27- Débattre
Tous les membres du Conseil avaient été réunis au petit matin après la découverte de la disparition de Ventus. Yen Sid et le Roi Mickey venaient d'être informés et ce dernier arriverait d'un moment à l'autre.
Vanitas se faisait silencieux alors que presque tous les regards se posaient plus ou moins discrètement vers lui. Il avait déjà tout raconté à Léon lorsque celui-ci avait débarqué et il ne tenait pas vraiment à recommencer. Il se sentait étrangement vide, et pourtant... Pourtant il percevait toujours Ventus, quelque part, tout au fond de son cœur. Enfin... Ce qu'il restait de Ventus, en tout cas. Il ne paraissait pas conscient. Il devait juste s'agir d'un résidu de son cœur qui s'était gravé en lui, voilà tout.
Il referma ses doigts sur l'Eclaireuse au fond de sa poche. Il trouvait tout ceci bizarre. Ce type qui était sensé être la moitié de lui-même... il l'avait détesté, avait tenté de le détruire, de le briser de toutes les manières possibles et pourtant... Pourtant celui-ci l'avait aidé du mieux qu'il pouvait à se faire à sa nouvelle vie et... Tout ça pour ça. Il ne voyait aucune logique là-dedans. Et il se sentait étrangement triste.
Bien entendu, on ne pouvait pas le laisser en paix, non. Ce serait trop simple.
« Et qui vous dit qu'il ne l'a pas fait exprès pour tuer son double ? s'exclama Cid d'un air furieux. On n'sait pas à quoi s'attendre avec lui ! Je vous l'ai dit qu'on peut pas lui faire confiance !
-C'est vrai que... commença Yuffie d'un air hésitant. Il a déjà tenté de faire ça il y a dix ans. »
Vanitas aurait bien aimé lui rétorquer qu'elle n'était pas bien placée pour parler, n'ayant pas été là à cette époque, mais qu'est-ce que ça aurait changé, hein ? Ils jugeaient tous sans connaître, dans le coin. Puis s'ils voulaient réellement qu'il parte, il le ferait. A quoi bon rester dans ce monde trop lumineux pour lui, de toute façon ? Ah, il n'avait pas vraiment avancé depuis le début, en fait. Toujours au même point, à se lamenter sur son sort au lieu d'agir... Ca ne lui ressemblait pas, pourtant. D'un autre côté, depuis tout ceci, des événements étaient venus s'ajouter à l'équation... Il risqua un regard vers Riku, mais détourna rapidement le regard avant que le concerné n'ait pu s'en rendre compte. Il repensa à la scène qui s'était déroulé quelques heures plus tôt, mais ne s'y attarda pas. Il ne s'agissait pas de son souci principal pour le moment.
« Sans compter que les Ténèbres ont toujours tentés de détruire la Lumière...
-N'importe quoi, rétorqua Néo. Je vous signale que j'emploie les Ténèbres aussi, merci.
-Ca veut dire que tu le penses innocent ? »
Le clone haussa les épaules, détaché.
« Je dis juste qu'on a aucune preuve, et que le fait qu'il soit issu des Ténèbres ne prouve rien. »
Un court silence s'ensuivit. Honnêtement, Vanitas s'en fichait, de ce qu'ils décideraient. Qu'ils le jugent coupables ou non, cela ne changeait rien. Il devait l'être, de toute façon. Et ça ne datait pas d'hier...
« Je crois à ce qu'il nous a dit. »
L'attention de tout le monde se porta sur Léon, qui arborait son éternel air impassible.
« Je lui fais confiance aussi » acquiesça Naminé.
Instinctivement, le Porteur des Ténèbres se tourna vers Riku. Leurs regards se croisèrent un court instant, trop peu pour qu'il puisse deviner ce à quoi il pensait. L'argenté finit par hausser les épaules.
« J'étais là. Je ne pense pas qu'il m'ait menti. »
Son expression ne démontrait rien, indéchiffrable. Une légère frustration s'empara de Vanitas. Il aimerait savoir ce que l'autre pensait de tout ça... Mais il ne savait déjà pas ce que lui même en pensait, ni pourquoi il l'avait fait. Encore une chose à ajouter à la liste des événements et sentiments qui ne faisaient que l'embrouiller davantage.
Léon soupira et se pinça l'arête du nez, l'air soucieux – enfin, aussi soucieux que puisse paraître Léon.
« Bon, voilà ce qu'on va faire. On va soumettre la question au vote. Vanitas, si trop de voix sont contre toi, je suis désolé, mais on sera obligé de... te bannir du Jardin Radieux. »
Le Porteur des Ténèbres haussa les épaules, tentant de conserver une mine impassible.
« Ca me va.
-On ne devrait pas attendre le Roi, d'abord ? questionna doucement Aerith.
-Mickey n'est pas notre Roi, répondit le guerrier à la Gunblade, un peu sèchement. Il n'a pas à décider de ce qui est bon pour notre ville. »
Bien dit. Peut-être avait-il enfin retenu la leçon. S'ils attendaient toujours après Yen Sid et Mickey, ils pouvaient bien pourrir sur place.
Ienzo réglait quelques vis sur la prothèse métallique posée sur le tableau de bord – reconverti en table d'expérience temporairement, faute de place – lorsqu'il s'aperçut que les protestations venant de la salle des machines venaient de cesser. Sans lever les yeux de son ouvrage, il déclara d'une voix molle :
« Even, pourrais-tu aller voir si notre invitée n'a pas trouvé un moyen de s'enfuir ? »
Dans un si petit vaisseau, ils n'avaient trouvé que la salle des machines pour y enfermer la Princesse de Coeur. Depuis qu'ils avaient décollés, elle n'avait fait que geindre, protester, et tambouriner à la porte pour qu'on la laisse sortir. Parfois, Ienzo ne comprenait pas les êtres humains. N'importe qui trouverait évident, après une analyse de la situation, qu'ils ne comptaient pas la laisser s'en aller comme ça... Et que s'agiter n'arrangerait pas les choses.
Son collègue de travail lui lança un regard acerbe.
« Et pourquoi serait-ce à moi d'y aller ? renifla-t-il d'un air méprisant.
-Hm, je suis occupé.
-Et moi je n'aime pas beaucoup la façon dont tu agis depuis que nous sommes revenus, numéro VI. »
L'appellation eut au moins pour effet de lui faire relever la tête.
« Qu'est-ce qui te prends ? Nous ne sommes plus au temps de l'Organisation. Et nous ne sommes pas nos Simili.
-Ce n'est pas pour ça que tu ne dois pas le respect à tes aînés ! s'exclama Even, accusateur. De toute façon, tu n'a toujours été qu'un sale gamin arrogant, malgré tout ce qu'Ansem a fait pour toi. »
Pour toute réponse, Ienzo le menaça du regard. Ansem le Sage faisait parti du passé. Il l'avait recueilli après le décès tragique de ses parents, et avait tout de suite sut voir le potentiel intellectuel d'Ienzo. Cependant, l'enfant qu'avait été celui-ci alors avait perdu toute confiance en son premier mentor après qu'il leur ait ordonné de stopper les expériences sur les cœurs.
Ienzo n'avait pas compris, ne comprenait d'ailleurs toujours pas. Ansem ne jurait que par la soif du savoir, autrefois. Pourquoi ce revirement ? Parce que cela heurtait des innocents ? Pff, des cobayes, voilà tout ! Il s'agissait d'un sacrifice nécessaire. Xehanort avait su comprendre cela, lui.
Sauf que Xehanort les avaient tous manipulés, au final. Et il avait perdu de vue son véritable but, la science, pour plonger dans les Ténèbres les plus profondes. Dix ans de perdus... C'était beaucoup. La moitié de la vie d'Ienzo. C'était trop tôt, pour perdre son cœur... Au final, il avait été trahi par ses deux mentors. Alors il avait décrété que plus personne ne lui imposerait de limite, et certainement pas Even. Il irait plus loin qu'eux, ne se laisserait pas distraire, et comprendrait enfin l'essence du cœur. Un projet ambitieux.
Il sortit de ses réflexions pour se rendre compte qu'Even ne lui avait pas obéit.
« Dilan ? Peux-tu... ?
-J'y vais » acquiesça celui-ci en se levant.
Even le regarda passer, un air méprisant sur le visage.
« Tu comptes obéir au moindre caprice de ce jeunôt ?
-C'est mon problème, pas le tien » déclara simplement Dilan en disparaissant à l'arrière du cockpit.
Ienzo le regarda partir, puis reprit son ouvrage, pas dérangé le moins du monde par cette interruption.
Cela faisait vingt bonnes minutes qu'il poireautait devant la maison pendant que les autres décidaient de son sort. Et pourquoi ne partirait-il pas maintenant sans leur accord, hein ? Quelque chose l'en empêchait. Sans doute l'espoir – infime – qu'ils ne le rejetteraient pas une énième fois. Après tout, certains d'entre eux – qu'il pouvait se permettre d'appeler ses amis, selon les critères, non ? il ne savait pas - avaient parlé en sa faveur, mais... après avoir entendu les arguments des autres, ne changeraient-ils pas d'avis ? Vanitas lui-même trouverait ça plus pertinent et plus logique qu'ils ne le croient pas.
« Je peux m'asseoir ? » fit une voix grave au-dessus de lui dont il ne reconnut pas le timbre.
Vanitas haussa les sourcils en voyant qui venait de lui adressait la parole. Il s'agissait d'Aeleus, le cinquième apprenti d'Ansem, qui n'avait pas suivi les autres dans leur fugue.
« Tiens donc, tu n'es pas avec les autres en train d'essayer de décider si je suis une ordure ou non ? » questionna ironiquement Vanitas.
L'expression d'Aeleus ne changea pas. Il se laissa tomber à côté de lui sur les marches et mit une bonne minute avant de finalement déclarer :
« Ca ne m'intéresse pas.
-Pourquoi ça ?
-Pas d'avis sur la question. »
Vu comme ça, ça paraissait logique. Hm, cet homme ne semblait pas très bavard. Encore moins que Léon. Il se croyait sûrement intimidant, avec sa mâchoire carrée et sa carrure de Darkside...
« Je vois... soupira Vanitas. Bon, au moins tu ne penses pas que je suis un monstre. »
Pour le coup, l'autre se tourna vers lui et le fixa de ses yeux bleu glacé. Malgré tout son self-control, le brun ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise sous ce regard. Et puis, il lâcha :
« Qui peut vraiment dire ce qu'est un monstre ? »
Le Porteur se mit à réfléchir à la question quelques instants.
« Une aberration, non ? tenta-t-il. Quelque chose qui ne devrait pas exister ? Ah, et les créatures contre lesquelles on se bat, aussi.
-Pour ta première définition, j'appelle cela une curiosité scientifique. »
Scientifique, hein ? Comme un sujet d'expérience ? Il n'était pas certain de beaucoup aimer cette façon de voir les choses.
« Quant à la deuxième, poursuivit Aeleus, à partir de quand devient-on un monstre, de quelle limite ? Et ne sommes-nous pas des monstres pour ceux que nous considérons comme tel ? »
Vanitas ne trouva rien à répondre à cela. Le sujet méritait réflexion. Quoique, ça ne l'intriguait pas plus que cela, en fait. Ces considérations le dépassaient un peu.
« Je ne te pensais pas aussi bavard, sortit-il pour éviter de devoir répondre.
-Seulement quand le sujet m'intéresse, se contenta de répondre Aeleus.
-Pourquoi est-ce que tu n'es pas parti avec les autres apprentis ? »
Il crut un moment que le scientifique n'allait rien ajouter, se contentant de laisser son interrogation en suspend, tant le silence dura.
« Je me sens chez moi ici. Et leur ambitions ne me correspondent pas.
-Leurs ambitions, hein ?
-La connaissance, expliqua Aeleus. Ils oublient qu'il existe des choses que l'on ne peut saisir. Je n'ai compris cela qu'après ma renaissance en tant qu'humain complet.
-Hum. »
Il devait avouer que Ienzo était beaucoup trop curieux, bien qu'il ne puisse pas juger pour les deux autres. Et il parlait trop, aussi. Le contraire d'Aeleus, en gros.
« Mais tu as passé beaucoup de temps avec eux, non ? ne put s'empêcher de demander Vanitas. Vous n'étiez pas amis ? Je pense que ça crée des liens de bosser au même endroit. Enfin, je ne suis pas un expert.
-Ils ont bien changé.
-Ce n'est pas ce que je te demande... » grimaça le brun.
Mais le scientifique se contenta de hausser les épaules. Vraiment étrange, ce type...
Après ce qui semblait être une éternité, la porte s'ouvrit enfin sur Léon. Il observa Vanitas un instant sans que celui-ci parvienne à deviner ce à quoi il songeait. Puis :
« Entre.
-Si c'est pour me dire que je dois me barrer d'ici, laisse tomber. Tu peux me l'annoncer maintenant, je ne vais pas tomber dans les pommes, fit-il sur un ton sarcastique.
-Ne dis pas de bêtises, soupira le guerrier à la Gunblade. Tu ne vas nulle part. Allez, entre. »
Légèrement étonné, le brun se leva et alla rejoindre le Comité dans la maison de Merlin. Malgré lui, il ne put s'empêcher de se sentir soulagé de ne pas devoir partir. Où serait-il allé, d'abord, hein ? Et pour y faire quoi ? Autant retourner errer dans les Ténèbres, s'il ne pouvait plus rester ici.
« Eh bien, il y a de l'ambiance ici » commenta-t-il en sentant l'atmosphère tendue qui régnait dans la pièce.
Personne ne lui répondit. Mais il pouvait comprendre. Oh, il comprenait parfaitement bien, même, et il avait sans doute plus de mal à se remettre qu'eux. Ils venaient de perdre Ventus. Et ça, même pour ceux qui ne le connaissaient pas, cela restait un choc inattendu. Et une perte stratégique contre Xehanort, aussi. Un guerrier en moins. Surtout après avoir eu le mince espoir qu'il puisse se réveiller. Eh bien, pas de chance, il avait choisi de se sacrifier pour – comment disait Aeleus, déjà ? - une curiosité scientifique.
La porte s'ouvrit à nouveau, laissant place à une petite souris à l'air lessivé et aux yeux rougis. Mickey avança parmi eux, tenta de reprendre contenance, et se tourna vers Vanitas.
« Tu as son Eclaireuse ? »
Le brun lui montra le porte-bonheur en forme d'étoile. Le Roi hocha tristement la tête.
« Bien. Je... commença-t-il d'une voix qui tremblait légèrement. Il ne nous en manque plus qu'une. Nous pourrons libérer Aqua... Avec un peu de chance. »
Ils ne pouvaient plus se permettre de trop espérer, après ce qui venait de se passer.
« Sauf qu'on a aucune idée d'où se trouve le corps de Terra, protesta Riku.
-Non, mais son Eclaireuse... J'ai une petite idée de l'endroit où elle peut se trouver. Seulement, ce monde a été scellé par Yen Sid après ce qu'il s'y est déroulé. Il va falloir ouvrir un Portail spécial. Merlin, nous aurons besoin de votre magie.
-Aucun problème, acquiesça le sorcier.
-Il va nous falloir des guerriers expérimentés également, au cas où...
-Euh, excusez-moi Majesté... se fit entendre Aerith. Mais pourquoi Terra aurait laissé son Eclaireuse dans un lieu si dangereux ? »
Vanitas se doutait que la souris parlait de la Nécropole des Keyblades. Il ne voyait que ça. Mais en effet, pourquoi l'objet qu'ils cherchaient se trouverait dans ce monde ? Terra ne l'aurait pas perdu, il y tenait trop pour ça.
« Tout simplement parce que son armure se trouve là-bas. Lorsque Xehanort a pris possession du corps de Terra, ce qui restait de sa conscience s'est réfugié dans cette armure, expliqua Mickey. Je ne pense pas qu'il aurait laissé Xehanort s'emparer d'un objet aussi important à ses yeux. Du moins, je l'espère.
-Ca fait beaucoup d'espérances et peu de certitudes, commenta Vanitas.
-C'est que... Je commence à croire que nous avons définitivement perdu l'ancienne génération de Porteurs » soupira tristement le Roi.
Et lui, il comptait pour du beurre ? Enfin, il voyait ce qu'il voulait dire.
« Je vais y aller, déclara Riku. Je n'en ai qu'un souvenir flou, mais... C'est grâce à Terra que je peux manier la Keyblade. Je crois que c'est un peu mon devoir de m'y rendre, non ? »
Mickey hocha la tête en lui souriant. Un toussotement se fit entendre dans le coin de Néo, qui n'avait pas décroché un mot depuis tout ce temps.
« J'en ai un peu marre de rester ici à tourner en rond, expliqua-t-il avec un petit sourire. Et puis... Je n'ai pas encore eut l'occasion de faire mes preuves.
-Très bien, faisons comme ça, alors. »
Vanitas capta le regard méfiant que Riku envoya à son clone, ce qui lui arracha un sourire amusé. Encore sa peur maladive des Ténèbres, ou juste des mauvais souvenirs ?
La porte s'ouvrit à la volée. Celle qui fit une entrée si fracassante n'était autre que Jasmine, qui menaça de s'étaler sur le sol. Elle se tenait la tête entre les mains et semblait en grande souffrance. Naminé se précipita pour la soutenir.
La Princesse de Coeur, ainsi que son père et son fiancé, avait emménagé au Jardin Radieux après la destruction d'Agrabah lors de la fusion des mondes. Ils ne savaient pas encore trop quoi faire, maintenant que tout ce qu'ils avaient toujours connu venait d'être détruit sans préavis.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Jasmine mit un certain moment à desserrer les dents pour parler, d'une voix sifflante :
« C'est... Ca recommence... Il va y avoir une autre fusion. »
