24- Retrouver
Riku n'y comprenait plus rien. Il ne savait pas quoi penser de cette conversation, ni des paroles de son ennemi. A moins qu'il ne cherche juste à l'embrouiller ? Mais dans quel but ? Pour l'attirer dans un piège ? Il tenta de chasser ces pensées parasites de son esprit mais, malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de se sentir légèrement perturbé.
Il fallait qu'il retrouve Vanitas. Ensuite, ils chercheraient Sora et Kairi à travers les mondes endormis. Piège ou pas, ils couraient un grave danger.
A peine eut-il formulé cette pensée qu'une horde d'Avale-Rêves se matérialisa tout autour de lui. Importante, la horde...
Le temps s'écoulait, et toujours aucun signe de Riku. En plus, Vanitas devait admettre – même s'il ne le dirait jamais au concerné – qu'il se serait perdu un bon nombre de fois sans Neku. La conception de cette ville relevait du labyrinthe. Bien qu'ils n'aient aucun mal à s'en débarrasser, les Avale-Rêves les ralentissaient considérable également, et il commençait à s'impatienter. Vivement qu'il quitte cet endroit, vraiment.
« Eh, attend, tu sais où on va au moins ? demanda-t-il à son guide.
-Bien sûr » répondit l'autre de son habituel ton tu-m'emmerde-pas-trop-mais-un-peu-quand-même.
Si Sora avait un total opposé dans ce monde, il s'agissait probablement de Neku, pensa Vanitas avec amusement. Moins bavard que lui, ça ne se trouvait pas. Oh, il tentait par tous les moyens depuis un bon moment de le faire sortir de ses gonds, mais rien n'y faisait. Il sentait bien qu'il l'énervait, mais apparemment pas suffisamment pour qu'il proteste. Ah, peine perdue...
Ils arrivèrent bientôt sur une place envahie par les Avale-Rêves. Il ne le repéra pas tout de suite à cause de l'agitation, mais Vanitas vit bientôt Riku émerger de la masse des créatures, semblant légèrement en difficulté, encerclé de toutes parts. Neku le remarqua aussi.
« C'est lui, que tu cherches ? »
Le brun hocha la tête, puis se jeta dans la mêlée, Keyblade en main, détruisant deux chats obèses d'un coup. Neku en fit de même, invoquant son Avale-Rêve de compagnie.
Vanitas se traça un chemin vers Riku, toujours encerclé de monstres – qui paraissaient déguster, eux aussi. Leur nombre diminuait à vue d'œil, mais ils restaient bien nombreux pour un seul adversaire. Et pour cause... Un ours aux griffes acérées préparait son coup dans le dos de l'argenté qui, occupé à repousser une chauve-souris, ne le vit pas arriver.
Vanitas ne comprit pas d'où ce réflexe lui vint, ni même comment il parvint à bouger assez vite pour se placer entre son ami et l'Avale-Rêve, mais en tout cas les griffes qui s'enfoncèrent dans la chair de son bras le ramenèrent à la réalité. Sa Keyblade tomba au sol avec un bruit sourd. Riku finit d'éliminer son adversaire, puis se tourna vers lui avec un air incrédule.
« Van' !
-T'occupe pas de moi ! » lui lança celui-ci en invoquant un sort ténébreux de la main gauche dans la masse de créatures.
Il ne pouvait plus utiliser son arme à cause de son bras désormais hors-service, mais il enchaîna les sorts comme il put jusqu'à la fin de la bataille. Neku les rejoignit entre temps. Le nombre de monstres diminua peu à peu, jusqu'à ce que Riku terrasse le dernier. Aussitôt ceci fait, il revint vers Vanitas, une lueur d'inquiétude brillant dans ses prunelles turquoise.
« Tu m'a sauvé, constata-t-il avec surprise.
-Ouais, ben regarde comme j'en suis remercié... »
De sa blessure s'écoulaient d'épais filets de sang qui tombait en gouttes sur les pavés. Cette chose ne l'avait pas loupé... Mutilé par une peluche. Génial. Et puis quoi, après ? Sora deviendrait Xehanort ? Ah, ah...
« Imbécile... soupira Riku. Au fait, tu me présentes ton... ami ? »
Neku avait déjà disparu. Vanitas eut un sourire malgré ses blessures. Vraiment pas sociable, ce type...
« Ah, c'était mon guide touristique. Laisse tomber, il est pas très causant. »
Un court silence s'ensuivit. Vanitas pensait vaguement qu'encore une fois, il aurait dû s'équiper en potions, lorsque, à son grand étonnement, l'argenté saisit son bras valide et le fit s'asseoir sur une marche. Le brun se laissa faire sans trop comprendre, jusqu'à ce que Riku ne pose une paume à plat sur sa blessure, le faisant grimacer avant qu'il se rende compte qu'il utilisait un sort de soin.
« Euh... J'aurais pu m'en charger tout seul, tu sais ? fit remarquer le brun, perplexe.
-Oh, tais-toi, lui intima l'autre calmement. C'est la moindre des choses, non ? »
La chaleur du sort de soin se faisait sentir, réparant les tissus organiques. Cela prenait un certain temps, vu l'ampleur des dégâts. Et simultanément, un autre type de chaleur naquit au creux de l'estomac de Vanitas, le forçant à détourner le regard vers les pavés sans qu'il comprenne trop la cause de sa gêne.
Mince, qu'est-ce que c'était que ça, encore ? Et pour ne rien arranger, son demi-cœur ténébreux se mit à battre un chouïa plus fort. C'était sans doute dû à une émotion, mais laquelle ? Aucune idée. Pour une fois, il aurait aimé que Ventus soit là pour lui expliquer ce qu'il ressentait.
A présent, sa blessure ne se résumait qu'à une mince cicatrice qui disparaîtrait bientôt. Riku releva les yeux vers lui et parut se rendre compte de quelque chose.
« Eh, ça va ? demanda-t-il. Tu es blessé autre part ? »
Tiens, depuis quand s'inquiétait-il pour lui ? C'était anormal et agaçant. Et perturbant.
« Ah, arrête ça ! s'emporta Vanitas toujours sans le regarder.
-Mais qu'est-ce que j'ai fait, encore ?
-Arrête... Arrête d'être gentil, comme ça. Ça te va pas. »
Contre toute attente et au grand agacement du brun, l'autre éclata de rire. Quoi, il se moquait de lui, maintenant ?
« Je peux savoir ce qui te fais marrer ? grogna-t-il en se tournant vers lui.
-C'est toi qui dis ça ! s'exclama Riku. Alors que tu t'es précipité pour me sauver la vie !
-Eh bien la prochaine fois, je m'en abstiendrais » rétorqua Vanitas, vexé.
L'argenté mit un moment à se remettre de son amusement, puis sortit, avec néanmoins un léger sourire :
« Pardon... Je devrais te remercier, en fait.
-Plutôt, oui.
-Eh bien, merci. »
L'autre dissipa ses mots d'un revers de la main.
-Oh, ça va, toutes ces politesses m'écœurent... Bon, maintenant, on retourne chercher Ventus et on file au jardin Radieux. »
Il pouvait certainement retourner à la salle où le blond se trouvait par un Portail, maintenant qu'il savait où elle se situait.
« Non, attend, fit Riku alors qu'il s'apprêtait à ouvrir le passage. Je crois que ce ne sera pas aussi simple que ça.
-Pourquoi ? » s'impatienta Vanitas.
Néanmoins, il pressentait que l'autre avait raison. Après tout, Xehanort ne les auraient pas attirés dans un endroit d'où ils puissent repartir si facilement...
« Nous sommes dans la Dimension des Rêves, d'après ce que j'ai compris, expliqua l'argenté. Je ne pense pas que les Couloirs Obscurs fonctionnent, ici. En plus... On a une chance de retrouver Sora. Et Kairi, si jamais elle est en danger.
-Qu'est-ce qui te fait croire que c'est le cas ?
-Xehanort est venu me parler, tout à l'heure. »
Le brun grimaça. Ca n'annonçait rien de bon.
« Et qu'est-ce qu'il t'as dit ? »
L'autre détourna le regard, soudain fermé à toute tentative de discussion. Vanitas haussa un sourcil.
« Riku ?
-Rien d'important, fit celui-ci d'un ton qui ne laissait pas de place à l'argumentation.
-Je trouve ça important, moi, argua le Porteur des ténèbres. On parle de Xehanort, là. »
Il savait bien comment était son ancien maître, tellement imbus de lui-même qu'il ne pouvait pas s'empêcher de laisser des indices de-ci de-là à ses proies pour les perdre davantage... ou pour les conduire droit dans un piège. Et vu la réaction de Riku, leur petit échange ne devait pas être tellement « sans importance ». Le concerné lui jeta un regard méfiant et garda le silence pendant quelques longues secondes avant de soupirer :
« Quelque chose à propos des Ténèbres... Je n'ai pas tout compris, mais visiblement c'est lui qui nous a attirés ici. »
Vanitas hocha la tête. Ca faisait sens.
« Il doit en avoir après moi, alors, supposa-t-il. Il doit vouloir que je me rallie à sa cause une nouvelle fois.
-Non... commença Riku avant de se taire subitement.
-Quoi, non ?
-Je, hm, crois que c'est après moi qu'il en a. »
Le brun faillit bêtement demander pourquoi, et puis ça lui revint. Le Couloir Obscur. Et aussi... C'était lui, ou bien son compagnon sentait encore plus les Ténèbres que d'ordinaire ?
« Oh, au fait... Naminé m'a dit ce qu'il s'était passé à la Jungle Profonde. J'aurais ouvert un Couloir Obscur, c'est ça ?
-Pourquoi tu me parles de ça maintenant ? » déclara sèchement Riku.
Ça aurait presque fait sourire Vanitas. Il jouait les innocents, mais vu la façon dont il s'était raidi à l'évocation de cet épisode, il savait bien que cela ne servait à rien, et qu'il connaissait bien la vérité.
« Parce que je suis certain de n'avoir rien fait de tel. »
Pour le coup, l'argenté le dévisagea d'un air franchement hostile. Ah, vraiment pas crédible...
« T'étais dans les vapes.
-Oh, arrête ce petit jeu. On sait tous les deux que c'est toi qui as fait ça.
-Et qu'est-ce que tu veux que je te dise ? soupira Riku.
-Ah, alors tu l'admets ? sourit Vanitas.
-Je... Je ne sais pas comment c'est arrivé... Je pensais que je n'en étais plus capable. »
Le brun haussa un sourcil peu convaincu. L'autre paraissait mal à l'aise, comme honteux. Eh, il oubliait qu'il parlait à un partisan des Ténèbres, là. Aurait-il à ce point honte du chemin que prenait son cœur ?
« Dans ce cas, comment tu as su que tu pouvais à nouveau en utiliser ?
-Je ne sais pas... soupira Riku. Franchement, je ne sais pas. Je me suis juste dit que je devais agir vite, sinon tu allais... Bref, c'est la seule idée qui m'est venue à l'esprit sur l'instant. »
Difficile de croire à son histoire, tout de même. Quoique, l'amitié faisait faire ce genre de choses, non ? Ah, Vanitas n'en avait aucune idée... Mais ça lui paraîtrait bizarre qu'un sentiment considéré comme positif puisse réveiller l'obscurité présente en quelqu'un. En même temps, il avait toujours considéré ces choses comme futiles, et ne savait toujours pas quoi en penser.
« Mouais. Enfin tu ne peux plus renier ta vraie nature, à présent.
-Arrête un peu, avec ça ! s'emporta Riku. Je ne suis pas comme toi ! »
Ce fut au tour de Vanitas de lui jeter un regard noir.
« Et qu'est-ce qu'il y aurait de mal à ça ?
-Tu vois très bien ce que je veux dire !
-Non, j'ai du mal, là, très franchement !
-Je... »
L'argenté s'arrêta là, sembla réfléchir à ses mots. Oui, tiens, pourquoi est-ce qu'il se rapprocherait d'un Etre des Ténèbres tout en refusant d'admettre qu'il possédait une quantité importante d'obscurité en lui ? Contradictoire.
Et vexant, Vanitas devait bien l'avouer. Peut-être que Naminé s'était trompée...
« J'aurais dû te laisser encaisser cette attaque, tout à l'heure, lança-t-il d'un ton froid. Ça t'aurait mis du plomb dans la cervelle. »
Il y eut un moment de silence et de tension entre eux. Aucun ne se sentait d'ajouter quoique ce soit. A ce stade-là, tout était dit.
Cela ne dura pas longtemps, heureusement. Le sol se mit à trembler doucement sous leurs pieds, et le monde autour d'eux se fit de plus en plus flou. Vanitas tenta de rester sur ses gardes, soupçonnant un énième coup de Xehanort, mais il ne parvenait pas à garder sa vigilance, malgré ses efforts. Il... s'endormait ?
L'inconfort du sol sous lui le réveilla, et il put constater qu'il ne se trouvait plus à Traverse, mais dans une pièce aux tons pâles, qu'il reconnut comme étant le cabinet du Sorcier Yen Sid. Celui-ci se trouvait d'ailleurs derrière son bureau, le dévisageant d'un air grave. Un bref coup d'œil à côté de lui lui apprit que Riku se trouvait là également, encore endormi.
« J'imagine qu'on est revenus dans le monde réel ? » soupira Vanitas en se relevant, époussetant ses vêtements au passage.
Le vieux magicien hocha la tête.
« J'ai senti des perturbations dans le monde des rêves, expliqua-t-il. Je vous ai ramenés dès que je vous ai identifiés. Je me doute que vous n'y étiez pas de votre propre volonté.
-Bien deviné. On a eu quelques soucis avec Xehanort. D'ailleurs... »
Il commença à expliquer comment le jeune Xehanort leur était tombé dessus dans le Manoir Oblivion après qu'ils aient eu l'idée de venir chercher Ventus. Riku se réveilla peu après et détailla le reste de leur escapade dans le monde des Rêves. Il parla de ce que le vieux Maître lui avait appris à propos de Sora, mais pas des sous-entendus à propos de l'obscurité en son cœur.
« Je vois, fit Yen Sid à la fin. Tout ceci est encore plus grave que ce que nous pensions. Néanmoins, la découverte de la Salle de l'Eveil est une bonne nouvelle. En espérant qu'elle ne soit pas à nouveau perdue.
-Je saurais y retourner, maintenant que je l'ai localisée, précisa Vanitas. Un jeu d'enfant.
-Bien. Ce sera donc votre prochain arrêt.
-Mais, Maître, protesta Riku. La priorité est de retrouver Sora, Kairi et Lea... »
Le Sorcier lui fit un signe de la main pour lui intimer le silence. L'argenté obéit, mais ses yeux traduisaient toute son angoisse et son agacement.
« Je sais bien que le danger les guette, jeune Porteur, mais ce serait inconscient d'envoyer d'autres guerriers dans le monde onirique. C'est précisément ce que Xehanort prévoit que nous fassions et je doute que l'on puisse courir ce risque sans y réfléchir auparavant.
-Mais...
-Nous sommes en train de perdre cette guerre, ne le vois-tu pas ? »
C'était vrai. Xehanort pouvait prévoir leurs mouvements, mais eux étaient incapables de déterminer le but de leur ennemi. Sans compter la fusion qui leur posait problème. Déjà deux mondes d'annihilés sans qu'ils aient pu rien y faire.
Décidément, Vanitas se demandait s'il avait choisi le bon camp... Enfin, trop tard pour changer. Et puis l'idée de se rallier à Xehanort le dégoûtait. Il préférait encore mourir aux côtés de ces Etres de Lumière qu'il méprisait si fort autrefois.
Ce constat lui fit l'effet d'un choc, mais il ne pouvait pas nier. Drôle, comme les choses pouvaient changer...
Ienzo soupira en refermant son carnet de notes. Il n'avançait pas dans ses recherches. Si seulement il pouvait mettre la main sur les rapports d'Ansem et de Xehanort, mais... Lors de son bref séjour au Jardin Radieux, il n'avait pas su les trouver, et Léon avait refusé de les lui confier, l'imbécile... D'un certain côté, il comprenait sa méfiance. Il ne se serait pas fait confiance non plus.
Dilan posa le Vaisseau Gummi sur un monde qui, d'après leurs calculs, devrait rester paisible encore un bon bout de temps. Mais il fallait qu'ils se ravitaillent avant le reste du voyage. Et qu'ils fassent une pause, vraiment. Des jours qu'ils naviguaient à bord de cette chose en attendant la prochaine fusion. La fin des mondes, ça ne pressait pas, dis-donc !
Ils n'avaient pas pu bien observer le phénomène, la dernière fois, à cause d'un bête manque de préparation. D'ailleurs...
Le jeune scientifique passa une main absente sur son épaule gauche et ressentit un frisson de douleur à l'endroit de la peau sensible. Il ne s'habituait toujours pas au moignon qu'il trouvait là et devait ressentir la douleur provoquée par la perte de son bras pour se le rappeler. Lorsqu'il aurait le temps, il devrait se créer une prothèse, pour ça, sous peine d'être contrarié dans ses expériences.
Tout ça à cause de Vanitas, qui leur avait filé entre les doigts du même coup. Tss... Dommage, vraiment. Mais puisqu'il ne semblait pas vouloir adhérer à leur cause, Ienzo se mettait en tête de lui faire payer tout ça. Pas qu'à lui, d'ailleurs. A ce traître d'Aeleus, aussi, et à Néo qui avait refusé de les suivre également. En parlant de ce dernier, le clone n'avait vraiment aucun respect pour ses créateurs originaux... Quelle réplique ingrate. Enfin, Even pourrait en créer d'autres, il ne s'agissait pas d'un souci.
Le scientifique eut un sourire. Avant tout, il leur fallait comprendre ce phénomène étrange, mais... Ils ne pouvaient pas en apprendre davantage, sans étudier l'élément déclencheur ou bien, à défaut, une Lumière s'y apparentant.
« Tout est prêt ? demanda Even de son éternel ton snob.
-Normalement, répondit Ienzo. Dilan ? »
L'ancien garde des portes du château hocha la tête pour signifier que tout allait bien.
« Tu crois que cette Bête nous laissera l'emmener ? Ton Simili l'a côtoyé de près, non ?
-Ça ira, rétorqua Dilan avec un sourire. Xaldin a sous-estimé le pouvoir de la Bête, mais... Il est humain, à présent. Ce sera facile.
-Alors allons-y. »
