18- Nier
Vanitas éclata d'un rire nerveux. Besoin de lui ? C'était la meilleure, ça !
« Oh, je suis flatté !
-Pas moi spécialement, précisa Riku. Les autres.
-Bien sûr. Et depuis quand vous suis-je devenu si indispensable, au juste ? »
L'argenté leva les yeux au ciel, comme si cela relevait de l'évidence.
« Oh, je ne sais pas... Depuis que les mondes menacent de s'écrouler ?
-Ce n'est pas de ma faute, cette fois, mais celle de la rouquine, je te rappelle », protesta le concerné.
Pour toute réponse, l'autre soupira, l'air de vraiment vouloir être partout sauf là. Eh, qu'avait-il dit, encore ? Pas une connerie monumentale, pourtant...
« C'est pas ce que je voulais d... Oh, puis arrête ça ! On est là à se chamailler comme deux malpropres alors que le monde est sur le point de s'écrouler. »
Il n'avait pas tort. Pourtant, Vanitas serait bien en peine de l'admettre.
« Pourtant, ça m'a l'air plutôt calme depuis un moment... » objecta-t-il.
Comme pour le démentir, un grondement sourd résonna dans l'air, assez puissant pour faire vibrer le sol mais bien futile comparée aux tremblements précédents.
« Il faut qu'on se tire de là, fit observer Riku. Tu m'expliqueras tout ça quand on sera rentrés. »
On ? Enfin, il ne voyait donc pas que Vanitas s'était enfuit ? S'il faisait marcher son petit cerveau d'argenté, il devinerait sans mal que cela impliquait qu'il ne retournerait plus là-bas. Il ne rentrerait pas à la maison comme un bon garçon obéissant ! Surtout qu'il ne s'agissait pas vraiment de sa maison à proprement parler...
« Et puis quoi, encore ? ricana-t-il. Je ne compte pas remettre les pieds dans ce monde futile. Je suis parti pour une bonne raison.
-Ah oui ? Soupira Riku, l'air contrarié. Et quoi de si important ? »
Le brun ne répondit pas. Il ne souhaitait pas vraiment lui faire part de sa petite crise existentielle. Surtout à lui. Et puis...
« Il faut que je retrouve Ienzo, avant, lui apprit-il. Je crois qu'il est mort lors du tremblement. »
L'argenté se mordit la lèvre. Vanitas voyait bien qu'il pesait le pour et le contre. Stupides êtres de Lumière, toujours prêts à sauver la veuve et l'orphelin... Bien que le scientifique ne soit certainement ni l'un ni l'autre. Quoique, sans doute orphelin, mais il n'en avait pas le profil.
« On risque de le devenir aussi, si on reste là, finit-il par marmonner en réfléchissant.
-Ca, on ne le sait pas » avança le brun.
Oh, en général il se serait fiché du sort de Ienzo. Enfin... Bien sûr, il aurait eu la curiosité de voir s'il était bel et bien mort, mais si ça le mettait en danger d'y aller... Par contre, là, il fallait qu'il le retrouve. Vivant si possible. Il venait de dire à Riku qu'il ne reviendrait pas au Jardin Radieux, alors si le scientifique disparaissait, il n'aurait plus nulle part où aller... Oh, il y aurait encore Even et Dilan (et encore, ils devaient avoir subi les effets de la fusion des mondes, eux aussi) mais il ne s'entendait pas aussi bien avec eux, et il leur accordait encore moins de confiance qu'à Ienzo – très peu, donc.
« Justement... fit Riku. Kairi a eu une vision, c'est comme ça qu'on a su où vous vous trouviez, les apprentis et toi. Ca, et le système de localisation de Cid. Pas très malin de lui voler un vaisseau, d'ailleurs.
-Mêle-toi de tes affaires. Ce n'était pas mon idée, ça. Et je peux savoir ce que la Princesse a vu dans sa vision ?
-Une implosion. »
Vanitas haussa un sourcil. Dix ans auparavant, il n'aurait pas vraiment prêté d'importance à ce genre de divagations, mais depuis que Kairi l'avait fait revenir grâce à ses dons...
« C'est à dire ?
-C'est à dire, Agrabah et la Jungle qui implosent. Je ne vois pas comment t'expliquer ça plus clairement...
-Merci pour l'éclaircissement, ironisa-t-il. Très utile, vraiment. Tu devrais écrire une encyclopédie, Riku.
-Ce n'était pas très clair quand Kairi nous l'a expliqué, se justifia celui-ci en fronçant les sourcils, vexé. Je sais juste qu'il faut qu'on s'en aille, et vite. »
Vanitas ne voyait pas le danger. Pour lui, en tout cas. Si les choses se compliquaient, il pourrait repartir par Couloir Obscur. Par contre, Riku ferait mieux de repartir à son Gummi immédiatement.
« Fais comme tu veux, je reste ici.
-Rêve. Je ne pars pas sans toi.
-Oh, cet attachement m'enchante, répliqua le brun avec un sourire narquois, mais vraiment tu devrais rentrer au Jardin. J'arriverais à m'en tirer si la situation tourne mal. De toute façon, je ne reviendrais pas là-bas.
-Je te suis quand même.
-Pourquoi ?
-Kairi m'a demandé de le faire.
-Non, mais en vrai ?
-En vrai ? Répéta-t-il très sérieusement. En vrai, je m'en fiche totalement. Je veux dire, je ne t'ai jamais fait confiance, mais... De toute façon, les apprentis mijotent quelque chose de louche et tu es de mèche avec eux. Je suis obligé de te ramener, au moins histoire de savoir ce qu'ils trament. »
Vanitas soupira. C'était donc ça ! Il se sentit vexé, pour une raison qu'il ignorait.
Tu espérais peut-être qu'il veuille vraiment que tu reviennes ? Hypothétisa une voix qu'il connaissait bien. Au moins, tu aurais un signe que le Jardin Radieux pourrait bien te convenir, finalement.
« Tais-toi, Ventus... » répondit-il machinalement...
… Avant de se rendre compte de sa bêtise. Riku le fixait d'un air perplexe.
« Quoi ?
-Quoi ?
-Je n'ai pas compris ce que tu as dit.
-Je t'ai dit de la fermer, répondit sèchement le brun. Il est hors de question que quiconque se serve de moi comme otage. »
Considérant la conversation close, il reprit sa route sans retourner vers l'endroit où l'immense arbre était tombé. D'ailleurs, Vanitas devait avoir fait une sacré chute pour s'en être éloigné autant. En même temps, l'arbre était très grand… A bien y penser, il y avait peu de chance que Ienzo ait survécu. Il pourrait s'être fait écrasé par l'arbre, ou bien projeté très loin, se brisant tous les os au passage…
Ça le faisait chier. Son sort dépendait de celui du scientifique, désormais. D'un autre côté, il n'aurait pas pu le sauver. S'il s'était attardé, aucun des deux n'en serait sorti vivant, et Vanitas ne se sentait pas l'âme suicidaire. Enfin, pas à ce point, en tout cas.
Il entendait des bruits de pas derrière lui, mais ne se retourna pas pour faire la conversation avec l'intrus. A quoi bon tenter de le dissuader ? Il n'écouterait pas, de toute manière. Ça leur faisait au moins ça en commun, l'insubordination.
Le trajet se déroula en silence, mais Vanitas prêtait l'oreille. La Jungle se montrait incroyablement silencieuse, comme en deuil. Une bonne partie de la faune devait avoir péri dans le tremblement. Quant à Agrabah, de l'autre côté… La cité devait être ravagée à un point inconcevable. Enfin, si les mondes « implosaient » bel et bien comme le prédisait Kairi, cela n'avait plus aucune espèce d'importance.
Ils finirent par arriver au pied de l'immense tronc renversé qui dominait la Jungle Profonde à peine quelques heures auparavant. Vanitas ne s'arrêta pas pour contempler l'étendue des dégâts, sondant les lieux du regard pour y décerner un morceau de blouse blanche. Riku se mit à chercher également. Après une petite demi-heure infructueuse, ils durent se rendre à l'évidence. Aucune trace d'Ienzo ni de son cadavre. Soit il avait filé, soit on ne pourrait pas le retrouver.
Le brun jura entre ses dents.
Et maintenant, qu'allait-il faire, hein ? Sa seule chance de comprendre ce qui lui arrivait venait de s'envoler. En plus de cela, il n'avait plus nulle part où aller ! Crétin de scientifique. Quelle idée de mourir comme ça, aussi ? Enfin, il lui restait une infime chance… Dilan et Even… Somme tout, c'était mieux que rien.
Il partit en direction d'Agrabah, priant pour que les deux apprentis ne l'aient pas oublié. Ah, ça, ce serait le comble ! Il ne lui resterait plus qu'à se terrer au Pays des Merveilles avec Cheshire ! Et encore, il finirait par devenir complètement dingue avec un compagnon de la sorte.
« Eh, attend ! lui lança Riku en le voyant s'éloigner. Tu penses aller où, comme ça ?
-A la ville d'Agrabah.
-Pourquoi ?
-Pour voir. »
A peine eut-il reprit sa marche qu'il sentit des doigts lui enserrer le poignet. Il se retourna avec une lenteur calculée, dardant l'autre d'un regard venimeux avant de tenter de se dégager de sa poigne. Peine perdue.
« Lâche-moi !
-Pas question, répondit Riku. Tu rentres avec moi. »
Un mince sourire sarcastique fleurit sur les lèvres de Vanitas. Ah, il voulait jouer à ça, hein ? Soit. Maintenant qu'il y pensait, il aurait dû lui régler son compte plus tôt. Une fois sa Keyblade apparue dans sa paume, il menaça l'autre, qui le lâcha et recula de quelques pas.
« Sérieusement ? fit l'argenté en soupirant.
-Eh oui.
-D'accord, s'il faut vraiment en arriver là pour te convaincre… »
Aussitôt dit, il invoqua sa propre clé et se mit en position de combat, tellement similaire à celle de Vanitas que ce dernier ne put s'empêcher de sourire davantage. Quoique que Riku en dise, l'influence des Ténèbres persistait bel et bien en lui. Même le pendentif de sa Keyblade représentait l'emblème des Sans-Cœur.
Riku attaqua en premier, un coup que Vanitas évita aisément. Le brun comptait largement sur sa vitesse pour s'en sortir. Il allait faucher l'autre aux jambes lorsque celui-ci lui décocha un coup de coude dans le dos, entre les omoplates. Il poussa un cri de douleur et battit en retraite avant de laisser échapper un rire. Enfin un adversaire à sa hauteur !
Loin de lui laisser le temps de réattaquer, il lui envoya une salve de Ténèbres. L'argenté évita de justesse, roulant au sol. Vanitas comptait se téléporter pour le frapper plus vite, mais il se stoppa net. Riku se releva, prêt à attaquer, lorsqu'il vit que son adversaire fixait un point derrière son épaule. Un peu méfiant, pensant d'abord à une ruse, il finit néanmoins par se retourner. Et comprit.
Derrière lui se trouvait ni plus ni moins qu'un Nescient. Un Inondeur de base, à en juger par la forme, mais celui-ci avait une teinte violacée, claire, et non bleu foncé. Il ne semblait pas faire attention à eux et s'affairait à détruire un arbre mince. Chaque fois que ses pattes touchaient le tronc, une partie de celui-ci se dissolvait étrangement, comme sous l'effet d'un acide quelconque.
Vanitas serra les poings, ne comprenant pas. Qu'est-ce que c'était que ce délire ? Ienzo ne lui avait jamais parlé de ça ! Et pourquoi la créature détruisait-elle son environnement ? Il tenta de rappeler le monstre, mais ce dernier ne sembla pas s'en soucier, poursuivant sa besogne étonnante. Son « maître » poussa un cri de frustration.
Une fois l'arbre entièrement détruit de la cime à la racine, le Nescient se chargea d'un rocher fendu. Même ses pas semblaient effacer le sol, gommer la terre comme sur un dessin d'enfant. A la place, il ne restait plus que du vide. Une feuille blanche.
« Dis-lui d'arrêter ! s'exclama Riku lorsqu'il comprit.
-J'aimerais bien, figure-toi ! cracha Vanitas, les yeux rivés sur sa créature.
-Tu… Tu n'y arrive pas ?
-Je ne le contrôle pas… Putain ! »
De rage, il s'avança jusqu'au Nescient et le tua d'un coup de Keyblade. Il ne ressentit aucune douleur à ce geste, comme si ces choses n'étaient pas connectées à lui.
Ou plutôt… Elles n'étaient plus connectées à lui.
