4.

Le général de la Flotte terrestre Kesdon Oskrel avait, lors de son second appel, donné plus de précisions à Alguérande.

- Le Pharaon longeait la Banquise, le phénomène naturel protégeait les zones galactiques voisines de celles où sévissent les Ecumeurs, et son vol devait être quasiment sûr. Il n'a même pas eu le temps de lancer même le début d'un SOS que son écho a disparu des scans de l'Observatoire Hodlin le plus proche. Et la patrouille de jets envoyée en urgence ne l'a pas eu non plus en visuel. Et jusqu'à sa signature énergétique qui n'a laissé aucune trace. Il s'est volatilisé, au propre comme au figuré !

- Comme pour tous les autres vaisseaux avant lui, et le Dercoff de votre femme, il a été escamoté de l'espace !

- Et dès lors, impossible d'entamer une enquête, reprit Kesdon Oskrel. Il n'y a pas le plus petit indice… Je suis désolé, capitaine Waldenheim, vraiment désolé.

- Je continue jusqu'aux coordonnées qui devaient être celles de notre jonction.

- Cela ne se justifie plus, capitaine ! gronda le général de la Flotte.

- Mais vous n'avez plus non plus de commandement à me confier, remarqua Alguérande. Vous n'allez quand même pas me rétrograder à un statut de second ? !

- Pourquoi pas ? Ce ne serait que le temps de vous réaffecter… Mais je n'ignore pas vos talents particuliers. Et vu les milliers de disparus, ils seraient bien utiles en ces circonstances. Sans compter que vous n'êtes pas totalement sans cuirassé, je me trompe ?

- Effectivement, mon Deathbird est sous bouclier d'invisibilité, à tribord de l'Arcadia.

- Je vous confie donc la mission de tenter d'éclaircir cette affaire, et si possible de retrouver et de ramener les disparus ! Toutes les familles ont grand besoin d'explications. J'ai contacté la Flotte de la République Indépendante qui se trouve, façon de parler, de l'autre côté des zones où frappent les Ecumeurs. Vous aurez donc l'appui du Colonel Zéro. Quant à vous personnellement, je vous adjoins, officieusement, l'assistance de la capitaine Shynovaé Kordenbach – vous fonctionnez toujours très efficacement ensemble.

- Merci, général.

- Ce n'est pas de gaieté de cœur, mais à circonstances exceptionnelles, dérogations uniques. Il n'est pas dans les habitudes de la Flotte, quelle qu'elle soit, d'envoyer en opération un officier en roue libre, surtout un homme de votre famille !

- Trop aimable, grinça le jeune homme.

Il se reprit ensuite.

- Je ferai tout mon possible pour accomplir la mission, assura-t-il à l'adresse de son supérieur. Juste encore une précision, général…

- Je la devine, capitaine. Dites.

- Je vais voler sous pavillon Pirate, je ne relève donc plus directement de la Flotte terrestre ?

- Vous êtes effectivement en free lance sur ce coup, capitaine Waldenheim. Vous disposerez de notre assistance technique, mais ça s'arrêtera là, nous ne pouvons couvrir vos agissements sous ce drapeau noir.

- Je m'en accommoderai, général.

- Vous serez ainsi plus libre de vos actes, capitaine Waldenheim, j'espère que vous le comprenez bien ainsi ?

- Parfaitement, général, assura sincèrement le jeune homme. J'aurai les mains plus déliées qu'à l'ordinaire. Il vaut d'ailleurs mieux que vous ne répondiez pas de mes actes. Enfin, j'espère… Dans le cas contraire, cela signifierait que j'ai échoué, que les disparus sont perdus, ainsi que mon épouse.

- Il faut bien la fougue et la foi de la jeunesse pour se lancer avec espoir dans cette nouvelle quête, capitaine. Je prierai mon Bienveillant pour qu'il veille sur votre voyage.

- A vos ordres, général, fit Alguérande en saluant impeccablement.

Avec une certaine appréhension, Albator vit son fils ressortir de son bureau.

- Tu peux nous parler de ton entretien, où est-ce secret défense ?

- Je suis une sorte de mercenaire de ma propre Flotte. Je ne suis pas un Corsaire, et encore moins un Pirate, mais je vais naviguer sous le pavillon noir du Deathbird.

- Je comprends bien évidemment ce que cela implique. Tu as vraiment accepté cet étrange marché, mon grand ?

- Je crois que ma tenue le prouve assez, sourit Alguérande en lui dédiant un clin d'œil, en pantalons noirs, chemise bleu sombre, veste d'ébène doublée de rouge, le ceinturon supportant cosmogun et gravity saber fixé à ses hanches.

- Alors, non content de nous faire poireauter, tu es repassé par ton appartement pour te changer, remarqua le grand Pirate balafré. Le Deathbird va donc pouvoir voler de façon visible pour tous, si je comprends bien ?

- Oui.

- Algie, il faudra quand même procéder au chargement des programmes de rectifications de Gahad, ton Ordinateur, intervint Toshiro. Son langage électronique est presque une langue étrangère pour moi, il faudra quelqu'un d'autre…

- Ce quelqu'un est déjà en route, grogna Alguérande. Nous avons à faire, cette fois, jonction avec le Karyu de Warius. J'aurais besoin de prendre la barre de l'Arcadia pour traverser les Icebergs qui nous font barrage entre la Banquise et nous ?

- Tu as suffisamment d'entraînement ?

- Fais-moi confiance !

- C'est mon Arcadia, mon second foyer… J'y ai mes amis.

Tori-San traversa la passerelle pour se poser sur l'épaule du grand Pirate balafré.

- Et j'y ai quelques fidèles à plumes…

Minikun vint se frotter aux chevilles des deux hommes et de la Jurassienne présents.

- … et à poils, conclut Albator.

- Super, l'Arcadia est officiellement une ménagerie, ne put s'empêcher de glousser Alguérande. Il ne manquerait plus que j'amène Dragonlord mon étalon !

- Ça pourrait se faire. Mais c'est sans aucune utilité… Alors, tu seras préparé, Algie ? interrogea le capitaine de l'Arcadia, redevenu sérieux, inquiet même.

- Il est impossible d'être prêt à ce qui nous attend… Et il faut absolument qu'un informaticien de génie mette mon Gahad à niveau et en parfait état de fonctionnement !

- Sincèrement, Algie, à part Toshiro, je ne vois personne qui…

- Alhannis ! C'est lui qui est en route !

Et de sombre, Albator devint profondément préoccupé !