre quand ?
-Je ne sais pas. Cet après-midi peut-être…
-Tu aurais pu m'en parler, lui fit doucement remarquer Naminé.
-Ce n'était qu'une idée en l'air, en fait. Mais je devrais vraiment aller vérifier. Ça ne prendra pas beaucoup de temps. »
La matinée passa ensuite sans encombres et Vanitas ne participa que peu à la discussion des quatre autres. Il les observait, à vrai dire, notait mentalement leurs moindres faits et gestes pour tenter de comprendre. Comprendre cette chose qui les liait. Pourquoi ils riaient ensemble comme ça. L'amitié, hein… Il savait ce que cela faisait. Il l'avait ressentie à travers Ventus, mais il n'en saisissait pas encore les mécanismes.
Et cette chose plus particulière qui unissait Kairi et Naminé. Ça, par contre, lui échappait totalement. Et ça l'intriguait. Naminé avait été prête à se sacrifier pour Kairi, autrefois. Sans doute que la rousse ferait de même pour sa Simili. Comment pouvait-on donner volontairement sa vie pour un autre être ? Non, vraiment, ça le dépassait. Et ça l'inquiétait. Si tout le monde semblait trouver cela normal, pourquoi pas lui, hein ?
Il y avait Néo, aussi, qui semblait éprouver un petit quelque chose pour Naminé. Vanitas ne comprenait peut-être pas, mais il n'était pas stupide. Il voyait bien comme il la regardait. Pauvre clone… Il n'aurait jamais ce qu'il voulait, à en croire la façon dont la jeune fille le repoussait gentiment ou changeait de sujet lorsqu'il disait des choses un peu trop ambigües. Et puis, le lien qui unissait la blonde à son originale était trop fort pour qu'il puisse le briser, même s'il essayait.
Il n'essayera pas.
Vanitas retint un soupir.
Et qu'est-ce que tu en sais, hein ?
Je pense qu'il veut juste qu'elle soit heureuse.
C'est stupide, contra le brun. Et lui, dans tout ça ?
Ventus ne répondit pas.
Bon écoute, soit tu es présent, soit tu disparais de ma tête, mais arrête de m'ignorer quand je te pose une question !
Toujours rien. Bah voyons ! Parfois il avait l'impression que son double se vengeait en quelques sortes pour ce qu'il s'était passé dix ans auparavant. Notamment lorsqu'il lui disait que Terra aurait changé sans pour autant lui expliquer les raisons dudit changement. Puéril, mais il était dans ses droits, après tout.
« Van' ? »
Il vit Kairi passer une main devant ses yeux.
« T'es toujours avec nous ? » questionna-t-elle.
Pour toute réponse, il la fixa avec stupeur.
« Comment tu m'as appelé ? »
Elle eut un petit rire.
« Van', répéta-t-elle. Tu n'aimes pas ?
-Pas… vraiment, non » grimaça-t-il.
Riku eut un sourire amusé.
« En même temps, Kairi, tes surnoms sont plutôt…
-T'as quelque chose à dire sur mes surnoms, Riri? »
Cette fois, ce fut à Vanitas d'éclater d'un rire franc en voyant l'air dégoûté de l'argenté. Celui-ci le regarda faire, blasé, jusqu'à ce qu'il ne se calme (ce qui lui prit approximativement trente secondes).
« Ca y est, t'as fini ? soupira Riku.
-Oh, non ! fit le brun. Soit assuré d'en entendre parler pendant un moment... Riri. »
Kairi se remit à glousser pendant que Riku affichait l'expression de celui qui aimerait s'enterrer dans un trou durant les quarante prochaines années. La jeune fille et Vanitas continuèrent à le taquiner un moment pendant que Néo et Naminé observaient l'échange, amusés.
Le brun estimait avoir parfaitement le droit de mettre à profit le peu de temps qu'il lui restait pour rendre la vie infernale à l'argenté. Si, en plus, il avait une alliée pour ce faire, c'était parfait ! Sauf que, malgré sa lassitude, ça ne semblait pas ennuyer l'argenté plus que ça. Pas comme il l'attendait en tout cas. Ça ressemblait davantage à un jeu. Etrangement, ça n'atténua pas la distraction.
C'était peut-être ça, s'amuser comme les êtres de Lumière l'entendaient ?
« Bon, je penses que je vais me rendre chez Yen Sid, maintenant, annonça Kairi au bout d'un moment.
-Déjà ? »
Elle hocha la tête.
« Sora est sans doute en danger pendant qu'on discute, expliqua-t-elle. Il est comme un frère pour moi et je ne le laisserais pas tomber.
-Il n'y a peut-être pas lieu de s'inquiéter, la rassura Naminé.
-J'ai un mauvais pressentiment… » grimaça la rousse.
Riku hocha la tête.
« Alors il faut que tu y ailles. Mais tiens-nous au courant, d'accord ? On s'inquiète aussi.
-Pas de problème. »
Elle les salua, embrassa brièvement Naminé sur les lèvres, puis partit en direction du hangar des vaisseaux Gummi.
« Elle pourrait utiliser un passage au lieu de perdre du temps avec un vaisseau, fit observer Vanitas.
-Elle n'est pas encore très sûre de ses capacités, expliqua Naminé. Ça viendra.
-Je ne vois pas ce qui lui fait peur.
-Ce n'est pas une question de peur. »
Le brun haussa un sourcil mais ne répondit rien.
A vrai dire, il n'en eut pas le temps. Il aperçut la silhouette d'Ienzo au loin, qui le fixait. Les autres n'avaient pas l'air de se rendre compte de sa présence et continuèrent à discuter. Vanitas soupira.
« Je vous laisse », déclara-t-il.
Il se leva sans attendre de réponse et rejoignit le scientifique. Une fois à sa hauteur, ils s'éloignèrent tous deux en direction d'un endroit moins indiscret.
« J'en suis », lui annonça simplement Vanitas.
Ienzo eut un mince sourire un peu hautain qui ne plaisait pas au brun. Mais là, il écoutait sa raison et non ce que lui dictait son instinct. Et sa raison lui disait de ne pas revenir sur sa décision. En toute logique, il ne le regretterait pas, et au pire des cas il aviserait. Et puis, il en avait assez d'hésiter pour tout et n'importe quoi depuis qu'il se trouvait ici. Autrefois, il ne se posait pas tant de questions !
« Je savais que tu dirais cela. Eh bien, si tu ne changes pas d'avis entre temps, rejoins-nous cette nuit, là où sont entreposés les vaisseaux. Oh, fais attention à ce que personne ne te suive, bien entendu.
-Je ne suis pas idiot, rétorqua Vanitas.
-Bien sûr. Alors je te dis à ce soir. »
Il n'attendit pas de réponse avant de s'éloigner.
