26- Disparaître

Il faisait sombre.

Vanitas ne pensait pas que le cœur de Ventus manquerait autant d'éclairage, vu la Lumière qu'il renfermait. Il ne s'y était retrouvé qu'une fois, lors de leur affrontement sur le palier de l'éveil, qui devait être brisé à présent. Il ne savait pas précisément où il se trouvait, mais il avançait, espérant trouver Ventus, et ensuite... Il ne savait pas trop. Il aurait à disparaître, sûrement. Est-ce que ce serait définitif, ou bien serait-il conscient, enfermé dans l'esprit de sa moitié lumineuse ? Il préférait la première solution, largement. Ne plus rien ressentir... Ce serait l'idéal.

Parce qu'en ce moment, trop d'émotions, trop de sentiments dérangeants se bousculaient en lui. L'inquiétude, surtout. L'appréhension, aussi bien pour lui... que pour les autres, étrangement. Ces crétins ne sauraient même pas résister à Xehanort, au train où ça allait ! Et il ne serait pas là pour les aider... Mais c'était son choix, après tout. Et Ventus serait là, lui. Ah, si on lui avait dit qu'un jour il éprouverait du souci pour autrui... Encore maintenant, ça le faisait bien rire, tiens !

De toute façon, il se sentait fatigué de tout ceci.

« Ne dis pas ça. »

Ventus.

Le Porteur des Ténèbres se figea lorsque son double apparut devant lui, l'air soucieux. Vanitas eut un sourire sarcastique.

« Techniquement, je n'ai rien dit.

-Non, mais je sais ce que tu penses.

-Et comment ça se fait que moi, je n'entende pas tes pensées ? »

Le blond haussa les épaules, puis soupira.

« Va savoir... Peut-être parce que j'ai passé tellement de temps reclut dans mon esprit...

-Ou dans le mien » fit remarquer Vanitas.

Il faisait allusion aux moments où il entendait la voix de Ventus dans sa tête. Pourquoi, d'ailleurs, ne s'était-il manifesté que si tard ? Il dut écouter ses pensées puisqu'il répondit :

« C'est depuis que Sora est parti dans le monde des rêves, je ne sais pas si tu as remarqué. J'ai eu plus de liberté, alors, et j'ai pu te surveiller tout en gardant un œil sur lui. Mais il s'est passé quelque chose, récemment... »

Il baissa les yeux au sol, l'air accablé. Vanitas haussa un sourcil.

« Juste par curiosité, qu'est-ce qui lui est arrivé ? »

Rien de bon, sans aucun doute, mais ça il s'en doutait déjà.

« Xehanort lui a fait quelque chose, répondit évasiment Ventus.

-Mais encore ? »

Le blond secoua la tête.

« C'est difficile à expliquer, mais je crois que c'est ce qui est arrivé à Terra aussi.

-Hum... »

Il y eut un moment de silence. Que dire ? Vanitas réalisa qu'il s'agissait sans doute de ses derniers instants, et il ne parvenait juste pas à formuler une phrase intelligente, qui conclurait tout ça de manière décente.

« Bon, au moins, tu pourras leur apprendre ce que tu sais » finit-il par déclarer.

A son grand étonnement, l'autre secoua la tête.

« Tu leur diras toi-même.

-Arrête, tu sais très bien pourquoi je suis ici ! protesta Vanitas. Et ce n'est même pas la peine de m'en empêcher, je... »

Il s'interrompit brusquement lorsque l'autre prit ses mains dans les siennes et que son regard bleu capta le sien.

« Qu'est-ce que tu fais, au juste ? »

Ventus soupira.

« Tais-toi un peu. Ecoute... Je sais que la vie au Jardin Radieux te plaît, malgré tous les défauts et les altercations. Ne te mens pas à toi-même. Il t'a fallu du temps, mais tu t'adaptes plutôt bien. Tu as des amis, et... peut-être plus que ça. »

Il ne pouvait même pas nier... Le brun ne put s'empêcher de détourner le regard, se maudissant, lui et son impulsivité.

« Tu as vu ce qu'il s'est passé tout à l'heure ? »

Sa moitié lumineuse lui répondit par un sourire qui voulait tout dire.

« Oh, tais-toi...

-Je n'ai rien dit, s'amusa le blond. Mais plus sérieusement... Tu n'as pas envie de mourir, pas vrai ? »

Il marquait un point, là. En fait, il n'avait jamais vraiment eu envie de disparaître, même dans les pires moments de découragement. Même lorsqu'il se trouvait seul, brisé, au plus bas, qu'il ne savait pas pourquoi il continuait... Même dix ans plus tôt, durant ce jour fatidique, lorsque la X-Blade lui avait échappé des mains, il avait ressenti cette angoisse sourde, cette panique suffocante et... D'où lui venait ce désir de vivre, au juste ?

« Je ne reviendrais pas sur ma décision, décréta-t-il néanmoins.

-Depuis quand penses-tu autant aux autres ? tenta de plaisanter Ven.

-Tu n'es pas un autre, tu es moi, répliqua Vanitas.

-Ca ne veux pas dire que tu dois faire ça.

-Il n'y a pas d'autres moyens de te sauver, pourtant. J'ai raison ? »

Le blond hocha la tête, mal à l'aise. Une légère tristesse transparaissait dans ses yeux bleus.

« Le seul autre moyen que je me réveille, ce serait que Sora disparaisse. Nos cœurs sont liés, après tout.

-Alors, répondit le brun, prend ça comme des excuses pour tout le tort que je t'ai causé.

-Il est trop tard pour ça, contra sa moitié lumineuse. C'est fait, et ce n'est pas entièrement ta faute. »

Et alors ? Que ce soit entièrement de sa faute ou pas, le mal devait être réparé, non ? Vanitas ne comprenait pas la réticence de l'autre. Foutus Êtres de Lumière et leurs principes... Il ne saisirait vraiment jamais.

« Oh, tu apprendras, fit Ventus en écho à ses pensées.

-Puisque je te dis que non ! Ven, il faut que tu te réveilles, tu le sais ! Arrête de faire comme s'il y avait un autre moyen que tout ça se termine, c'est dans la logique des choses que ça se passe ainsi !

-Non, il y a une autre fin possible... »

Cette dernière phrase n'avait été qu'un murmure.

« Mais tu viens de dire... »

Il se sentait de plus en plus perdu, là. Et pourtant l'autre paraissait paisible. Un peu triste, un peu résigné, mais tranquille.

« J'ai dit que, si je voulais me réveiller, soit toi, soit Sora devait disparaître. On ne peut pas vivre tous les trois, tu comprends ? En revanche, il y a une troisième alternative... Et ça aiderait beaucoup de personnes. »

Vanitas n'était pas idiot, il comprenait bien ce que l'autre sous-entendait. Mais pourquoi ? Son cerveau ne parvenait pas à assimiler ça. Il eut un ricanement sans joie, trop confus pour ne serait-ce que réfléchir à cette possibilité.

« Mais bien sûr... T'as toujours été comme ça, hein ? Prêt à te sacrifier pour n'importe qui. Comme Sora, tiens, vous êtes vraiment pareils ! Mais Ventus, tu es vraiment idiot. Tu crois que ça aidera Terra et Aqua, si tu meurs ? Tu parles ! Tu ne sauveras personne en fuyant comme un lâche ! C'est à moi de m'en aller ! Je suis pas réel, putain ! J'ai jamais eu d'existence propre ! »

Ce n'était pas tout à fait vrai. Il commençait justement à avoir une vie non-basée sur la vengeance et l'envie de meurtre, mais...

« Je sais bien ce que Terra et Aqua en penseront, quand ils reviendront... soupira tristement Ventus. Cependant, Sora est en danger et je pense que cela pourrait l'aider. Et puis... Il y a d'autres personnes connectées à lui que ça pourrait libérer. Sans compter que ce n'est pas à toi de disparaître pour moi. »

Il s'arrêta un moment.

Vanitas n'aimait pas la tournure que leur conversation prenait. Ca ne devait pas se passer comme ça ! Il ne voulait pas que ça arrive ! C'était insensé, enfin ! L'autre allait bientôt revoir ses amis, au train où les choses aller, et il préférait se sacrifier ? Ridicule, vraiment... Il était impossible !

« Tu ne vas pas faire ça, décréta-t-il froidement.

-Ce n'est pas à toi de décider, objecta doucement le blond.

-A toi non plus !

-Ma vie s'est stoppée il y a dix ans de cela, Van'... Elle ne reprendra pas son cours. Pas comme avant. J'aimerais tellement revenir à... A ce que j'étais autrefois. Je donnerais n'importe quoi pour me retrouver avec eux encore une fois, m'entraîner avec eux, regarder les étoiles filantes... »

Il s'interrompit à nouveau, tenta un sourire qui fut déformé par une grimace alors qu'une larme coulait sur sa joue.

« Ce ne sera plus jamais comme ça... Je ne suis plus le même et eux non plus, et puis... Je suis fatigué. Tu peux comprendre ça, non ? J'en ai assez. En plus, si je me réveillais, je te volerais ta vie, et je n'ai pas envie de me rendre coupable de ça. Alors quitte à ne jamais retrouver ce que je fus... Je préférais faire une bonne action, juste une dernière. Histoire de me dire que je n'ai pas complètement échoué. »

Remord. Pour la première fois de son existence, Vanitas éprouvait du remord. C'était lui, en premier lieu, qui avait volé la vie de son double, et pas l'inverse. Alors pourquoi cela devait-il se passer comme ça ?

Et l'autre, qui paraissait si paisible...

« Tu n'es pas effrayé ? ne put-il s'empêcher de demander.

-Si, répondit Ventus. Je suis mort de peur, mais... C'est normal, je suppose. »

Il eut un nouveau sourire. Franc, celui-ci. Et si Vanitas ne savait pas, s'il ne ressentait pas ce que l'autre ressentait, s'il ne savait pas ce qui allait advenir, il aurait presque trouver que l'autre semblait... heureux.

« Mais je le suis, en quelques sortes, fit le blond. Enfin... Je suis triste aussi. C'est étrange, comme sensation.

-Tu n'es pas obligé de faire ça.

-Je sais. Mais ne t'inquiètes pas, je ne vais pas disparaître complètement... J'espère. »

Il paraissait un peu désespéré à ce moment. Vanitas aurait aimé lui dire de ne pas faire ça, mais avant que sa voix ne se débloque, l'autre commençait déjà à se désagréger en un millier d'éclats lumineux.

« Attend ! »

Il fit pour lui saisir le poignet, ne rencontra que du vide. Les dernières étincelles s'évaporèrent au-dessus de lui et il ne put que les fixer, impuissant.


Il faisait sombre.

Sora ne savait pas où il se trouvait, juste que l'obscurité l'entourait. Parfois, il voyait des choses, il parcourait des lieux... Tous plus noirs les uns que les autres. Pourtant, il était certain que sans cette atmosphère de désolation, ces paysages lui paraîtraient familiers... Peut-être. Quelle importance ?

Tout était flou. Flou et hostile et il avait peur. Parfois, il voyait des visages qui lui paraissaient familiers, sur lesquels il ne parvenait pas à mettre de noms. Il ne pouvait pas bouger, même pas crier, et ce devait être ça qui l'effrayait le plus. Il ne sentait plus rien.

Vide. Une pièce blanche derrière ses paupières. Des sièges, et des manteaux noirs. Il ne savait plus qui il était.

Peu importe. Il ferait mieux de dormir, et...

Sora !

Une voix familière filtra à travers son cœur tel une brise fraîche, qui le fit frémir. Qui... ?

Il ne faut pas que tu laisses aller, Sora. Ecoute moi, c'est important. Il faut que tu te battes.

Qui ? Il avait son nom et son visage là, juste au bord de sa conscience vacillante, trop loin pour qu'il puisse les saisir. Seule sa voix l'atteignait.

Ne t'endors pas, poursuivit l'inconnu. Ne pourchasse pas les rêves et n'aie pas peur des Ténèbres.

Une personne importante, connectée à lui. Pourtant, il ne parvenait pas à se souvenir... Frustrant.

Il faut juste que tu te rappelle de qui tu es, Sora. Tu n'es pas l'un d'entre eux.

L'un d'entre eux ? Qui donc ? Un flash lui revint. Les manteaux noirs. Plusieurs paires d'yeux jaunes. Et lui, qui ne voulait pas... Son cœur s'affola.

Calme-toi...Si tu panique, cela lui sera plus facile de s'emparer de toi.

Pourquoi ? De qui parlait-il ? Xeha...

Je dois m'en aller. Je suis désolé.

Attend ! Non !

Il se souvenait ! Ventus !

Trop tard. Il eut l'impression qu'un pic de glace lui transperçait le cœur. Il voulut hurler, se débattre, mais son corps refusa de se plier à ses volontés. La douleur était horrible, pire que tout ce qu'il aurait pu imaginer, comme la sensation qu'on lui arrachait des morceaux de lui-même.

Cela ne dura pas longtemps, juste l'espace d'un instant, mais cela lui parut durer une éternité. A la fin, il ne lui resta que l'impression désagréable qu'il lui manquait quelque chose. Trois « quelques choses » à vrai dire. Ventus, Roxas, et... et... cette fille.

Paradoxalement, ses visions se firent moins sombres, moins angoissantes, et il se souvint des avertissements de Ventus. Il ne fallait pas qu'il cède à Xehanort...

Ce dernier, ou du moins ce qu'il restait de sa conscience originelle, qui vivait à travers ses réceptacles, ressentit une légère perturbation. Sora... Ce gosse n'allait pas se laisser maîtriser si facilement, hein ? Tss... Son cœur finirait bien par céder. Et alors, lui aussi, deviendrait l'un de ses treize hôtes. Il lui en manquerait encore un, à cause de ce petit accident de parcours qu'il avait traversé – il avait compté sur une victime qui avait finalement décidé de jouer aux abonnés absents, alors qu'il l'avait préservé spécialement pour ce moment – mais cela ne faisait rien. Il avait trouvé un remplaçant, qui viendrait sans doute très bientôt à lui.


Il faisait sombre, mais l'aube dessinait déjà une fine ligne à l'horizon.

Riku ne savait pas quoi faire. Il attendait devant la maison de Merlin depuis... Combien de temps, au fait ? Sans doute longtemps. Il ne savait pas s'il devait entrer ou non, ni ce qui s'y passait exactement... Quoiqu'il en avait une petite idée. Alors pourquoi n'empêchait-il pas cela ? Qu'est-ce qui le retenait ? Il ne voulait pas que Vanitas meure, peu importe que cela puisse réveiller Ventus ou non.

Et il avait encore le goût de ses lèvres sur les siennes.

A cette pensée, il eut l'impression que son estomac se retournait. Pas de répulsion, non, au contraire... Et il ne savait pas quoi en penser.

Il ne savait pas grand-chose, au final, à part que le brun mettait bien trop de temps à revenir. Une vague d'inquiétude vint s'ajouter au raz-de-marée qui le submergeait déjà. Vanitas ou Ventus... L'un d'entre devrait déjà être ressorti de là, non ?

Il passa une main nerveuse dans ses cheveux, soupira... Non, tant pis, il n'en pouvait vraiment plus d'attendre ! Sa décision prise, il se tourna vers la porte et en poussa la poignée, ayant peur de ce qu'il trouverait à l'intérieur. Mais il n'avait pas envisagé l'image qu'il trouva en entrant.

Vanitas était toujours là, endormi au pied d'un lit vide, hormis qu'une Keyblade couleur noire et bronze y reposait. En s'approchant, Riku vit qu'il s'agissait de celle de Ventus, et que le brun serrait entre ses doigts une Eclaireuse vert feuille.


Helloooo ! :B Bon, je ne fais pas souvent de notes de fin de chapitres, puisque la plupart du temps je n'ai pas grand-chose à dire, mais je voulais juste vous informer d'une chose : j'ai fini d'écrire cette fic. Ne vous inquiétez pas, il reste encore pas mal de chapitres à publier, ah ah. Si vous voulez savoir, la bête fait 39 chapitres. Eeeet, je prévois une séquelle après. Ce sera donc une trilogie. ^^' Ca me semblait important à signaler.

Voiloù, en tout cas merci de me lire, tussa, ça fait toujours plaisir d'avoir vos avis. :)