6.

Alhannis et Amarance occupés aux révisions et reprogrammations de Gahad, l'Ordinateur du Deathbird, Albator et Warius s'étaient entretenus avec Alguérande, de façon quasi officielle, dans la salle de réunion du colonel de la République Indépendante.

- Tu ne peux prendre ce risque, Algie ! avait récriminé le grand Pirate balafré. Tu ne songes pas sérieusement à offrir ton cuirassé en proie toute cuite aux Écumeurs ! ?

- Une autre option pour se faire prendre et être au plus près des disparus ? rétorqua son rejeton à la crinière fauve.

- C'est aussi simpliste que stupide, commenta Warius en faisant machinalement claquer sur la table ses gants blancs. Et ça pourrait marcher…

- Warius ! protesta Albator, qui avait espéré un tout autre appui de son ami.

- Je comprends les projets de ton fils, Albator. Cela ne signifie pas que je les approuve. En revanche, ils me paraissent terriblement dangereux, et avec un risque mortel maximal !

- On n'attire pas les mouches avec du vinaigre ! (*) aboya Alguérande, ma femme et une de ses amies adorent cette expression ! Et, de toute façon, il me faut trouver ces Écumeurs, quelle que soit la manière… Je n'en ai pas trouvé d'autre… Si vous avez des suggestions, je suis preneur ! Alors, vos propositions ?

Le silence répondit bien évidemment au jeune homme qui semblait autant au bord des larmes qu'à celle de la crise de nerfs !

- Je vais y aller, une fois qu'Alhannis m'aura remis le Deathbird en autonomie parfaite, décréta Alguérande. Je mettrai des balises surnaturelles sur mon cuirassé, ça vous permettra de me suivre, j'espère.

Albator leva comiquement sa main gantée pour demander la parole, alors que la situation était tout sauf risible !

- Alguérande, tu réalises que Warius et moi ne pourrons jamais te suivre dans des vols surnaturels, même avec une balise sur ton cuirassé ?

- Avec l'aide de Talmaïdès, je pense arriver à vous relier à moi : corps, âme, cuirassés…

- Et Pouchy ? glissa Warius qui n'y entendait strictement rien !

- Pouchy est trop pur pour cette quête, ou plutôt ce combat à mort ! rugit Alguérande. Que personne n'y mêle Pouchy ! Terswhine la belle Sorcière d'Orishmir pourrait, mais elle est bien trop amoureuse et fusionnelle de Pouch' pour que je la mette dans la confidence… Il comprendrait de suite et voudrait m'aider. Mais là, oui, hors de question que l'innocence de Pouchy soit compromise par mes démons !

- Algie, n'avons-nous pas besoin de toutes les aides possibles ? intervint Warius, préoccupé, inquiet.

- J'ai déjà sonné le rassemblement, tout le monde est là… Mes plans étaient posés, là, je dois les mettre en application, et je n'ignore rien des dangers qui me guettent – enfin, je crois… Je m'en tiens à mes plans, c'est la seule chose tangible qui me reste… Je pensais croire à ma famille, ma femme, mon fils, mais tout part en lambeaux, je retombe dans le néant des tourments de mes jeunes années…

- Alguérande, nous sommes là ! aboyèrent son père et Warius.

- Oui, Humains, Mortels. Et le Thanatos m'a bien fait comprendre que la bataille aurait lieu à un tout autre niveau, que vous ne pourriez rien y faire, sauf y perdre votre propre vie, et pour moi c'est absolument inacceptable ! J'y vais, j'y irai, et ne m'en empêchez pas !

- Je suivrai tes ordres, capitaine Waldenheim, promit alors Warius. Je ne les approuve pas, ils m'inquiètent au plus haut point, mais tu es le chef de cette expédition très particulière.

- Papa ? s'enquit le jeune homme.

- Je te suis, comme toujours. J'émets juste un souhait, bien que je craigne que tu ne puisses me promettre qu'il se réalise : Alhannis doit vivre !

- Alhannis n'aura rien à craindre.

Albator fronça le sourcil.

- Cette Amarance diffuse une drôle d'aura, même moi, j'y suis sensible ! Elle est vraiment spéciale, cette jeune femme ?

- Elle est comme moi.

- Algie !

- Oui, Warius, tu percutes ?

- Elle va t'aider ?

- J'espère bien, car là, je me sens particulièrement sans armes, sans intuitions, et impuissant…

Alguérande se leva.

- Je vais sur le Deathbird, je dois voir où en est Alhannis, les révisions, et Amarance…

A grands pas, le jeune homme quitta les lieux, les pensées ailleurs, loin même de son Deathbird, uniquement dirigées vers les Écumeurs !


(*) Oui, une expression de The Beautiful Cleopatra